I. — Symptômes
a) Tétanos chez le cheval. — Le tétanos débute par une difficulté croissante de certains mouvements; la mastication, la déglutition, les déplacements de l'encolure sont gênés et pénibles. Bientôt les mouvements des mâchoires, très limités, permettent à peine la préhension des fourrages, tandis que les boissons sont facilement dégluties. Ces signes s’accentuent en quelques heures ou en quelques jours et le malade prend un aspect caractéristique. La tète est étendue sur l'encolure ; les mâchoires contracturées s’entr’ouvrent à peine pour saisir les aliments; les naseaux sont dilatés; l'œil, tiré au fond de l’orbite, est recouvert en partie par le corps clignotant; les oreilles sont dressées et rapprochées; la queue est maintenue relevée. Certains groupes musculaires, notamment les masséters,les muscles de la nuque et de l’encolure, sont contracturés en permanence, durs, saillants, nettement délimités. Le malade reste immobile ; il paraît inquiet ; la lumière, le bruit provoquent des soubresauts et des tremblements. La marche est pénible ; l’animal se déplace tout d’une pièce; les membres sont à peine soulevés, le tourner sur place n’est obtenu que par un effort violent. En quelques cas, les contractures musculaires débutent en d’autres régions, au niveau des lombes ou d’un membre.
L’évolution des accidents est variable; chez certains animaux, le
(I) Dreymann (Monatshefte fur Thierheilk., 18!):!, p. 75) rapporte un cas probable de tétanos observé chez un coq d inde, à la suite de la morsure d’un chien.
TÉTANOS
tétanos reste localisé ; le trismus incomplet permet l’alimentation ; les troubles persistent sans modification pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Le plus souvent, les contractures s’étendent à de nouveaux groupes musculaires ; en 24-48 heures parfois, en 6-10 jours en d’autres cas, les muscles de la face et ceux des régions cervicale, dorsale et lombaire sont affectés en totalité. Le malade est immobilisé ; les membres écartés semblent fixés au sol ; la tête, •étendue sur l’encolure, est portée en haut par la contracture des muscles cervicaux supérieurs (mal de cerf) ; les naseaux sont dilatés; la contracture des muscles de la face donne à la physionomie une expression grimaçante spéciale; l’œilest caché en partie par le corps clignotant ; les mâchoires serrées ne permettent que des mouvements très limités ou nuis. La déglutition est pénible ou impossible; la salive s’écoule par la commissure des lèvres. Les groupes musculaires tétanisés se dessinent en saillie sous la peau; l’intensité de la contracture varie suivant les malades et suivant les périodes; à certains moments, une détente se produit; les muscles sont moins durs à l’exploration et quelques mouvements deviennent possibles.
L’appétit est conservé; mais il est rare que la mastication reste possible; alors que les arcades incisives peuvent s’entr’ouvrir pour saisir les aliments, ceux-ci ne peuvent être amenés sous les molaires et, après de longs efforts, le malade rejette les fourrages intacts. Les boissons et les aliments liquides, qui pénètrent dans l’arrière-bouçlie par aspiration, sont déglutis, à moins que la contracture ne s’étende à l’appareil hyoïdien, aux muscles du pharynx et de l'oesophage. La respiration est courte, fréquente, pénible; elle devient dyspnéique, en raison de la contracture des muscles thoraciques, abdominaux et du diaphragme. Le pouls est faible; sa fréquence varie suivant les malades. La température s’élève peu à peu jusque dans les dernières périodes, pour atteindre 41°, 5-42°.
A certains moments, des crises se produisent, provoquées par l’impression vive du bruit, de la lumière, par un simple attouchement, par la vue d’une personne étrangère ou d’un animal, par les tentatives de contention ou d’intervention chirurgicale. Le malade est anxieux; il grince des dents; des tremblements agitent tout le corps; l’intensité des contractures musculaires acquiert un degré extrême (1); les muscles ont la dureté du bois; il se pro-
(1) On rapporte des exemples d’écrasement des vertèbres par contraction des muscles ilio-spinaux.
cl ti i t des contractions cloniques des muscles des membres ; le corps se couvre de sueur; la respiration est accélérée (80-100 par minute), courte et dyspnéique. Souvent des chutes se produisent; l’animal se débat sur le sol et il fait de violents efforts pour se relever. Ces crises se renouvellent sous la moindre cause occasionnelle dans les formes graves ; elles font défaut ou 11e sont qu’ébauchées dans les formes légères de tétanos localisé.
