CHAPITRE XXVI
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
Des méningites microbiennes sont observées, chez toutes les espèces, au cours de diverses affections. Elles compliquent surtout les infections du premier âge : les pyémies d’origine ombilicale chez les poulains et chez les veaux, les entérites diarrhéiques des veaux et des agneaux, la maladie des chiens... Les adultes sont frappés au cours de la fièvre typhoïde et de la gourme chez le cheval, des infections consécutives au part chez la vache, du rouget chez le porc, de la tuberculose et de la pyémie chez toutes les espèces...
En outre de ces formes, qui constituent de simples localisations d’affections classées et étudiées d’autre part, des méningites infectieuses primitives sont signalées à l’état enzootique chez le cheval, chez les bovidés, chez le mouton et chez la chèvre.
La méningite cérébro-spinale du cheval est depuis longtemps différenciée par ses caractères cliniques ; les recherches expérimentales qui lui ont été consacrées dans ces derniers temps permettent de la considérer comme une maladie microbienne de nature spécifique.
Les méningites enzootiques observées chez les autres espèces sont trop peu connues pour qu’il soit possible de les classer dès maintenant. Certaines d’entre les observations relevées chez les bovidés adultes doivent être rapportées en réalité à la rage, à la tuberculose ou à diverses intoxications. L’incertitude est aussi complète en ce qui concerne les affections similaires du mouton et de la chèvre; les seules constatations précises s’appliquent à des méningites consécutives (1).
(1) Trambusti chez la chèvre, Manfredi d’Ercole et Boschetti chez le veau rencontrent des diplocoques encapsulés qu’ils assimilent au pneumocoque de Talamon-Frankel. Les microbes sont retrouvés dans le poumon, au niveau de foyers hémorragiques souspleuraux.
Trambusti. Contributo allô studio dell' eziologia délia méningite cerébro-spinale. Il moderno Zooiatro, 1895, p. 312. — Manfredi d’Ercole. Méningite cerebro-spijiale in due vitellini. Id. , 1896, p. 33. — Boschetti. Méningite cerebro-spinale. Trattato di patologia e terapia, 1897, p. 261 .
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE DU CIIEVAL
Les faits acquis démontrent au moins qu’il existe, chez les animaux comme chez l’homme, des méningites épidémiques primitives. On peut prévoir aussi que les accidents ne sont pas toujours identiques quant à leur origine. La pluralité des localisations secondaires sur les méninges prouve que celles-ci constituent un terrain favorable pour de nombreuses espèces microbiennes. Pour le cheval, la question est posée déjà de la multiplicité des méningites primitives ; il est certain qu’elle devra être soulevée en ce qui concerne les autres espèces animales.
Nous limitons ce chapitre à l’étude de la méningite cérébro-spinale chez le cheval.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE DU CHEVAL
La maladie décrite sous le nom de « méningite cérébro-spinale » est caractérisée cliniquement par des accidents d’excitation cérébrale, accompagnés de contractures musculaires et suivis de paralysies envahissantes.
Elle consiste en une intoxication des centres nerveux, due à la culture d’un microbe spécifique dans les méninges cérébrales et spinales.
Historique. — Vers 1847, Large (1) observe dans le Long Island (New-York) une maladie du cheval caractérisée par des accidents nerveux suivis de paralysie envahissante et terminée presque toujours par la mort; elle sévit tantôt à l’état sporadique, tantôt sous une forme enzoolique, à des intervalles irréguliers de quelques années. Liautard (2) signale la même affection comme très répandue dans les états de New-York, de New-Jersey et de Pensylvanie. A partir de 1879, les vétérinaires saxons étudient d’autre part une maladie analogue, qui sévit à l’état enzoolique dans certains districts (maladie de Borna) (3) ; les nombreuses notes qu’ils lui consacrent en précisent les particularités cliniques.
Les travaux de James (1883) et de Sattler (1887) n’ajoutent rien aux données acquises; Kocourek (4) publie une série d’observations intéressantes relevées en Hongrie au cours d’une épizootie.
Siedamgrotzky et Schlegel (5) font connaître, dans une intéressante monographie de la méningite, le résultat de recherches expérimentales el d’une analyse bactériologique des lésions. Ils rencontrent, dans les exsudats, des coccus à l’état de culture pure (7 fois) ou associés parfois à
(1) Large. Fatal épidémie among horses in Amerika. The Veterinarian, t. LX, 1867 p. 6S5.
