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CHAPITRE X

FIÈVRE APHTEUSE

La fièvre aphteuse est line maladie virulente, contagieuse et inoculable, caractérisée cliniquement par un état fébrile initial, suivi d’une éruption vésiculeuse en certains points des téguments.

L’éruption s’opère sur les muqueuses apparentes, à la bouche principalement, et dans les endroits où la peau est peu épaisse et vasculaire, entre les onglons, à la mamelle. Les deux premières de ces localisations se trouvent indiquées dans la plupart des anciennes dénominations, et actuellement encore dans les expressions anglaise et allemande : fool and mouth disease, — Maul-und Klauenseuche (1).

Historique. — L’affection sévit sous une forme épizootique et elle affecte particulièrement les bovidés.

Dès 1764, Michel Sagar, qui l’observe en Moravie, constate sa contagiosité aux bovidés, au mouton, à la chèvre, au porc, à divers animaux sauvages et à l’homme ; il attribue l’origine de la maladie à l'ingestion de certains fourrages et notamment de la nielle. Cette idée de la contagion delà fièvre aphteuse continue à être admise jusqu’au commencemeqt du xixc siècle ; Tscheulin (181 1) et Waldinger (1813) en Allemagne, Tamberlicchi en Italie, croient à l'existence d’un contage, la transmission ne s’effectuant que sous certaines conditions occasionnelles.

En France, la doctrine de la non-contagiosité est défendue par Huzard père et Girard (18*27), en Allemagne, par Brosche, de Dresde (1820), puis par Sauter (1822) qui compare la maladie au choléra et à la grippe et l’attribue à des influences atmosphériques inconnues. Suivant les diverses localisations des lésions, la fièvre aphteuse est décrite sous des noms différents : stomatite, glossanthrax , exanthème interphalangé... et l’identité de ces formes n’est soupçonnée que par quelques-uns.

A partir de 1830 seulement, la doctrine de la contagiosité s’affirme de

(1) Le nom de fièvre aphteuse est donné à la maladie par Toggia, qui l'observe dans le Piémont en 1799 et en 1800 :

'* Anzi che il nome di fonzetto , di vaiuolo , di mal del rospo, ho giudicato doversi dare a questa malattia quello di febhre a/tosa, cui volli aggiunto l’epiteto di epizootica , perché cosi marcata tostamente si vedesse la prontezza con cui essa largamente si è vista a diiïondersi e communicarsi. »

Toggia. Storia e cura dclle malattie dei buoi, 3a ediz. , t. II, 1810, p. 347.

Nocard et Leclainche. — 2e édit. 25

FIÈVRE APHTEUSE.

plus en plus. Levrat signale des faits précis de transmission et il réalise à nouveau l'inoculation que Buniva, Iluzard, Saloz... avaient déjà pratiquée avec succès. II. Bouley, Magne, Levigney... en France, Franque et Hildebrandt en Allemagne, Anker en Suisse, citent de nombreux exemples de la contagion. A la même époque, l’identité étiogénique des diverses localisations est enfin reconnue.

Les travaux publiés en ces derniers temps sur la fièvre aphteuse sont consacrés principalement à l’élude dès modes divers de la contagion, à la transmission des animaux à l'homme et à l’étude de la virulence.

Lôffler et Frosch (1) ont fait sommairement connaître les importants résultats de recherches en cours; ils indiquent un procédé permettant d’obtenir un sérum immunisant.

Bactériologie (2). — Malgré les nombreuses recherches bactériologiques dont la fièvre aphteuse a été l’objet, l’élément de la virulence est indéterminé jusqu’ici. Tous les microbes signalés n'ont aucune signification étiologique ; la sérosité de l’aphte, dépourvue de bactéries cultivables, est douée de virulence (Lôffler et Frosch) (3).

Il est probable que la virulence n’est point due à une forme bactérienne; toutefois les tentatives faites pour démontrer la virulence des éléments protozoïques rencontrés n’ont point donné de résultats concluants (4).

