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I. — Symptômes

La marche ordinairement lente de la maladie et la succession à peu près régulière des symptômes permettent de reconnaître trois périodes dans son évolution. Une première phase est caractérisée par l’existence d’altérations limitées aux organes génitaux ; une seconde, par la coexistence d’accidents cutanés et ganglionnaires ; une troisième, par la présence de lésions du système nerveux central.

a) Première période. — Les signes qui marquent le début de l’infection doivent être étudiés successivement chez le mâle et chez la femelle.

L Male. — Les premiers troubles n’apparaissent que quinze à

(1) Lafosse. Maladies vénériennes des solipèdes. Journ. des vét. du Midi, 1860, p. 606. — Laquerrière, Saint-Cyr, Trasbot, Blaise. Loc. cil.

vingt jours après le coït infectant ; ils consistent en un engorgement œdémateux, tantôt localisé à la partie déclive du fourreau, tantôt étendu aux testicules et à la paroi abdominale inférieure. Les caractères de l’engorgement sont variables ; souvent l’œdème est purement passif, froid, indolore ; parfois, au contraire, il est nettement inflammatoire, chaud et douloureux. Les œdèmes, permanents ou intermittents, persistent en différents points, ou bien ils disparaissent complètement.

L’examen du pénis montre un certain degré d’infiltration, appréciable notamment vers l’extrémité libre. Pendant l’érection, le champignon parait plus volumineux. La muqueuse uréthrale est enflammée vers l’orifice du tube; le tissu sous-muqueux est infiltré; parfois, la muqueuse est renversée à l'extérieur, sous la forme d’une saillie polypeuse. La surface du pénis présente en quelques cas des taches rouges, des érosions ou des éruptions diverses; mais ces lésions ne sont ni constantes, ni essentielles et leurs caractères sont extrêmement variables (1). Les testicules et le cordon, plus ou moins engorgés, sont douloureux à la pression. Les ganglions inguinaux sont légèrement infiltrés.

A une période plus avancée, les symptômes se modifient; les engorgements se densifient et deviennent indolores; un bourrelet circulaire volumineux, dur, tendu, persiste à l’endroit où le fourreau .se continue avec la muqueuse; la con striction exercée est telle, chez quelques malades, qu’elle détermine la mortification de l’extrémité libre du pénis. La miction est douloureuse; l’animal se campe, trépigne et rejette une faible quantité d’urine. L’ardeur génésique persiste; mais le coït est rendu difficile par le volume anormal du champignon et par la douleur que l’animal ressent au moment de la pénétration dans le vagin.

(1) La non-spécificité des éruptions est démontrée à la fois par leur inconstance et par la variabilité de leurs caractères.

Jusqu'en 1847, la dourine reste confondue avec l’exanthème coïtai et des éruptions sont attribuées à la dourine qui n’ont rien de commun avec la maladie. Depuis, les auteurs qui ont observé la dourine insistent pour la plupart sur le peu de valeur diagnostique des altérations locales, chez l’étalon et chez la jument. Rodloff observe seulement des taches rouges sur le pénis, rarement des vésicules et des ulcérations superficielles ; les vésicules sont rares sur le vagin, et jamais on ne voit d’ulcérations. Maresch en Bohème, rencontre plusieurs fois des ulcérations sur la muqueuse du vagin et von Thanhoffer signale la présence, en de nombreux cas, d’ulcérations ou de plaques colorées sur la même muqueuse. Trasbot trouve, sur le pénis, des papules hémisphériques, suivies d’ulcérations confluentes. Laquerrière décrit, sur la muqueuse vaginale, des ulcérations à bords taillés à pic, « ne paraissant intéresser que l’épiderme ».

Bar contre, Yvart et Lafosse signalent l’absence fréquente de toute lésion dans la dourine; ils insistent sur la banalité des éruptions chez les reproducteurs à l’époque de la monte. Signol et Biaise n’ont jamais rencontré d’altérations locales.

DOURINE.

Les symptômes généraux n’ont pas de signification précise. L’appétit est conservé et l’on constate cependant un amaigrissement progressif et de l’émaciation des muscles, portant principalement sur le train postérieur ; la croupe devient anguleuse ; la corde du flanc se dessine, ainsi que la « raie de misère ». En môme temps la colonne vertébrale est voussée en contre-haut (dos de mulet). Les reins sont sensibles ; l’animal s’affaisse brusquement sous la pression ou le pincement, ou bien il réagit et « fait le gros dos comme un chat en colère » (Trélut).