(2) Liautard. Méningite cérébro-spinale du cheval. Recueil de méd. vét., 1869, p. 361.
(3) Voir les Rapports des services vétérinaires saxons pour les années 1879 1883 1884, 1886, 1890, 1891, 1892, 1895 et 1896.
(4) Kocourek. Meningitis cerebrospinalis epidemica. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed t. XVII, 1891, p. 133.
(5) Siedamgrotzky et Schlegei,. Zur hennlniss der seuchenartigen Cerebrospinalmeningitis der Pferde. Archiv fur Thierheilk., t. XXII, 1896, p. 286.
Nocard et Lecuainche. — 2e édit.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
des streptocoques et à des bacilles (2 fois). Johne (1) publie presque en même temps des résultats analogues; les lésions renferment constamment un diplocoque très voisin quant à ses caractères du Diplococcus intracellularis, rencontré par Weichselbaum (1887) dans la méningite cérébro-spinale de l’homme et dont la spécificité a été démontrée par Jâger, en 1895.
Nature de la maladie. — Bactériologie. — Les résultats obtenus par Siedamgrotzky et Schlegel d’une part, par Johne, de l’autre, démontrent suffisamment que la « méningite de Saxe » est liée à la présence d’un microcoque spécifique dans les centres nerveux.
Il est probable que les microbes isolés par les auteurs précités sont identiques; toutefois Johne n’ose se prononcer sur ce point et il ne fournit pas des indications suffisantes pour permettre la comparaison et justifier l'assimilation. Les caractères mentionnés sont résumés ciaprès, pour chacun des microbes étudiés.
a) Siedamgrotzky et Schlegel. — Monocoque et rarement diplocoque, mesurant 0,6 g de diamètre; mobile; prend le Gram; trouble le bouillon, sans développement en surface, et donne un dépôt lloconneux abondant; forme sur gélatine des amas ressemblant à des graviers, de teinte gris blanc, puis gris sale, avec un point dense au centre; liquéfie la gélatine; sur gélose, colonies rondes, blanches; sur pomme de terre, colonies brillantes, d’un jaune clair sale, puis humides, arrondies, de teinte jaune clair. Pas de développement dans le sérum de cheval liquide; culture lente, misérable, sur sérum coagulé.
Le microbe n’est pas pathogène pour le lapin et la souris. L’inoculation au cheval, dans les méninges, peut aboutir à l’évolution d’une méningite, avec pullulation des coccus; l’injection intra-veineuse produit de l’hyperthermie et des troubles généraux passagers .
b) Johne. — Diplocoque formé de deux disques hémisphériques rapprochés (forme en grain de café) (2), l’ensemble figurant un coccus; les microbes sont isolés ou réunis par deux et en courtes chaînettes ; ils mesurent0,4-0,8 gde diamètre; la coloration parle Gram est inconstante (?).
Relativement aux caractères des cultures, Johne dit seulement que son diplocoque présente une certaine ressemblance avec le coccus de Siedamgrolzky, mais qu’il en diffère sur quelques points (3).
Le microbe tue le cobaye par inoculation intra-péritonéale. 11 est pathogène pour le cheval dans les mêmes conditions que le coccus de Siedamgrotzky-Schlegel.
Épidémiologie. — La maladie sévit à l’état enzootique, en quelques
( 1) Johne. Zur Kennlniss der seuchenartigen Cerebrospinalmeningitis der Pferde. Deutsche Zeitschr. fi'ir Thiermed., t. XXII, 189(1, p. 369.
(2) Cette forme apparaît seulement après certaines colorations (Ziehl et acide acétique dilué); on s’explique qu’elle ait échappé à Siedamgrotzky et Schlegel.
(3) « In seinen Wachsthumsverhaltnissen zeigt der Diplococcus eine gewisse Aehn- Hchkeit mit dem von Siedamgrotzky-Schlegel gefundenen Coccus, stimmt aber hierin in einzelnen Punkten nicht gauz überein. »
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE DU CHEVAL
loyers disséminés dans divers continents. Aux Etats-Unis , la maladie est constatée dans les États de New-York, de Pensvlvanie et dans le New- Jersey. L’épizootie de 1847-1849, étudiée par Large dans le Long-Island, cause des pertes considérables.