Espèces affectées. — La fièvre aphteuse se transmet avec une extrême facilité aux bovidés et au porc. Le mouton et la chèvre viennent presque sur la même ligne, quant à leur prédisposition spécifique.

Beaucoup d’autres espèces herbivores sont encore aptes à l’infection ; parmi elles le buffle , le chameau, le renne, le cerf, le chevreuil, le chamois, le lama, la girafe, Y antilope, le gack, Y auroch . . . Il n’existe, pour toutes ces espèces, que des différences peu marquées dans la réceptivité.

La transmission au cheval reste douteuse, malgré la précision de quelques observations rapportées (Brader, Wœstendieck, Lorenz, Munkel...), et l’on n’a pas à en tenir compte dans la pratique.

(\) Lôffler et Frosch. Summarischer Berichl iiber die Ergebnisse der Untersuchungen der Komrnission zur Erforscliung der Maul-und Klauenseuche... Centralbl. fur Bakter., t. XXII, 1897, p. 257. Berichte der Komrnission zur Erforscliung der Maul-und Klauenseuche , centralbl. fur Bakter. t. XXIII, 1898, p. 871.

(2) Voir pour l’historique des x'echerches bactériologiques : Gedoelst. De la fièvre aphteuse. Revue bactériologique. Broch., Bruxelles, 1897 (avec bibliogr.)

(3j Les recherches toutes récentes de la Commission allemande montrent que la lymphe aphteuse diluée conserve sa virulence après filtration sur le Chumberland.

(4) Piana et Fiorentini. Morfologia e biologiadel protozoo palogeno deW afta epizootica. 11 moderno Zooiatro, 1896.

ÉPIDÉMIOLOGIE. — STATISTIQUE.

La contamination du chien (Schafer) et du chai (Lehnert) est encore insuffisamment démontrée ; cependant Wachenfeld a signalé l’infection du chat, à la suite de l’ingestion de lait virulent; Uhlich et Esser rapportent des faits semblables. La maladie a été signalée chez le chien, à la suite de l’ingestion de lait, par StefFens et Schneider, par Adam et Lukas et par Schafer.

L’infection de l 'homme est fréquente ; les nombreuses observations recueillies permettent d’en préciser les divers modes. (V. Transmission à l'homme.)

Épidémiologie. — Statistique. — a ) Les épizooties de fièvre aphteuse affectent un caractère extrêmement grave, quant à la rapidité et à l’étendue de la contagion. Ainsi que l’ont remarqué tous les observateurs, la maladie nous arrive toujours de l’Orient pour atteindre, par rapides étapes, l’Europe centrale et occidentale. Peu de régions échappent à l'infection; la presque totalité des animaux sont frappés. L’éclosion des grandes épizooties est périodique; il semble que leur apparition soit réglée par quelque loi mystérieuse.

Dans la seconde moitié de ce siècle, toute l’Europe continentale est infectée dans les années 1845-4(5, 1855-57, 18(52, 1869, 1871-74, 1875-77, 1883-84, 1890-94.

C’est par centaines de mille que se comptent les animaux affectés. En 1871, 700000 tètes de bétail sont contaminées en France; 700000 en Angleterre ; en 1872, 200000 bovidés sont atteints dans le duché de Bade et le Wurtemberg; en 1883, on compte 100 OOOmalades en Bavière, 60 000 en Prusse et autant en Autriche ; en 1884, tous les départements français sont envahis.

La Grande-Bretagne, bien que protégée par sa situation insulaire, est plusieurs fois atteinte; en 1839, une invasion peu grave est observée ; de 1845 à 1885, dix grandes épizooties sont constatées (1845; 1849; 1861 ; 1865; 1869; 1874; 1876: 1879; 1880; 1885) qui causent des pertes considérables.

La récente épizootie de fièvre aphteuse a été particulièrement désastreuse pour l'Europe centrale; les chiffres officiels suivants donneront une idée de la gravité de la contagion.

En Allemagne, la fièvre aphteuse apparaît dans l’automne de 1887; l’on compte successivement :

Années.

