‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 146 sur 169 · III. — Diagnostic · texte numérisé non relu

III. — Diagnostic

Le diagnostic d’une affection aussi protéiforme que la rage présente parfois de sérieuses difficultés. L’absence des symptômes cardinaux de la maladie pendant tout ou partie de son évolution, l’analogie des manifestations observées avec celles d’états morbides d’origines très différentes, le peu de précision des signes recueillis à l’autopsie, rendent souvent une confusion possible.

Ces considérations s’appliquent surtout à la rage des carnassiers, et cependant celle-ci ne peut être méconnue sans de graves inconvénients. C’est en même temps à l’étude diagnostique de la rage et à la solution des difficultés qu’elle soulève que doit être consacré ce chapitre. Un premier paragraphe est réservé au diagnostic clinique de la maladie; un second traite du diagnostic expérimental.

§ J. — Diagnostic clinique de la rage.

La rage doit être recherchée soit sur l’animal vivant, soit sur le cadavre, et il convient d’examiner successivement ces deux modes du diagnostic chez les diverses espèces.

a) Rage du chien. — I. Diagnostic sur l’animal vivant. — Les signes qui traduisent la rage à sa période initiale sont trop vagues pour faire reconnaître la maladie ; mais on peut formuler une indication générale : tout chien dont les habitudes et le caractère paraissent brusquement modifiés doit être considéré comme suspect et aussitôt séquestré. L’évolution de la rage est rapide; on sera exactement fixé après deux ou trois jours d’observation.

A la période d’état, la rage est affirmée dans bien des cas après un simple examen ; mais dans d’autres, nombreux aussi, le diagnostic n’est possible qu’après une observation prolongée. Non seulement au début de la rage et pour les formes paralytiques, mais dans la période la plus dangereuse de la forme furieuse, on voit des chiens conduits par leurs propriétaires avec une ficelle, circuler dans les rues, voyager dans les voitures publiques, sans chercher à attaquer et à mordre s’ils ne sont pas provoqués, et sans que leur aspect permette de soupçonner la maladie. Si ces animaux, tranquilles en apparence, sont irrités, laissés au contact d’autres chiens, et surtout s’ils sont mis en cage et abandonnés par leur maître, ils sont pris aussitôt d’un accès de fureur.

DIAGNOSTIC

On peut admettre comme un principe absolu qu’il est impossible d’affirmer à simple vue la non-existence de la rage chez le chien ; toutes les fois qu’un animal est soupçonné, il est indispensable de le séquestrer et de l’observer pendant un certain temps, cette règle de conduite étant indispensable lorsqu’une personne a été mordue. Ce n’est qu’aprcs quarante-huit heures au moins d’une observation rigoureuse, et si aucun fait anormal ne s’est produit, que 1 on pourra certifier que l’animal n’est pas enragé.

Il est évident que, en dehors des cas où leur capture et leur séquestration présentent de réels dangers, les chiens suspects ne doivent être abattus que lorsque le diagnostic est établi. L’autopsie, alors surtout qu’il s’agit d’animaux prématurément sacrifiés, ne donne que des indications insuffisantes ou nulles, tandis qu’une surveillance du malade évite une fâcheuse incertitude (1).

Des états pathologiques nombreux simulent plus ou moins la rage chez le chien.

Les douleurs intestinales provoquent une modification profonde dans l’état des animaux, de la tristesse, du coma et parfois une irritabilité qui se traduit par des défenses et des morsures si les malades sont tourmentés par des personnes étrangères. La coexistence de certains symptômes (vomissements, diarrhée, ictère...) et l’étude de l’évolution de la maladie permettent le diagnostic différentiel. Le séjour dans l’intestin de corps étrangers ou de vers intestinaux , avec ou sans perforation des parois, occasionne une série de manifestations analogues à celles de la rage ; dans quelques cas seulement, des signes suffisamment précis d’obstruction intestinale ou de péritonite aident au diagnostic. La présence de 1 Euslrongglus gigas dans le rein pourrait déterminer des accidents analogues (2 obs. de Lisi). Le développement de cgslicerques dans le cerveau du chien peut provoquer des symptômes rabiformes (Noack). h' épilepsie ne présente avec la rage qu’une ressemblance éloignée; seules, les crises presque continuelles déterminées chez les jeunes chiens par l’helminthiase rappellent les troubles delà rage. Dans ce cas, comme dans le précédent, l'observation des sujets entre les accès permet le diagnostic. Les accidents épileptiformes déterminés par Yacariase auriculaire ont donné lieu plusieurs fois à de regrettables confusions. Les accès se produisent au début de la chasse ; le chien jette un cri aigu ; il bondit, affolé, l’œil hagard,

(1) L’obligation de l’abatage immédiat des suspects, telle qu’elle résulte du second paragraphe de l’article 10 de la loi sanitaire, s’applique aux animaux suspects d’être contaminés, et non à ceux qui sont soupçonnés d’être atteints.

RAGE

l’écume à la gueule, hurlant chaque fois qu’il se heurte contre un obstacle ; puis il tombe, en proie à une véritable attaque d’épilepsie. La soudaineté des accidents, les conditions spéciales dans lesquelles ils se produisent aident au diagnostic; celui-ci est assuré par l’observation des animaux après les accès et par la constatation d’un exsudât abondant et des acares dans le conduit auditif. L 'empoisonnement par la strychnine, fréquent en certaines régions où ce poison est employé à la destruction des « bêtes puantes », donne lieu à des crises convulsives inquiétantes, alors qu’en raison de la faible dose ingérée l’intoxication est lente. La présence des contractions musculaires cloniques et les renseignements recueillis sur la manifestation subite des accidents assurent le diagnostic. Certains irritants cutanés (frictions d’essence de térébenthine, d’essence de moutarde...) produisent des excitations passagères simulant la rage. Les mêmes symptômes ont été observés sur des chiens à la suite de piqûres de guêpes au niveau des lèvres et de la bouche; les animaux succombent et l’on rencontre des corps étrangers dans l’estomac (1). Le rhumatisme aigu occasionne des douleurs vives lors de l’exploration des régions atteintes ; le malade surexcité cherche volontiers à mordre sous le moindre contact (Sarrazin). On constate pendant l’évolution de la maladie des jeunes chiens des accidents nerveux qui simulent de près la rage et qui se terminent comme elle par des paralysies envahissantes. La coexistence d’autres symptômes propres à la maladie des chiens, ainsi que l’évolution ordinairement lente de ces troubles mettront sur la voie du diagnostic. L' excitation génésique prolongée pourrait s’accompagner, chez les males, de manifestations ressemblant à celles de la rage.

Parmi les diverses formes de rage paralytique, la rage mue est la plus facilement reconnue. L’écartement permanent des mâchoires et l’impossibilité de la déglutition appellent l’attention ; le diagnostic est précisé, après quelque temps d’observation, par l’apparition des autres symptômes. La rage mue peut être cependant confondue avec quelques troubles fonctionnels localisés dans les premières voies digestives. Le séjour de corps étrangers dans la bouche ou l’arrière-bouche détermine l’immobilisation de la mâchoire inférieure et l’impossibilité de la déglutition. Le plus souvent, ce sont des fragments osseux qui s’arrêtent dans le pharynx, à l’entrée de

(1) Observation cle Kegelaau, rapportée par IIertwig, in Étiologie de la rage. Recueil de méd. vét., 1849, p. 961. — Kovats. Pseudo-rage à la suite de piqûres de guêpes. Veterinarius, 1895 (hongrois).

DIAGNOSTIC

l’œsophage, ou qui s’implantent dans les joues, clans le palais, entre les molaires; parfois, ce sont des morceaux de bois, des arêtes de poissons, des aiguilles .. ou encore une molaire partiellement arrachée et interposée entre les tables denlaires (Bourrel). La paralysie cle la mâchoire inferieure est plusieurs fois signalée comme simulant la rage mue ; cependant il semble que la plupart des cas signalés doivent être rapportés plutôt à une distension de 1 articulation temporo-maxillaire, causée par une contraction violente des mâchoires sur un os ou un autre corps résistant. La douleur ressentie à la suite du moindre mouvement explique l’immobilisation complète de la région (1). L’observation attentive et prolongée des malades montre qu’ils conservent toute leur gaieté ; d’autre part, l’immobilisation est absolue dès le début, alors que, dans la rage, des mouvements limités restent possibles. Presque toujours, les animaux guérissent en six à dix jours. La paralysie liée à des altérations des centres nerveux (Kôrber, Lydtin) est étendue en même temps à d’autres groupes musculaires et l’évolution est progressive (tumeurs). Dans le tétanos, les mâchoires immobilisées sont fortement rapprochées ; les oreilles sont dressées; la contracture habituelle des muscles de la nuque entraîne l’immobilisation de la tête.

L’examen direct de la bouche ne doit être pratiqué qu’avec les plus grandes précautions, quelles que soient les assurances données par les propriétaires, qui toujours affirment la présence de tel ou tel corps étranger. Un chien ou un chat qui présente des troubles croissants de la déglutition est suspect; c’est commettre une faute lourde que de s’exposer ou d’exposer les autres à des morsures pour pratiquer une exploration le plus souvent inutile. Il est beaucoup plus sage de séquestrer et d’observer les animaux.

II. Diagnostic sur le cadavre. — En de nombreuses circonstances, la rage doit être reconnue sur le cadavre d’un animal mort ou abattu. Parmi les lésions ordinaires de la rage, il n’en est aucune

(1) Cet accident est déjà signalé par Caussé üls, sous le titre de Névrose simulant une angine pharyngée, accompagnée de convulsions toniques des muscles écarteurs de la mâchoire diacranienne (Journ. des vét. du Midi, 1860, p. 146). A la suite de cette observation, Lafosse dit avoir observé deux cas semblables ; il croit à une subluxation de la mâchoire. — Nous avons recueilli plusieurs observations analogues ; dans un cas, le diagnostic ditl'érentiel put être porté dès le début; l’exploration de l’articulation temporomaxillaire et surtout les tentatives de rapprochement de la mâchoire inférieure provoquaient une vive douleur et des cris.

