I. — Inoculation préventive
La méthode a pour but de conférer l’immunité aux animaux, en provoquant, par l’inoculation du virus, des accidents locaux différents de la maladie elle-même. Elle diffère essentiellement, à la fois des vaccinations avec les virus atténués (charbon, rouget...) et des inoculations virulentes suivies de l’évolution de la maladie originelle (fièvre aphteuse, clavelée).
Historique. — Quelques faits ont été publiés qui tendent à démontrer que l’inoculation préventive de la péripneumonie était connue, dès le siècle dernier, en diverses régions de l’Europe et qu’elle est pratiquée, de temps immémorial, en Sénégambie et dans l’Afrique australe (1).
En 1852, Willems, de Ilasselt, publie le résultat de recherches entreprises, dès 1850, sur les effets de l’inoculation du virus péripneumonique. L’inoculation intra-cutanée de la sérosité recueillie dans le poumon hépatisé provoque, chez les bovidés, des accidents locaux, différents dans leur gravité suivant la région choisie. Alors que, sur le tronc, il se produit des engorgements étendus, terminés souvent par la mort, l’inoculation pratiquée vers l’extrémité de la queue n’est généralement suivie que d’une réaction inflammatoire bénigne. En aucun cas, on ne transmet la maladie elle-même ; « on crée une maladie nouvelle, on localise en quelque sorte à l’extérieur l’affection du poumon, avec ses caractères particuliers». Les animaux inoculés une première fois sont insensibles à une inoculation virulente ultérieure et ils sont mis à l’abri de la contagion naturelle. « Par cette méthode, 108 bêtes ont été préservées de la pleuro-pneumonie, tandis que de 50 bêtes non inoculées, placées dans les mêmes étables, 17 en sont devenues malades, et aujourd’hui la maladie est bannie de ces
(1) Consulter à ce sujet : Mémoire sur la contagion parmi le bétail... Berne, 1773. Publié par Gross, in Recueil de méd. vétér., 1886, p. 619. — Inoculation de la péripneumonie (fait Mohrb Journ. de méd. vét., 1878, p. 56. — Nocard. L’ijioculation de la péripneumonie dans l'Afrique australe (faits de Rochebrune et Bainesb Recueil de méd. vétér., 1886, p. 656. — Willems. Lettre sur l'inoculation de la péripneumonie. Id. , 1887, p. h. — Monod. Delà péripneumonie contagieuse des bovidés en Sénégambie. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1894, p. 460.
INOCULATION PREVENTIVE. 333
étables qui n’ont jamais été exemptes de malades de la pleuro-pneumonie depuis 1836 (1). »
Les résultats annoncés par Willems sont aussitôt soumis au contrôle de commissions officielles dans la plupart des États européens. En France, la commission nommée en 1850 pour l’étude de la péripneumonie est chargée de vérifier par l’expérimentation la valeur de la méthode nouvelle. Des 54 sujets inoculés par ses soins, 6 succombent aux suites de l’opération, 14 présentent des accidents de gangrène locale. Sur les 48 animaux inoculés, 34 sont exposés, pendant une période de six mois, à la cohabitation avec des animaux péripneumoniques, en même temps que 24 bovidés non inoculés, destinés à servir de témoins. Aucun des inoculés ne contracte la maladie, alors que 15 des 24 non inoculés sont contaminés. La commission conclut que « sur 100 bovidés inoculés, l’inoculation serait bénigne pour 61, compliquée de gangrène pour 27, mortelle pour 1 1 ». Elle ajoute que «l’inoculation du liquide extrait du poumon possède une vertu préservatrice et investit l’organisme du plus grand nombre des animaux d’une immunité qui les protège pendant un temps encore indéterminé (2). » Des expériences entreprises par les soins des Sociétés agricoles du Nord et du Pas-de-Calais donnent des résultats analogues.