Bovidés.

Moutons et chèvres.

Porcs.

FIÈVRE APHTEUSE.

A la fin de l’année 1892, les pertes subies étaient évaluées à cent vingtcinq millions de francs au minimum.

En Autriche , on compte 418693 bovidés atteints en 1889 et 156 320 en 1890.

La Hongrie donne la statistique suivante :

Années. Bovidés. Moutons. Porcs.

La Roumanie est atteinte à un haut degré dès 1893 :

Années. 1893 1894 1895

Malades/ 171.878 8.848 890

La Suisse compte 15941 malades en 1892, 24374 en 1893, 4408 en 1895, 2824 en 1896, 10342 en 1897.

h' Italie accuse 26 932 bovidés atteints en 1893, 16978 en 1894, 628 en 1895, 539 en 1896; ces chiffres n’indiquent qu’une faible partie des cas observés.

En Hollande , l’épizootie acquiert en 1894 une extrême gravité :

Années. 1892 1893 1894 1895

Bovidés malades.. 31.044 8.668 213.916 8.668

En Belgique , la fièvre aphteuse sévit sous une forme atténuée et relativement peu grave :

Années. 1892 1893 1894 1895 1896

Malades 38.244 2.903 9.195 3.266 2.824

En France , la fièvre aphteuse ne pénètre qu’en 1892; elle sévit sous une forme généralement bénigne; des enzoolies limitées sont signalées sur tous les points; la maladie tend à persister dans l’Est où elle sévit encore en 1897 el en 1898.

Seule dans toute l’Europe, la Grande-Bretagne est restée à peu près indemne, grûcc à de sévères mesures de prohibition. Les quelques foyers constatés ont pu être éteints sur place par des mesures énergiques.

En même temps qu’elle envahissait l’Europe, la fièvre aphteuse ravageait Y Asie. Les quelques documents qui nous sont parvenus témoignent de la gravité des pertes subies dans l’Inde anglaise. En 1894-95, 10 440 bovidés succombent dans la seule présidence de Madras.

h' Afrique est visitée en même temps; en 1894, l’Etat du Cap perd 6 194 bovidés, 52474 moutons, 7418 chèvres et 1466 porcs.

ÉPIDÉMIOLOGIE. — STATISTIQUE.

La marche des épizooties aphteuses est des plus intéressantes. La maladie arrive de l’Extrême-Orient, où elle paraît être entretenue en permanence, sous une forme très grave. Dans certaines provinces de la Russie, la fièvre aphteuse est exceptionnellement meurtrière; Mari signale, chez les bovidés, des pertes s’élevant jusqu’à 70 p. 100 des effectifs, dans les gouvernements de Ivieff, de Kasan et de Saratoff ; en Asie, le taux de la mortalité est toujours élevé.

L’Europe centrale est envahie rapidement et l’affection y sévit sous une forme relativement grave. En Allemagne, les cas de fièvre aphteuse maligne sont fréquents et l’extension s’opère inévitablement à toutes les régions, en dépit des mesures sanitaires. La marche de l’épizootie se ralentit considérablement pendant cette longue traversée. Si la contagion n’est pas directement apportée dans l’Ouest, par quelque circonstance accidentelle, elle arrive affaiblie sur nos frontières. En France, la maladie est généralement bénigne et sa puissance de diffusion est fortement amoindrie.

L'épizootie récente fournit une démonstration probante de la marche habituelle de la contagion. Signalée en Russie dès 1887, la fièvre aphteuse gagne, en 1888, la Prusse orientale ; pendant quatre années, elle envahit l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Hollande..., pour arriver seulement vers 1891 sur la frontière française. A ce moment, la maladie n’a plus qu’une faible tendance à la diffusion ; les premiers foyers créés sont éteints par une intervention sanitaire appropriée; pendant deux ou trois années, la fièvre aphteuse se répand irrégulièrement ; les centres créés ne s’étendent que lentement; l’affection évolue sous une forme régulière, bénigne.