Dans une dernière période, tous les phénomènes s’exagèrent ; les contractures augmentent de violence ; elles s’étendent aux muscles du tronc. Le malade est menacé d'asphyxie; les muqueuses prennent une teinte violacée; les sueurs sont continuelles; la température dépasse 42°. L’animal tombe sur le sol et meurt, par asphyxie ou par épuisement. L’évolution est complète en G - 1 2 jours en moyenne ; quelquefois, la mort survient dès le deuxième ou le troisième jour, à la suite d’une généralisation rapide des contractures; il est rare que la survie se prolonge au delà du trentième jour. La guérison est possible; elle est annoncée par une moindre raideur des muscles et notamment par la diminution du trismus. La résolution n’est complète qu’après trois à cinq semaines; il persiste pendant plusieurs mois de la gène dans les mouvements des régions contracturées ; une rechute est à craindre pendant toute celte période. En quelques cas, on constate une série d’exacerbations et de rémissions, terminées par la mort ou par la résolution.
Des complications résultent de certaines localisations tétaniques; le trismus complet empêche la préhension des aliments et certains malades succombent par inanition, malgré les tentatives d’alimentation artificielle. Les troubles de la déglutition sont l’occasion d'une « pneumonie par corps étrangers » qui tue en quelques jours ; l’accident se produit surtout pendant la convalescence, alors que la diminution du trismus permet à l’animal affamé de prendre quelques aliments.
Le pronostic est toujours grave; le taux de la mortalité est de 7ô p. 100 environ. La constatation d’un trismus complet, l’extension rapide des contractures, l’immobilisation des muscles du thorax... constituent des signes défavorables. Si la survie se prolonge au delà de deux à trois semaines, la guérison est probable, en dehors d’une complication de pneumonie alimentaire.
b) Tétanos chez les bovidés. — Les symptômes diffèrent peu de ce que l’on observe chez le cheval. Le début est marqué par de la raideur générale, la lenteur de la mastication et une légère déviation de la queue, rejetée sur le côté. Après 1-2 jours, les signes sont
TÉTANOS
évidents; la tète et l’encolure sont étendues, immobiles; les oreilles sont rigides, dirigées en arrière et en haut ; l’œil est enfoncé et recouvert parle corps clignotant; les naseaux et le mufle sont tirés en arrière ; le trismus ne permet qu’un écartement limité des mâchoires ; la langue est rigide et dure. Le tronc, rigide, se déplace tout d’une pièce; la queue est soulevée ou rejetée latéralement ; la marche est pénible ; les membres, à peine soulevés, sont portés dans l’abduction.
Les phénomènes d’excitation sont peu marqués ou manquent tout à fait. La présence d’un trismus complet ou d’une contracture du pharynx rendent impossibles la déglutition des aliments et la rumination ; on constate du météorisme, de la réplétion du feuillet et de la constipation.
La durée de 1 évolution est variable. Dans les formes graves, là tétanisation s’étend aux muscles du thorax et de l’abdomen; la respiration est dyspnéique, bruyante; la température dépasse 41° et les malades succombent, par asphyxie, en 5-9 jours. Dans les formes à marche lente, les contractures s’établissent graduellement et le trismus n’est complet parfois qu’après 10-14 jours (Ilering). La guérison est obtenue dans 50 p. 100 des cas environ ; elle n’est complète qu’après une convalescence de 20-30 jours. Comme chez le cheval, le pronostic est basé sur la rapidité de l’envahissement, sur la localisation des contractures et sur l’intensité du trismus.
c ) Tétanos chez le mouton et chez la chèvre (1). — Le début est marqué par de la raideur de certaines régions, notamment, du train postérieur. Après un ou deux jours, les muscles de la croupe et de la fesse sont tendus, durs, peu sensibles; les membres postérieurs sont écartés; la queue est raide, relevée ou ramenée sur le côté; la marche est pénible ; les articulations des membres ne fléchissent pas; il semble que le mouton « marche sur des échasses ». L’appétit est conservé; la température est normale. Deux à trois jours plus tard, les muscles du dos et des membres antérieurs sont atteints; le malade, immobilisé, semble fixé sur quatre colonnes rigides; les muscles du thorax, de l’encolure et de la face se contractent à leur tour. Le trismus empêche la préhension des aliments ; la respiration est courte, pénible et bruyante ; on compte 120-130 pulsations par minute ; la température dépasse 42°.