En Europe, la méningite est surtout observée en Saxe ; à l’heure actuelle, la zone envahie comprend une partie de la Saxe-royaume (capitaineries de Borna, Leipzig, Grimma et Rochlitz) et quelques cantons voisins de la Saxe-province (Mersebourg, Weissenfels et Delitzsch). Les foyers paraissent être de création récente ; l’atïection est signalée pour la première fois, en avril 1878, dans les environs de Zwickau ; elle s’étend peu à peu dans le Yoigtland et, dès janvier 1880, elle est reconnue dans les capitaineries de Zwickau, Plauen, Auerbach et Chemnitz. Les pertes atteignent un chiffre élevé en certaines années ; en 1896, on compte, dans la Saxe-royaume seulement, 1 198 malades, dont 1 018 morts et 96 incomplètement guéris; le district de Borna, centre principal de la maladie (maladie de Borna), fournit à lui seul 382 malades et 302 morts.
En Hongrie , la méningite épizootique est signalée, en 1880-1882, dans quelques villages des environs de Nagy-Mihâly. En Angleterre , la maladie est retrouvée dans l’Essex et dans divers comtés (Wortley Axe, Ilinnebauch). Ekkert la constate en Russie.
Classification des formes. — La « méningite de Saxe » constitue la forme type de l’affection; c’est elle qui est uniquement étudiée dans ce chapitre. On peut considérer comme identiques les méningites cnzootiques observées aux Etats-Unis par Large et Liautard et la maladie hongroise de Kocourek. Par contre, on ne saurait lui assimiler à priori les nombreuses observations de « méningite cérébro-spinale » signalées à l’état sporadique dans tous les pays. Il est certain que des accidents très divers sont décrits sous ce titre et une tentative de groupement ne saurait être basée sur les seules données cliniques.
Certaines formes se rapprochent de la « méningite de Saxe » par leur caractère enzootique (1), Comény (2) décrit, sous le nom de paraplégie infectieuse , une enzootic observée sur des chevaux de troupe; on compte 108 malades (80 juments et 28 chevaux) et 37 morts (34 juments et 3 chevaux); les accidents sont exclusivement d'ordre médullaire; ils évoluent en 2-7 jours; la paralysie débute au niveau des régions postérieures de la moelle; elle gagne d’arrière en avant et la mort arrive, par asphyxie v Les lésions consistent en une congestion intense des méninges, étendue à la région lombaire et, à un moindre degré, aux régions dorsale et
(1) L’assimilation, acceptée par Kriedberger et Frôhner, entre la méningite cérébrospinale et l’affection observée au Caire, en 1874, par Apostolidès et Villoresi, ne supporte pas l’examen; cette dernière constitue une infection de forme septicémique, analogue au typhus de Massaouah.
Voy. Apostolidès. Méningite cérébro-spinale du cheval . Broch., Alexandrie, 1880.
(2) Comény. De la paraplégie infectieuse du cheval. Recueil de méd. vétérin., 1888, p. 230, 288 et 382.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
cervicale. La prédominance de l’affection sur les juments et certaines particularités étiologiques permettent de soupçonner une infection parles voies génitales. L’étude bactériologique ne donne aucun résultat. Rancoule (1) observe une nouvelle éruption de la maladie, dans les quartiersde cavalerie infectés déjà ; il insiste sur la présence d’accidents « primitifs » sur les organes génitaux (œdème de la vulve et catarrhe vaginal). 11 n’est pas douteux que les troubles résultent d'un envahissement microbien, consécutif à une infection par la voie génitale; les résultats négatifs des recherches microbiologiques permettent de prévoir qu’il s’agit d'une maladie spéciale, différente de la méningite cérébro-spinale.
La question des rapports existant entre la méningite de Saxe et la « méningite cérébro-spinale vraie » de l’homme (2) est mieux documentée. Le diplocoque de Johne présente des caractères semblables à ceux du microbe de Jager et celui-ci considère les deux formes comme identiques. L’inoculation dans les méninges de la chèvre de l’un ou de l’autre diplocoque produit des effets analogues (Heubner, Johne). L’action exercée est cependant différente chez l’homme et chez le cheval ; alors qu’il existe chez le premier des lésions inflammatoires et des signes d’intoxication, l’inflammation fait défaut chez le cheval et des signes d’intoxication spécifique sont seuls constatés (3). L’analogie des infections n'en est pas moins évidente et l’on peut admettre, avec Johne, que les différences observées tiennent aux modes différents de la réaction desorganismes.
