II. — Lésions
L — Les lésions sont presque identiques chez les diverses espèces affectées; il est possible d’en donner une description s’appliquant à toutes les espèces.
La putréfaction des cadavres s’opère rapidement ; quelques instants après la mort l’abdomen est distendu; du sang s’écoule par les orifices naturels. Après quelques heures, des bulles gazeuses se forment à la surface des viscères et dans les interstices musculaires.
Les vaisseaux sous-cutanés, distendus, laissent échapper du sang noir et incoagulé ; le tissu conjonctif, infiltré par une sérosité jaunâtre, présente en divers points des foyers hémorragiques. Les muscles sont congestionnés, ecchymosés ; leur tissu est friable et cuit ; leur teinte, souvent lavée et jaunâtre, devient saumonée quelque temps après la mort. Le tissu conjonctif intermusculaire est le siège d’un exsudât fibrineux coloré par le sang. Les ganglions sont volumineux, ramollis, infiltrés, friables; sur la coupe, ils montrent un piqueté hémorragique ou une couleur foncée uniforme; le tissu conjonctif qui les entoure est infiltré et ecchymosé.
La cavité abdominale renferme de la sérosité rosée. Les vaisseaux des mésentères et des épiploons sont noirs et gorgés de sang; ceux du péritoine sont également distendus ; il existe de nombreuses ecchymoses sous-séreuses à la surface de l’intestin et des autres organes. La paroi de l'estomac, principalement au niveau de la caillette chez les ruminants et du cul-de-sac gauche chez les solipèdes, se montre épaissie par un exsudât séreux; la muqueuse est congestionnée et hémorragique. Les parois de l’intestin grêle sont épaissies par des foyers hémorragiques interstitiels, isolés et punctiformes, ou confluents et réunis en plaques; la muqueuse est recouverte de taches d’un rouge foncé, disséminées ou étendues
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à toute une région ; les villosités sont hypertrophiées et turgescentes.
Le foie est congestionné, friable et cuit ; il revêt souvent une teinte jaune feuille-morte. La rate est généralement hypertrophiée; elle atteint quatre à huit fois son volume normal chez le mouton, chez le cheval et chez le bœuf. L’organe est bosselé, ramolli, friable, gorgé de sang ; le parenchyme se réduit en une pulpe boueuse (boue splénique) de couleur foncée. En quelques cas seulement, la rate reste à peu près normale. Les reins sont congestionnés, ecchymosés ; l’urine, contenue dans le bassinet et dans la vessie, est presque toujours colorée par le sang.
Les vaisseaux lymphatiques qui partent de l’intestin sont volumineux, remplis d’un liquide rosé; les ganglions mésentériques tuméfiés, congestionnés, hémorragiques, sont noyés dans une infiltration périphérique abondante ; parfois, les ganglions souslombaires ont décuplé de volume.
A l’ouverture du thorax, on note la présence d’un exsudât séreux coloré dans les plèvres et dans le péricarde; les séreuses sont vascularisées etecchymosées. Le poumon montre des foyers congestifs ou hémorragiques disséminés, dus à des embolies bactéridiennes et à la rupture des capillaires obstrués. Les bronches renferment du mucus spumeux ou une mousse sanguinolente. Le myocarde est mou et paraît cuit. Le sang, contenu dans les cavités et dans les gros vaisseaux, est noir, poisseux, incomplètement coagulé ; l’endocarde est imprégné d’une teinture rouge foncé, due à l'hémoglobine dissoute.
Les centres nerveux se montrent congestionnés ; des exsudats séreux colorés existent dans l’arachnoïde et dans les ventricules.
IL — Les tumeurs charbonneuses ont pour centre un paquet ganglionnaire; elles évoluent dans les cavités splanchniques ou dans les masses musculaires du tronc et des régions supérieures des membres.
Développée dans la cavité abdominale, la tumeur envahit à la fois la paroi de l’intestin, le mésentère et les ganglions, confondant toutes ces parties en une masse friable, de couleur noire. Les lésions évoluent plus rarement au niveau des ganglions médiastinaux, bronchiques, préthoraciques, inguinaux... Une localisation fréquente chez toutes les espèces et habituelle chez le porc s’opère sur les ganglions rétro-pharyngiens; la région est envahie par un œdème gélatineux blanc rosé, qui distend le tissu conjonctif et qui dissèque les organes. Les amygdales et les
FIÈVRE CHARBONNEUSE
ganglions de la région sont volumineux, infiltrés et hémorragiques.
Les tumeurs superficielles montrent, sur la coupe, un épaississement de la peau, de l'oedème gélatineux du tissu conjonctif souscutané et intermusculaire ainsi qu’une coloration noire uniforme des muscles compris dans le foyer.
HL — L’étude histologique des lésions (1) montre que la bactéridie est répandue dans tous les milieux. Examiné à l’état frais, le sang a perdu son aspect normal; les globules rouges sont confondus en amas irréguliers; leur contour est mal délimité; dans les espaces libres, les bactéridies se voient sous la forme de bâtonnets rigides, incolores et très réfringents, en suspension dans le sérum. La bactéridie pullule dans la rate, dans les ganglions, dans le foie, et, en général, dans tous les parenchymes.
Les microbes sont contenus de préférence dans les réseaux ca-
pillaires; les artérioles et les veinules en renferment beaucoup moins. Dans les points où la circulation capillaire est riche, comme dans le rein, la rate, le foie, le poumon... les bactéries obstruent complètement les canaux. L’épiploon, les mésentères, les villosités intestinales..., donnent aussi, après coloration par le Gram, de belles préparations; le trajet des plus fins capillaires est indiqué par une ligne de bactéridies placées bout à bout; les vaisseaux plus volumineux sont remplis par un épais feutrage mycélien.