III. — Diagnostic
Le diagnostic est assuré, dans presque tous les cas, parla coexistence des troubles oculaires et des altérations de la pituitaire; dans les régions où la maladie est fréquente, le plus léger trouble de la cornée, associé à l’élévation de la température et aux autres symptômes généraux, suffit pour faire reconnaître l’affection.
Il est à remarquer cependant que les altérations oculaires peuvent faire défaut et que, dans les formes légères, la nature des lésions constatées reste souvent méconnue.
La peste bovine, qui présente quelques analogies symptomatiques avec le coryza, est suffisamment différenciée par les troubles digestifs intenses, par sa contagiosité et par son caractère épizootique. Le coryza simple, et les formes épizootiques, encore peu connues, dites catarrhe nasal infectieux, seront distingués par le peu de
CORYZA GANGRENEUX DES BOVIDES.
gravité de l’état général et des lésions locales, ainsi que par les caractères du jetage, muqueux ou muco-purulent. La conjonctivite et la kératite épizootiques sont dénoncées par leur apparition simultanée sur un certain nombre d’animaux, par la forme toute particulière des accidents, enfin par l’absence des troubles généraux et des lésions de la pituitaire.
La forme intestinale est plus facilement confondue avec les entérites toxiques, surtout avec X entérite pseudo-membraneuse.
Étiologie. — Étude expérimentale.
Matières virulentes. — Le bacille est rencontré dans l’intestin, dans les ganglions du bord concave de l’intestin grêle et, au moins dans certains cas, sur la pituitaire, dans les cornets et dans les ganglions sous-glossiens.
Dans les cas observés par Leclainche, le sang, la rate, le foie, le rein... ne renfermaient pas les microbes. 11 est néanmoins possible qu’en certaines formes la virulence soit très étendue ou généralisée.
Réceptivité. — Modes de l’infection. — La race ou le sexe paraissent n’avoir aucune influence sur la réceptivité ; la maladie est observée à la fois chez les adultes et chez les jeunes, à partir de l'âge de huit ou dix mois. 11 est probable que certaines conditions interviennent qui favorisent l’infection et toutes les causes banales invoquées (aliments altérés, froid...) peuvent encore être retenues. Le séjour permanent dans les étables et la malpropreté des locaux sont considérés avec raison, par tous les observateurs, comme favorisant l’infection.
Le rôle de la contagion est peu évident. Le coryza apparaît généralement sous une forme nettement sporadique; les accidents se succèdent, dans une même étable, à des intervalles irréguliers et souvent très éloignés. Lors de développement enzootique, on constate l'apparition simultanée des symptômes sur plusieurs animaux, sans qu’une contagion d’origine extérieure puisse être soupçonnée. En quelques cas seulement, les accidents se succèdent assez régulièrement pour donner l'impression de la contagion. La marche est identique à celle d’autres affections qui procèdent nettement de l’infection directe, comme la septicémie hémorragique des bovidés; si la contagion est admissible et môme probable, elle ne joue qu’un rôle étiogénique secondaire et peu important (V. Pathogénie).
INFECTIONS COU-BACILLAIRES.
Modes de la pénétration du virus. — L’infection accidentelle s opère par les voies digestives; toutefois l'infection expérimentale n’a pas été réalisée. L’ingestion d’un litre de culture provoque, chez un veau de dix mois, des coliques légères et de la diarrhée, sans infection consécutive. L’inoculation sous-cutanée et intra-veineuse des cultures produit des accidents immédiats d’intoxication (V. Pathogènie). L’inoculation intra-péritonéale détermine, chez le cobaye, une péritonite intense qui tue en vingt-quatre heures environ.
Pathogénie. — La présence des bactéries dans l'intestin et dans les ganglions du bord concave de l’intestin grêle indique les modes de l’envahissement; l’étude expérimentale de la maladie permet de préciser le mécanisme de l’infection.