Étude clinique.
Symptômes. — La maladie est précédée parfois par des troubles digestifs (diminution de l’appétit, coloration jaunâtre des muqueuses, bâillements, état pâteux de la bouche), par de la polyurie, de la somnolence et de la paresse au travail.
Le début est brusquement annoncé par des frissons, suivis aussitôt de l’apparition des signes de la méningite subaiguë. Après une courte période d’excitation, indiquée principalement par de l’hyperesthésie cutanée, le malade devient somnolent et comateux. Il est indifférent à ce qui l’entoure; la tête est appuyée sur le mur de face ou dans l’auge; le regard est éteint; les mouvements sont pénibles et difficilement obtenus; les membres traînent sur le sol ; les muscles semblent avoir perdu en partie leur contractilité ; la queue, complètement inerte, est déplacée sans résistance. A certains moments, des accès de
(1) Rancoule. La paraplégie infectieuse au %8e dragons. Recueil sur l'hygiène et la méd. vétér. militaires, t. XV11I, 1896, p. 249.
(2) On sait qu’il existe chez l’homme des formes multiples de méningites cérébrospinales. En outre du diplocoque de Weichselbaum, on a retrouvé dans les lésions les streptocoques pyogènes, le bacterium coli, le pneumocoque...
(3) Johne remarque avec raison que l’expression de « méningite » ne convient nullement pour désigner la maladie.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE DU CHEVAL
vertige se produisent; on perçoit des frémissements musculaires, des grincements de dents; le malade se précipite en avant ; il grimpe dans 1 auge et se blesse contre les corps environnants. Le coma s'accentue ; la temperature oscille autour de 39°; rarement, elle s’élève jusqu'à 41°; le pouls reste normal, sauf pendant les accès; les muqueuses sont légèrement jaunâtres ou fortement injectées.
Des troubles locaux de l’innervation sont observés en diverses régions ; ils aboutissent dans tous les cas à la paralysie. On remarque des tremblements fibrillaires ou des contractions cloniques des muscles des lèvres, des paupières, de la face, des oreilles. Les masséters sont contracturés. Les mâchoires sont à peine écartées ; la préhension des aliments et la mastication deviennent pénibles. L’animal saisit quelques brins de fourrage qu’il rejette après des tentatives réitérées de déglutition ; les signes observés sont identiques à ceux du trismus tétanique. Souvent, la contracture est telle que les mâchoires ne peuvent être séparées ; les mouvements sont indiqués seulement par des grincements de dents. Les muscles du cou sont presque toujours atteints : la contracture porte de préférence sur les muscles extenseurs de la tête; celle-ci est portée en haut, tandis que le bord supérieur de l’encolure se creuse vers la région moyenne (cou de cerf, Genickkrampf) ; parfois, la tension prédomine d’un côté et la tète est ramenée latéralement; en quelques cas, les muscles d’un seul côté sont fortement contractés ; l’extrémité de la tète vient toucher le thorax en arrière de l’épaule. Des accidents semblables sont étendus, par exception, au niveau des masses musculaires du dos ; ils n’aflectent guère les autres régions du tronc cl des membres.
L’attitude du malade est significative ; dans l’intervalle des accès, il reste immobile, indifférent. Forcé à se déplacer, il tourne en cercle, décrivant d’abord une circonférence de grand rayon, pour tourner presque sur place à une période avancée. La pupille, contractée au début, est largement dilatée. Les impressions sensorielles sont à peine perçues ; la sensibilité générale est obtuse. Les mouvements sont incoordonnés et des chutes se produisent au moindre obstacle. Il existe de la constipation. L’urine rejetée est de consistance mucilagineuse et de couleur foncée ; elle renferme de l’albumine et des hématies.
Dans une dernière période, des paralysies envahissantes s’établissent graduellement; elles portent sur les lèvres, la langue, le pharynx... L’arrière-main est faible, vacillant ; la parésie fait place à une paraplégie complète ; l'animal tombe et succombe rapidement.
