‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 70 sur 169 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

PÉRIPNEUMONIE

La péripneumonie est une maladie contagieuse, spéciale aux bovidés, caractérisée par des lésions d’inflammation exsudative dans le poumon et sur la plèvre.

Historique. — La péripneumonie n’est différenciée des autres « maladies de poitrine » que vers la fin du siècle dernier. Bourgelat (17G5) donne, pour la première fois, une bonne description de la péripneumonie ; il signale les lésions caractéristiques de la plèvre et du poumon et il différencie la maladie des « fièvres putrides », avec lesquellès elle est restée confondue jusque-là. Chabert publie, en 1792, son Instruction sur la péripneumonie ; la contagiosité, déjà soupçonnée en Italie par Brugnone et Toggia, est nettement affirmée et la maladie est décrite comme une « fièvre gangreneuse ».

En Allemagne, Sander (1810") et Veith (1818) reproduisent les idées de Chabert ; ils considèrent la maladie comme une affection typhoïde ou gangreneuse (pneumonie typhoïde du bétail, fièvre gangreneuse du poumon , capable de naître spontanément, mais aussi de se transmettre dans les dernières périodes. Au contraire, Tscheulin (1813) voit dans la péripneumonie une simple « paralysie du poumon », due à des causes extérieures banales ; avec lui, Havemann (1819) et Bojanus (1820) nient la contagion. — En 1821, Dieterichs étudie l'affection sous le nom de « plcuro-pncumonie enzootique du bétail » ; il remarque le premier que l’aspect particulier du tissu hépatisé est dû à la constitution anatomique du poumon des bovidés et au développement du tissu lymphatique interlobulaire ; après avoir tenté en vain de transmettre la maladie par la cohabitation et par l’inoculation du jetage nasal, il conclut à la non-contagiosité.

Pendant vingt années (1820-1840), les opinions restent partagées sur cette importante question de la contagiosité de la péripneumonie, mais il est intéressant de constater que, en dépit des tyrannies dogmatiques, nombre d’observateurs restent partisans de la transmission.

Grognier (1830), qui observe la maladie dans la Loire, conclut à la contagiosité ; il conseille l’isolement des malades, la mise en quarantaine des animaux nouvellement importés et il proteste contre l’absolutisme de

PÉRIPNEUMONIE.

la théorie broussaisienne, à la fois quant à la péripneumonie et à la fièvre charbonneuse (1). Lecoq, d’Avesnes (1833), donne une bonne description clinique de la maladie ; il admet aussi la contagion, « quand les étables sont viciées par beaucoup de malades ». Franque (1834) formule une opinion toute semblable ; l’apparition de la péripneumonie coïncide avec les importations de bovidés; l’affection est contagieuse, non pas seulement dans les dernières périodes, mais dès le début de son évolution (2). Sauter cite de nombreux laits montrant que, dans le duché de Bade, la péripneumonie est toujours apparue à la suite de l’importation d’animaux malades, provenant du Wurtemberg et de la Suisse.

Les nombreux partisans de la spontanéité continuent, par contre, à invoquer les causes les plus diverses et la doctrine de la contagion ne s’impose, en France, que vers 1840, avec les travaux de Delafond.

Dans une première monographie, Delafond (3) donne une étude des symptômes et il étudie les signes fournis par la percussion et par l'auscultation ; tout en admettant la genèse de la maladie sous l’influence de la stabulation, de l’alimentation abondante et du refroidissement, il reconnaît la contagiosité. L’année suivante, Delafond établit les divers modes de la transmission dans les étables et dans les herbages, ainsi que ceux de la dissémination de la contagion. « La péripneumonie est une maladie contagieuse;... les éléments virulents paraissent résider dans le mucus nasal, la salive, l'air expiré... Le commerce des bêtes malades est une des principales causes de l’extension de la maladie. » Yvart, qui observe la maladie dans les pâturages de l’Auvergne, reconnaît aussi la contagion * et il propose d’excellentes mesures sanitaires.

En Prusse, une commission désignée par la Société d’agriculture d’Ober- Barnim est chargée de rechercher si la péripneumonie est contagieuse et quels sont les modes de la transmission. Le rapport d'Ulrich 4 conclut à la certitude de la contagion ; le sang, le mucus, l'air expiré... n'ont pu communiquer la maladie.

En 1850, une commission est instituée par le ministre de l'agriculture, Dumas, avec la mission de « rechercher si la péripneumonie est susceptible de se transmettre par voie de cohabitation, de centraliser tous les documents transmis sur cette maladie, et, en même temps, d’étudier et d’indiquer les meilleures mesures à prendre pour en arrêter les ravages ».

La commission avait commencé ses travaux lorsque, en 1852, des données nouvelles de la plus haute importance sont apportées par Willems, de

(1) Grognier. Mémoire sur une épizootie bovine observée en 1826. Recueil de méd. vét., 1830, p. 700.

(2) Franque. Geschichte der Seuchen in Nassau, 1834.

(3) Delafond. Instructions sur la pleuro-pneumonie des bêtes bovines au pays de Bray. Recueil de méd. vét., 1840, p. 593 et 729. Recherches sur la contagion de la péripneumonie des bêtes bovines. Id . , 1S40, p. 337, 401, 47G et 529. Traité sur la malo.die de poitrine du gros bétail. 1 vol. Paris, 1854.

(4) Ulrich. Generalbericht über die zur Ermitllung der Lungenseuche des Rindviehs angestellten Versuche. Berlin, 1852.

HISTORIQUE

Hasselt (1). L’inoculation aux espèces autres que les bovidés ne produit aucun effet; l’inoculation de la sérosité puisée dans le poumon hépatisé détermine, chez les bovidés, des accidents locaux qui diffèrent dans leur gravité selon la région inoculée. Les animaux qui ont résisté à cette inoculation sont rendus réfractaires à la contagion de la péripneumonie.