En Prusse, les premières observations de Wellenbergh et le rapport de Schôngen et Ruths confirment le principe formulépar Willems (1853-1855). En Hollande, une commission chargée d’étudier la méthode formule des conclusions très favorables (1855). C’est en Belgique même que la découverte de Willems est le plus violemment attaquée. Inspirée par Verheyen, la commission belge formule, dans ses six premiers rapports, une série d’objections souvent injustifiées; des discussions passionnées se poursuivent dans les Sociétés savantes et dans les journaux, sans que les adversaires de l'inoculation consentent à désarmer. En 1865 seulement, la commission présidée par Thiernesse donne enfin des conclusions favorables et définitives. Ce rapport termine la période héroïque dans l'histoire de l’inoculation. Des discussions nombreuses s’engageront encore, quant à la valeur de la méthode au point de vue de la police sanitaire, mais le principe d’une immunisation possible restera désormais incontesté.
Les milliers d’inoculations pratiquées en France et en Belgique témoignent assez de la valeur de la méthode. Récemment encore, les expériences entreprises à Pouilly-le-Fort (1896) pour vérifier le procédé d’immunisation de M. Arloing aboutissaient à une nouvelle et éclatante démonstration de l’efficacité de l'inoculation willemsienne.
Technique de l’inoculation. — I. Choix et récolte du virus. — La matière virulente est recueillie dans le tissu pulmonaire hépatisé. Toutes les indications relatives au choix du virus se résument en cette courte
(1) Louis Willems. Mémoire sur la pleuro-pneumonie épizootique du gros bétail, liée, de niéd. vêt., 1852, p. 401. — Id., Lettre sur la pleuro-pneumonie. Id., 1852, p. 737.
(2) Magendie et II. Bouley. Rapport général des travaux de la Commission pour l'étude de la péripneumonie épizootique. Recueil de méd. vét., 1854, p. ICI.
PERIPNEUMONIE.
formule : recueillir proprement des produits aussi purs que possible.
La sérosité épanchée dans les cloisons interlobulaires, dans la profondeur des masses hépatisées, est choisie de préférence. On recueille le liquide sur des animaux abattus et aussitôt après la mort. En aucun cas, on ne doit employer le virus provenant d'un poumon envahi par la suppuration, par la tuberculose ou par la gangrène. Les poumons des animaux qui ont succombé à la maladie ne peuvent être utilisés qu’immédiatement après la mort, et alors que celle-ci est due uniquement à l'asphyxie par poussée congestive.
Si la matière recueillie doit être inoculée aussitôt, on pratique, au sein de la masse hépatisée, une coupe nette avec un instrument propre et l'on recueille directement le liquide qui suinte à la surface. On peut encore creuser, sur la surface de coupe, avec le bistouri, un petit godet qui se remplit d’un liquide très virulent. La décantation et la filtration de la sérosité sont au moins inutiles.
11. Conservation clu virus. — Si le liquide est destiné à être employé après un certain temps, il est recueilli dans des pipettes Pasteur, suivant les modes ordinaires en usage pour la récolte des liquides organiques. Les pipettes, remplies complètement, sont soudées à la lampe à leur extrémité et au niveau de l’étranglement supérieur. Les tubes sont conservés à la température de la chambre, à l’abri de la lumière. La sérosité ainsi recueillie conserve ses propriétés pendant au moins un mois.
11 résulte des expériences de Laquerrière (1) que la congélation des fragments de poumon hépatisé permet la conservation du virus pendant plus d’un an ; dans les mêmes conditions, la sérosité peut être conservée dans des tubes pendant plusieurs mois. L’utilisation de la congélation pourra rendre de grands services, dans certaines circonstances, pour la conservation des matières virulentes destinées à l’inoculation.
Un moyen très simple de conservation de la lymphe est le suivant (2) : Sur un poumon hépatisé, intact et aussi frais que possible, on pratique, après lavage de la surface avec de beau bouillie, une profonde fontaine (cavité conique) que l’on protège contre les poussières de l’atmosphère en recouvrant l’orifice avec une soucoupe ou une assiette ; la rétraction de l’organe fait sourdre à la surface des parois une grande quantité de sérosité virulente, qui s’accumule dans la fontaine ; on l’y puise de temps à autre, à l’aide d’une pipette lavée à l’eau bouillante, puis refroidie.
A un volume de la sérosité ainsi obtenue, on ajoute un demi-volume d’eau phéniquée à 5 p. 1000 et un demi-volume de glycérine pure et neutre. On filtre sur papier et l’on conserve, en flacons bouchés, au frais et à l’abri de la lumière. Le liquide ainsi préparé conserve toute son activité pendant deux ou trois mois au moins.
