CHAPITRE XXIX
TÉTANOS
Le tétanos est une maladie virulente, caractérisée par des contractures permanentes des muscles, dues à une intoxication des centres nerveux par lesproduits de sécrétion d’un bacille pathogène.
L’étude des particularités de l'évolution virulente et de la pathogénie des accidents présente un haut intérêt. Le tétanos constitue le type des empoisonnements spécifiques par les toxines microbiennes.
Historique. — Par la singularité et l’évidence de ses symptômes, le tétanos devait appeler l’attention de tous les observateurs. Il est décrit à toutes les époques et les théories les plus diverses sont émises quant à l’interprétation des accidents. Les traumatismes, le froid, les impressions nerveuses violentes, les intoxications alimentaires... figurent parmi les causes le plus souvent invoquées. A toutes les époques, les auteurs vétérinaires adoptent les doctrines médicales régnantes et les observations nombreuses qu'ils accumulent conservent seules un réel intérêt.
On reconnaît jusqu’en ces derniers temps un tétanos traumatique, coïncidant avec la présence d’une plaie, accidentelle ou opératoire, et un tétanos rhumatismal , ou spontané , rapporté en général au refroidissement.
Benjamin Travers émet l’opinion que les accidents pourraient être dus à la présence d’un poison spécial, circulant dans les vaisseaux du malade. Cette théorie humorale du tétanos est acceptée par Richardson, par Panum, par Rose... Billroth « considère le tétanos comme une maladie d’intoxication spécifique, sans cependant être en état d’apporter des preuves à l’appui de cette opinion ».
L’étude expérimentale du tétanos est entreprise en 1869. Arloing et Tripier inoculent sans résultat, au lapin et au chien, du pus et du sang provenant del’homme et du cheval tétaniques ; ils ne réussissent pas davantage à provoquer le tétanos par les irritations mécaniques ou galvaniques des nerfs périphériques chez la grenouille, le lapin, le chien et le cheval. Nocard (1882) constate l’absence de la virulence dans la moelle et le liquide céphalo-rachidien du cheval affecté.
Carie et Rattone (1) réalisent les premiers la transmission par l’inoculation. Des lapins sont inoculés avec une émulsion faite avec des tissus recueillis, au niveau d’une plaie, sur le cadavre d’un homme mort du tétanos; onze animaux, sur douze inoculés, présentent un tétanos typique. Presque en même temps, Nicolaïer (2) obtient un tétanos expérimental, chez le lapin et le cobaye, par l'insertion sous-cutanée de terre végétale; le pus recueilli dans le foyer de suppuration provoqué, inoculé aux mêmes animaux, détermine, après 15-20 heures, un tétanos à évolution rapide. Le pus renferme, avec des formes banales multiples, « un bacille anaérobie, ayant la forme de bâtonnets grêles, dont une extrémité présente un renflement bien coloré, et, plus tard, une spore qui ne se colore que faiblement ». Nicolaïer démontre le rôle spécifique du bacille, mais il ne peut l’obtenir en culture pure. Le microbe pathogène est présent dans les plaies tétanigènes et dans les tissus du voisinage immédiat; on ne le rencontre que par exception dans le sang, dans les viscères et dans les centres nerveux.
Rosenbach 3) obtient à nouveau l’infection du cobaye avec des fragments de tissus provenant d’une plaie tétanique de l'homme. Réalisant la transmission en série, au cobaye et à la souris, il démontre l’identité des accidents provoqués avec ceux du tétanos expérimental de Nicolaïer. 11 devient évident, dès ce moment, que le tétanos est fonction d’une infection locale des plaies par un bacille spécifique.
Nocard (4) démontre le danger des instruments ou appareils souillés par le pus des tétaniques; des parcelles de bois provenant d’un« casseau » ayant servi pour la castration d’un cheval devenu tétanique, donnent le tétanos aux animaux (cobayes, âne) sous la peau desquels on les insère. Les germes tétaniques conservent leur activité malgré l’ébullition ou l'immersion prolongée dans l’eau phéniquée à 5 p. 100.
En 1889, Kitasato (5) fait connaître une méthode permettant d’isoler le bacille de Nicolaïer et de le cultiver à l’état de pureté. Dès ce moment, l’étude expérimentale de la maladie réalise de rapides progrès. Knud Faber (0) produit le tétanos par l’inoculation d’une trace de culture filtrée sur porcelaine ; ses recherches établissent que les accidents doivent être rapportés à une toxine, analogue aux diastases, douée d’une extrême activité. Presque en même temps, Behring et Kitasato (7) indiquent un procédé d’immunisation des organismes contre la toxine tétanique ; ils montrent que le sérum des animaux
(1) Carle et Rattone. Studio sperimentale suit’ cziologia deltetano. Turin, 1884.