V. Cadéac. Paralysie de la mâchoire inférieure chez un chien. Journal de méd. vét. 1893, p. 641.

RAGE

qui soit constante ou univoque et, théoriquement, l’on ne peut recueillir à l’autopsie que des probabilités quant à l’existence de la maladie. Les signes fournis par l’examen du tube digestif et de son contenu, seuls immédiatement appréciables, n’ont qu’une valeur toute relative. Si la présence des corps étrangers dans l’estomac et dans l’intestin constitue une forte présomption, elle ne permet aucune affirmation. Lors de douleurs abdominales violentes ou d’empoisonnement, les chiens sont portés à ingérer les matières les plus diverses ; d’autre part, de l’herbe, de la corne, de la paille... sont dégluties par certains animaux en dehors de toute maladie grave. La vacuité du tube digestif est moins significative encore.

Les renseignements obtenus facilitent souvent le diagnostic, mais ils doivent être acceptés avec la plus grande réserve. En de nombreuses circonstances, les faits sont dénaturés, cachés ou amplifiés selon les intérêts des témoins. En l’absence d’indications certaines, on conclut à l’existence de la rage alors que l’on rencontre des corps étrangers dans l’estomac ou dans l’intestin, ou encore que l’on trouve le tube digestif vide sans qu’une lésion évidente explique cette vacuité. Dans ce dernier cas, il convient d’être très prudent dans l’interprétation des altérations observées; l’obstruction intestinale ou la perforation de l’estomac et de l'intestin par des corps étrangers, loin de suffire à éloigner l’idée de la rage, tendent plutôt à confirmer la suspicion; de même l’inflammation intense de la muqueuse digestive, la présence, d’ailleurs ordinaire, de vers intestinaux, en quelque quantité que ce soit, n’excluent nullement la possibilité de la rage.

Les difficultés du diagnostic sont plus considérables encore lorsqu’il s’agit d’animaux abattus comme suspects. Ici les renseignements, vagues ou intéressés, n’ont qu’une valeur restreinte et les résultats de l’autopsie constituent le seul ordre d’indications. La présence des corps étrangers, la vacuité du tube digestif, la sécheresse et les souillures de la muqueuse buccale... confirment la suspicion. La constatation de la glycosurie, sans avoir une valeur diagnostique absolue, augmente la somme des probabilités. Par contre, l’absence de ces lésions, la présence de matières exclusivement alimentaires dans l’estomac et l’intestin... n’impliquent nullement l'absence de la rage, l’animal ayant pu être sacrifié au début de la maladie, alors que l’appétit était conservé. Les incertitudes du diagnostic clinique rendent des erreurs inévitables, mais il est au moins possible de déterminer leur sens. Les inconvénients d’une suspicion de rage injustifiée

DIAGNOSTIC

sont insignifiants si on les compare aux conséquences d’une méprise qui fait méconnaître la rage existante. Pratiquement, et alors surtout que des personnes ou des animaux ont été mordus, la question doit être ainsi posée : L’autopsie permet-elle d’affirmer que le chien n’est pas enragé ? Et toutes les fois que l’affirmative n’est pas certainement acquise, — c’est-à-dire dans la quasi totalité des cas, — on doit assurer l’application aux personnes et aux herbivores mordus des traitements prophylactiques indiqués. L’oubli de cette règle peut avoir les conséquences les plus graves; l’on pourrait citer plusieurs cas de mort survenus chez des individus rassurés avec une impardonnable légèreté par les vétérinaires consultés.

Il est essentiel aussi de formuler une opinion nette et immédiate. Dans l’intérêt même des personnes mordues, le vétérinaire ne doit rien laisser soupçonner de son incertitude réelle. Si le traitement pasteurien est aujourd’hui populaire, si l’on ne rencontre plus les résistances qu’il fallait vaincre autrefois, il importe de ne point légitimer des hésitations basées sur de simples considérations économiques. Enfin, l’application du traitement doit être aussi rapide que possible ; c’est commettre une faute lourde et faire preuve d’une ignorance grossière que d’attendre le résultat éloigné d’une épreuveexpérimentale pour décider de l’opportunitédefintervention.

b) Rage du chat. — Les conditions du diagnostic de la rage chez le chat sont à peu près identiques à celles de la rage du chien. Sur l’animal vivant, le diagnostic est rendu difficile par les habitudes sournoises des malades, cachés dans quelque coin obscur, et ne montrant, en dehors des accès, que des symptômes peu précis. Certains empoisonnements, Y obstruction intestinale . la présence de vers intestinaux. . . simulent la maladie. La paralysie de la mâchoire inferieure (Vermast) peut faire soupçonner l’existence de la rage mue.

c) Rage du cheval. — La rage du cheval peut être confondue, dans les premiers instants, avec diverses formes de coliques, notamment avec le vertige abdominal, exprimé par la succession de troubles digestifs et cérébraux. Les diverses formes de méningite, les abcès du cerveau, s’accompagnent encore de périodes d’excitation simulant les accès de rage. La colère, la douleur (Fumet), l’excitation produitechez un animal brusquement séparé de ses compagnons (H. Bouley, Pcuch) déterminent des phénomènes analogues. Des accidents nerveux, caractérisés par la perversion de l’instinct et de l’intelligence, avec hallucinations, ont été observés

Nocard et Leclainche. — 2e édit. 56

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sur des juments indépendamment de toute lésion appréciable du cerveau (1).

Le diagnostic différentiel, facilité le plus souvent par les renseignements obtenus, est basé sur l’observation des paroxysmes, provoqués par la vue d’une personne étrangère ou parcelle d’un chien et, à une période plus avancée, sur la constatation des paralysies envahissantes.

cl) Rage des ruminants. — La maladie est différenciée des accidents nerveux observés dans le cours de la méningite , de la congestion cérébrale, de la fièvre vilnlaire... par les signes d’agitation du début, les troubles digestifs, l’altération de la voix... Les accidents causés par certaines intoxications, notamment ceux qui sont consécutifs à l’ingestion des marcs de raisin, du coquelicot (Dieckerhoff), de l’ail sauvage (Pascault)... sont associés à des troubles digestifs (salivation, météorisme) et ils apparaissent en même temps sur plusieurs animaux. L'empoisonnement par les sels de plomb provoque des contractures musculaires, de l'hyperesthésie générale, de la salivation, du ténesme et de la paraplégie; les accès de fureur manquent complètement. La pénétration d'acariens dans l'oreille interne (dermanyssus avium), après perforation de la membrane du tympan, provoque une série de manifestations qui simulent l’accès de rage (Stadler, Schuemacher).

§ *2. — Diagnostic expérimental de la rage.

Le diagnostic expérimental de la rage est basé sur la virulence constante de certains tissus. Les centres nerveux fournissent, chez toutes les espèces, une source abondante d’une matière virulente dont les propriétés persistent un long temps après la mort de l’animal V. ( Résistance du virus); d’autre part, l’inoculation intracrânienne ou intra-oculaire, au chien ou au lapin, constitue un procédé d’épreuve pratiquement utilisable.

La technique très simple de l’inoculation intra-oculaire (2) jus-

(1) Labat. Deux cas de délire aigu sur deux juments. Revue vétérinaire. 1893, p. 13.

(2) Technique de l’inoculation. — Le cerveau et les premières portions de la moelle étant mis à découvert, on prélève, avec des instruments passés dans la flamme, un fragment du bulbe d’un centimètre cube environ que l’on dépose dans un mortier préalablement passé dans l’eau bouillante. On broie la substance nerveuse et l’on ajoute, goutte à goutte, une petite quantité d’eau bouillie, tout en continuant la trituration. L’émulsion homogène ainsi obtenue est passée au travers d’un linge fin, puis recueillie dans une seringue de Pravaz, stérilisée à l’eau bouillante comme tous les autres objets et munie d’une aiguille courte et fine. Pendant ce temps, l’animal à inoculer est fixé sur une table et l’on instille entre les paupières quelques gouttes d’une solution à 1 p. 20 de chlorhydrate de cocaïne, destinée à insensibiliser la cornée. L’ai-

ÉTIOLOGIE.

tiüe la préférence qui lui est accordée dans la pratique ; d’ailleurs, l’on ne pourrait inoculer dans les centres nerveux que des produits recueillis purement, alors que les souillures ont des conséquences moins graves lors d’inoculation dans l’œil. Il est quelques raisons qui, en dehors des laboratoires, doivent faire préférer le chien au lapin comme réactif. L’évolution de la rage chez le lapin est parfois très rapide ; les symptômes sont peu propres à frapper les personnes et à entraîner la conviction ; au contraire, la rage du chien, à évolution relativement lente, est facilement reconnue sous toutes ses formes. Enfin, les complications de suppuration de l’œil et de méningite sont beaucoup plus à craindre chez le lapin que chez le chien. Il est évident que l’on doit choisir des animaux de provenance connue, qui n’ont pu être exposés à la contagion naturelle.

Les signes de l’infection consécutive à l’inoculation apparaissent en général du douzième au dix-huitième jour, parfois dès le neuvième jour, chez le chien ou chez le lapin. Souvent aussi l’incubation est plus longue et les accidents ne se montrent qu’après trente, quarante jours et plus. Les indications n’ont une valeur absolue que si un assez grand nombre d’animaux ont été inoculés.

Dans la pratique, l’utilisation de l’inoculation expérimentale présente certains inconvénients. Les autorités saisissent ce prétexte pour différer l’application des mesures sanitaires; après quelques semaines, la survie des sujets inoculés est interprétée comme une preuve du mal fondé de la suspicion. Si des mesures ont été imposées, les intéressés ne manquent point d’attribuer à l'ignorance du vétérinaire le diagnostic porté et ils le rendent responsable du préjudice éprouvé. Il est prudent, alors que des personnes ou des carnassiers ont été mordus, de ne recourir au diagnostic expérimental qu’à titre de renseignement personnel et

de ne point s’engager à en faire connaître les résultats.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Matières virulentes. — L’épreuve expérimentale de la viru-

guille étant enfoncée obliquement, à la périphérie de la cornée, l’on injecte trois ou quatre gouttes de l’émulsion. Dès que l’on est assuré de la pénétration du liquide dans la chambre autérieure, par la tension oculaire et par le trouble de l’humeur aqueuse, on retire la canule, en rapprochant les paupières avec les doigts pour éviter la projection lors de tension excessive. Si l’aiguille employée est trop grosse, il arrive que l’humeur aqueuse s’échappe en partie; mais, si l'injection a été bien faite, ses effets ne sont pas compromis et il reste une quantité suffisante de matière virulente. Autant que possible, on inocule plusieurs animaux; en quelques cas, l’inoculation virulente peut rester sans effet. L’inoculation d’une dilution impure entraîne parfois la suppuration de l’œil; chez le lapin, cet accident peut être suivi d'une méningite qui tue rapidement les animaux ou qui masque l’évolution de la rage.

