‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 147 sur 169 · CG · texte numérisé non relu

CG

(2) Ces exemples pourraient être multipliés; Galtier à Lyon, Labully à Saiat-Étienne... ont mis en évidence les effets du musellement et de la taxe.

Galtier. Première note sur la rage. Journ. de méd. vétér., IS98, p. 72. — Labully. Sur la prophylaxie de la rage. Id. , 1898, p. 18.

RAGE

plus volontiers vagabonder leurs animaux, se soustraient à tout payement. Les pouvoirs publics, qui répriment avec rigueur des fraudes qui ne portent atteinte qu’au trésor, font preuve ici d’une mansuétude extrême; aussi l’établissement de la taxe en France, au contraire de ce qui s’est passé partout ailleurs, n’a-t-il fait diminuer ni le nombre des chiens, ni celui des cas de rage. Il est cependant un moyen très simple, déjà expérimenté et maintes fois conseillé, d assurer le payement de la taxe ; il consiste à exiger le port d’une médaille dont la forme varie chaque année, qui constate l’acquit de

I impôt, en même temps qu’un numéro d’ordre permet de retrouver le propriétaire et d’exercer contre lui des poursuites et des recours.

II devient facile ainsi pour les agents de l’autorité de distinguer ceux des animaux qui doivent être mis hors la loi, saisis et abattus.

L’urgence de semblables mesures est reconnue par tous; l’Académie de médecine, le Conseil d’hygiène de la Seine les ont plusieurs fois réclamées. Une expérience démonstrative a été faite dans le duché de Bade. De 1870 à 1875, on comptait :

En 1871 18 cas de rage du chien.

En 1876, on applique à la fois aux chiens une taxe plus élevée et la marque; l’on obtient les résultats suivants :

En 187G 28 cas.

En 1879 2 cas.

A partir de cette époque, la rage a disparu complètement. Le nombre des chiens, qui était de 38 032 en 1875, tombe, sous l'influence du nouvel impôt, à 32629 en 1876, pour diminuer graduellement jusqu’à 24 984 en 1881 et remonter peu à peu à 28569 en 1885 et à 31276 en 1888.

En Bavière, les statistiques sont plus éloquentes encore ; de 1871 à 1875, le nombre des cas de rage est considérable; en 1873, on signale 821 chiens enragés, 100 personnes sont mordues, 18 succombent. Une loi du 2 juin 1876 impose à la fois la taxe et la marque des animaux ; le nombre des cas de rage du chien tombe graduellement :

En 1881

69 cas.

En 1884

6 cas.

En 1887, on compte vingt cas de rage et cette légère recrudescence provoque une aggravation de la législation ; une loi du 31 janvier 1888 élève le taux de la taxe.

D autres mesures ont été conseillées encore contre la rage ; l’émasculation obligatoire et l’émoussement des dents n’ont aucune valeur et méritent à peine d’être citées; par contre, le musellement est encore appliqué et l’autorité administrative conserve le droit de l’imposer lorsqu’elle le juge utile. Inefficaces toujours pour empêcher les animaux de mordre et parfois dangereuses, la muselière et la laisse n’en constituent pas moins des obligations utiles alors qu’elles sont rigoureusement exigées. Gomme la marque, et mieux qu’elle encore, la muselière permet de reconnaître à distance les animaux qui doivent être appréhendés et sacrifiés; cette mesure ne vaut donc que si elle est complétée par la destruction des chiens errants ; c’est par là qu’elle a pu donner, en nombre de circonstances, des résultats excellents et immédiats.

En résumé : il suffirait d’appliquer les prescriptions relatives à l’abatage des animaux mordus et à la destruction des chiens errants pour voir la rage disparaître à bref délai. Les exemples fournis par la Bavière et parle duché de Bade sont loin d’être isolés. A Berlin, l’ordonnance sur le musellement a eu deux fois raison de la rage; depuis 1883, aucun cas n’a été constaté. A Vienne, la maladie est également inconnue. En Norvège, en Hollande et en Suède, la rage disparut en quelques années, à la suite de l’application rigoureuse des mesures sanitaires.

Il est malheureusement à craindre que la France ne profite point encore de l’expérience acquise. Ainsi que le disait Roux au Congrès de Londres: « Il faudrait pour cela un changement dans les mœurs. C’est pourquoi le traitement antirabique sauvera encore bien des existences avant que les progrès de l’hygiène l’aient rendu inutile. »

Transmission à l'homme.

La transmission à l’homme est réalisée par les morsures d’animaux atteints, ou, plus rarement, par la souillure de surfaces absorbantes, plaies ou muqueuses. En France, la rage procède à peu près exclusivement du chien (93 p. 100 des morsures); la contamination par le chat est rare (6 p. 100); le cheval, les ruminants et le porc ne provoquent à eux tous que 1 p. 100 environ des inoculations.

La gravité des morsures est variable à la fois suivant leur siège et suivant l’étendue du traumatisme, suivant aussi qu’elles portent

KAGE.

sur des surfaces découvertes ou protégées par les vêtements. Les morsures à la face sont les plus dangereuses ; elles entraînent une mortalité de 80 p. 100 au moins; viennent ensuite les blessures aux mains, avec une mortalité moyenne de 15 à 20 p. 100, et enfin les morsures à travers les vêtements, sur les membres inférieurs ou sur le tronc, pour lesquelles la mortalité est moins élevée.

Les morsures sont infligées en de nombreuses occasions. Les propriétaires des animaux affectés sont les victimes ordinaires ; presque toujours, ils sont atteints alors que, ignorants du danger, ils exercent une contrainte sur les malades. Les tentatives faites pour explorer la bouche, l’administration d’un breuvage, l’application d’une muselière, les coups portés à l’animal indocile constituent les circonstances les plus fréquentes. Le chat mord dans les mêmes conditions ou lorsqu’on le tire de l’endroit où il s’était blotti. En d’autres cas, l’homme est victime d’une agression véritable, soit que l’animal se croie menacé, soit encore que, rendu furieux, il attaque sans provocation. Des inoculations résultent encore de blessures pendant l’exploration de la bouche d’animaux dont la maladie est insoupçonnée. Les vétérinaires sont exposés à des inoculations pendant l’autopsie des malades ; les traumatismes produits pendant la manipulation d’organes virulents (bouche, glandes salivaires, estomac, centres nerveux), ceux qui sont dus à l’action des instruments souillés par des matières virulentes constituent une source de réels dangers.

La souillure de surfaces absorbantes est un mode possible delà pénétration du virus. Nombre de chiens se montrent très caressants au début de l'infection ; ils cherchent à lécher les mains ou la face des individus qui les approchent; ces contacts sont surtout à craindre pour les personnes qui entretiennent avec les animaux des rapports d’étroite intimité. En quelques cas, ce sont des plaies des mains (crevasses, engelures...) ou delà face qui sont souillées par la salive virulente.

Une personne étant mordue, deux questions se posent immédiatement quant à l’appréciation du danger couru : l’animal mordeur est-il enragé ? l’inoculation a-t-elle pu se produire?

Les indications données précédemment sur le diagnostic de la rage chez les carnassiers trouvent ici leur application. On ne saurait être trop prudent, ni même trop pessimiste en une matière aussi grave. C’est seulement alors que la certitude est acquise qu’il est permis de conclure à l'inexistence de la maladie. Des diffî-

Page 1