(2) Nicolaïer. Ueber infectiôsen Tetanus. Deutsche niedic. Wochenschr., 1884, p. 842.
(3) Rosenbach. Zur Aetiotogie des Wimdstarrkrampfes beim Menschen. Archiv fur klin. Chirurgie, t. XXXIV, 1886, p. 306.
(4) Nocard. Étiologie du tétanos. Recueil deméd.vét., 1887, p. 617, et Bulletin de l’Acad. de iuéd.. 1889, p. 209.
(5) Kitasato. Ueber den Tetanusbacillus. Zeitschrift fur Hygiene, t. VII, 1889, p. 226.
(6) K. Faber. Die Puthogenese des Tetanus. Berliner klin. Wochenschr., 1890, p. 717.
(7) Behring et Kitasato. Ueber das Zustandekommen der Diphtérie- Immunitüt und der Tetanus-Irnmunilcit bei Thieren. Deutsche niedic. Wochenschr., déc. 1890, p. 1113.
TETANOS.
réfractaires est capable à la fois de détruire la toxine in vitro et de créer 1 état réfractaire chez les animaux.
Les recherches de Tizzoni, Cattani et Baquis, Sanchez Toledo et Veillon... et surtout les beaux travaux de Vaillard, Vaillard el Vincent, Vaillard et Rouget, Roux et Vaillard, Roux et Borrel... apportent sur la maladie des clartés nouvelles qui illuminent la pathologie tout entière.
Bactériologie. — Le bacille de Nicolaïer affecte la forme d’un bâtonnet droit, grêle, à extrémités arrondies, mesurant environ G à 8 [j. de longueur. Dans les tissus et dans les cultures, les bacilles présentent souvent à une extrémité une grosse spore, ronde, brillante, qui donne au bâtonnet l’aspect d’une courte épingle à grosse tête ou d’une baguette de tambour.
Le microbe est anaérobie ; il se cultive dans le vide ou en présence de l’hydrogène; cependant on peut l’habituera cultiver dans un vide relatif et même dans un air à peine raréfié. La coloration est obtenue avec les couleurs d’aniline et par la méthode de Gram.
La culture s’opère dans les différents milieux, à des températures comprises entre 14 et 43°. La température la plus favorable est celle de 38-39°; à 42-43°, la plupart des bacilles sont dépourvus de spores et des formes d’involution sont observées (en fuseau, en poire, en longs filaments) ; la virulence est conservée. Les bouillons récemment préparés conviennent seuls pour la culture; ils se troublent en moins de vingt-quatre heures et l’agitation provoque le dégagement de fines bulles gazeuses; vers le quinzième jour, la pullulation se ralentit ou s’arrête et un dépôt s’opère ; la culture répand une odeur forte et repoussante rappelant celle de la vidange et de la corne brûlée. « Les cultures faites dans le sang frais du lapin possèdent un grand pouvoir pathogène ; elles tuent le lapin à la dose de 1/8-1/15° de c. c. » (Vaillard et Vincent). Dans la gélatine, un nuage envahit la partie inférieure du tube; puis, vers le dixième jour, la liquéfaction s’opère et il se forme un dépôt floconneux, surmonté par une colonne de gélatine claire et fluide. Sur le sérum coagulé, la culture s’opère facilement, sans liquéfaction du milieu. Le développement n’est obtenu que par exception sur la pomme de lerre ; il donne une couche humide et luisante. L’albumine de l’œuf, l’humeur aqueuse, le sérum frais et liquide sont peu favorables à la végétation.
Le bacille est pathogène pour le cheval, le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le chien, le lapin, le cobaye, le rat blanc, la souris... La poule est réfractaire.
SYMPTÔMES
Espèces affectées. — Tous les mammifères domestiques sont exposés au tétanos, mais à des degrés variables. Les solipèdes viennent en première ligne quant à la fréquence de l’affection ; le tétanos du cheval est observé à la suite de traumatismes divers ou de certaines opérations chirurgicales. Le tétanos traumatique est rare chez les bovidés ; la maladie est constatée surtout chez les vaches, à la suite de la parturition et de la non-délivrance (tétanos puerpéral). Chez le mouton et le bouc , l'affection est assez fréquente à la suite de la castration.
Le tétanos du porc est observé de loin en loin. Chez le chien, la maladie constitue encore une rareté clinique; on ne signale point la maladie chez le chat. Les oiseaux sont réfractaires (1).
L'homme contracte le tétanos et, chez lui, la maladie paraît plus souvent mortelle que chez les animaux.
Étude clinique.