Différentes quant à leur gravité, les diverses épizooties présentent aussi des variations inexpliquées quant à leur ténacité. Alors que dans certaines invasions la maladie disparaît après deux ou trois années au plus, elle persiste en d’autres pendant huit ou dix années, visitant à nouveau des régions déjà envahies une première fois et ne laissant que peu d’animaux indemnes. L’élude de l’épizoolie récente est particulièrement suggestive à cet égard (1).

La fièvre aphteuse est toujours désastreuse au point de vue économique. Alors môme que la mortalité est faible ou nulle, des pertes considérables résultent du retard apporté à l’accroissement et de l’amaigrissement pour les animaux soumis à l’engraissement, du repos forcé pour les animaux de travail, de la perte ou de l’uti-

(l) La tendance à l'acclimatement de la fièvre aphteuse dans l’Europe occidentale est ' manifeste. La Suisse est infectée en permanence depuis 1875. Il est plus que probable que la situation est identique en France.

FIÈVRE APHTEUSE.

lisation restreinte du lait pour les bêtes laitières. En outre, il faut tenir compte des complications, parfois irrémédiables, qui sont la conséquence d’une atteinte légère en apparence (1).

En Angleterre, on estime à 62 fr. 50 par tête la dépréciation moyenne causée par la lièvre aphteuse; les pouvoirs publics considèrent que la maladie est aussi redoutable que la peste bovine. En évaluant à 30 francs par tête seulement la moins-value causée, pour les seuls bovidés, on voit que chaque épizootie coûte, à un grand pays comme la France, plusieurs dizaines de millions.

Étude clinique.

§ 1. — Fièvre aphteuse chez les bovidés.

La fièvre aphteuse se présente sous des types cliniques différents, suivant le siège de l'éruption et la gravité de l’évolution. Dans un premier paragraphe, on peut grouper, pour l’étude, toutes les formes caractérisées par une éruption sur la peau ou sur les muqueuses apparentes, les manifestations pouvant revêtir déjà des aspects divers, suivant le siège des lésions. Dans un second, seront réunies les formes exceptionnelles, dues à une éruption sur les muqueuses profondes ou à une marche particulière de l’infection.

a) Forme bénigne. — Dans la très grande majorité des cas, la fièvre aphteuse est exprimée par des symptômes généraux peu graves et par l’évolution d'une éruption vésiculeuse en divers points des téguments.

L’invasion est annoncée par une réaction fébrile d’intensité variable ; l’animal est triste; l’appétit diminue; la rumination cesse ou devient irrégulière; la peau est chaude; le mufle et les ailes du nez se dessèchent. Chez les vaches laitières, la sécrétion lactée diminue du tiers ou de la moitié. La température s’élève jusqu’à 40° et au-dessus.

(1) Il résulte d’évaluations faites dans le Hanovre, en 1897, que la perte moyenne par tête de bétail atteinte peut être estimée à 5(1 fr. 25 (45 marks). Les calculs ont porté sur un ensemble de l(i(; communes, comprenant 14.454 bovidés dont 7.782 ont été affectés. Les pertes se décomposent ainsi :

Perte en lait (885.543 litres) 100.932 francs.

Moins-value du lail utilisé 32.357 —

Morts (128 vaches et 12G veaux) 43.380 —

Amaigrissement (18 fr. 75 par tête 137.707 —

Avortements (353) 17.507 —

SYMPTÔMES

Les troubles avant-coureurs de l’éruption apparaissent peu après ; dès ce moment, les symptômes varient suivant le siège des lésions. Les points d’élection sont : la muqueuse buccale, 1 espace interphalangé et la mamelle. Exceptionnellement, les aphtes évoluent sur le périnée ou au voisinage de la vulve et de 1 anus. Tantôt l’une des localisations est seule observée, tantôt on en retrouve plusieurs, diversement associées.