(1) Laquerrière. Sur la conservation du virus péripneumonique par la congélation. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1890, p. 701.
(2) Nocard. Moyen simple de conservation du virus péripneumonique . Bulletin de la Soc. centr. de méd. vét., 1892, p. 203.
INOCULATION PRÉVENTIVE
Une excellente méthode, recommandable alors qu’un grand nombre d’animaux doivent être inoculés et que l’on n'est pas absolument sûr de la pureté du liquide, consiste à inoculer sous la peau un veau sevré, en « région défendue », en arrière de l’épaule par exemple. La tumeur développée fournit de la lymphe péripneumonique en abondance (1).
III. Procédés de l' inoculation. — L’importance capitale du lieu de l’inoculation est démontrée par l’expérimentation. Le virus doit être inséré à l’extrémité de la queue ; en cette région, où la température est basse et le tissu conjonctif dense et peu abondant, la réaction est moins intense que partout ailleurs; de plus, la nécrose possible de la région inoculée constitue un accident relativement peu grave ; enfin, lors de progression des engorgements, l’amputation est facilement pratiquée. Le point d’élection est situé à la face inférieure de la queue, à trois ou quatre centimètres de l’extrémité. On doit, au préalable, couper les poils sur la région et laver celle-ci au savon et à l’eau tiède.
Les divers modes de l’inoculation peuvent être classés en deux groupes, suivant que le virus est déposé dans l’épaisseur de la peau ou dans le tissu conjonctif sous-cutané.
L’inoculation intra-cutanée est effectuée par piqûres, par scarifications ou par injection. Les piqûres sont pratiquées avec le bistouri droit, avec une forte lancette cannelée à virole, avec une aiguille cannelée. On pratique deux ou trois piqûres, espacées de deux centimètres environ, en chargeant chaque fois l’instrument de liquide virulent. Les piqûres sont faites de haut en bas; elles pénètrent obliquement dans les couches superficielles du derme. — Les scarifications sont faites avec le bistouri, sur une longueur de un centimètre, au nombre de deux ou de trois ; l’on dépose ensuite, avec la «pointe de l’instrument ou avec une sonde, une gouttelette du liquide virulent. Si l’incision provoque une hémorragie, on attend que l’écoulement soit arrêté pour pratiquer l’inoculation. — L 'inoculation intra-dermique (Delamotte) est pratiquée avec la seringue de Pravaz. « On enfonce la canule-trocart de cinq millimètres environ sous l’épiderme, puis on la retire, de manière à laisser au-dessous d’elle un petit infundibulum, destiné à recevoir le liquide qu’on y introduit par une légère poussée du piston. »
L'inoculation sous-cutanée comporte l’emploi des incisions, des sétons et de l’injection. Les incisions profondes sont pratiquées avec le bistouri convexe, au nombre de deux ou de trois ; elles intéressent toute l’épaisseur de la peau, sur une longueur d’un demi à un centimètre. La sérosité
(b En Australie, ce procédé est couramment employé. A l’Institut Pasteur de Sidnev on entretient depuis 18110 une station où il y a toujours un animal inoculé.
En Prusse, des Instituts ont été créés pour la production de la lymphe à Ma^-debour^ (1891; transféréà Halle en 1898) et à Erfurt (1895).
A Paris, le nombre des animaux péripneumoniques est encore assez élevé pour que la sérosité, recueillie suivant le procédé décrit plus haut, suffise aux besoins du service sanitaire du département; bien plus, l’excédent permet de satisfaire à toutes les demandes de virus qui émanent de la province.
PERIPNEUMONIE.
est déposée dans la plaie dès que l’hémorragie est arrêtée. — Les sétons ont été employés, en Hollande, dès les premières applications de la méthode. Un fil de coton ou de laine (Molina,... Dèle) ou un cordonnet de coton de trois millimètres de largeur (Martin, de Brienne), trempé dans la sérosité virulente, est introduit sous la peau, à l’aide d’une aiguille à suture ou d une forte aiguille de Reverdin, sur un trajet de un centimètre environ. Les extrémités du fil sont réunies par un nœud.