IL Femelle. — Les premiers accidents se montrent cinq ou six jours après le coït; les lèvres de la vulve, — ou plus souvent l’une d’entre elles seulement — sont tuméfiées, œdémateuses; la muqueuse revêt une teinte rouge vif. L’œdème gagne le périnée et les parties déclives. Par la commissure inférieure de la vulve s’écoule un mucus clair, qui devient, après quelques jours, très abondant, filant, gluant et jaunâtre (1); la muqueuse, recouverte de taches rouges, est épaissie en certains points ; elle peut être le siège d’éruptions diverses qui, non plus que chez le mâle, ne présentent rien de caractéristique. Ces lésions sont accompagnées d’une sensation de prurit intense; la jument prend les allures des bêtes nymphomanes; elle agite constamment la queue, se campe et rejette quelques gouttes d’urine, tandis que des contractions répétées font saillir le clitoris.

Après quelque temps, l’aspect des lésions se modifie. L’œdème envahit parfois les mamelles et la face interne des cuisses ; il est froid et indolore. Au niveau des taches rouges primitivement observées sur la muqueuse, une exfoliation épidermique laisse à nu des plaques cicatricielles blanchâtres, peu étendues, à contours irréguliers (taches de crapaud). Il existe, comme chez le mâle, de l’amaigrissement; les reins sont voussés en contre-haut.

b) Deuxième période. — Cette phase est marquée par une aggravation des symptômes généraux et par l’apparition de quelques accidents particuliers.

L’animal est affaibli ; on note divers troubles de l'innervation, tels que des paralysies, momentanées ou persistantes, des muscles de l’oreille, des lèvres, de l’œil..., une sensibilité anormale de la région lombaire, des frémissements cutanés... Un signe assez constant consiste en un affaissement spasmodique du train posté-

(1) Ce symptôme, généralement signalé par les auteurs, n'est pas constant. Maresch n’a rencontré le catarrhe de la muqueuse que dix-sept fuis, sur cent quatre-vingt-dixsept juments observées.

SYMPTÔMES

rieur, avec llexion subite de l'articulation du boulet ; l’accident, observé d’abord à l’allure du trot (faux pas), se produit plus tard au pas et pendant le repos.

Un autre symptôme, d’une haute valeur diagnostique, consiste en l’apparition de plaques cutanées saillantes, arrondies, du diamètre d’une pièce de deux francs à celui de la paume de la main. A leur niveau, la peau n’a contracté aucune adhérence profonde; elle n’est ni chaude, ni douloureuse à l’exploration ; la seule modification subie consiste en un épaississement, avec hérissement des poils de la région. Les plaques peuvent se montrer en toutes les régions du tronc, mais elles évoluent le plus souvent en arrière des épaules, sur la croupe, aux lianes... Leur mode d’apparition est irrégulier ; tantôt elles se montrent successivement, à des intervalles variant de un à plusieurs jours ; tantôt elles apparaissent en même temps en tous les points. L’évolution est rapide ; développées en 24-36 heures, les plaques persistent pendant 5-8 jours, avec les mêmes caractères, pour disparaître en quelques heures. Aucune altération ne subsiste ; toutefois la peau reste sèche à leur niveau si l’on provoque la sudation. Ces plaques cutanées arrondies constituent le seul symptôme pathognomonique de la dourine.

Les ganglions lymphatiques sont engorgés dans toutes les régions; ils sont volumineux, indolores, ramollis, infiltrés; ces caractères persistent sans aboutir à l’induration.

Des signes accessoires sont observés chez quelques malades. Ün constate du catarrhe bronchique, permanent ou intermittent, ou encore une toux sèche, quinteuse, due sans doute à une compression des pneumo-gastriques par les ganglions tuméfiés; elle persiste pendant dix à trente jours, pour disparaître momentanément ou définitivement. On observe assez souvent chez les étalons du prurit cutané, généralisé ou limité à quelques régions (1). Quelques sujets présentent des engorgements inflammatoires des synoviales articulaires ou tendineuses; chez d’autres, des boiteries se manifestent, dues, semble-t-il, à des douleurs musculaires.