L’évolution est souvent complète en 4-8 jours; en d’autres cas, il existe des rémissions et la mort ne survient qu’après 10-18 jours. Des complications diverses sont observées, telles que des fractures des os des membres ou de la base du crâne, pendant les accès de vertige, ou des pneumonies par corps étrangers, dues à la parésie du pharynx et aux troubles de la déglutition.
Le taux de la mortalité s’élève à 75-80 p. 100 des malades. La guérison
MÉNINGITE CÉRÉRRO-SPINALE.
n'est complète que chez 10 p. 100 environ des survivants; parmi les accidents persistants, les plus fréquents sont l’immobilité, la parésie du train postérieur et l’amaurose.
Lésions. — Les lésions essentielles portent sur les méninges; elles sont localisées au niveau du cerveau, de la moelle allongée et de la région cervicale antérieure de la moelle. La dure-mère n’est pas altérée. Les espaces arachnoïdiens renferment un liquide abondant (jusqu’à 150 grammes), clair, de teinte jaunâtre (1) ; l’examen microscopique montre quelques cellules endothéliales, associées ou non à un petit nombre de leucocytes et de globules rouges. Les vaisseaux de la pie-mère sont distendus au niveau de la base du cerveau, de la moelle allongée et jusqu’au niveau des deuxième ou troisième vertèbres cervicales. On voit, en quelques points, des dépôts gélatineux dans le voisinage des vaisseaux. La substance nerveuse, légèrement infiltrée par l’œdème, est de consistance un peu molle ; l’hypérémie n’est pas constante et le tissu est trouvé aussi « franchement anémié » (Johne). Les troncs d'origine des nerfs sont intacts. L’examen histologique n’a pas été pratiqué jusqu'ici.
11 n’existe aucune altération viscérale constante. En quelques cas, on rencontre les lésions de l’asphyxie ou d’une pneumonie par corps étrangers.
Diagnostic. — La maladie est caractérisée parla coexistence d’accidents d’ordre cérébral et de contractures musculaires, suivis de paralysies envahissantes. La congestion cérébrale^) et la rage ne s’accompagnent point de contractions toniques des muscles ; par contre, le tétanos ne provoque point de crises convulsives analogues à celles qui sont observées ici. Le vertige abdominal, qui se rapproche de la maladie à plusieurs points de vue, est différencié par l’absence des contractures el par la coexistence des coliques.
Étiologie. — Étude expérimentale.
La contagion ne joue qu’un rôle insignifiant ou nul dans la genèse de la maladie; le plus souvent, un seul cheval est frappé dans une écurie; la pluralité des accidents dans un même milieu est suffisamment expliquée par l’influence des mêmes causes agissant dans des conditions semblables. La plupart des vétérinaires n’ont jamais observé un fait précis pouvant faire croire à la transmission (2).
Certaines circonstances étiologiques soûl évidentes. La méningite est
(1) Tandis que Siedamgrotzky trouve dans le liquide une forte proportion d’albumine (G, 55 p. 100 en moyenne), d'autres observateurs ne rencontrent qu’un taux de 2,2G à 3,20 p. 100. Johne constate, dans trois cas, 0,035, 0,078 et 0,102 p. 100. Il n’est pas douteux qu’il s’agit, dans presque tous les cas, d’un transsudât et non d'un exsudât inflammatoire.
(2) Quelques observations tendant à démontrer la contagion sont cependant rapportées. La maladie apparaît dans une écurie après l'introduction d’un malade; plusieurs fois le voisin d’un cheval affecté est atteint à sou tour (Peltz, Noack) ; la transmission par
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE DU CIIEVAL
avant tout une « maladie à foyers ». Si quelques cas sont rencontrés à l'état sporadique, en toutes les régions, la présence de centres d inlection est nettement exprimée par l'histoire des enzooties saxonnes; en Amérique, la maladie est constatée dans certains comtés seulement et dans les mêmes localités. La gravité des enzooties varie d'une année à l’autre ; de même que pour toutes les infections d’origine tellurique, des poussées sont observées à des intervalles irréguliers. En Saxe, la méningite
sévit gravement en 1880, de 1883 à 1880, de 1800 à 1893, en 1895 et en 1896.