La localisation buccale (stomatite, mal de bouche, surlangue...) est annoncée par la sécheresse de la bouche et la rougeur de la muqueuse. On constate ensuite une salivation de plus en plus abondante, des grincements de dents, des mouvements des lèvres; la préhension des aliments, surtout celle des fourrages, s’effectue difficilement; la mastication est lente et pénible. Peu après apparaissent, en divers points de la muqueuse, des ecchymoses, ou, si l’éruption doit être confluente, des taches plus ou moins étendues, tuméfiées et douloureuses. En un ou deux jours, l’épiderme pâlit à leur niveau, en même temps qu’il se sépare des tissus sous-jacents; des vésicules sont constituées, remplies et bientôt distendues par un liquide clair exsudé. Les aphtes siègent de préférence à la face interne des lèvres, sur le bourrelet de la mâchoire supérieure, sur les gencives, sur le mufle, et aussi sur les faces latérales de la langue, sur la muqueuse du palais et des joues. Les vésicules s’agrandissent peu à peu, pour atteindre des dimensions variant entre celle d’un grain de mil et celle d’une pièce de deux francs; certaines se montrent régulièrement arrondies, d’autres sont plus ou moins allongées. L’épiderme qui les recouvre, d’abord jaunâtre, blanchit peu à peu, en même temps que le contenu devient moins transparent. Sur la langue, la vésicule revêt la même couleur que la muqueuse environnante et elle n’est appréciable que par la saillie qu’elle forme. La muqueuse est congestionnée au voisinage des aphtes, mais Ton ne remarque aucun épaississement de la membrane. L’évolution est accompagnée d’une salivation abondante ; la préhension des aliments est rendue pénible et l’inappétence est souvent complète.

En même temps que l’éruption buccale, on peut trouver des vésicules sur la pituitaire, à l’entrée des cavités nasales, et, plus exceptionnellement, sur la conjonctive et sur le bord ciliaire des paupières. Cette dernière localisation s’accompagne de larmoiement, de photophobie et des autres signes de la conjonctivite.

En quelque point qu’ils évoluent, les aphtes ne persistent que pendant un temps très court. Dans la bouche, la mince pellicule

FIÈVRE APHTEUSE.

d enveloppe est déchirée presque aussitôt par les frottements, dus aux mouvements des lèvres ou de la langue, et par le contact des aliments ; dans les points moins exposés, la phlyctène s’ouvre spontanément, par suite du ramollissement de la membrane.

On voit au niveau des aphtes ouverts une plaie superficielle, formée par un tissu d’un rouge vif, finement granuleux, parfois recouvert de lambeaux épidermiques. L’ouverture des vésicules est accompagnée de l’écoulement d'une salive visqueuse, striée de sang, mêlée de débris membraneux jaunâtres. La mastication est encore douloureuse ; les mâchoires sont à peine écartées, tandis que la langue est fréquemment en mouvement. La cicatrisation est rapide ; la surface dénudée se recouvre d’un enduit pultacé grisâtre, puis d’une plaque épithéliale d’apparence plombée. Les troubles fonctionnels diminuent graduellement; les aliments sont plus facilement déglutis; la rumination devient régulière; la sécrétion laiteuse se rétablit.

En quelques cas seulement, des plaies persistent pendant un temps variable, entretenues par le séjour de matières alimentaires à leur niveau. La bouche exhale une odeur fétide; la salive s’écoule continuellement et la mastication peut être gênée.

En dehors de toute complication, l’évolution est complète en 8-15 jours.

La localisation digitée (fièvre aphtongulaire, exanthème interphalangé, mal des onglons...) est constituée par la présence des aphtes sur le tégument de l’espace interdigité et sur la couronne. Elle se montre sur un membre ou sur plusieurs en même temps.

L’éruption est précédée d’une congestion intense du tégument. Les animaux soustraient le membre affecté à l’appui; lorsque plusieurs pieds sont atteints, ils reposent alternativement sur l'un et sur l’autre, en piétinant sur place. La région est chaude, tuméfiée, douloureuse à l’exploration.