La faiblesse des malades va toujours croissant; l’amaigrissement progresse; les muscles de l’arrière-train sont émaciés; les animaux restent longtemps couchés; ils se relèvent difficilement et la station prolongée paraît pénible. La démarche est mal assurée ; la croupe oscille sous une légère pression ; les membres rasent le sol pen-

(I) Le vétérinaire autrichien Strauss proposait pour la dourine la dénomination de « maladie du prurit » [J uckkrankheit) . D’après Rüthe, le prurit se produit aussi chez les juments et il est localisé de préférence en arrière des épaules.

DOURINE.

(lant la marche. Exercé au trot, l’animal butte à chaque instant; de temps à autre, un membre lléchit brusquement au moment de l’appui. Le cabrer est difficilement obtenu. Chez l’étalon, les érections sont lentes, courtes et incomplètes; souvent, le coït ne peut être effectué. Les juments avortent la plupart du temps.

c) Troisième période. — Dans cette période ultime, les accidents d’origine médullaire prédominent. La marche est hésitante; les membres traînent sur le sol; le cabrer est impossible. L’appétit est presque nul ; les muqueuses ont une teinte rose pâle; des œdèmes envahissent les parties déclives. L’urine est épaisse; la quantité d’urée, qui oscille normalement entre 12-15 grammes par litre, atteint jusqu’à 34-39 grammes; la proportion des sels de chaux est également augmentée ; dans quelques cas, le liquide renferme une forte proportion d’albumine (Saint-Cyr).

Bientôt la parésie musculaire est telle que le malade ne peut se relever sans aide; des paralysies locales persistent en quelques régions. Enfin la paraplégie s’établit complètement et l’animal tombe pour ne plus se relever. 11 peut rester une quinzaine de jours en position décubitale, la sensibilité et la contractilité musculaire persistant encore, mais considérablement affaiblies. La mort arrive vingt à trente jours en moyenne après le début de la paralysie.

La durée de l’évolution varie entre huit mois et une ou deux années; certaines formes, à marche rapide, se terminent par la mort en deux à trois mois, à la suite d’accès de vertige (Biaise). Des complications dues au décubitus prolongé, ou des fractures des os des membres abrègent la durée de l’affection. Il est à remarquer que la température reste normale à toutes les périodes. La guérison est exceptionnelle ; chez quelques animaux, l'évolution paraît enrayée pendant un certain temps ; puis, après un à trois ans, les malades présentent des accidents médullaires et ils succombent en quelques semaines.

Les observations de Biaise tendent à démontrer que, contrairement à l'opinion accréditée, la marche est plus rapide chez la jument que chez l’étalon. Chez l'âne et chez l’ânesse, l’évolution de la dourine est lente ; les accidents restent discrets et il est rare que les animaux succombent.

IL — Lésions.

En outre des accidents spécifiques observés sur les organes génitaux et sur le système nerveux central, il existe des altérations bruyantes, secondaires ou accessoires.

I. Certaines lésions accessoires expriment les complications qui interviennent pendant les dernières périodes de la maladie ; on rencontre ainsi les signes de l’asphyxie, de la pneumonie ou de l’infection purulente.

La peau est intimement adhérente en toutes les régions; le tissu conjonctif paraît à la fois raréfié et densifié. Un simple épaississement indique les points où se sont développées les plaques cutanées ; à ce niveau, le tissu conjonctif est infiltré de cellules rondes qui obstruent les acini des glandes sudoripares. Sous la peau, des exsudats gélatiniformes, peu étendus en surface, pénètrent dans les interstices des muscles et autour des vaisseaux et des nerfs. Les muscles sont pâles et émaciés ; ces modifications s’accusent davantage au niveau des masses de l’arrière-main et lors d évolution lente; les altérations de la fibre musculaire n’ont rien de spécifique ; elles sont dues uniquement à l’inertie fonctionnelle. La graisse a totalement disparu. Les os sont fragiles; leur substance spongieuse est friable, de coloration foncée en certains points, imprégnée dans d’autres par une matière gélatineuse ; la moelle osseuse est diffluente, de couleur foncée. Les séreuses articulaires, injectées, renferment une synovie trouble, de teinte rosée. Les cartilages articulaires se montrent ramollis et recouverts d’érosions.