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lence de la salive, chez le chien et chez l’homme, donne jusqu’en ces derniers temps des résultats incertains. Les uns obtiennent la mort des animaux d’expérience, lapins ou cobayes, en 24-48 heures, avec des symptômes équivoques, les autres n'observent aucun accident. Renault ne réussit à transmettre ainsi la rage qu’une fois sur quatre; P. Bert trouve, chez le chien, les salives des glandes parotides et maxillaires privées de toute action nocive; il pense que la virulence résulte du mélange des salives de diverses origines et de leur séjour dans la bouche; Galtier dit avoir inoculé plusieurs fois le produit de deux glandes et des fragments de celles-ci sans obtenir aucun résultat.

En 1881, Pasteur observe chez le lapin, à la suite de l’inoculation de la salive d’un enfant mort enragé, l’évolution d’une maladie nouvelle, transmissible par inoculations successives de la salive ou du sang au lapin ou au chien, mais ne présentant chez ces espèces ni le mode d’évolution, ni les symptômes de la rage vraie. En continuant les études sur l’agent de cette contagion, isolé et cultivé, on acquiert cette certitude qu’il n’est qu’un microbe banal (reconnu depuis pour être l’agent essentiel de la pneumonie fibrineuse), assez commun dans la salive des individus sains ou malades; l’infection expérimentale qu’il détermine n’a donc rien de commun avec la rage, mais, en tuant les animaux à bref délai, elle ne donne pas à celle-ci le temps d’évoluer. Parmi les animaux qui résistent aux infections accidentelles provoquées par la salive, certains seulement contractent la rage. L’innocuité de l’inoculation peut être rapportée dans ce cas à une destruction du virus dans les tissus, favorisée sans doute par la présence des germes associés et par la lenteur de l’absorption. On conçoit combien devient complexe le déterminisme des effets de l’inoculation de la salive impure, variables à la fois suivant la nature des microbes étrangers inoculés et suivant le degré de résistance des sujets ; on s’explique ce paradoxe, que l’inoculation de la salive mixte des rabiques, toujours virulente , ne transmette la maladie que dans la moitié des cas environ.

La contagion de la rage s’effectuant toujours par l’inoculation de la salive, il était de la plus haute importance de déterminer à quel moment de l’évolution la salive recueillie dans la bouche se montre virulente. Les recherches de Nocard et Roux (1) établissent que « la salive est toujours virulente 24 heures et parfois 48 heures

(1) Nocard et Roux. A quel moment le virus rabique apparait-il dans la bave des animaux enragés? Annales de l’Institut Pasteur, t. IV, 1890, p. 163.

avant l’apparition de tout changement dans les allures du chien. 1 n animal peut donc présenter tous les signes extérieurs de la santé, manger, être gai et caressant comme à l’ordinaire, et porter dans sa gueule le virus de la rage ».

La virulence du tissu des glandes salivaires est moins constante que celle de la salive mixte ; telle ou telle glande peut n’être point virulente alors que les autres le sont déjà, sans que rien puisse faire prévoir l’ordre ou le moment de l’envahissement (1).

La virulence de la salive, le rôle de celle-ci dans la contamination avaient fixé l’attention de tous les expérimentateurs, et la localisation exclusive du contage dans ce liquide était admise par tous, lorsqu’en 1881 on constatait, au laboratoire de Pasteur, que le virus sièa;e constamment aussi dans le cerveau et dans la moelle. La virulence est moins constante et moins marquée dans les nerfs; inégalement répartie, elle siège de préférence dans les portions d’origine, voisines du cerveau et de la moelle.

Le sang n’est jamais virulent, à quelque période qu’il soit recueilli. La lymphe est également inoffensive. Ilelman constate l’absence du virus dans les ganglions qui collectent la lymphe des régions inoculées. Le mucus bronchique, considéré par P. Bert et ses élèves comme un agent possible de contamination, emprunte sans doute ses propriétés à son mélange avec la salive mixte tombée dans la trachée.

Le muscle n’est jamais virulent, non plus que les tissus du foie et de la raie, Y urine, Y humeur aqueuse, le sperme. Galtier trouve le rein virulent deux fois sur plus de cent essais (?).

La virulence ordinaire des glandes salivaires a donné l'idée de rechercher les propriétés des glandes analogues au point de vue de la structure, comme le pancréas et la mamelle. Des expériences faites au laboratoire de Pasteur établissent que les glandes lacrymales et quelquefois le pancréas des animaux morts de la rage renferment le contage. Les capsules surrénales seraient virulentes en quelques cas (Bombicci). La virulence delà mamelle et du lait estexceptionnclle ; Nocard obtient une fois la transmission (sur quatre tentatives) par l’inoculation du lait recueilli purement chez la chienne. Roux réussit une seule fois à transmettre la rage par inoculation de la matière

(1) Dans toutes les expériences faites jusqu'ici, la virulence des produits a été éprouvée par l'injection sous-cutanée à divers animaux, c’est-à-dire par une méthode fort défectueuse. 11 y aurait lieu de renouveler ces tentatives en ayant recours à l'inoculation intra-oculaire ou intra-cranienne.

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obtenue, sur une lapine, en broyant dans le lait recueilli des fragments de la mamelle ; l’inoculation du lait pur reste sans résultats. Bardach constate la virulence du lait, chez une femme enragée, la veille et l’avant-veille de la mort.

En résumé : on ne constate la virulence, en dehors du système nerveux, que dans certaines glandes et dans leurs produits de sécrétion.

Réceptivité. — Il est généralement admis que les diverses espèces présentent des degrés différents quanta leur aptitude à contracter la rage, mais cette induction vraisemblable n’a pas été rigoureusement démontrée jusqu’ici. La réceptivité devrait être étudiée pour chaque espèce à l’égard de chacune des autres et il faudrait tenir compte des variations possibles de la virulence de la salive suivant les espèces.

Tous les mammifères domestiques sont infectés avec une égale certitude si l’on recourt à certains modes d’inoculation La fréquence de la maladie chez les carnassiers s’explique par un genre de vie qui multiplie les occasions de la contamination et par les chances plus grandes de morsures. Le chien parmi les carnassiers domestiques, le loup parmi les carnassiers sauvages, sont surtout exposés. Le chat est atteint moins souvent que le chien, en raison de ses habitudes solitaires. La rage du loup se montre ordinairement à l’état enzoo tique ; la gravité de la contagion est due plutôt à la multiplicité et à l’étendue des morsures qu’à une virulence plus grande de la salive. Il en est de même pour la rage du renard, qui a sévi à diverses reprises sous la forme épizootique en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Les divers herbivores présentent une égale réceptivité. Chez le bœuf, le cheval, le mouton, la chèvre..., l'imminence de la contagion est déterminée par des conditions individuelles et accessoires.

L’influence de la race n’est nullement établie; les statistiques publiées à ce sujet sont sans valeur. On ne connaît pas d’exemple d’une immunité naturelle comparable à celle que l’on constate, dans certaines populations animales, pour le charbon et la clavelée.

Par contre, il existe des variations étendues dans la réceptivité individuelle et quelques animaux appartenant aux espèces les plus exposées possèdent l’immunité. On a vu des chiens résister à des morsures multiples, répétées expérimentalement un grand nombre de fois ; en quelques cas, l'inoculation du virus dans l’œil

ÉTIOLOGIE.

du chien reste inefficace. Cette immunité individuelle n’est pas absolue; certains de ces animaux ne résistent pas à 1 inoculation intra-cranienne.

Parmi les petites espèces, le lapin et le cobaye sont facilement contaminés. Seuls, les oiseaux sont à peu près réfractaires.

Modes de la contagion. — La rage est presque toujours transmise par inoculation : le plus souvent par morsures, quelquefois par imprégnation d’une surface absorbante.

Les dangers de l’inoculation par morsure dépendent à la fois de la forme et du siège de celle-ci, de la qualité et de la quantité de la matière déposée. Les morsures des carnassiers sont beaucoup plus redoutables que celles des herbivores, en raison de la forme des plaies qu’elles déterminent. Les dents du chien, celles du chat plus facilement encore, pénètrent dans les tissus et déposent profondément le virus ; les herbivores, au contraire, solipèdes ou ruminants, ne produisent que des plaies contuses, moins favorables à l’absorption. Le siège de la morsure a une influence bien établie et peut-être complexe sur les suites de l’inoculation. On a remarqué depuis longtemps que les morsures sur des surfaces dépourvues de poils sont les plus dangereuses ; si l’effraction porte sur une région couverte de fourrure, la dent se trouve essuyée, comme elle l'est chez l’homme lors de morsure à travers les vêtements. L’observation démontre que les chiens à longs poils (caniches, épagneuls) sont contaminés dans une proportion moindre que les animaux à poil ras ; les moutons en laine échappent assez bien à la contagion, alors qu’ils sont tous contaminés après la tonte. Les morsures à la face, aux lèvres ou aux naseaux, sont les plus dangereuses chez le cheval et chez le bœuf ; la facilité de l’inoculation est due à la dénudation et à la finesse des tissus, sans doute aussi à une absorption plus rapide et plus complète.

La contagion d'herbivore à herbivore est rendue possible par le dépôt de bave virulente sur des plaies récentes résultant d’attaques préalables avec les cornes. Les morsures déterminent également des plaies conluses propres à l’absorption. Cope a vu un daim, mordu aux oreilles et au cou par son compagnon enragé, présenter après dix-neuf jours les symptômes de la rage. La morsure du cheval est plus dangereuse que celle des ruminants ; elle occasionne des plaies compliquées, par arrachement, très favorables à l’inoculation.

Modes de la pénétration du virus. — L'effraction cutanée ,

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mode ordinaire de la pénétration du virus, est loin d’assurer dans tous les cas la transmission de la rage. Chez le chien et chez le lapin, l’inoculation intra-cutanée, par piqûres, scarifications ou grattage, reste sans effet, dans près de la moitié des cas. Il existe des différences considérables dans l’imminence de l’infection, suivant la quantité de la matière virulente et suivant la région inoculée. Chez le cobaye, Galtier (1898) obtient l’évolution de la rage dans 95 p. 100 des cas, à la suite de l’inoculation de matière nerveuse virulente par scarifications cutanées.