V injection sous-cutanée est pratiquée avec une seringue de Pravaz modifiée ; les modes varient quelque peu suivant les divers procédés conseillés (1).
Il est facile de faire un choix parmi ces méthodes diverses d’inoculation. L’emploi des sétons et des incisions profondes présente beaucoup d’avantages sur les procédés plus simples des inoculations superficielles ; il est utile que le virus atteigne le tissu cellulaire, ou tout au moins les couches profondes du derme.
Il importe de remarquer que, si les opérations relatives à la récolte du virus doivent être pratiquées « proprement », il n’est nullement indiqué de rechercher une asepsie parfaite. Pasteur (2) a montré que « les accidents de mort ou de dépréciation ne sont pas le fait de souillures acciden-
(1) Procédé Cagny. — On se sert d’une seringue un peu plus grande que la seringue de Pravaz, dont l’aiguille est remplacée par un petit trocart d’au moins 5 centimètres de largeur et d’un peu plus d’un millimètre de diamètre.
Après avoir coupé les poils au lieu d’élection, on fait, avec les ciseaux, une incision horizontale, intéressant toute l’épaisseur de la peau. Par cette ouverture, on enfonce complètement le trocart, on retire la tige et l’on injecte la lymphe par la canule.
Procédé Rossignol. — La peau étant tondue sur une longueur de 15 à 20 centimètres, on pratique, avec la pointe du bistouri à serpette, une ponction intéressant toute l’épaisseur du derme, au centre de la partie tondue ; la ponction est faite tout d’abord sur toutes les bêtes à inoculer, de telle façon que l'hémorragie soit arrêtée au moment de l’inoculation. On se sert pour celle-ci d’une seringue de Pravaz munie d’une forte aiguille ; l’aiguille est introduite dans la plaie de ponction, parallèlement à la direction de la queue, puis on imprime à la seringue un mouvement giratoire, qui facilite la pénétration, et l’on injecte le quart du contenu.
Procédé Laquerri'ere. — 11 comporte l’emploi d’une seringue spéciale, dont le piston gradué se meut à volonté par une vis ou par pression.. L’aiguille étant complètement enfoncée dans le tissu sous-cutané, l’opérateur imprime quelques mouvements de va-et-vient, pour dissocier le tissu conjonctif, puis il fait exécuter au piston deux, trois ou plusieurs demi-tours, suivant la quantité de liquide à injecter. L’aiguille est retirée lentement; pour éviter que le liquide ne soit chassé au dehors, on peut appliquer le pouce sur l’orifice de la piqûre.
En outre de ces méthodes, qui ne nécessitent qu’une seule intervention, une autre, plus complexe, a été préconisée par M. Roger, de Roubaix.
Procédé Roger. — « Les poils étant coupés sur la région, on pratique, avec un bistouri neuf ou flambé, une incision franche de 2 centimètres, très obliquement, afin que le biseau supérieur serve de couvercle à la plaie, sur laquelle le liquide virulent est versé à plusieurs reprises. La plaie est ensuite recouverte de quelques tours de bande qu’on enlève vingt-quatre heures après.
« Deux ou trois jours après l’inoculation, on ampute la queue, juste au-dessus du point inoculé, et l’on cautérise le tronçon.
« Enfin, deux ou trois jours encore après, ou plus, suivant la facilité que l’on a de se procurer du liquide virulent, on fait, toujours de la même manière, une nouvelle inoculation, à quelques centimètres au-dessus de la section. »
(2) Pasteur. Note sur la péripneumonie des bêles à cornes. Revue vét., 1883, p. 64.
INOCULATION PRÉVENTIVE
telles », mais qu'ils résultent de l’action du virus péripneumonique luimême. Peu après, Colin (1) conclut aussi que « les accidents de gangrène ou autres sont dus, non à la septicité des liquides virulents, mais à leur pénétration dans des points où ils se cultivent et se régénèrent avec trop de facilité. Néanmoins il convient, dans la pratique, d’éviter l’emploi des liquides altérés, parce que l’altération, suivant les cas, complique, aggrave les effets de la virulence, et souvent les annihile en détruisant la virulence même. »
Les recherches plus récentes de Schuetz et Steffen (2) aboutissent aux mêmes conclusions : la lymphe péripneumonique chauffée à 35°, pure ou diluée, est plus virulente que la lymphe refroidie (?) ; l’immunité est d’autant plus solide que la réaction locale a été plus intense; les précautions antiseptiques n’empêchent en rien l’évolution des accidents consécutifs à la pénétration du virus.