Les aphtes se montrent d’abord dans l'espace interdigité ; souvent, l’éruption s’étend, plus discrète, sur toute la couronne. Les vésicules évoluent comme sur la muqueuse buccale; elles sont toutefois plus petites, plus irrégulières ; leur contenu devient rapidement purulent. Les malades restent longtemps couchés; pendant la station, ils se tiennent immobiles, le dos voussé, les membres engagés sous le tronc. La douleur est telle que la température se maintient au-dessus de la normale; l’appétit est diminué; l’irrégularité de la rumination a pour conséquence du météorisme intermittent.

SYMPTÔMES

Les aphtes sont ouverts prématurément par les frottements ou par le contact des litières : ils laissent à nu une surface bourgeonneuse ; celle-ci, exposée aux traumatismes et aux souillures, est toujours suppurante et la cicatrisation s’opère d’autant plus lentement que les causes d’irritation persistent. Il existe parfois du décollement de la corne au niveau du bourrelet.

L’évolution régulière de l’éruption est complète en 8-10 jours.

La localisation mammaire est ordinaire chez les vaches laitières. L’éruption est précédée par une tuméfaction de la peau, accompagnée de rougeur et d’hyperesthésie. Les aphtes, isolés ou confluents, siègent sur le trayon; souvent l’un deux en occupe l’extrémité, au niveau de l’orifice du canal ; ils se montrent plus rarement sur la mamelle. L’éruption provoque une vive douleur et des défenses lors de la mulsion.

Les vésicules, irrégulières dans leur contour, de dimensions variables, sont entourées d’une auréole rosée; jamais il n’existe de bourrelet périphérique. Elles s’ouvrent hâtivement, lors de la mulsion ou sous la seule pression du liquide épanché. Les surfaces dénudées se recouvrent de croûtes jaunes, puis brunes, et la cicatrisation s’opère rapidement. Dans quelques formes bénignes, telles qu’on les observe entre les grandes épizooties, l’aphte évolue sans s’ouvrir; le liquide exsudé se résorbe peu à peu et l’épiderme soulevé se dessèche et se desquame.

Des éruptions erratiques sont en outre observées, qui accompagnent l’une des formes précédentes. Les vésicules évoluent sur le périnée, au niveau de l’anus et de la vulve, sur la peau et sur la muqueuse, à la face interne des cuisses... L’éruption s’opère aussi sur la muqueuse des premières voies digestives (arrière-bouche, pharynx, œsophage); elle provoque des signes d’angine pharyngée : écoulement de la salive, difficulté de la déglutition, accès de toux au moment du passage des aliments ou des liquides. Sur la muqueuse des premières voies respiratoires (pituitaire, larynx, trachée...), l’évolution des aphtes occasionne des accidents sans gravité; on constate un jetage abondant, strié de sang, mêlé de débris épithéliaux ; la respiration est un peu gênée et bruyante.

Ces diverses localisations se trouvent différemment associées chez un même individu, avec prédominance des lésions sur tel ou tel point.

Certaines complications peuvent être observées, notamment à la suite de l’éruption sur les onglons et sur la mamelle.

FIÈVRE APHTEUSE.

La suppuration au niveau du bourrelet a pour conséquence un décollement de l’ongle, qui peut aboutira la chute de l’ergot. L’inflammation intense des tissus dans la région de la couronne provoque la nécrose du tégument et la formation d’escarres. Des infections secondaires s’établissent ; en l’absence d’une intervention rationnelle, la mortification progresse; elle atteint les tissus profonds, tendons et ligaments, pour déterminer l’ouverture des synoviales articulaires et la carie osseuse. Ces altérations sont accompagnées de symptômes généraux, surtout appréciables quand plusieurs membres sont envahis. Les malades restent constamment couchés; la réaction fébrile est intense; l’appétit disparaît; des troubles digestifs permanents sont observés et les animaux maigrissent à vue d’œil.