D’après Helman (1), le « virus rabique » introduit uniquement dans le tissu conjonctif sous-cutané ne produit pas la rage ; il confère l’immunité s’il est injecté en quantité suffisante. Telle qu’elle est couramment pratiquée, l’inoculation sous-cutanée entraîne des souillures du derme ou des tissus profonds et elle assure 1 infection dans les trois quarts (Helman) ou la moitié (Galtier) des cas. L 'injection intra-musculaire d’une forte dose de virus constitue un des procédés les plus sûrs de la transmission Helman) ; avec une dilution de matière nerveuse, Galtier réalise l'infection par ce mode chez 122 cobayes sur 126 inoculés (97 p. 100) et chez 47 lapins sur 52 (90 p. 100).

L’absorption est possible sur certaines muqueuses par simple contact. Galtier voit la rage évoluer, chez le lapin, onze fois sur quinze, après le dépôt sur la pituitaire de « matière virulente » et 1-3 fois sur dix après souillure de la conjonctive. La pénétration ne s’opère qu’avec difficulté sur une membrane intacte ; chez le lapin, le dépôt sur la conjonctive d’une dilution épaisse de bulbe virulent reste sans effet après une heure de contact ; après quatre heures, huit heures et dix heures, la moitié seulement des animaux sont infectés (Conte). La muqueuse génito-urinaire absorbe difficilement ; Galtier n’a que trois résultats positifs sur vingt et une expériences, en introduisant le « virus » dans le vagin, par injection ou à l’aide d’une éponge.

Les voies dirjeslivcs ne se prêtent guère à la contamination. Les premiers résultats de Gohier, transmettant la rage à deux chiens sur trois par l’ingestion de la viande de chevaux et de brebis enragés, doivent être attribués certainement à une faute d'expérimentation. Les recherches entreprises depuis, dans les conditions les plus certaines et les plus variées, n’ont donné que des résultats négatifs ; Delafond, Renault, Reynal, Bourrel font ingérer sans

(1) Helman. Action du virus rabique... Annales de l’Institut Pasteur, l. III, 1889, p. 15.

ÉTIOLOGIE.

succès à des chiens, à des moutons, à des chevaux, la viande et la bave d’animaux enragés; Nocard fait ingérer à un renard le cerveau et la moelle de six autres renards et de plusieurs chiens morts de rage furieuse, sans que l’animal en soit incommodé. Seul, Galtier obtient la transmission au lapin, trois fois sur trente, par l’ingestion d’émulsions de moelles virulentes; il transmet la rage quatre fois sur trente au lapin, à la suite du badigeonnage de la muqueuse buccale avec la même matière. La pénétration s’opérerait dès les premières voies, au niveau d’une solution de continuité de la muqueuse; les éraillures, les piqûres de la bouche ou du pharynx expliquent les quelques résultats positifs obtenus.

Une inoculation par les muqueuses de l’estomac ou de l’intestin est improbable. Le suc gastrique détruit assez vite la virulence ; Yirschikowski (1) constate que les émulsions de moelles virulentes sont stérilisées en trois heures, à des températures de 16-36°, par le mélange d’une dilution d’acide chlorhydrique à 3 p. 1000 avec un extrait glycériné des glandes à pepsine de l’estomac du lapin, du bœuf, du cheval, du mouton et du rat. La virulence est éprouvée par l’inoculation intra-cranienne au lapin (2).

Les séreuses ne constituent pas une voie favorable à l’absorption; les suites de la pénétration sont analogues à celles de l’inoculation sous-cutanée. Cependant la transmission est réalisée chez les petits ruminants et chez le chien (Galtier), chez le lapin et le cobaye (Di Vestea et Zagari) à la suite de l’injection dans le péritoine d'une grande quantité de moelle virulente. L’inoculation dans la chambre antérieure de l'œil constitue l’un des modes les plus sûrs de la transmission de la rage à toutes les espèces.

L’injection directe du virus dans les méninges cérébrales, suivant la méthode indiquée en 1881 par Pasteur et Roux, est un moyen de contamination d’une certitude absolue. La dilution de moelle virulente est introduite sous la dure-mère, après trépanation du crâne. L’inoculation dans les nerfs est beaucoup moins sûre dans ses résultats. Alors que Di Vestea et Zagari obtiennent toujours l’infection, chez le lapin et chez le chien, par l’inoculation du sciatique et du médian, Nocard et Roux échouent par l’inocu-

(1) V irschikowski. Action du suc gastrique sur te virus rabique. Archives de méd. vêt. russes, 1801.

(2) Le contenu de l’estomac peut être néanmoins virulent si de la salive a été déglutie depuis peu; cette virulence est constante chez les animaux abattus pendant les premières périodes de la maladie, alors que la déglutition s’opère encore avec facilité. Des vétérinaires ont contracté la rage à la suite d’une inoculation par le contenu stomacal, pendant l’autopsie.

RAGE

lalion du nerf plantaire, chez le cheval, l’àne et le mouton.

Les suites de V injection intra-veineuse du virus sont des plus intéressantes. Chez les ruminants et chez le cheval, l’injection de salive rabique (Galtier) ou de dilution bulbaire virulente (Nocard et Roux) ne donne jamais la rage et elle confère l’immunité aux inoculés. Les résultats sont tout différents chez le lapin et chez le chien; l’inoculation détermine parfois la rage, et ceux des animaux qui résistent n’ont acquis aucune immunité. Une méthode de traitement de la rage, après morsure, est basée sur ces propriétés immunisantes de l’injection intra-veineuse chez certains herbivores (V. Traitement).

Pathogénie. — Encore incomplète, l’étude de la pathogénie de la rage est assez avancée pour permettre d’esquisser les modes de l’infection.

Déposé après effraction en un point quelconque des téguments, dans un milieu favorable, le virus peut être très rapidement absorbé ; on voit la rage survenir alors que la plaie d’inoculation a été profondément cautérisée au fer rouge peu après la morsure. Les expériences de Renault montrent que l’absorption s’effectue parfois en cinq à dix minutes; Galtier voit la rage se déclarer chez des lapins inoculés à la pointe de l'oreille, celle-ci étant amputée une demi-heure ou vingt minutes après l’insertion ; la cautérisation pratiquée après 5-10 minutes n’empêche pas toujours l’éclosion de la rage. Bombicci, puis Calabrese (1) constatent que le virus inoculé dans l’humeur aqueuse a diffusé au delà du bulbe en vingt-quatre à trente-six heures. En quelques cas, il s’opère une destruction sur place du virus, à la suite d’une pullulation de microbes étrangers, ou peut-être d’une action toxique du milieu, et l’inoculation reste sans effet.

Ainsi que l’avait théoriquement affirmé Duboué (de Pau), dès 1879 (2), c’est par les nerfs que s’opère ordinairement le transport du virus, de la périphérie aux centres nerveux. D'après Di Vestea et Zagari, le virus de la rage, déposé dans les nerfs, atteint les centres en cultivant le long de la substance propre du nerf. Arrivé au cerveau ou à la moelle, après avoir suivi le nerf jusqu’à ses racines, le virus progresse en cultivant de proche en proche. Si le point d’arrivée dans les centres est situé dans les

(1) Calabrese. Sulla inoculazione del virus rabbico nella caméra anteriore dell' ccchio... Napoli, 1896.

(2) Duboué. Physiologie pathologique et traitement rationnel de la rage. Paris, 1879.

PATIIOGÉNIE.

parties postérieures de la moelle, comme dans le cas d'une inoculation par le sciatique, la section de la moelle en avant empêche l’envahissement du cerveau et du bulbe; réciproquement, lors de pénétration par les nerfs crâniens, la section limite la virulence aux parties antérieures (1). Les modes de la progression du virus dans les cordons nerveux sont incomplètement connus; la virulence des nerfs provenant de la région mordue peut être rapportée en certains cas è un envahissement centrifuge, consécutif à l’infection des centres. Cette virulence est d’ailleurs inconstante, soit que le virus ait disparu après son passage, soit qu’il ail pris une autre voie pour gagner le cerveau et la moelle.

La propagation de l’infection par la voie nerveuse n’est pas exclusive. La rapidité de l’absorption dans certaines circonstances montre que le transport peut s’opérer par la circulation sanguine. La rage se déclare constamment, chez le lapin, lors de l’inoculation d’une grande quantité de virus dans une veine de l’oreille, malgré l’amputation immédiate (Pasteur). La voie lymphatique paraît jouer aussi un rôle dans le transport du virus, à la suite de l’inoculation intra-péritonéale notamment (de Blasi et Russo Travali). Dans ce cas, comme lors de pénétration par les veines, l’infection des centres nerveux s’opère irrégulièrement, souvent par plusieurs points à la fois.

Arrivé dans les centres par quelque mode que ce soit, le virus cultive de proche en proche; il envahit rapidement tous les territoires cérébraux et médullaires. Il est établi que le virus cultive dans les centres pendant un certain temps sans provoquer de troubles évidents. On peut retrouver le virus fixe, dans le bulbe et la moelle allongée du lapin, quatre jours après l’inoculation intra-cranienne, alors que l’animal paraît en parfaite santé (Roux). Cette période de « rage latente » se traduit chez l’homme par des malaises d’ordres différents, qui précèdent parfois de très loin l'apparition des symptômes bruyants caractéristiques. Chez le chien, le virus peut non seulement envahir les centres, mais encore diffuser jusque dans les glandes salivaires plusieurs jours avant l’apparition des premiers symptômes (Nocard et Roux).

Ces constatations permettent de prévoir que l’agent virulent exerce son action sur la cellule nerveuse par l’intermédiaire de « toxines », qui doivent être produites en assez grande quantité ou

(1) Di Vestea et Zagaui. Sur la transmission de la rage par voie nerveuse. Annales de l'Institut Pasteur, t. III, 1889, p. 237. — Houx. Sur la présence du virus rabique dans les nerfs. Id . , t. II, 1888, p. 18, et t. III, 1889, p. 09.

RAGE

exercer une action prolongée avant que de provoquer une réaction symptomatique (1). Les accidents sont différents suivant que la culture et l’intoxication consécutive s’exercent en tel ou tel territoire cérébral ou médullaire ; ils varient suivant les modes de l’ensemencement initial et de la diffusion dans les centres.