Suites de l’inoculation. — L’inoculation n’est suivie d’aucune manifestation pendant les premiers jours, et les petites plaies se cicatrisent aussitôt. Les phénomènes de réaction ne sont observés généralement que du douzième au quinzième jour, les limites extrêmes étant comprises entre deux et quarante jours. On constate à la fois des symptômes généraux (tristesse, inappétence, élévation de la température) et des signes locaux. La région inoculée est tuméfiée, chaude, douloureuse; la peau est rouge et violacée ; les plaies d’inoculation se sont ouvertes et elles prennent un caractère ulcéreux. L’engorgement gagne plus ou moins en hauteur pendant les jours suivants, tandis que les plaies se recouvrent d’une croûte de couleur brune. La tuméfaction diminue ensuite graduellement; tous les accidents disparaissent en quinze ou trente jours.
L’intensité de la réaction locale est variable suivant les individus; Nocard et Mollereau constatent que les vaches de race hollandaise et flamande sont plus sensibles que les vaches suisses aux effets de l'inoculation. L’àge a aussi une influence marquée ; les veaux âgés de moins de six mois ne réagissent que faiblement; mais ils contractent le plus souvent des arthrites multiples d’une extrême gravité.
Effets de l’inoculation. — L’inoculation confère aux animaux une immunité qui leur permet de résister à la contagion naturelle et même à une inoculation ultérieure.
Il serait intéressant de déterminer après combien de temps cette immunité est assurée, à l’égard d’une seconde inoculation en « région défendue ». En ce qui concerne la contagion naturelle, toujours assez lente dans ses effets, on doit admettre que des animaux inoculés depuis 15-20 jours peuvent être exposés sans danger dans un milieu infecté. Il esta remarquer que « le degré de l’immunité résultant de l'inoculation paraît pro-
(1) G. Coli.v. Sur les caractères et la nature du processus qui résulte de l’inoculation de la péripneumonie . C. R. Ac. des sciences, 19 mars 1883.
(2) Schuetz et Steffen. Die Lungenseuche-Impfung und ihre Antiseptik. Archiv fur Thierheilk., t. XV, 1889, p. 217, et t. XVI, 1890, p. 29.
Nocakd et Leclainche. — 2e édit.
PÉRIPNEUMONIE.
portionnel à l’intensité de la réaction consécutive à cette opération. Cette immunité s’acquiert difficilementparlesinsertions dermiques superficielles, non suivies d’engorgements. Aussi, après ces insertions sans elïéts appréciables, les réinoculations intra-cellulaires sont suivies d’accidents graves, souvent mortels » (G. Colin).
On doit donc considérer comme immunisés les seuls animaux qui ont présenté un engorgement manifeste dans la région inoculée. Pour les autres, il est prudent de renforcer l’immunité par une seconde inoculation, pratiquée six semaines après la première.
La durée de l’immunité conférée est insuffisamment déterminée. Il résulte des faits d’observation publiés qu’elle est en général supérieure à un an et qu’elle atteint souvent deux ans et plus. Il existe à cet égard de nombreuses différences, dues aux effets variables de l’inoculation vaccinante et à diverses influences individuelles. Dans les étables où la péripneumonie sévit fréquemment, il est indiqué de renouveler chaque année l’inoculation préventive sur les animaux entretenus.
L’inoculation pratiquée sur des bovidés affectés depuis quelque temps ou guéris de la péripneumonie reste sans effet. Au contraire, les animaux contaminés depuis peu présentent les mêmes accidents locaux que les sujets sains et la marche des lésions pulmonaires n’est nullement modifiée. (V. Immunisation .)
L’immunité peut être transmise de la mère au fœtus. Nocard, Rossio-nol l’ont constatée chez des veaux nés de mères antérieurement inoculées.
