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III. — Diagnostic

Le diagnostic de la dourine est difficile à porter en dehors des centres habituels de la maladie et en l’absence d’une cause de suspicion. Si un seul animal est atteint, l’affection ne sera décelée que par la succession des accidents propres aux diverses périodes. Si l’on observe une enzootie, les renseignements obtenus et la constatation d’accidents d’âge différent facilitent le diagnostic. La suspicion est légitimée par la constatation de l’œdème de la vulve chez les juments saillies par un même étalon et par la présence de marbrures, violacées ou blanchâtres, sur la muqueuse du vagin. Dans les régions infectées, l’engorgement des ganglions et la sensibilité des reins, coïncidant avec l’amaigrissement, constituent des signes alarmants.

Les accidents locaux, toujours consécutifs au coït, attirent ordinairement l'attention. Or, s’il importe de ne pas méconnaître la dourine, il est fâcheux de lui rapporter des accidents de nature différente, et le diagnostic différentiel est ici particulièrement important. La confusion est motivée toujours par la constatation d’éruptions, localisées aux organes génitaux et apparues après le coït, telles que le horse-pox et l’exanthème coïtai (1). On peut admettre que les éruptions étendues, bruyantes, n’appartiennent jamais à la dourine ; la gravité apparente des lésions de la muqueuse suffit à démontrer leur bénignité réelle. Lors de horse-pox, on trouve sur les animaux récemment infectés des pustules caractéristiques (V. Horse-pox); si l’éruption ne peut être directement et sûrement reconnue, l’inoculation expérimentale lèvera tous les doutes. Les croûtes et les produits recueillis par raclage au niveau des lésions sont triturés dans quelques gouttes d'eau bouillie ; le liquide obtenu

(1) La fréquence de ces erreurs alarmantes a motivé une instruction du Comité des épizooties, adressée en 1800 aux vétérinaires sanitaires. Cette instruction rappelle les symptômes de la dourine pendant ses diverses périodes.

DOURINE.

est inoculé au veau, par scarifications, au voisinage de l’anus ou de la vulve. Trois à six jours plus tard, une belle éruption vaccinale apparaît dans les mêmes points (1). L 'exanthème coïtai est différencié par l’étendue de l’éruption vésiculeuse qui l’exprime ; il est aussi transmissible aux bovidés, mais l’on ne possède pas de documents précis sur les modes de la transmission, non plus que sur les effets de l’inoculation. La morve génitale, extrêmement rare, serait soupçonnée d’après l’aspect nettement ulcéreux des lésions; un contrôle expérimental est encore facile dans ce cas.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — La transmission ordinaire de l’affection par le coït permettait d’affirmer la présence du virus à la surface de la muqueuse génitale. Hertwig transmet la dourine par l’inoculation, sur la muqueuse du vagin, des sécrétions recueillies à la surface de la même muqueuse chez les juments infectées. Biaise réalise l’infection par de simples piqûres à la lancette. L’insuccès des tentatives de nombreux expérimentateurs tend à prouver que la virulence n’existe dans ces produits qu’à certaines périodes de l’évolution.

La lymphe, Y urine, la salive, le sperme , le liquide prostatique n’ont pu transmettre la maladie; mais les difficultés de l’infection expérimentale sont telles que l’on ne peut conclure à leur innocuité certaine. L’inoculation sous-cutanée du sang à la jument aurait donné trois fois des résultats positifs (Biaise).

La virulence de la moelle rachidienne est démontrée par Nocard, en 1892(2). L’inoculation au chien, dans la chambre antérieure de l’œil, de la matière nerveuse prise au niveau d’un point ramolli de la moelle, détermine l’infection chez la plupart des sujets inoculés. Certains succombent en quelques semaines, après avoir présenté de la paraplégie, des monoplégies et un amaigrissement considérable; on trouve chez eux des foyers de ramollissement médullaire, dont la substance est virulente au même titre que celle des chevaux dourinés. D’autres, après être restés longtemps (deux ans et plus) bien portants en apparence, finissent par succomber très amaigris, après avoir manifesté de l’incoordination des mouvements, de la parésie, puis delà paralysie du train postérieur; on

(1) Peucii. Étude du horse-pox simulant la maladie du coït. Revue vétérin., 1880, p. 297 et 345. — Galtier. Horse-pox simulant la dourine. Journal de méd. vétér., 1887, p. 331.

(2) E. Nocard. Sur l’inocula bilité de la dourine. C. R. de l’Ac. des sc., 25 janvier 1892.

PATHOGÉNIE. 853

rencontre, à l’autopsie, de la sclérose diffuse étendue à toute la moelle.

Réceptivité. — Les solipèdes domestiques sont seuls aptes à l’évolution naturelle de la dourine. Chez le cheval, 1 infection est facilement réalisée et rien n’a été observé qui puisse faire admettre une aptitude ou une résistance particulières de certains sujets. La transmission à Y âne est moins sûre et la maladie affecte chez lui des formes moins sévères.

De tous les autres animaux, le chien est le seul qui ait pu être infecté.

Modes de la contagion. — La dourine est transmise par le coït. La démonstration expérimentale de ce mode, déjà donnée par Hertwig, est fournie encore en 1861-1862 par Prince et Lafosse. Sur un total de quinze juments saines livrées à quatre étalons dourinés, dix sont infectées — dont cinq gravement — et cinq restent indemnes. Deux étalons, accouplés avec les juments contaminées, contractent la maladie. Trasbot en 1877, Peuch en 1890, obtiennent également la transmission à des juments en les faisant saillir par des étalons malades.

L'infection est extrêmement rare en dehors du coït; les quelques cas signalés chez des animaux hongres ou chez des femelles vierges sont dus à une contamination indirecte par les instruments de pansage, les harnais, les litières.