Les lésions appréciables n’ont rien de spécifique. Dès 1882, Nocard, puis Ivanoff, remarquent que des lésions nerveuses identiques à celles de la rage sont constatées chez le chien dans la maladie du jeune ûge. Elsenberg* compare les altérations des glandes à celles qui sont provoquées par la nicotine, la cantharidine, la pilocarpine...

L’action exercée par les toxines sur les éléments nerveux ne saurait être exactement analysée avant que l’agent de la virulence soit connu dans sa forme et dans ses propriétés. Ilôgyes (2) conclut de ses observations sur la rage du lapin que « l’agent infectieux porte d’abord son action sur les parties du système nerveux central (moelle allongée) qui dirigent la régulation de la température. Cette action peut être comparée à celle de certains alcaloïdes toxiques; elle amène d’abord de la surexcitation (fièvre), puis un épuisement (abaissement de la température). On peut regarder aussi la polyurie comme un signe constant de l’affection de la moelle allongée, vraisemblablement comme un trouble des centres du système vaso-moteur. » Les troubles des autres centres nerveux sont consécutifs ; ils comprennent deux phases, l’une de surexcitation, parfois à peine perceptible, l’autre de paralysie. Chez le lapin, « ce sont les paralysies qui prévalent dès le début, comme dans les effets de certains alcaloïdes où une faible dose produit d’abord une exaltation, puis une paralysie des fonctions des centres nerveux affectés, tandis qu’une forte dose amène d’emblée la paralysie ». La période qui s’écoule entre le moment de la pénétration du virus et l’apparition des premiers accidents varie d’après le

(1) De Blasi et Russo Travail déterminent, chez le lapin, des paralysies et la mort, en injectant des émulsions de moelle virulente stérilisées par la filtration ou par la chaleur. A. Babes (1881) constate les mêmes faits; il étudie les propriétés chimiques de la substance toxique et il la rapproche des enzymes. Galtier (1898) provoque des intoxications graves ou mortelles chez le mouton, la chèvre et le chien par l’injection d’émulsions de matière nerveuse virulente, dans les veines ou dans les séreuses ; les accidents sont constatés alors que les produits inoculés sont chauffés à 100 et 105°. Leclainche a constaté plusieurs fois des accidents analogues chez le cheval inoculé dans la jugulaire avec 20-30 centimètres cubes d’une dilution épaisse de « rage de passage ».

On ne saurait toutefois tirer aucune conclusion de ces faits avant de s’être assuré que la matière nerveuse provenant d’animaux saius ne possède point de propriétés toxiques.

(2) A. Hôgyes. Le virus rabique des chiens des rues dans ses passages de lapin à lapin. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 133.

PATIIOGÉNIE.

mode et le lieu de la pénétration. Si l’on supprime, par l'inoculation directe dans les méninges, le transport du virus par les nerfs, on obtient une évolution certaine, après un délai minimum représentant le temps nécessaire à l’envahissement des centres et à la production des toxines. Pour un même virus et pour un même réactif, la période d’incubation est fixe. A la suite de l’inoculation intraoculaire, la durée de l’incubation est déjà variable, en raison des conditions différentes de l’absorption et du transport. Enfin la pénétration par effraction tégumentaire, alors qu’elle ne reste pas stérile, ne produit ses effets qu’après un temps indéterminé, en fonction à la fois de la longueur du trajet à parcourir et de la rapidité de la progression.

Lors de contamination accidentelle, la durée de la période d'incubation varie dans des limites étendues.

Chez le chien et chez le chat, la période moyenne est de quinze à soixante jours, les extrêmes étant de huit jours et d’un an. Dans plus de la moitié des cas, la rage apparaît moins d’un mois après la morsure; dans les quatre cinquièmes environ, l’incubation ne dépasse pas soixante jours. Il est rare que la maladie survienne après cent ou cent vingt jours.

Chez le cheval , la durée de l’incubation est, comme chez le chien, de quinze à soixante jours en moyenne; dans 15 p. 100 des cas elle excède trois mois (Ilaubner). Dans quelques observations, l’incubation aurait atteint dix mois (Piètrement), quatorze mois (Boudin) et vingt mois (Golteswinter).

Chez les bovidés, la rage se déclare le plus souvent de un à trois mois après la morsure. Elle se montre rarement du quatorzième au trentième jour; elle dépasse le centième jour chez 10 p. 100 des animaux seulement. La période maxima paraît être plus longue que pour les autres espèces; on aurait vu la rage apparaître après vingt mois (Leipert) et vingt-trois mois (Ivalt)(l).

Chez le mouton et la chèvre, l’incubation moyenne est de quinze à trente jours. Dans un dixième des cas, elle dépasse ce terme pour atteindre soixante ou soixante-dix jours.

Chez le porc, la période habituelle est aussi de quinze à trente jours. Les chiffres extrêmes signalés sont de six jours (?) et de six mois.

(l) Morro (Archiv fur Thierheilk., 1885, p. 91) rapporte l'histoire d'une enzootie de rage dans un troupeau de 20 têtes; 10 animaux sont pris du 22° au 144e jour, tandis qu une génisse, âgée d’un an et demi, ne présente les signes de la rage que deux ans et quatre mois plus tard (?).

RAGE

En résumé : c’est, en général, du quinzième au soixantième jour que la rage accidentelle apparaît chez toutes les espèces domestiques ; pour toutes, le maximum d’incubation peut être fixé à dix ou douze mois, les périodes plus longues ne constituant que de rares exceptions.

En même temps qu’il cultive dans les centres nerveux, le virus diffuse au niveau des points envahis, en suivant le trajet des nerfs. Certains nerfs périphériques sont trouvés virulents dans une partie de leur trajet, à partir de l’origine centrale. C’est grâce à cette diffusion centrifuge que le virus est apporté dans les parenchymes qui lui offrent un terrain de culture favorable (Nocard et Roux).

Les glandes salivaires, voisines des centres, sont envahies dès le début, avant même que les désordres cérébraux se traduisent par des signes appréciables (Nocard et Roux). Les autres glandes, telles que le pancréas et la mamelle, ne sont qu’exceptionnellement atteintes, la mort survenant avant que le virus soit parvenu en ces points éloignés. En tous les autres milieux, le virus amené par les nerfs est sans doute détruit sur place, par une action bactéricide des tissus ou des humeurs.

La diffusion de la virulence par la voie sanguine est fort douteuse ; elle n’est appuyée que par les exemples de transmission de la mère au fœtus. Or, en dehors de quelques faits d’observation d’une valeur contestable, la transmission n’a été constatée qu’une seule fois, chez un fœtus de lapin (?) (Perroncito et Carita). Les recherches de Zagari sur le même sujet ne donnent que des résultats négatifs; Galtier (1) ne constate pas la transmission au fœtus chez la brehis (8 obs.), la chèvre (3 obs.), la chienne (7 obs.), le lapin et le cobaye (50 obs.).

Résistance du virus. — La dessiccation a une action puissante sur le virus de la rage. Dans les moelles de lapin placées dans l’air sec, à l’abri de la putréfaction, la virulence diminue graduellement, pour disparaître totalement en quatorze ou quinze jours (Pasteur); elle est détruite en quatre ou cinq jours si la pulpe nerveuse est exposée en couche mince, par l’imprégnation de papier à filtrer par exemple (Galtier). Dans un milieu humide ou dans l 'eau, la virulence se conserve pendant vingt à quarante jours.

Le contage résiste mal à l’élévation de la température ; le chauffage du virus rabique à 47-48° lui fait perdre toute activité en

(1) Galtier. Première noie sur la rage. Journal de méd. vétér., 1898, p. G5.

RÉSISTANCE DU VIRUS

dix et même en cinq minutes (Galtier); une émulsion de moelle perd sa virulence en vingt-quatre heures à 45° et en moins d’une heure à 50° (Celli). Le froid reste sans action sur la virulence; une température de — 60°, prolongée pendant plusieurs heures, la laisse intacte (Roux).

La lumière est un puissant neutralisant ; à la lumière solaire, la virulence disparaît en quatorze heures, alors que la température ne dépasse pas 30° (Celli). L'influence des hautes pressions est nulle; le virus est encore intact après soixante heures de séjour dans l’air comprimé à sept ou huit atmosphères (Celli) et après vingt-quatre heures dans l’acide carbonique comprimé à soixante atmosphères (Nocard et Roux).

La putréfaction des matières virulentes à l’abri de l’air ne détruit que lentement leurs propriétés. Galtier obtient la transmission par l’inoculation des centres nerveux provenant de cadavres entiers enfouis depuis vingt-trois jours pour le lapin, trente et un jours pour la brebis, quarante-quatre jours pour le chien. Chez le loup, Mergel trouve la matière cérébrale virulente quatorze jours après l’enfouissement.

Lors de conservation de produits virulents à l’air et à la température extérieure, la plupart des causes de destruction précitées interviennent à la fois, suivant les modes les plus variables, et les résultats obtenus ne fournissent que des indications approximatives. Il résulte des recherches de Galtier que les centres nerveux d’animaux enragés, abandonnés à l’air libre, entiers ou par fragments, à des températures variant de — 8° à -R 8°, conservent leur virulence pendant plus d’un mois.

L’action des antiseptiques est assez bien étudiée. De Blasi et Travali recherchent l’action de diverses substances sur l’émulsion de bulbe virulent; on mélange un centimètre cube de moelle à deux centimètres cubes du liquide; l’inoculation est pratiquée dans le péritoine du cobaye.

Détruisent ta virulence :

Créoline et jus de citron, .# en 3 minutes.

Acide chlorhydrique à 5 p. 100 ; acide salicylique à 5p. 100; sulfatede cuivre à 10p. 100; nitrate d’argent

à 50 p. 100 en 5 —

Sulfate de zinc à 1 p. 100; ammoniaque ; nitrate d’argent

à 25 p. 100; acide sulfurique en 10 —

Acide borique à 4 p. 100 — 15 —

Permanganate dépotasse à 1 p. 100 — 20 —

Acide phéuique à 5 p. 100 — 50 —

Acide phénique à 3 p. 100 — 1 heure.

Acide phénique à 2 p. 100 — 2 heures

RAGE

Il résulte de ces constatations que l’acide phénique et le nitrate d argent sont de mauvais antiseptiques pour le virus rabique ; le jus de citron constitue au contraire un puissant neutralisant.

sion de substance nerveuse pratiquée dans la solution de sublimé à 1 p. 1000; elle a disparu après vingt-quatre heures dans la solution d’hypermanganate de potasse à 2,5 p. 1000, ainsi que dans l'alcool à 50° etù 90°, après cinq jours seulement dans l’alcool à 25°. L’alcooi à 15° n’altère pas la virulence après un contact de sept jours.