L’influence des saisons est assez nette; la méningite est surtout fréquente au printemps; les plus hauts chiffres sont fournis par les mois de mars, avril et mai ; le nombre des malades diminue peu à peu pendant l'été et l’automne, pour tomber au taux le plus bas pendant les mois d’hiver. Les autres intluences étiologiques sont peu évidentes; on incrimine le séjour dans des écuries humides, mal aérées et malpropres, l'alimentation avec le sainfoin ou le seigle, la consommation de fourrages moisis ou vasés...
Tout ce que l'on sait tend à montrer que la méningite procède d’une infection directe par des agents saprophytes, répandus dans les milieux ambiants. Les germes sont recueillis directement à la surface des sols ou ils sont apportés aux animaux avec les eaux, les fourrages et les litières. Les modes de la pénétration dans les organismes et de l'envahissement des centres nerveux sont indéterminés jusqu’ici.
La maladie est difficilement obtenue par l’inoculation des cultures. Siedamgrotzky et Schlegel reproduisent une méningite violente chez le cheval par une injection dans la dure-mère; les coccus sont retrouvés à l'état de pureté dans les exsudais (?). L'injection intra-veineuse provoque chez un cheval de l’immobilité; chez un autre, on constate quelques troubles cérébraux et les microbes sont présents dans le liquide céphalorachidien. Le lapin et la souris restent indifférents aux divers modes de l’inoculation.
Les constatations de Johne apportent encore quelques documents sur l’étude expérimentale de la maladie. L’inoculation du Diplococcus inlracellularis dans le péritoine du cobaye tue en trente-six heures, par intoxication ; les microbes sont retrouvés dans l’exsudât péritonéal, dans la rate et dans le sang. L’injection à la chèvre d’une culture obtenue avec le transsudai péritonéal d'un cobaye, dans les méninges de la région lombaire, entraîne de la paralysie et tue en trente-six heures, avec des lésions de méningite spinale fibrino-purulente, à caractère hémorragique (?); une seconde chèvre, inoculée dans les méninges cervicales, présente les troubles typiques et les lésions de la méningite cérébro-
l’intermédiaire de la salive, des harnais... ou par le séjour dans une écurie infectée est également mentionnée... Ces exemples restent exceptionnels; ils n’ont qu'une valeur probante insuffisante, étant donnée la fréquence de la maladie dans les villages saxons où ils ont été recueillis. Des centaines d’observations démontrent que la contagion est peu à craindre, et qu’elle ne se produit point alors que toutes les circonstances favorables paraissent avoir été réunies.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
spinale; les exsudais renferment en grand nombre les diplocoques, libres ou inclus dans les cellules. L’inoculation d’une culture au cheval, sous la dure-mère de la région de la nuque, provoque chez un premier animal une évolution typique de la maladie ; tous lesaccidents sont encore marqués vers le septième jour et il existe une fièvre élevée ; ils diminuent ensuite d’intensité et le malade survit. Chez un second cheval, le liquideinjecté reflue par la canule et l’on produit seulement de la fièvre et un état de dépression nerveuse qui persistent pendant 3-4 jours. L’inoculation intra-veineuse ne détermine qu’une fièvre passagère.
Le microbe exerce une action spéciale sur la circulation locale et sur les centres nerveux. Johne insiste sur ce point que l’on constate exclusivement de l'intoxication des tissus, sans réaction inflammatoire. On peut supposer que, en outre des troubles circulatoires provoqués, il se produit une imprégnation directe des cellules nerveuses par les toxines sécrétées.
Traitement. — Prophylaxie.
Les nombreuses médications employées ne donnent que des résultats •douteux ou nuis. Les révulsifs sont généralement conseillés ; on recommande également les applications froides (irrigation, sachets glacés) sur le crâne et sur la nuque. Le chloral, le bromure et l’iodure de potassium, la belladone, le calomel, les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, la pilocarpine, la strychnine,... les injections intra-veineuses de chlorure de baryum... ont été utilisés sans avantages évidents. Les laxatifs, les diurétiques, les lavements froids,... sont indiqués dans tous les cas.
Les indications prophylactiques comportent le nettoyage et l’aération des écuries. On évitera le séjour des eaux et des fumiers; les sols en terre ■seront « refaits » ou remplacés par un béton à la chaux. Les eaux des mares, les fourrages vasés seront proscrits de l’alimentation. L’évacuation des locaux et le séjour des animaux en plein air seraient indiqués si plusieurs cas étaient observés dans un même milieu.