Le tétanos débute en quelques cas par les muscles des mâchoires
(1) May. Dus Schaf..., t. II, 1808, p. 280. — Muller. Stavrkrampf bei Schafen. OEsterr. Vierteljahrschr., t. XLVI, 1870, p. 146.
SYMPTÔMES
et de la face; comme dans la forme précédente, il envahit successivement toutes les régions, d’avant en arrière.
L évolution est complète en 6-8 jours en moyenne; la plupart des animaux succombent en 2-3 jours ; d’autres survivent 10-14 jours; on signale quelques cas de tétanos chronique chez les agneaux (May). La généralisation des contractures et la mort sont observées chez 90-95 p. 100 des malades.
cl) Tétanos chez le porc (1). — Les contractures débutent en diverses régions (mâchoires, dos, membres) pour s’étendre assez rapidement. Le malade reste couché ; les membres, immobilisés en extension forcée, ne peuvent être fléchis ; la tête est portée en arrière par la contracture des muscles de la région cervicale supérieure ; lacolonne dorso-lombaireestincurvée en haut(opisthotonos) ou en bas (emprosthotonos) ; le trismus est souvent incomplet. Des crises sont observées, comme chez le cheval; sous l’influence d une excitation quelconque, la tension des muscles affectés s’exagère; le malade fait entendre des grognements plaintifs ; la respiration devient dyspnéique et râlante. Ces accidents s’atténuent si le malade est laissé dans le calme et dans l’obscurité.
La mort survient après un temps qui varie entre 2-3 jours et plusieurs semaines. La guérison est obtenue dans un quart des cas environ.
e) Tétanos chez le chien. — Le tétanos reste ordinairement localisé à une région. Les muscles des mâchoires, de la face et de la région cervicale sont atteints de préférence. Le trismus est incomplet le plus souvent et l’alimentation du malade reste possible ; les commissures des lèvres sont soulevées et tirées en arrière; les oreilles sont dressées, immobiles et rapprochées; la peau du front est plissée. Si les muscles cervicaux sont affectés, la tôle est maintenue haute et en extension ; le malade, incapable de fléchir l’encolure, prend un aspect tout spécial. En quelques cas, les muscles du dos et des lombes sont affectés ; ces régions sont dures, indolores; la colonne vertébrale est redressée (orthotonos) ou incurvée en haut (opisthotonos) ; la queue est relevée et rigide. Le tétanos des membres est exprimé par la contracture permanente des masses musculaires; les divers rayons sont portés en extension forcée. Les symptômes généraux sont peu marqués ou nuis.
Le tétanos généralisé, plus rarement observé, est décelé par des symptômes analogues à ceux qui sont observés chez le porc. Les
(I) Sendrail. Du tétanos chez le porc. Revue vétér., 1893, p. 302 (avec bibliogr.).
TÉTANOS
impressions sensorielles ou les attouchements provoquent des paroxysmes.
La mort survient par asphyxie, dès les premiers jours de la maladie, ou par inanition, en 10-15 jours, si le trismus est complet. La guérison est obtenue chez 50 p. 100 des malades; elle est exceptionnelle dans le cas de tétanos généralisé.
IL — Lésions.
Il n’existe aucune lésion spécifique connue; les troubles constatés sont les conséquences, plus ou moins directes, de l’intoxication des centres nerveux.
Les cadavres conservent, pendant les quelques heures qui suivent la mort, une température égale ou supérieure à celle des derniers instants de la vie (1). Chez le cheval, la température, prise dans le rectum ou dans les masses musculaires, s’élève de 42° à 43 et 45°; elle persiste pendant 5-6 heures, pour diminuer rapidement ensuite.
Les centres nerveux ne présentent aucune altération constante. Les viscères sont congestionnés ; les séreuses montrent quelques ecchymoses. Le myocarde est souvent altéré, friable et cuit. Les muscles contracturés sont le siège de ruptures fibrillaires avec reliquats hémorragiques ; en certaines régions, le tissu est ramolli et de teinte ocreuse; l’analyse histologique décèle des dégénérescences granuleuse ou vitreuse, avec disparition de la striation normale.
Des lésions surajoutées d'asphyxie, de pneumonie gangreneuse et d’infections secondaires sont constatées en certains cas.