L’eau saturée d’iode, la solution d’acide citrique à 6 p. 100 stérilisent en dix minutes (Galtier). L’essence de térébenthine aurait une action puissante, même en dilution étendue (IL Fol).

D'après Bôkai et Szilâgyi, la solution étendue de chlore (10 gouttes de la solution de chlore dans 10 grammes d’eau distillée) détruit la virulence de l’émulsion nerveuse en quelques instants; la solution de brome (20 gouttes d’eau bromée dans 10 grammes d’eau) a les mêmes effets; l’acide sulfurique à 2 p. 100, le permanganate de potasse à 1 p. 100, l’essence d’eucalyptus assurent la stérilisation. Babes constate que le sublimé à 1 p. 1000 et l’acide phénique à 1 p. lOOstérilisenten 2-3heures uneémulsion de substance nerveuse.

Modifications de la virulence. — Les propriétés du virus de la rage accidentelle diffèrent non seulement d’une espèce à une autre, mais encore pour chaque individu. Le chat et le loup donnent un virus renforcé à l’égard du lapin. L’inoculation au lapin, dans l’œil ou dans les méninges, de la substance nerveuse des chiens morts de la « rage des rues » ne tue pas toujours dans le délai habituel de quinze cà dix-huit jours. Calabrese (1) constate des périodes d’incubation variant entre sept et trente-trois jours; les périodes d’incubation de onze à quatorze jours ne sont point rares. Les herbivores peuvent fournir un virus renforcé; Calabrese lue le lapin en huit jours avec le bulbe d’un mouton mort, en vingt jours, de rage accidentelle.

Des modifications de la virulence sont obtenues expérimentalement par les passages successifs à travers certains organismes, par l’action de la dessiccation, delà chaleur et du suc gastrique.

I. Action des passages successifs. — En 1884, Pasteur, Chamberland et Roux montrent que la virulence rabique est atténuée par les passages chez le singe. « Si l'on passe du chien au singe, et ultérieurement de

(1) Calabkese. Sur l’existence dans la nature d'un virus rabique renforcé. Annales de l'Institut Pasteur, 1896, p. 97.

MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE

singe à singe, la virulence du virus rabique s’affaiblit à chaque passage. Lorsque la virulence a été diminuée par ces passages de singe à singe, si le virus est ensuite reporté sur le chien, sur le lapin, sur le cobaye, il reste encore atténué. En d’autres termes, la virulence ne revient pas de primesaut à la virulence du chien à rage des rues. L’atténuation, dans ces conditions, peut être amenée facilement, par un petit nombre de passages de singe à singe, jusqu’au point de ne jamais donner la rage au chien par des inoculations hypodermiques. L’inoculation par la trépanation, méthode si infaillible pour la communication de la rage, peut même ne produire aucun résultat, en créant néanmoins, pour l’animal, un état réfractaire à la rage. » Alors qu’après un premier passage sur le singe, le virus tue encore le lapin en quinze jours environ, le sixième singe donne un virus qui tue le lapin en trente jours seulement.

« La virulence s’exalte quand on passe de lapin à lapin ou de cobaye à cobaye. Lorsque la virulence est exaltée et fixée au maximum sur le lapin, elle passe exaltée sur le chien et elle s’y montre beaucoup plus intense que la virulence du virus rabique du chien à rage des rues. » (Pasteur, Chamberland et Roux.) Ces passages successifs de lapin à lapin, par inoculations intra-craniennes, ont pour effet de diminuer graduellement la période de l’incubation. Après une centaine de passages, la durée de l’incubation, qui était primitivement de treize à seize jours, est tombée à 6-7 jours; à partir de ce moment, on n’observe plus de variation ; le virus est dit /Lee; il conserve indéfiniment les mêmes propriétés.

D’autres organismes permettent de réaliser l’exaltation de la virulence. Après sept ou huit passages successifs du renard au renard, on obtient un virus qui tue régulièrement en six jours (Nocard). Le passage à travers l’organisme du chat (de Blasi et Russo Travali) produit aussi une exaltation de la virulence. Le virus des rues, qui tue le chat en 7-12 jours, par inoculation intra-cranienne, se renforce après un premier passage ; il tue régulièrement ensuite en cinq à six jours, quel que soit le nombre des passages. Reporté chez le lapin et chez le chien, il détermine la mort en six jours également (1).

IL Action de la dessiccation. — La dessiccation exerce sur le virus rabique une action atténuatrice, démontrée, en 1885, par Pasteur, Chamberland et Roux.

Des moelles de lapins tués par le virus fixe sont suspendues, avec des précautions d’asepsie parfaite, dans des flacons contenant de la potasse, maintenus à la température de 23°. Dans ces conditions, la virulence des moelles diminue graduellement ; après cinq ou six jours, elles ne donnent plus la rage aux animaux, même si on les inocule sous la dure-mère. Il est possible d’obtenir une série de virus d’énergie décroissante, depuis le virus fixe, de beaucoup plus actif que celui de la rage des rues, jusqu'à la virulence moindre, incapable de tuer dansquelquc condition que ce soit.

(I) De Blasi et Russo Travali. La rage expérimentale chez le chat. Annales de l’Institut Pasteur, t. VIII, 1894, p. 338.

Nocard et Leclainche. — 2e édit.

RAGE

Le mécanisme complexe de l’atténuation est lié à l'action combinée de la dessiccation, de l’oxygène de l’air et de la chaleur. Dans le vide, dans l’hydrogène et dans l’acide carbonique, à 23°, les moelles restent virulentes pendant 28-30 jours. Si l’on augmente la température du milieu, la virulence disparaît rapidement (en 48 heures à 35°) ; au contraire, elle persiste un long temps si la température est abaissée (1).

Il est à remarquer que la dessiccation ne produit pas un virus « atténué » dans le sens restreint aujourd’hui adopté, puisque ses propriétés ne sont nullement transmissibles par passages successifs. Les animaux qui succombent à l’inoculation intra-cranienne d’un virus insuffisamment modifié meurent avec la plus courte période d’incubation et les centres nerveux possèdent la virulence maxima.

III. Action de la chaleur (2). — Babes et Lepp (1889) croient obtenir l'immunisation du chien par des inoculations répétées, à doses croissantes, de substance nerveuse du lapin tué par le virus fixe, chauffée à 80°. Les recherchesde Puscariu et Vesesco (1895) montrent qu’en réalité les émulsions chauffées à 80° sont impuissantesàvaccinersûrementleschienscontre a rage, mais qu’elles confèrent un certain degré de résistance. Le chauffage entre 50 et 60° déterminerait un affaiblissement croissant de la virulence, accusé par une survie des animaux inoculés. Les inoculations successives de moelles chauffées à des températures comprises entre 30 et 80° permettraient de conférer l’immunité au chien (?).

Immunisation. — L’immunisation des organismes à l'égarcl de la rage est obtenue par des méthodes diverses, les unes applicables à toutes les espèces, les autres spéciales à quelques-unes seulement. Elles comportent l’emploi des inoculations de virus modifiés, du virus dilué, des sérums antitoxiques et des injections intraveineuses de virus fort.

1. Inoculations de virus modifiés. — a) L’atténuation, par l’organisme du singe, du virus des rues préalablement exailé par des passages chez le lapin permet d’obtenir une « échelle de virulence » étendue. Le 19 mai 1884, Pasteur annonce que les inoculations successives, sous la peau du chien, de virus d’activité croissante, ne déterminent aucun accident et qu’elles confèrent l’immunité contre l’inoculation de la rage la plus virulente. Les chiens vaccinés par ce procédé restent réfractaires aux différents modes de la contagion, naturelle ou expérimentale.

b) Cette méthode de vaccination présente cependant certains inconvénients et sa complexité même eût été un obstacle à son

. (1) Viala. Sur les causes de V atténuation des moelles rabiques ■ Annales de l’Institut Pasteur, t. V, 1891, p. 095.

- (2) Babes et Lepp. Recherches sur ta vaccination antirabique. Annales de l’Institut Pasteur, 1889, p. 384. — Puscariu et Vesesco. Essais de vaccination antirabique... Id. , 1895, p. 210.

IMMUNISATION.

utilisation immédiate. En 1885, Pasteur, Chamberland et Roux font connaître les effets de la dessiccation sur les moelles virulentes ; ils annoncent en même temps que les inoculations successives démulsions de moelles rabiques desséchées, en commençant par les plus atténuées, confèrent l’immunité. Cinquante chiens, immunisés par ce procédé, se montrent réfractaires à tous les modes de 1 infection, l’inoculation intra-cranicnnc y comprise.

D’une efficacité certaine et d’une sécurité absolue en tant que procédé d immunisation préventive, la méthode se trouve être applicable un certain temps après l’inoculation virulente, 1 immunité étant acquise avant la lin de la période d’incubation. Appliquée pour la première fois à l’homme dès le mois de juillet 1885,1e traitement de la rage après morsure a subi victorieusement les épreuves de treize années d’une pratique journalière.

Le traitement eonsisle en des inoculations quotidiennes de moelles desséchées. Ces moelles sont broyées dans du bouillon stérilisé, légèrement alcalin, et réduites à l’état de fine émulsion, facile à faire pénétrer sous la peau. Les injections sont faites aux flancs, alternativement à droite et à gauche. On utilise d’abord une moelle de 1 i jours, complètement inoffensive, puis on continue par celles de 13, 12 jours,... et ainsi de suite jusqu’à la moelle de 3 jours qui complète l’immunité. Le dosage de la matière injectée a été empiriquement établi, après de nombreux tâtonnements. Les doses d’émulsion varient de 3 c. c. pour les moelles faibles à 1 c. c. pour les moelles fortes; la quantité de substance nerveuse sèche employée correspond à peu près à un centigramme pour chaque injection. 11 est indiqué de répéter les injections d’une même moelle pendant le cours du traitement ; d’autre part, le nombre des inoculations et la durée du traitement varient suivant la gravité des morsures.

Pour les morsures peu graves et portant sur les membres, la formule du traitement adopté par l’Institut Pasteur de Paris est résumée ci-après:

JOUR

AGE

QUANTITÉ

JOUR

AGE

QUANTITÉ

du

de la moelle

de

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1er

14 jours.