La mammite est une complication fréquente de l’éruption sur les trayons. Elle est due à la réplétion de la mamelle et à la fermentation du lait dans les réservoirs, plutôt qu’à une « propagation de l’inflammation ». Les accidents sont observés alors que la mulsion est rendue impossible ou difficile, en raison des défenses que provoquent les attouchements des aphtes ou des plaies par les mains du trayeur. La mamelle est tendue, douloureuse, rosée ; les veines se dessinent à sa surface. Le lait, d’abord épais, jaune, quelquefois mêlé de sang, ne tarde pas à fermenter; il se coagule et l'on obtient un liquide clair, séreux, et des grumeaux caséeux qui obstruent le canal. A une période plus avancée, la suppuration s’établit dans la glande ; un ou plusieurs quartiers subissent une lente transformation fibreuse et perdent définitivement leur rôle sécréteur.

L’évolution est ordinairement régulière chez les bovidés adultes et la mortalité ne dépasse pas 2-5 p. 1000, si les animaux sont^onvenablement soignés. La maladie est plus grave au début de certaines épizooties et les pertes atteignent, dans certaines localités, jusqu’à 5 p. 100 de l’effectif.

Le pronostic varie suivant le mode d’utilisation des animaux. Chez les bœufs de travail, les altérations ongulaires sont redoutables, en raison à la fois du repos forcé qu’elles nécessitent et de la possibilité de complications, entraînant des boiteries persistantes. Chez les vaches laitières, l’affection est grave encore, en raison de la fréquence des mammites, consécutives à l’éruption mammaire; en outre des accidents immédiats possibles, on doit redouter la suppression définitive de la sécrétion ou la diminution notable de celle-ci. Le taux des pertes est de beaucoup

SYMPTÔMES

augmenté si des soins hygiéniques convenables ne sont pas donnés aux animaux, et la surveillance constante qu’exige le traitement aggrave le pronostic économique.

b) Formes graves. — Les formes graves de la fièvre aphteuse sont dues, soit à une localisation de l’éruption sur les muqueuses profondes, digestive ou respiratoire, soit à des intoxications aiguës dont les modes sont encore peu connus.

I. — La localisation sur les voies digestives porte principalement sur la muqueuse de la caillette. Elle se traduit par une fièvre intense; les muqueuses sont injectées; la bouche exhale une odeur fétide; la rumination est suspendue et le météorisme permanent. Après quelques jours, survient une diarrhée intense, souvent dysentérique, qui épuise les animaux. La terminaison par la mort en 5-6 jours est fréquente; en d’autres cas, la diarrhée persiste après la disparition graduelle des autres symptômes et les malades tombent dans un état de maigreur et de cachexie extrêmes.

Ces formes sont tout à fait exceptionnelles chez les bovidés adultes ; elles se montrent ordinairement dans une même étable (Schrader, Harms...), sans que rien puisse faire prévoir ce mode particulier de l’évolution.

Chez les veaux, directement infectés par le lait virulent, ces accidents sont plus fréquents et le pronostic est encore plus grave que chez les adultes. Les symptômes observés sont ceux de l’entérite suraiguë; la mort arrive après 3-5 jours en moyenne.

Les localisations bronchique et pulmonaire sont plus rarement constatées. Elles sont révélées par de la toux, de l’essoufflement, du jetage, accompagnés de symptômes généraux graves, de troubles digestifs et d’un amaigrissement rapide. La terminaison par asphyxie est à craindre; parfois aussi, les accidents persistent sous une forme chronique et les animaux deviennent cachectiques.

Ces formes malignes tuent jusqu'à 15-20 p. 100 des animaux affectés.

IL — En outre de ces types assez bien définis, il en est d’autres qui expriment un mode particulier de l infection.

En 1839, Rychner voit périr 2000 bovidés, dans les alpages de Fribourg et de Berne, d’une forme de fièvre aphteuse qui est différenciée sous les noms de « faux charbon » ou de « typhus cérébral ». Des accidents de même ordre sont plusieurs fois signalés ensuite, en France par Roinard, Richard, Buignet, Delorme..., en Allemagne par Zundel, Carsten Harms, Johne, Lydtin... Pendant l'épizootie de 1890-93, plusieurs milliers de bovidés succom-

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bent dans l’Europe centrale et de nouvelles observations sont publiées (1).

