I. — Symptômes
On peut reconnaître une forme grave, de beaucoup la plus habituelle, et des formes atténuées ou bénignes.
a) Forme grave. — La maladie débute par les troubles généraux communs aux maladies graves; l’animal paraît inquiet, triste; la température s’élève à 40° et au-dessus ; chez les vaches laitières, la sécrétion est supprimée dès les premiers instants ; on constate des frissons au niveau des muscles du cou et de la partie antérieure du tronc. Le mufle est sec ; la muqueuse de la bouche et du nez est rouge et tuméfiée; sèche au début, elle se recouvre ensuite d’un exsudât séro-muqueux jaunâtre. Le pouls est fréquent et fort. La rumination est rare ou complètement suspendue.
Peu après, apparaissent des symptômes plus caractéristiques. Les paupières et la conjonctive se tuméfient; la muqueuse, infiltrée, revêt une coloration rouge violacé ; la cornée, d’abord terne et opaque à la périphérie, se trouble dans toute son étendue et prend une teinte laiteuse uniforme; un exsudât liquide, jaunâtre, s’écoule sur les joues. Les naseaux, dilatés, sont en partie obstrués par la muqueuse tuméfiée ; la pituitaire est infiltrée, boursouflée, de
CORYZA GANGRENEUX DES BOVIDÉS.
teinte rouge brun ; un jetage séro-purulent, parfois strié de sang, s’écoule des cavités. La respiration est courte et sifflante. Le mufle est sec, fendillé; l’épiderme se desquame par plaques, laissant le derme à nu. La chaleur de la peau à la base des cornes et l’hypersensibilité de la région ne sont constatées qu’exceptionnellement. La tête est « lourde » ; elle reste basse pendant la station ; elle est appuyée sur l’auge ou sur le sol pendant le décubilus. L’appétit est totalement supprimé ; la défécation est rare. La température rectale atteint 41-42°.
Deux à cinq jours après le début de la maladie, les accidents ont acquis toute leur intensité. Le malade maigrit rapidement ; les flancs sont rétractés ; la marche est pénible et chancelante. La cornée est d’un blanc opaque; parfois, il s’est produit une hémorragie ou un exsudât inflammatoire dans la chambre antérieure ; les vaisseaux delà sclérotique sont turgescents. Le jetage, abondant et fétide, est formé d’un liquide jaune, mêlé de pus cailleboté, de fausses membranes fibrineuses et de parcelles de tissus nécrosés ; il se produit des hémorragies à certains moments. Les orifices des naseaux sont rétrécis, la respiration est râlante et dyspnéique. Sur la pituitaire, siègent des plaies irrégulières, d’apparence ulcéreuse; parfois, une vaste portion de la muqueuse est nécrosée dans toute son épaisseur et éliminée. La déglutition est difficile ou impossible; une salive visqueuse s’écoule par les commissures; chez quelques malades, des érosions, recouvertes par des exsudais membraneux jaunâtres, se retrouvent dans l’arrière-bouche. Le pouls est petit et filant; le malade reste plongé dans un coma absolu.
La faiblesse devient extrême et la température baisse rapidement, pour descendre jusqu’à 30° et au-dessous ; cette chute brusque de la température est l’indice d’une mort prochaine (A. Frank, Lucet).
Des troubles digestifs, variables dans leur intensité, sont observés en certains cas (forme digestive) (1). Les excréments, normaux au début, sont ensuite ramollis, colorés par le sang, puis fétides et diarrhéiques. L’urine est également colorée par le sang et albumineuse. Des fausses membranes fibrineuses, moulées sur les parois de l’intestin, sont rejetées par certains malades.
« À une période plus avancée, la fièvre diminue d’intensité ; on constate seulement quelques légers frissons. Une chute rapide de la température annonce la mort prochaine du malade. Cette ter-
(1) A. Fbank. Loc. cil. — Meiirdorf et Peschke. bosartiges Katarrhalfieber.... Archiv fur Thierheilk., t. XXIII, I8!)7, p. 194.
INFECTIONS COLI-BACILLAIRES.
minaison ne se produit que tardivement ; elle paraît consécutive à 1 affaiblissement qui résulte des altérations de l’intestin, de la fièvre et de l’action de matières toxiques sur les centres.
« Il est à remarquer qu’ici encore les troubles oculaires décrits sont souvent observés; toutefois ils sont moins intenses que dans la forme respiratoire. » (A. Frank.)
Des symptômes accessoires sont observés dans quelques cas. On constate des accidents nerveux, caractérisés par des accès convulsifs, pendant lesquels le malade se précipite en avant, frappant de la corne les objets qui l’entourent. Parfois, la mort arrive brusquement, pendant l’une de ces crises, douze à dix-huit heures après le début de la maladie.
Un symptôme plus fréquent consiste en la présence d’une éruption, de caractères variables, localisée à la base des cornes, des onglons, aux régions du cou, du dos, des mamelles, des lèvres, ou étendue sur tout le corps. Elle est souvent constituée par de petits boutons durs, au niveau desquels l’épiderme s’exfolie et les poils tombent. Carrey constate des pustules rougeâtres, isolées ou confluentes, de la grosseur d’un pois ou d’une fève, localisées sur les mamelles ; les trayons, enflammés au début, se flétrissent après quelques jours; les pustules prennent une teinte noirâtre, sans se ramollir ni suppurer.
Sous la forme aiguë habituelle, le coryza se termine par la mort, en 5-7 jours en moyenne. Dans quelques cas, la mort survient en 24-28 heures, avant même que les altérations oculaires aient été constatées. Parfois, au contraire, les malades survivent pendant deux ou trois semaines et la guérison est obtenue, après une longue période de convalescence.
b) Formes atténuées (1). — Les premiers signes consistent en une diminution de l’appétit, irrégulier et capricieux. On observe bientôt du larmoiement et un jetage clair et séreux. La conjonctive est rouge, recouverte de coagula blanchâtres; la pituitaire est également injectée. Il existe de la constipation, parfois des signes de coliques légères.
Ces symptômes s’exagèrent en 8-15 jours; les paupières sont tuméfiées; la cornée est trouble; le jetage, plus abondant, devient mucopundent; la bouche est chaude et sèche; on constate de la diarrhée.
A ces manifestations ordinaires s’ajoutent des troubles divers
(I) May. Kopfkrankheit des Rindvie/is. Magazin fur Thievheilk., 1858, p. 327. — Pütz. Die Seuchen und Hei'dekrankheiten , 1 vol., 1882, p. 358. — Alston Eduaiu>. So-called « malignant catarrh ». The Veterinarian, t. LXX, 1897, p. 33.
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tels que la faiblesse de l’arrière-train, de la mammite, une éruption cutanée exanthémateuse.
La terminaison par la résolution est la règle en 3-5 semaines; en quelques cas, les signes de la forme grave apparaissent au cours de l’évolution.