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CHAPITRE XXVII

DOURINE

La dourine est une maladie contagieuse, spéciale aux équidés, transmissible par le coït, exprimée par des altérations qui portent principalement sur le système nerveux central.

Historique (1). — On admet en général, d’après Hertwig, que la dourine a été constatée pour la première fois en Europe, en 1816, au haras de Trakehnen. Il n’est pas certain cependant que la maladie décrite par Ammon soit la dourine et les premières descriptions exactes sont données, -en 1821 seulement, par les vétérinaires hanovriens Ilavemann, Hausmann •etPfannenschmidt qui observent l'affection, de 1816 à 1820, dans le haras de Celle.

De 1821 à 1838, la dourine est signalée en Bohème, en Hongrie et en Styrie. Partout on constate sa transmission par le coït, en même temps que ses analogies avec la syphilis, et elle reçoit le nom de « maladie vénérienne du cheval ». Cependant Hausmann remarque déjà que la dourine est tout autre que la syphilis humaine et Knauert (1837) insiste sur les différences symptomatiques essentielles qui existent entre les deux maladies. Dès ce moment, l’étude clinique de l'affection est complète. Ammon (1833), insistant sur les phénomènes paralytiques ultimes, propose le nom de « maladie nerveuse insidieuse du cheval » ( schleichende Nervenkrankheit) et von Ilaxthausen distingue dans l’évolution les trois périodes restées classiques : 1° accidents inflammatoires locaux ;2o troubles lymphatiques et nerveux; 3° phénomènes paralytiques. En 1847, Hertwig (2) différencie nettement la dourine de la « maladie bénigne du coït », caractérisée par la présence de vésicules sur la muqueuse génitale de l’étalon et de la jument; désormais, la première est désignée sous le nom de « maladie du coït » (Beschâlkrankheit) et la seconde sous celui d’ « exanthème coïtai » ( Blaschenausschlag ) (3).

(1) Hertwig. Ueber die Bescliülkvanlcheit derPfcrde. Magazin f. Thicrheilk., 1842, p.2G9; Trad. in Recueil de méd. vét., 1852, p. 897. — Dieckerhopf. Lehrbuch der speciellen Pathologie, t. I, p. 393.

(2) Hertwig. Zur Beschülkrankheit. Magazin fur Thierheilk., 1847, p. 373.

(3) L'expression à' exanthème coïtai, imposée par les traducteurs français, est à la fois inexacte et impropre, l'éruption se montrant fréquemment en dehors du coït. 11 serait préférable de revenir h la dénomination d 'éruption vésicideuse, équivalent littéral du terme employé par Hertwig.

DOURINE.

De 1836 à 1838, la dourine cause de grandes pertes dans les haras de la Silésie et dans la province de Posen, où elle est bien étudiée par C. Rodloff. En 1838, elle est reconnue par Bonora, de Milan, dans la Lombardie, tandis qu’elle continue à sévir dans les haras de la Hongrie, de la Styrie ctdela Bohême, où elle est observée parPillwax et par Maresch.

La dourine est signalée pour la première fois en France, en 1851, au haras de Tarbes, où elle est importée par l’étalon syrien Méhédy; elle est. étudiée par Yvart et Lafosse et par une commission départementale. Le loyer de la contagion reste étroitement circonscrit et il est complètement éteint dès 1854; 127 juments sont infectées; 52 succombent. En 1861, la dourine est apportée de nouveau à Tarbes par un étalon arabe, Chibin, acheté en Syrie l'année précédente. Bien observée par Trélut, la maladie reste localisée et elle disparaît peu après.

De temps à autre, la dourine est importée dans les Basses-Pyrénées, par des juments qui ont passé l’été à la montagne, dans les pâturages de la frontière, communs aux deux pays, et qui ont été saillies par des étalons espagnols infectés. La maladie n’atteint qu’un petit nombre de sujets, en raison des conditions d’élevage particulières à la région ; au moment oii les juments infectées descendent de la montagne, la saison de la monte est passée ; elles restent séquestrées par la neige pendant tout l’hiver; au printemps suivant, les survivantes sont trop malades pour qu’on songe à les faire saillir; elles meurent sans avoir créé un véritable foyer et la maladie s’éteint sur place. Cependant, en 1886, on observe une petite épizootie dans le canton d’Accous ; 4 étalons et 34 juments sont atteints; la séquestration rigoureuse des malades suffit pour éteindre le foyer (1).

En Algérie, la dourine est étudiée à diverses reprises par les vétérinaires militaires français. Dès 1847, Signol (2) observe un foyer considérable dans la province de Constantine; 600 chevaux ou juments, appartenant à la tribu des Rigas, succombent à la dourine. Viardot, Merche, Laquerrière... décrivent ensuite la maladie.

De 1875 à 1881, la dourine est signalée dans les haras hongrois ; le professeur von Thanhofier, de Buda-Pesth, fait des recherches intéressantes sur l’anatomie pathologique et notamment sur l’histologie des lésions médullaires.

L’étude de la maladie est reprise en France, sur des chevaux expédiés d’Algérie dans les Écoles vétérinaires, par Saint-Cyr (3) et par Trasbot(4) qui publient d’intéressantes observations. Laquerrière (5) s’efforce, dans

(1) Nocahd et Peucii. Rapport à M. le ministre de l' agriculture, in Aide-mémoire du vétérinaire de J. Signol. Paris, 1894, p. 608.