Les observations recueillies ne permettent pas d’affirmer la constance de cette immunité, ni d’en préciser les conditions.
Les lésions consécutives à l’inoculation, même étendues et compliquées, ne constituent en aucun cas un danger de contagion pour les animaux sains non inoculés. L’innocuité de l’inoculation willemsienne à ce point de vue, déjà établie par de nombreuses observations, a été démontrée par des expériences entreprises, à Pouilly-le-Fort, en 1884, parles soins de M. Rossignol (1). « L’inoculation caudale, même quand elle est compliquée d’accidents consécutifs amenant la chute de la queue, ne constitue pas un danger au point de vue de la contagion, pour des animaux sains qu’on a mis à cohabiter avec des inoculés pendant une période de quatre mois consécutifs. Les soins hygiéniques, donnés indistinctement, pendant quatre mois, aux inoculés, aux témoins et à des veaux nés pendant le cours de l’expérience, par la même personne, sont également impuissants à faire contracter la péripneumonie à des animaux sains, placés comme témoins au milieu de sujets inoculés. »
Il en serait autrement si l’inoculation était capable de provoquer l’apparition de lésions pulmonaires et cette question a été maintes fois soulevée. Willems signale déjà l’extension possible des accidents spécifiques à la plèvre et au poumon, à la suite de l’inoculation au fanon et
(1) H. Rossignol. Expériences de Pouilly-le-Fort sur l'inoculation de la péripneumonie. Presse vétérinaire, 1884, p. 482.
INOCULATION préventive.
à la base de la queue. Mollereau, Verrier, Rossignol, Laquerrière... observent l’envahissement du poumon, chez des animaux inoculés a l’extrémité de la queue. Ces faits n’ont qu’une valeur relative, une inlection antérieure pouvant toujours être soupçonnée; cependant on doit considérer comme possible le développement de la péripneumonie à la suite de l’inoculation. Mais cet accident est à coup sûr d’une rareté extrême ; il est pratiquement négligeable et il ne constitue que l’un des moindres inconvénients de la méthode.
Accidents consécutifs a l’inoculation. — Les accidents consécutifs à l’inoculation willcmsienne sont tous dus à une excessive intensité de la lésion locale ou à l’extension de celle-ci.
L'inflammation développée peut aboutir à la mortification des tissus envahis. La peau est cyanosée ; les plaies d’inoculation prennent une teinte plombée ; des phlyctènes apparaissent; la région devient froide et indolore. La partie envahie, d’étendue très variable, est nettement limitée, à sa partie supérieure, par un bourrelet volumineux ; un sillon disjoncteur s’établit bientôt à ce niveau, tandis que la partie mortifiée se dessèche complètement. L’escarre ainsi produite se détache ; le tronçon supérieur présente une surface bourgeonneuse qui se cicatrise avec facilité.
Cette complication, relativement peu grave, ne provoque que des troubles généraux insignifiants.
Un accident plus alarmant consiste en Y extension de l engorgement , qui gagne peu à peu vers la base de la queue. La tuméfaction développée au niveau des points d’inoculation, considérable dès le début, monte rapidement, toujours limitée par un bourrelet circulaire volumineux. Les parties envahies se mortifient; la peau, de teinte violacée, se couvre de • phlyctènes et se crevasse, en laissant exsuder un liquide sanieux. Des symptômes généraux accompagnent ces lésions; la température s’élève au-dessus de 40° ; l’animal est abattu et l’appétit est en partie supprimé. — La délimitation peut s’opérer encore vers les parties supérieures, soit spontanément, soit à la suite d’une intervention thérapeutique. 11 se produit un sillon disjoncteur et tout le tronçon atteint est éliminé. — Parfois aussi, la tuméfaction progresse, pour atteindre la base de la queue et gagner le tronc. L’œdème envahit le tissu conjonctif péri- rectal, les fesses, le périnée... L’état général indique une intoxication grave ; la température s’élève vers 41-42° ; le malade, profondément abattu, reste presque constamment couché; la rumination est suspendue; les aliments sont refusés ; les battements du cœur sont irréguliers ; le pouls est petit et vite; la respiration est accélérée; les muqueuses sont injectées. L’avortement est une complication fréquente. — La mort survient parfois alors que les lésions sont encore localisées aux masses musculaires des régions fessière et sacrée. En d’autres cas, le malade résiste plus longtemps ; l’œdème progresse, pour atteindre les mamelles, les cuisses et gagner le bassin et la cavité abdominale. La défécation et la
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miction sont rendues difficiles ou impossibles. Les tissus envahis subissent à leur tour la mortification , dans le voisinage de l’anus, au niveau des ischiums, dans la région sacrée... la peau violacée, froide, laisse suinter des liquides putrides; des sillons de délimitation tendent à s'établir en certains points, tandis qu’en d’autres les altérations continuent à s’étendre. Les animaux, épuisés, succombent par intoxication.