5 jqurs.

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RAGE

Dans le cas de morsures à la Lête, l’incubation de la maladie peut être très courte et il faut multiplier les injections pendant les premiers jours, pour gagner du temps. Le traitement est prolongé pendant 21 jours, d’après la formule suivante :

JOUR

AGE

QUANTITÉ

JOUR

AGE

QUANTITÉ

du

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3e jour, matin.

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4e jour

Les grandes quantités de moelles faibles, injectées coup sur coup dans les trois premiers jours, ont pour effet d'amener rapidement le patient à supporter les moelles actives que l’on donne ensuite à doses répétées (1).

L’immunité n’est assurée, comme dans les autres modes de vaccination, qu’un certain temps après l’application du traitement; l’on conçoit qu’en quelques cas la maladie apparaisse avant que l’organisme ait été rendu réfractaire. Ces courtes périodes d'incubation sont observées notamment lors de blessures multiples, ou encore de morsures à la face, c’est-à-dire à proximité des centres nerveux, alors que le virus, rapidement absorbé, n’a qu'un court trajet à parcourir. Pour les mêmes raisons, l’efficacité du traitement se trouve compromise lors d’un retard dans l’application et il importe de ne jamais différer l'intervention, sous quelque prétexte que ce soit.

La durée de l’immunité conférée est variable suivant les individus. Chez le chien, elle a disparu, chez 21 p. 100 des traités au bout d’un an et chez 33 p. 100 après deux ans; chez d’autres, elle persiste pendant cinq ans au moins (Pasteur, Idogyes).

Le mécanisme de l’immunité est incomplètement connu. Pasteur

(1) Roux, Prévention de la rage après morsure. Transactions of the Congress of London, 1891, t. III, p- 8.

IMMUNISATION.

a émis l’opinion qu’il existe dans les moelles virulentes une substance vaccinante, moins altérable par la dessiccation que le virus lui-même. On peut penser que l’immunité pourra être assurée par 1 injection de matières dépourvues de toute virulence; on réaliserait ainsi « un fait scientifique de premier ordre et un progrès inappréciable dans la méthode de la prophylaxie de la rage ».

II. Inoculations de dilutions virulentes. — Hôgyes(l) obtient 1 immunisation par les inoculations successives de dilutions de plus en plus concentrées de moelles virulentes. On utilise les moelles de lapins tués par le virus fixe, après dilution dans une solution de sel marin à 7 p. 1000; le taux de la dilution varie entre 1 p. 10000 et 1 p. 100.

Chez le chien, l’immunité créée, après neuf jours de traitement, est assez solide pour permettre aux animaux de résister à l’inoculation du « virus des rues », dans l’œil ou dans les méninges. La méthode est applicable chez l’homme au traitement après morsure; on inocule le premier jour 3 c.c. d’une dilution à 1 p. 10000 et3c.c. d’une dilution à 1 p. 8000, pour arriver graduellement à injecter, le quatorzième jour, 1 c.c. d’une dilution à 1 p. 100.

III. Inoculations de dilutions stérilisées (2). — Tizzoni et Centanni obtiennent l’immunisation du lapin, du chien et du mouton par les injections de dilutions virulentes de matière nerveuse mélangée pendant 19 heures, in vitro, avec le suc gastrique artificiel.Babes etTalasescu aboutissent au même résultat avec le sucgastrique naturel du chien ; après 5 heures, à 20°, l’émulsion a perdu sa virulence. On ne constate point d’atténuation du virus; après 4 heures et 3 heures, les émulsions tuent les animaux sans augmentation de la période d’incubation.

IV. Sérothérapie (3). — Les premières recherches de Babes et Lepp (1890) et de Babes et Cercliez (1891) montrent que l’inoculation du sang provenant d’un chien fortement vacciné empêche

(1) 11ÔGYK3. Vaccination contre la mge avant et après l'infection. Annales de l’Institut Pasteur, 1889, p. 449. Lyssa. In Specielle Pathologie de Nothnagel, 1897, p. 130 et 100.

(2) Tizzoni et Centanni. Weitere Dntersuehungen über die Ueilung der aasgebrochenen Rabies. Deutsche medicin. Wochenschr., 1892, p. 702. — Babes et Talasescu. Études sur la rage. Annales de l’Institut Pasteur, 1894, p. 437.

(3) Tizzoni et Sciiwarz. La prophylaxie et la guérison de la rage par le sang des animaux vaccinés. Annales de micrographie, 1892, p. 1G9. — Tizzoni et Centanni. Sur le mode de guérir , chez les animaux, ta rage développée. Archives italiennes de biologie, 1893, p. 41. Die Vererbung der Immunitüt gegen Rabies von dem Vater auf das Kind. Centralbl. für Bakter., t. XIII, 1893, p. 81. Siero antirabbico ad alto polere immunizzante , applicabile ali'itomo. Biforma medica, 27 déc. 1893. — Babes et Tai.asescu. Loc. cit., p. 439. — Tizzoni et Centanni. Modo di preparare il siero antirabbico ad alto potere curalivo... Atti délia R. Accad. di Bologna, 10 feb. 1895; Refer. in Centralbl. für Bakter., t. XVIII, 1895, p. 240.

RAGE

ou retarde, chez le chien, l’évolution cle la rage inoculée ; l’inoculation reste sans effet préventif sur le lapin.

Tizzoni cl Schwarz (1892), puis Tizzoni et Cenlanni (1893-1895) préparent un sérum à la fois prophylactique et curatif. Le sérum est obtenu chez le mouton traité par les inoculations de dilutions de substance nerveuse virulente traitée par le suc gastrique. Un animal qui reçoit, en 10 jours, dix injections de 25 centigrammes de matière nerveuse affaiblie (?) donne un sérum capable de protéger le lapin, à la dose d’une goutte et demie, contre une inoculation intra-cranienne pratiquée 24 heures plus tard avec le virus des rues. On peut admettre que 1 c.c. de sérum suffit à protéger 25 kilogrammes de poids vif. Une quantité beaucoup plus considérable de sérum (10 c.c. par kilogr.) est nécessaire pour protéger le lapin contre le virus fixe. Une dose insuffisante ne modifie point la durée de l’incubation. Le sérum immunisant détruit le virus in vitro ; son pouvoir est compris entre 1 : 800 et 1 : 1600; 1 c.c. de sérum neutralise en moyenne 1200 c.c. de matière nerveuse virulente. Employé à hautes doses, le sérum est efficace, chez le lapin, sept jours après l’inoculation du virus des rues dans le nerf sciatique; l’évolution peut être enrayée alors que les premiers symptômes sont apparus (?). Une méthode particulièrement efficace consiste en l’inoculation d’une très faible quantité de sérum dans le système nerveux central. La matière vaccinante peut être obtenue à l’état pulvérulent, après précipitation par l’alcool et exsiccation. Tizzoni et Centanni estiment que leur méthode de traitement est surtout indiquée alors qu'il est indispensable de créer rapidement l’état réfractaire; elle s’imposerait à l’égard des personnes mordues à la face ou inoculées déjà depuis plusieurs jours. Une dose de 20 c.c., correspondant à 2 gr. 5 de matière sèche, est suffisante pour un homme du poids de 70 kilogrammes; on injecte le premier jour la moitié de la dose; l’autre moitié est inoculée en deux fois, le troisième et le sixième jour. Les doses seront doublées si l’on intervient plus de quatre jours après la morsure ou dans les cas de blessures graves à la face.

V. Inoculation intra-veineuse. — L’injection intra-veineuse de virus rabique constitue un mode d’immunisation à l’égard de certaines espèces. En 1881, Galtier annonce avoir injecté sept fois de la salive rabique dans la jugulaire du mouton, sans jamais avoir obtenu la rage; un des moutons, inoculé ensuite avec de la bave de chien enragé, paraît avoir l’immunité. Dans une seconde note, le même expérimentateur relate sept expériences analogues, portant

IMMUNISATION.

sur neuf moutons et un cheval ; il conclut que les injections de salive rabique dans les veines du mouton ne font pas apparaître la rage et qu elles paraissent conférer l’immunité.

En 1884, Nocard et Roux 1) entreprennent des recherches sur le même sujet, en se servant comme source de virus rabique de la matière du bulbe, et en pratiquant l’inoculation d’épreuve avec le même produit, dans la chambre antérieure de l’œil. Ils évitent

ainsi les incertitudes résultant de l’emploi de la salive et celles qui sont inhérentes à l’inoculation sous-cutanée. Les résultats acquis confirment ceux obtenus par Galtier ; ils permettent même d’instituer un traitement simple et efficace des animaux mordus.

L’injection intra-veineuse pratiquée chez le cheval, le bœuf, le mouton, confère une immunité assez solide pour que les animaux résistent ensuite à l’inoculation intra-oculaire de la moelle rabique, et par conséquent aux morsures les plus graves. La méthode empêche révolution de la rage alors que la vaccination est pratiquée vingt-quatre heures après l’inoculation dans la chambre antérieure de l’œil. La sévérité de cette dernière épreuve permet de prévoir que les suites d’une inoculation accidentelle seront sûrement prévenues, alors que le traitement est appliqué deux ou trois jours après la morsure (V. Traitement).

Chez le chien, l’immunité est parfois conférée par les injections intra-veineuses de moelles rabiques de virulence graduée (Protopopolf) ou même par une seule injection d’un virus affaibli (Roux) ; toutefois, les résultats ne sont pas assez constants pour que la méthode puisse être utilisée, llelman attribue les variations spécifiques, quant aux suites de l’injection intra-veineuse, aux différences de structure des capillaires cérébraux et médullaires, ceux-ci permettant ou non l’irruption du virus dans la substance nerveuse. Le mécanisme de l’immunisation est incomplètement déterminé. Nocard constate que l’injection pratiquée dans la carotide est toujours suivie de l’évolution delà rage; au contraire, l'injection dans l’artère crurale a les mêmes effets que l’inoculation dans la jugulaire. Il est probable que l’immunité est due à l’extrême dilution du virus, retenu en partie et peut-être modifié par son passage sur le filtre pulmonaire et lancé dans les centres nerveux en très faible quantité.

(1) Nocard et Roux. Vaccination des ruminants contre la rage. Annales de l’Institut Pasteur, t. Il, 1888, p. 341.

RAGE

Un traitement n’est applicable qu’aux herbivores victimes de la contagion ; en ce qui concerne les chiens ou les chats exposés, les lois sanitaires de tous les pays exigent avec raison l’abatage immédiat.