(2) Signol. Note sur une paraplégie épizootique. Recueil de méd. vét., 1854, p. 127.

(3) Saint-Cyr. La dourine. Journal de méd. vétér., 1878, p. 15,... 451.

(4) Tkasbot. Mémoire sur la dourine. Archives vétér., 1878, p. 722-801.

(5) Laquerrière. Quelques considérations sur la syphilis équine. Recueil de méd. vét., 1877, p. 1041. Delà syphilis équine. Recueil d'hygiène et de méd. vétér. militaires, 1876. De la syphilis équine. Presse vétér., 1883, p. 652, et 1884, p. 102 et 376.

ÉPIDÉMIOLOGIE.

une série de travaux, d’établir la nature syphilitique delà dourine. Plus récemment, Biaise (1) fournit des documents nouveaux sur certaines formes cliniques peu connues (évolution aiguë) ; il rapporte en meme temps les résultats de quelques tentatives de transmission expérimentale. Entin, Nocard (2) constate la virulence constante des parties ramollies de la moelle épinière, ainsi que l'inoculahilité au chien.

Nature de la maladie. — La dourine présente, quant à ses symptômes et à son étiogénie, une certaine ressemblance avec la syphilis humaine ; les premiers observateurs qui l’ont étudiée ont fait aussitôt ce rapprochement, sans toutefois admettre autre chose qu’une analogie de forme.

Depuis, l’identité des deux maladies est affirmée à diverses reprises ; certains pensent que la dourine n’est que la syphilis de l’homme, transmise aux équidés par des rapports de bestialité. Cependant la transmission expérimentale de la syphilis au cheval ou à l’àne, tentée par de nombreux expérimentateurs, n’est jamais obtenue, quels que soient les modes de l’inoculation. Un autre fait, plus probant encore, suffit à démontrer la nature différente des deux maladies ; les spécifiques de la syphilis, le mercure et l’iodure de potassium, n’ont aucune action contre la dourine. Les accidents initiaux des deux affections sont d’ailleurs tout à fait différents et les analogies établies à ce point de vue sont manifestement forcées.

L’identité de la dourine et de la morve, un instant soutenue, ne mérite plus d’être discutée à l’heure actuelle.

Si la nature du virus reste encore inconnue, on peut affirmer au moins qu’il s’agit d’une affection spécifique et microbienne. La connaissance de la virulence des lésions médullaires et de l’inoculahilité au chien facilitant l’étude expérimentale, il est permis d’espérer que de nouveaux progrès seront bientôt réalisés dans l’étude de la maladie.

Épidémiologie. — Fréquence. — En Europe, la dourine a été observée à l'état d’épizooties permanentes en Russie, en Allemagne, en Suisse, en Autriche-Hongrie et dans le nord de l’Espagne (Nocard et Peuch). La maladie n’a fait que de courtes apparitions en France et en Italie; l’Angleterre et la Belgique paraissent être restées indemnes à toutes les époques.

(1) Blaise. Les maladies vénériennes du cheval. Bull, de la Soc. centr de méd vét 1889, p. 872.

(2) Nocard. Inoculation de la dourine. Comptes rendus de l'Acad. des sciences 25 janvier 1892.

DOURINE.

La dourine a disparu depuis longtemps de l'Allemagne et de la Suisse; les derniers cas ont été observés en Bohème, en 1878. A l'heure actuelle, 1 affection n’est plus signalée que de loin en loin dans certains districts de la Hongrie (6 cas en 1890, 3 en 1891, 7 en 1892, 4 en 1894, 12 en 1896). Peut-être sévit-elle aussi dans le sud de la Russie. L'Espagne et la Turquie sont infectées à coup sûr, mais l'on ne possède aucun renseignement sanitaire pouvant faire prévoir l’étendue de la contagion.

L’importation de la dourine est d’ailleurs peu à craindre pour les nations qui possèdent une organisation sanitaire, même rudimentaire. En 1887, la maladie se montre en Vénétie, sur la frontière autrichienne, et elle ne lait qu’une courte apparition. En 1873, en 1886 et 1890, on constate quelques cas en France, dans les Basses-Pyrénées ; les foyers sont aussitôt éteints.

Dans le nord de l’Afrique, la dourine est connue de toute antiquité; elle sévit encore en permanence dans le Maroc , dans la régence de Tripoli et dans le sud de Y Algérie. Chassée peu à peu des régions soumises à la juridiction française, la maladie est entretenue dans les tribus indépendantes de l’extrême Sud, d’où elle est rapportée de temps à autre. La dourine est observée chaque année dans la province de Constantine; elle atteint parfois les étalons de l'État.

En Asie, la maladie est enzootique en Sgrie et sans doute en Perse et dans toute l’As/e Mineure.

En Amérique, la dourine (?) est constatée, en 1886, aux États-Unis , dans l’Illinois ; l’infection est attribuée contre toute justice, par les autorités locales, à l’importation d’un étalon français. Au Chili, l’affection, restée méconnue jusqu’en ces dernières années, sévit en certaines provinces (Monfallet).

Étude clinique.

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