En quelques cas, tout exceptionnels, le virus, cultivé au niveau des points d’inoculation, gagne rapidement les parties supérieures de la queue et le tronc, sans provoquer sur le trajet un engorgement notable; les tumeurs apparaissent d’emblée au niveau de la croupe, des fesses et elles envahissent le bassin. — Enfin l’on signale quelques exemples de tumeurs apparues en des points divers, éloignés du lieu de l’inoculation. Abadie a vu la tumeur évoluer dans l’auge en provoquant des troubles graves de la respiration et de la déglutition.
Les lésions rencontrées chez les animaux qui ont succombé sont identiques à celles que provoque l’inoculation faite d’emblée en région défendue. Les accidents de suppuration et de putréfaction sont secondaires et accessoires. Les parties envahies les premières sont desséchées et momifiées, ou transformées en une masse spongieuse putréfiée ; dans celles qui sont atteintes depuis peu de temps, on trouve un œdème gélatineux, qui infiltre la peau, le tissu conjonctif sous-cutané, interet intra-musculaire. Dans la cavité pelvienne, le tissu conjonctif est distendu par des logeltes remplies de liquide citrin ; les lymphatiques sont volumineux et gorgés de lymphe; les ganglions de la région se montrent hypérémiés et infiltrés. Le péritoine renferme un transsudât séreux ou un exsudât gélatiniforme.
La fréquence des accidents consécutifs à l'inoculation est des plus variables. Il ressort de la fusion des nombreuses statistiques fournies que des accidents locaux graves, suivis de la chute d’une partie de la queue, sont observés dans 5 à 10 p. 100 des cas. Le taux de la mortalité est moindre de 1 p. 100 (1).
Le traitement a une grande influence sur la marche des accidents. Les animaux inoculés doivent être étroitement surveillés, à partir du jour de l’inoculation, et surtout alors que s’opère la réaction inflammatoire. Pour autant que l’engorgement reste localisé, la seule complication possible consiste en la chute de l’extrémité de la queue. On intervient utilement en pratiquant dans la région tuméfiée de profondes scarifications longitudinales, ou quelques ponctions avec des aiguilles chauffées à blanc.
L’intervention doit être immédiate, si l’engorgement est envahissant. Un premier moyen, très efficace, consiste en la réfrigération locale ; on utilise les applications de glace et, plus simplement, l’irrigation ou l’im-
(l) La statistique de VVirtz donne une perte moyenne de 0,90 p. 100 sur un total de l'28 308 bovidés inoculés en Hollande de 1878 à 1882. — Dans le département de la Seine, sur un total de 23 582 inoculations pratiquées de 1885 à 1893, on compte 103 morts, soit une moyenne de 0,43 p. 100 seulement.
MESURES SANITAIRES
mersion continue ; dans la majorité des cas, celle seule médication permet d’enrayer la marche des lésions. Les scarifications, suivies d’applications de teinture d'iode (Trasbot) ou de pommade stibiée (Delamottej sont indiquées au meme titre. Rossignol conseille d’appliquer, à la limite de l’engorgement, une couronne de pointes de feu pénétrantes, puis d’injecter de la teinture d’iode dans les tissus, avec la seringue de Pravaz.
Alors que tous ces moyens échouent, on a recours à l'amputation, praj tiquée largement au-dessus du bourrelet d’engorgement. Celte opération s’impose dès que la tuméfaction atteint le tiers supérieur de la queue et qu’elle menace de gagner le tronc.