Pathogénie. — Le mode d’évolution du virus dans l’organisme est indéterminé. Les érosions épidermiques résultant du coït facilitent la pénétration du contage dans les espaces lymphatiques sousmuqueux. II semble qu’il s’opère sur place une pullulation qui détermine les altérations locales de la première période.

L’incubation est courte; elle a été de huit jours au moins, de quinze jours au plus, dans une expérience de Nocard et Peuch. L'étalon mis en expérience couvre quatre fois la jument infectée, les 25, 26 etol mars et le lor avril 1890; les premiers signes de l'infection apparaissent le 9 avril (engorgement du fourreau); les plaques cutanées ne se montrent que le 15 mai.

Sans doute, le virus progresse lentement, par les voies lymphatiques, pour franchir successivement les masses ganglionnaires, diffuser dans tout l'organisme et cultiver seulement dans quelques milieux d’élection (centres nerveux).

DOURINE.

La pathogénie des accidents cutanés ne saurait être actuellement prévue; la démonstration de la virulence de la moelle témoigne que les lésions nerveuses sont liées à la présence du contage.

Résistance du virus. — On ne possède aucun document sur la résistance du virus aux diverses causes de destruction.

La virulence des moelles provenant de chevaux dourinés se conserve pendant très longtemps après immersion dans la glycérine pure etneutre, suivant le procédé indiquépar E. Rouxpourla moelle rabique (Nocard).

Traitement.

Il n’est aucun spécifique connu de la dourine et le traitement doit tendre à soutenir les forces de l’animal.

Parmi les médicaments conseillés, ceux-là seuls qui ont donné quelque résultat sont des toniques ou des excitants de la nutrition. Trélut obtient de bons effets de l’acide arsénieux (3-6 grammes par jour), associé ou non à l’essence de térébenthine (30 grammes) et au fer réduit (6-9 grammes). On préconise encore l’essence de térébenthine, les ferrugineux, les toniques amers, l’iodure de potassium (Laquerrière). Biaise emploie avec avantage l’acide arsénieux ou l’arséniate de soude, associé à l’arséniate de strychnine.

La castration est conseillée par Knauert, puis par Rodloff, qui lui attribuent une influence heureuse sur la marche des accidents. D’après Biaise, l’opération n’a d’autre effet que de précipiter l'évolution ou de provoquer des rechutes.

Le traitement local des accidents génitaux ne comporte aucune indication spéciale.

C’est aux toniques de toute espèce et surtout à une excellente hygiène que l’on devra recourir; mais les exigences économiques de celle-ci sont telles qu’il est souvent plus avantageux de sacrifier les malades.

Prophylaxie.

Dans un pays indemne, comme la France, la prophylaxie de la dourine se réduit à quelques indications fort simples. Parmi les pays infectés, l’Algérie presque seule expédie en France des reproducteurs ; or les visites sanitaires imposées, au départ et à l’arrivée, se sont montrées jusqu’ici suffisantes et jamais la dourine n’a été importée de nos possessions africaines. L’existence de la maladie en Espagne, dans les zones frontières, constitue une menace pour les solipèdes entretenus dans les pâturages communs (enzooties

LÉGISLATION

de 1886 et de 1890) et elle justifierait quelques dispositions préventives.

L'expérience montre que la dourine est facilement combattue dès que le foyer est reconnu. Une enquête fait connaître les animaux qui ont pu être exposés à la contagion ; ceux-ci doivent être mis en surveillance et écartés définitivement de la reproduction. En raison des rechutes possibles, la surveillance temporaire, prescrite pour les juments par la loi sanitaire, est insuffisante; il serait préférable d’exiger leur abatage, sauf indemnisation, et d’imposer la castration des étalons, quels que soient les effets de l’opération sur la marche de la maladie.

La prophylaxie de la maladie est plus complexe en Algérie où la dourine sévit sur des animaux appartenant aux indigènes et échappant à l’action sanitaire. Les dispositions tendant à protéger les étalons de l’Etat prescrivent de refuser la saillie à toute jument présentant quelque indice de maladie; en outre, les gardes-étalons doivent laver la vulve à l’eau fraîche et à la main, puis enduire d’huile d’olive les lèvres de la vulve ; immédiatement après la saillie, la verge de l’étalon est également lavée. Les étalons doivent être visités avant chaque saillie ; celle-ci est refusée alors que quelque signe suspect (lésions locales, boiteries, plaques cutanées) vient à être constaté.

Législation. — France. — Les animaux atteints sont placés sous la surveillance d’un vétérinaire délégué à cet effet et marqués. 11 est interdit de les employer à la reproduction pendant tout le temps qu'ils sont tenus en surveillance. 11 est en outre défendu de les vendre; toutefois cette interdiction pourra être levée pour les mâles après castration.

A la frontière, les malades sont repoussés après avoir été marqués. Les chevaux entiers malades ou suspects sont admis à l’importation si les propriétaires s’engagent à les faire émasculer dans un délai de quinze jours. (Art. 47, 48 et 70, § 6 du Décret de 188:2.)

En Algérie, en territoire civil, les animaux atteints sont abattus sur l’ordre du maire ou de l’administrateur. Les sujets mâles sont dispensés de l’abatage à cette condition d’être châtrés. (Art. 13 du Décret du 12 novembre 1887.) En territoire de commandement, les dispositions appliquées sont prévues par une ancienne Instruction du ministère de la guerre.

En Allemagne, les animaux affectés sont surveillés et la reproduction leur est interdite. En Autriche, en Hongrie, en Roumanie, la loi ordonne la castration des étalons ; les juments sont marquées au feu el soustraites à la reproduction.

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