Les viscères ne présentent aucune altération spécifique. Il existe de la stase fécale dans le rectum et le côlon flottant. Les reins sont le siège d’une congestion passive; le bassinet renferme un mucus épais. On rencontre un exsudât séreux dans les plèvres et dans le péricarde. Le myocarde est pâle, ramolli et friable.

IL Les ganglions Igmphatiques, volumineux, infiltrés, ramollis, laissent échapper, sur la coupe, un liquide citrin. Limitées d’abord aux groupes ganglionnaires de la cavité abdominale et du train postérieur, les altérations gagnent peu à peu en avant; tout le système lymphatique est envahi dans les formes à évolution lente. L’examen d’une coupe montre des foyers gris foncé, dus à des reliquats d’hémorragies capillaires (von Thanhoffer).

III. Les organes génitaux présentent quelques modifications persistantes. Chez le mâle, la gaine vaginale renferme une petite quantité d’un liquide albumineux, tenant en suspension quelques coagula de fibrine. Des néomembranes inflammatoires réunissent les feuillets au niveau de l’épididyme (Martinet). Le testicule est petit, mou ; sa substance propre est remplacée par du tissu conjonctif infiltré. La muqueuse du pénis ne montre aucune trace de lésion ancienne. Chez la jument, la muqueuse du vagin est

Nocard et Leclainche. — 2e édit. 54

DOURINE.

parfois épaissie en quelques points et marbrée cle taches décolorées.

IV. Les altérations du système nerveux portent principalement sur la moelle. 11 existe, en quelques cas seulement, de l’épaississement de la dure-mère crânienne, une congestion de la pie-mère encéphalique et, plus rarement encore, de l’hydropisie ventriculaire. Les méninges rachidiennes contiennent un liquide albumineux roussâtre, surtout abondant au niveau des renflements brachial et lombaire; le liquide céphalo-rachidien, abondant, a conservé son aspect normal.

Les lésions médullaires sont localisées en foyers qui siègent de préférence au niveau des régions lombaire et sacrée. Alors que la paralysie a persisté pendant un long temps, la moelle est transformée, sur une longueur variable (jusqu’à 6-8 centimètres), en une bouillie rougeâtre, diffluente. Quand la mort est survenue rapidement, le ramollissement peut manquer; on constate alors une asymétrie très nette et des foyers de dégénérescence pigmentés, situés à la fois dans les deux substances (von Thanhoffer).

L’examen histologique (1) montre que les troubles débutent dans les milieux lymphatiques, au niveau de la substance grise. Les espaces lymphatiques périvasculaires et périneuraux se dilatent, puis se remplissent d’une masse gélatineuse et granulée (état criblé). Le long des tubes nerveux, la névroglie est envahie par de grosses nodosités de couleur jaune, qui paraissent provenir de la myéline; elles rejettent de côté les cylindres-axes et en amènent l’atrophie. Des foyers de ramollissement siègent dans la substance grise, particulièrement dans les cornes antérieures ; ils se transforment en lacunes de plusieurs centimètres de profondeur, dans lesquelles on voit des débris de cellules nerveuses, des cylindres-axes, des vaisseaux sanguins. Les mêmes accidents sont constatés dans la substance blanche. La syringo-myélite de la substance grise creuse parfois, au centre de la moelle, un canal de plusieurs centimètres de longueur.

Les vaisseaux capillaires variqueux de la névroglie se rupturent et donnent lieu à des hémorragies interstitielles. Les cellules nerveuses prennent une apparence fibrillaire; leurs prolongements offrent des renflements moniliformes ou disparaissent par l'effet d’une dégénérescence hyaline d’abord, puis granuleuse et pigmentaire. Des cellules migratrices pénètrent dans les intervalles* des cellules nerveuses et elles envahissent celles-ci. Les racines

(1) L. von Thaniioffek. Ueber Zuchtlahme. Brocli. Buda-Pesth, 1882, et Revue vêt. 1883, p. 92.

DIAGNOSTIC

des nerfs sont altérées à leur tour. Les cylindres-axes s’infiltrent de graisse ou disparaissent et la racine tout entière s’atrophie. Les nerfs eux-mêmes subissent quelquefois la dégénérescence graisseuse.

L’ensemble des altérations montre que les troubles peuvent être rapportés, soit à une myélite hémorragique centrale, soit à une syringo-myélite, soit encore à des altérations de la substance blanche (von Thanhoffer).

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