Les cultures en bouillons de la bactérie sont douées de propriétés toxiques extrêmement marquées. L’injection, dans la jugulaire d’un veau de 10 mois, de 2 centimètres cubes d’une culture vieille de quinze jours provoque des accidents immédiats; deux minutes après l'injection, on constate une accélération considérable de la respiration, de l’inquiétude, puis des frissons, des coliques, un jetage séreux, du larmoiement, et une hyperthermie de 2° environ. Le jetage et le larmoiement persistent pendant 24-48 heures; l’état général reste modifié pendant plusieurs jours. La pénétration dans le tissu cellulaire sous-cutané, à la dose de 10 centimètres cubes, produit des effets analogues. L’inoculation intra-veineuse de 10-40 centimètres cubes d’une culture de 24 heures tue en 5-6 heures; on observe de la diarrhée, du jetage, une salivation abondante. Les lésions rencontrées sont identiques à celles du coryza à ses premières périodes : coloration rouge vif de la pituitaire, marbrée de taches violacées; coloration rouge vif uniforme de la muqueuse du voile du palais, de l’arrière-bouche, du pharynx, de la trachée et des bronches, de la caillette et de l’intestin grêle; rate molle ; foie volumineux, avec foyers de dégénérescence.
Chez le lapin, les accidents d’intoxication provoqués sont identiques.
Le chauffage des cultures à 60-65° tue les bactéries; mais les cultures chauffées produisent les mêmes phénomènes d’intoxication que les cultures virulentes.
Les bactéries arrivées dans l’intestin y pullulent et envahissent les ganglions voisins, sous des conditions qui restent indéterminées. Elles produisent des toxines auxquelles doivent être initiales des rapportés presque tous les accidents observés. Les altérations muqueuses sont liées à l’intoxication seule ; elles
CORYZA GANGRENEUX DES BOVIDÉS. 129
sont provoquées vraisemblablement par l’élimination des poisons résorbés.
En même temps, les bactéries envahissent certains tissus; on les retrouve au niveau des lésions spécifiques, dans le jetage et dans les autres exsudats des muqueuses. Les accidents de suppuration et de nécrose des muqueuses sont secondaires; ils sont dus h un envahissement des tissus altérés par les streptocoques pyogènes et par des parasites occasionnels vulgaires.
Traitement.
Les diverses médications conseillées n’ont qu’une efficacité relative; d’après les statistiques de Lrank, on compterait seulement 6 p. 100 de guérisons; beaucoup de praticiens ont vu la maladie se terminer constamment par la mort. Les animaux qui résistent sont d’ailleurs amaigris et sans valeur. Il convient de conseiller le sacrifice des malades, alors que ceux-ci peuvent encore être utilisés pour la boucherie.
Le traitement est général et local. On prescrit des antithermiques : l’acide salicylique, les dilutions d’acide chlorhydrique... Dieckerlioff recommande les injections intra-trachéales de la solution iodoiodurée :
Iode 1 gramme.
Iodure de potassium 5 —
Eau 400 —
Injecter chaque joui', en une ou deux fois, 15 à 55 grammes.
Les lavages des cavités nasales, avec les antiseptiques, sont surtout conseillés. On ordonne des injections fréquentes avec les solutions d’acide phénique, d’acide salicylique, de crésyl... Les inhalations d’acide phénique (Esser), d'essence de térébenthine (Berger) et les lavements antiseptiques sont aussi employés. Hink recommande le traitement systématique suivant : affusions froides sur la tête et sur la nuque ; antipyrine dans les breuvages; lavages des cavités nasales avec la créoline à 2 p. 100.
Les connaissances acquises sur la pathogénie de la maladie montrent que, au moins au début, le traitement doit tendre à combattre l’intoxication intestinale, origine de tous les accidents. Les purgatifs doux, associés aux antiseptiques, sont théoriquement indiqués.
Nocard et Leclainche. — 2e édit.
INFECTIONS COLI-BACILLAIRES.
Prophylaxie.
La prophylaxie doit tendre à éviter l’infection par des formes pathogènes du coli. On peut prévoir que celles-ci s’élaborent ou au moins qu’elles trouvent des conditions favorables à leur pullulation dans les sols des étables, imprégnés de matières organiques et maintenus dans un état constant d’humidité.
L’amélioration des conditions hygiéniques des étables, la réfection, le pavage, l’empierrement et le drainage des sols, l’enlèvement fréquent des fumiers, l’emploi des litières de tourbe... seront utilement conseillés.
La transmission de la maladie doit être pratiquement considérée comme possible; l’étable envahie sera évacuée et complètement désinfectée par des lavages et des arrosages avec un liquide antiseptique.
La viande peut être consommée sans inconvénient, alors que les animaux ont été sacrifiés au début de la maladie.
Législation. — En Danemark seulement, le coryza gangreneux est visé par la loi sanitaire ; les animaux atteints sont isolés et surveillés. (Loi du 14 avril 1893.)