La commission française est appelée à contrôler ces résultats; en 1854, elle formule par l’organe de son rapporteur, IL Bouley, les conclusions générales suivantes : « La péripneumonie épizootique des bétes à cornes est susceptible de se transmettre par voie de cohabitation, des animaux malades aux animaux sains de la même espèce. Tous les animaux exposés à la contagion par cohabitation ne contractent pas la péripneumonie ; il en est, parmi eux, qui demeurent complètement réfractaires, et d’autres qui n’éprouvent qu’une indisposition légère et de peu de durée. Parmi les animaux qui contractent la maladie, les uns guérissent et récupèrent, après leur guérison, toutes les apparences de la santé, et les autres succombent. Les animaux qui ne présentent que des symptômes d’une indisposition légère paraissent préservés par ce fait, à l'ave^ nir, contre les atteintes de la péripneumonie. Les animaux qui ont été atteints une première fois de la péripneumonie ne paraissent plus susceptibles de la contracter de nouveau. » Relativement à l’inoculation préventive, la conclusion est la suivante : « L’inoculation du liquide extrait des poumons d’un animal malade de la péripneumonie possède une vertu préservatrice ; elle investit l'organisme du plus grand nombre des animaux d’une immunité qui les protège contre la contagion de cette maladie pendant un temps encore indéterminé (2). »

Si ces conclusions n’ajoutent rien à la connaissance de la maladie, elles consacrent au moins la valeur prophylactique de l’inoculation willemsienne. Les nombreux rapports publiés à la même époque, par diverses commissions étrangères, et les travaux des praticiens confirment l’efficacité de la méthode, en même temps qu’ils en précisent les indications au point de vue sanitaire. (V. Inoculation.)

Le travail de Gerlach (1853), sur l’étiologie de la péripneumonie, n'apporte aucun fait nouveau de quelque importance ; il reproduit, d’après les faits d’observation, la démonstration de la contagion, déjà donnée par Delafond et consacrée expérimentalement par les commissions allemande et française. Quelques progrès sont encore réalisés dans l'étude de la maladie ; Thiernesse étudie les effets de l'inoculation intra-veineuse du virus ; Fürstenberg (1807) reconnaît la préexistence des lésions du tissu lymphatique sous-pleural et interlobulaire, ainsi que le mode d’envahissement des lobules ; Gerlach (1872) et Sussdorf (1879) décrivent

(1) Willems. Mémoire sur la pleuro-pneumonie épizootique du gros bétail. Recueil de méd. vét., 1852, p. 401.

(2' Magendie et H. Boci.ev. Rapport général des travaux de la commission instituée pour l'étude de la péripneumonie épizootique du gros bétail. Recueil de uiéd. vét., 1854,

p. ICI.

PÉRIPNEUMONIE.

les altérations des vaisseaux dans le tissu hépatisé; Delaforge rapporte de curieuses observations sur les modes de la contagion.

La détermination de l’agent essentiel de la péripneumonie fait aussi l’objet de nombreux travaux. Sussdorf (1879), Bruylants et Verriest (1880), Pütz (1881), Ilimmelstoss (1884), Lustig (1885), Poels et Nolen (1886) isolent et décrivent des microbes divers, sans pouvoir démontrer leur spécificité. Arloing (1885-1896) s’efforce de démontrer, dans une série de patientes recherches, la spécificité d’un bacille rencontré dans les poumons affectés (Pneumo-bacillus liquefaciens bovis) et d’obtenir, par l’inoculation des cultures, l’immunisation des organismes. Non plus que dans les tentatives précédentes, les espérances conçues ne sont réalisées ; le pneumo-bacille constitue un hôte habituel du poumon des bovidés (Lignières) et il n’est pour rien dans la virulence péripneumonique (1).

Nature de la maladie. — Bactériologie. — La contagiosité de la péripneumonie et les résultats expérimentaux obtenus par Willems démontrent l’existence d’un virus, localisé au niveau des lésions spécifiques. D’autre part, aucun des modes de l’inoculation expérimentale employés jusqu’ici ne permet de reproduire la maladie sous sa forme naturelle. La nature spécifique des accidents consécutifs à l'inoculation sous-cutanée, chez les bovidés, n’est démontrée qu’indirectement, par les caractères anatomiques des altérations et par l’immunisation que procure leur évolution. Cette ignorance des conditions nécessaires à l’infection pleuro-pneumonique explique les difficultés rencontrées dans l’étude de la virulence et dans la détermination de l’agent pathogène.

La sérosité recueillie purement dans le poumon, au sein des cloisons interlobulaires infiltrées, est très virulente pour le bœuf ; inoculée sous la peau, même dans une région peu favorable, comme l’extrémité de la queue, elle provoque, à la dose de quelques gouttes, des engorgements considérables, parfois suivis de mort. Conservée à l’étuve, pure ou additionnée de bouillons nutritifs, la sérosité conserve sa virulence; mais elle n’est le siège d’aucune culture microbienne. Inoculée aux petits animaux, la sérosité péripneumonique ne détermine aucun accident; le cobaye reçoit impunément, dans le péritoine, jusqu’à dix centimètres cubes du liquide. L’inoculation sous-cutanée au bœuf de la lymphe chauffée ou filtrée ne produit plus aucun effet.

L’examen bactériologique de la sérosité virulente ne montre aucun élément Colombie par les procédés connus. On peut prévoir

(I) Voir, en outre des publications de M. Arloing : Rossignol. Rapport sur les expériences de Pouilly-le-Fort. Bulletin de la Soc. de noéd. vétér. pratique, I89G, p. 140.

Page 1