MAMMITE GANGRENEUSE DES BREBIS
Cette forme, spéciale aux brebis laitières, est caractérisée par une transformation gangreneuse de la mamelle, accompagnée d'une intoxication presque toujours mortelle. Elle est due à la présence d’un microcoque spécifique.
Historique. — La maladie, décrite déjà par d’Arboval en 1 823, est désignée par les bergers sous les noms de mal de pis ou d'araignée. Kotelmann (2) observe la mammite en Prusse, où elle sévit à l’état enzootique sur les brebis nourrices ; il en donne une description clinique complète. L’affection est retrouvée, en 1856, par Lafosse (3), qui l'observe sur les brebis laitières des environs de Toulouse. Rivolta (4) la décrit sous le nom de « mammite septique » ; elle sévit dans les environs de Fisc à 1 état sporadique. Le lait renferme une grande quantité de microcoques et de fines bactéries.
En 1886, Nocard (5) étudie l’araignée chez des brebis entretenues à la ferme de Joinville, puis sur des brebis laitières du Larzac ; il montre qu’elle est fonction d’un microbe spécifique et il donne une élude expérimentale de l'affection.
En 1889, la mammite est signalée, par Esser (6), dans les environs de Gottingen.
Bactériologie. — Le microbe de la mammite des brebis est un très petit microcoque, rencontré en abondance dans le lait, isolé ou sous forme d’amas irréguliers.
Le microbe se colore facilement; il prend le Gram et le Weigert. Il cultive, en présence ou en l’absence de l’air, dans tous les milieux neutres ou alcalins.
Dans les bouillons de viande, simples ou sucrés (glycose ou lactose), on obtient un développement rapide ; en moins de vingt-quatre heures, le liquide est trouble, presque lactescent; après quarante-huit heures, le fond du vase est couvert d’une couche épaisse, blanchâtre et pulvérulente.
(1) Axel Ilolst, de Christiania, observe quatre épidémies de catarrhe intestinal coïncidant avec l’ingestion de lait l’enfermant les streptocoques. La preuve n’est pas faite toutefois que le microbe fût la cause des accidents.
A. IIolst. La présence des streptocoques de la mammite cause de gastro-entérite... Festskrift till Prof, lleiberg, 1895.
(2) Kotelmann. Ueber eine hâtifig schnell in Brand ïibergehende Entzündung am Euler siiugender Mutterschaafe. Zeitschr. fur die ges. Thierheilk., 1836, p. 423.
(3) Lafosse. Mammite chez les brebis. Journal des vétér. du Midi, 1856, p. 486.
(4) Rivolta. Masloite seplica nella pecora. Giorn. di anat., lisiol. e patol., 1875, p. 139.
(5) Nocard. Note sur une mammite gangreneuse des brebis laitières. Annales de l'Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 417.
(6) Esser. Seuchenar tiges Auftreten der brandigen Euter entzündung bei Schafen. Archiv fur Thierheilk., t. XV, 1889, p. 133.
MAMMITES.
Dès le premier jour, le bouillon esl devenu franchement acide. Sur gélatine, en surface, il se produit une couche blanc grisâtre, au niveau do laquelle évolue un sillon de liquéfaction qui s’élargit rapidement; par piqûre, des colonies se développent sur le trajet ; dès le deuxième jour, un cône de liquéfaction est appréciable. Sur gélose , en surface, la culture donne une pellicule épaisse, d’abord d'un blanc mat, puis légèrement jaunâtre; par piqûre, les colonies réunies forment une traînée blanche, opaque, à bords festonnés. Sur pomme de terre , le développement, peu abondant, est indiqué par une couche grise, visqueuse, à bords festonnés épais. Dans le lait de vache ou de chèvre, la culture esl rapide ; en moins de vingt-quatre heures, le liquide est coagulé en masse et la réaction est fortement acide.
Le microcoque est pathogène pour la brebis, par inoculation directe dans la mamelle, et pour le lapin, sous certaines conditions d’inoculation.
Distribution géographique. Fréquence. — L’ « araignée » sévit à l’état enzootique en certaines régions. Dans le Larzac, « la plupart des troupeaux éprouvent, chaque année, des pertes considérables; l’affection est considérée comme la plaie des troupeaux fromagers ; il n’est pas rare de voir le dixième des animaux atteints par le terrible mal ; ceux qui guérissent sont invariablement perdus pour la production du lait ». (Revel.) Si les troupeaux laitiers sont particulièrement frappés, les brebis nourrices sont exposées aussi, et il esl certain que la maladie, bien que rarement signalée, existe en réalité en nombre de pays (1).
Étude clinique.
Symptômes. — L’invasion est rapide ; dès les premiers instants, la bête est triste, abattue; elle se tient debout, la tête basse, l'œil fixe, refusant toute nourriture ; la rumination est suspendue ; la respiration est courte, précipitée, tremblotante; les muqueuses sont injectées; le pouls est petit, vite; la température reste peu élevée, vers 39°, 5 ou 40°. L’une des mamelles, ou les deux à la fois, se montrent altérées; la région est dure, tendue, douloureuse à la pression ; elle a une teinte rouge violacé; le mamelon est flétri, flasque et froid.
En peu de temps, tous les phénomènes s’aggravent ; la malade est dans un état de sidération complète ; on constate des tremblements et des grincements de dents ; le pouls est vite et à peine perceptible. Les altérations cutanées s’étendent aux cuisses, au ventre et au périnée; la peau est œdématiée, douloureuse, de couleur rouge vif. Les régions primitivement envahies ont une teinte grisâtre, plombée; elles donnent à la main une sensation de froid très nette. La pression du mamelon fait sourdre quelques gouttes d’une sérosité roussâtre.
(1) Mathis observe, chez une chèvre, une mammile toute gnalogue à la maladie des brebis ; il rencontre dans le lait des microcoques présentant les mêmes caractères que ceux de 1’ « araignée ». Mathis. Mammile gangreneuse chez une chèvre. Journ. deméd. vétér., 1805, p. 82.