Au contraire, il est important de prémunir les herbivores contaminés ; dans un troupeau de bœufs, de moutons ou de chèvres, victimes des morsures d’un chien enragé, la proportion des animaux qui succombent à la rage est toujours élevée (jusqu’à 80 p. 100 de l’effectif) et les conséquences économiques de la contamination sont d’autant plus graves que la loi interdit la vente pour la boucherie des animaux mordus, même dans les quelques jours qui suivent 1 accident. Les modes de l’intervention comprennent à la fois un traitement local immédiat, destiné à diminuer les chances de l’inoculation, et l’immunisation par les inoculations intra-veineuses du virus.

I. Traitement local. — Il est indiqué de cautériser et de désinfecter les plaies aussitôt que possible après la morsure. Si l’application des antiseptiques et des caustiques ne peut être pratiquée, on débride et on irrigue largement les plaies. La cautérisation au fer rouge, avec destruction totale des parois de la plaie, constitue le meilleur mode d’intervention. Les caustiques chimiques, acide nitrique, acide sulfurique, pourraient être employés ; l’essence de térébenthine paraît également indiquée.

Une cautérisation profonde et immédiate donne seule quelque garantie; il est rare que celle-ci puisse être pratiquée et il convient presque toujours d’assurer l’immunisation des inoculés.

IL Inoculation intra-veineuse. — L’inoculation virulente intraveineuse permet de réaliser la vaccination, après morsure, chez le cheval et chez les ruminants. Le mode de l’intervention est déterminé par les travaux de Nocard et Roux. Pratiquée chez le mouton vingt-quatre heures après l’inoculation virulente dans l’œil, l’injection intra-veineuse préserve encore les animaux. En tenant compte de la durée plus longue de l’incubation et de la gravité moindre de l’inoculation par morsures, on peut espérer que le traitement des animaux mordus réussira lorsqu’il est entrepris trois à quatre jours après la morsure (1).

(I) La technique de l’inoculation intra-veineuse est simple; il faut injecter dans les veines du virus pur, c’est-à-dire que l’on doit rejeter la salive rabique et prendre le virus dans le bulbe d’un animal mort de la rage. L’émulsion de la matière ner-

PROPHYLAXIE

Prophylaxie.

Deux ordres de mesures prophylactiques sont théoriquement applicables à la rage : les unes ont pour objet la prévention de la maladie chez les animaux aptes à l’infection ; les autres tendent à combattre la dissémination de la contagion.

a) Vaccination. — La rage du chien étant, en France tout au moins, la source à peu près exclusive de la rage, un moyen prophylactique parfait consisterait à rendre obligatoires, pour tous les chiens, les inoculations préventives. Cette solution simpliste est malheureusement irréalisable; en outre des résistances que rencontrerait l’application d’une telle mesure, il est matériellement impossible de soumettre plus d’un million de chiens à un traitement de deux ou trois semaines, nécessitant des installations spéciales et un personnel préparé par une longue initiation. Les milliers de chiens errants, qui échappent aux prescriptions administratives les plus simples, suffiraient d’ailleurs à entretenir indéfiniment la maladie.

b) Mesures sanitaires (1). — Les modes de l’intervention sanitaire sont faciles h prévoir. Il n’y a pas à craindre ces contaminations plus ou moins médiates qui trouvent en défaut la prophylaxie la plus rigoureuse ; la rage, type des contagions par transmission immédiate, peut être prévenue à coup sur; il n’est pas de meilleur critérium que son degré de fréquence pour juger de la valeur d’une organisation sanitaire.

La loi sanitaire française prescrit les mesures les plus énergiques contre la maladie, et la rage eût déjà disparu si certaines lois ne

veuse est préparée en broyant des fragments du bulbe, dans un mortier ou dans un verre, avec de l'eau, de façon à obtenir un liquide laiteux, facile à aspirer dans la seringue. Pour éviter l’introduction dans les veines de grumeaux de matière nerveuse, qui produiraient des embolies et la mort, on passe l’émulsion à travers une toile de batiste très line. Toutes ces opérations sont faites avec pureté, c’est-à-dire que les ciseaux qui servent à prélever les fragments du bulbe, le verre ou le mortier, la toile et la seringue sont stérilisés dans l’eau bouillante. Pour faire l’émulsion, on emploie de l’eau bouillie, puis refroidie.

11 est facile de faire pénétrer la canule de la seringue à travers la peau, dans la veine jugulaire, si l’on a soin de faire gonfler celle-ci en la comprimant à la base du cou. Pour plus de sécurité, on peut employer une canule double. On injecte lentement, en deux fois, 10 à 15 centimètres cubes du liquide chez le cheval et chez le bœuf, 4 à G centimètres cubes chez la chèvre et chez le mouton. Les accidents sont très rares si l’émulsion est bien tamisée. Les chevaux et les bœufs de travail seront laissés au repos absolu, pendant au moins un mois après l’injection vaccinale.

(1) Nocard et Leclainciig. Art. Épizooties. Encyclop. d’hygiène et de médecine publique, t. Il, 1890, p. 86. — Fleming. The propagation and prévention of rahies. Transactions of 7Ul Congress of Hygiene. London, 1891, t. 111, p. IG. — Nocard. La rage et les moyens de s’en préserver. Revue scientifique, 1894, t. 1, p. 321.

RAGE

semblaient faites pour n’être pas appliquées. Nous possédons la législation la plus draconienne sur la matière, et la rage, qui a disparu de nombreux États, qui n’est plus qu’un accident dans les capitales étrangères, règne dans toute la France et trouve à Paris même un foyer d’élection unique au monde.

Rien de mieux établi cependant ni de plus certainement efficace que la police sanitaire de la rage; en première ligne, la déclaration à 1 autorité de tous les cas de rage animale constatés ou soupçonnés, cette mesure permettant la recherche et l’abatage immédiat de tous les animaux qui ont pu être mordus. Ces dispositions essentielles sont expressément ordonnées par la loi de 1881, mais elles restent trop souvent lettre morte, grâce à l’inertie ou à la complicité de ceux qui ont le devoir d’en assurer l’application. Bien des cas de rage restent cachés qui iraient grossir les statistiques; de plus, les propriétaires des chiens mordus ou roulés ne se décident presque jamais à faire abattre spontanément leurs animaux ; la plupart essayent de se soustraire à cette obligation capitale et ils y réussissent parfois. On laisse ainsi se créer et se propager des centres de contagion, alors qu’il eût suffi d’obéir à quelques-unes des prescriptions de la loi pour les étouffer dès Je début. Celte destruction nécessaire de tous les animaux contaminés ne sera complète, c’est-à-dire efficace, qu’autant que l'on aura supprimé les chiens errants qui pullulent en France dans les grandes villes. Les demi-mesures habituelles, les réglementations provisoires peuvent bien ralentir la marche d’une enzootie, mais elles restent fatalement insuffisantes.

Paris fournit un exemple frappant de ce triste état de choses. A certaines époques, alors que la multiplicité des cas observés ou encore quelque accident retentissant ont jeté l’alarme, l’administration intervient. On exige que les chiens soient muselés et tenus en laisse; on sacrifie un certain nombre de chiens errants ; puis, aussitôt que l’émotion est calmée, toutes les mesures sanitaires sont délaissées et l’œuvre d’assainissement reste incomplète. Toujours cependant on observe, à la suite de ces trop courtes interventions, une diminution des cas de rage, proportionnelle à l’énergie déployée. En 1878, 508 cas de rage de chien sont constatés à Paris, cent personnes sont mordues et vingt-quatre succombent. Parmi cellesci se trouve un jeune homme dont la famille possède une grande notoriété dans le monde artistique et littéraire ; l’affaire fait grand bruit, la préfecture de police remet en vigueur les ordonnances oubliées, et les cas de rage, qui avaient été respectivement de 141,

PROPHYLAXIE

175 cl 133 dans les trois premiers trimestres, tombent à 53 pendant le quatrième. Il avait suffi, pour obtenir ce résultat, de sacrifier, en juillet et en août, 4000 chiens errants. En avril 1888, on compte 125 chiens enrages ; le préfet de police rend une ordonnance prescrivant de saisir et d’abattre tout chien qui ne sera pas muselé ou tenu en laisse ; — résultat : le nombre des chiens enragés tombe à 67 en août, 52 en septembre, 29 en octobre et 27 en

novembre (1).

A Londres, les mêmes faits sont constatés. En 1889, on constate 123 cas de rage, chiffre exceptionnellement élevé dans la capitale . Une ordonnance prescrit le musellement permanent et la capture des chiens errants ; le nombre des cas de rage tombe à 32 en 1890, à 13 en 1891, à 3 en 1892. 11 semble que l’on n’ait plus rien à craindre désormais et, en novembre 1892, l'ordre de 1889 est abrogé. Sous ce régime de liberté, la rage réapparaît; on signale 8 cas en 1893, 12 en 1894, 46 en 1895; le nombre des chiens enragés s’élève à 67 pendant le 1e1' trimestre de 1896. Un ordre du 7 février 1896 prescrit à nouveau le musellement et 33 000 chiens errants sont abattus de janvier à septembre; cette action vigoureuse produit comme toujours des effets immédiats ; 10 cas de rage seulement sont observés dans le dernier trimestre (2).

Celte œuvre d’assainissement est à la fois simplifiée et complétée par l’établissement sur les chiens d’un impôt suffisamment élevé. Le Congrès vétérinaire de Vienne, en 1865, préconisait ce moyen comme l’un des meilleurs modes de prévention de la rage ; son efficacité est démontrée, à celte seule et expresse condition que l’impôt soit rigoureusement perçu. .Or, actuellement, la taxe n’atteint pas en France les catégories d’animaux les plus dangereuses. Des milliers de chiens errants, sans maître et sans domicile, pullulent librement; beaucoup de propriétaires, ceux-là mêmes qui laissent le

(1) Une action sanitaire effective est exercée à l'heure actuelle dans le département de la Seine ; on doit souhaiter qu'elle soit continuée avec assez d'énergie et de persévérance pour donner enfin des résultats définitifs. Les chiffres suivants donnent la mesure de l'effort réalisé, en même temps qu'ils démontrent l’urgence de l’intervention.

Chiens errants.

Années.

Chiens enragés.

Personnes mordues.

Saisis.

Abattus

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