Les accidents surviennent soit dès le début de l’invasion, avant que l’éruption externe se soit produite, soit au cours de la maladie et jusque dans les dernières périodes de celle-ci.

Parfois la mort arrive en quelques minutes seulement (forme apoplectique). L’animal cesse subitement de manger; il parait anxieux, tombe sur le sol et meurt en conservant dans la bouche des fourrages à demi triturés. En d’autres cas, les troubles persistent pendant quelques heures; le malade est complètement stupéfié; il se produit des grincements de dents et des tremblements musculaires; la température n’est jamais très élevée.

Sous un second type, l’évolution est moins rapide. L’animal est profondément abattu; il refuse les aliments pour rechercher les boissons froides; la faiblesse est extrême. Il se produit une salivation abondante, des grincements de dents, des tremblements musculaires... L’amaigrissement est très rapide. Chez les vaches, la sécrétion du lait cesse dès les premiers instants. — Souvent on distingue des troubles intestinaux; le ventre, rétracté, est douloureux à l’exploration; il survient des coliques et une diarrhée dysentérique (Siecheneder), — En d’autres cas, la respiration est pénible et bruyante; on observe des symptômes d’angine grave et une toux douloureuse (Gotteswinter). — On signale, dans quelques formes, des accidents cérébraux (Imminger).

La terminaison habituelle est la mort, en un à quatre jours en moyenne.

§ 2. — Fièvre aphteuse chez !e mouton et la chèvre.

L’invasion est annoncée, de même que chez les grands ruminants, par de l’abattement et de l’inappétence; l’éruption des aphtes s’opère peu après. La localisation sur les onglons est la plus ordinaire; la bouche est moins souvent affectée. Chez les brebis laitières, la localisation mammaire est assez grave.

Les vésicules évoluent comme chez les bovidés. Chez le mouton,

fl) Rychner. Zeitschr. fur Rindviehkunde, 1814, p. 125. — II. Bouley. Chroniques du Recueil, 1872. — Zundee. Chronique d' Allemagne . Recueil de méd. vêt., 1872, p. 455 et 508. — C. Harms. Die Aphtenseuche . Jahresb. der Kflnigl. Thierarzneischule zu Hannover pro 1872, p. 00. — Joiine. Plôtzliche Iodes fiille beim Rind wülirend und infolge der Maulund Klauenseuche. Deutsche Zeitschr. fur Thiermed., t. X, 1884, p. 180. — Guillebeau. Ein Ausbruch von bosartiger Maul-und Klauenseuche . Monatshefte fur Thierheilk., 1. 1 V, 1892, p. 145.

LÉSIONS

les altérations ongulaires tendent à persister pendant un longtemps, même lors d’une intervention appropriée. La maladie est particulièrement maligne chez les agneaux à la mamelle ; les malades succombent aux complications gastro-intestinales (1).

§ 3. — Fièvre aphteuse chez le porc.

Le début est marqué par de la fièvre et par la perte de l’appétit; les animaux s’enfouissent sous la litière et font entendre quelques grognements. Les déplacements sont pénibles et difficilement obtenus.

L’éruption se produit à la bouche, à l’extrémité des membres et sur le groin, où l’on voit des vésicules étendues, d’apparence phlycténoïde. Chez les truies, les mamelles se couvrent également de vésicules. Les aphtes évoluent rapidement et la cicatrisation s’opère avec facilité.

On observe chez le porc quelques cas de fièvre aphteuse grave, déterminant des accidents intestinaux intenses et la mort en quelques jours. Ces formes sont fréquentes chez les porcelets.

IL — Lésions.

a) Les éruptions de la peau ou des muqueuses ont une évolution très simple. Il se produit une congestion intense du tégument, suivie de l’exsudation, dans les parties superficielles du derme, d’un liquide séreux qui soulève et distend l’épiderme.

Chez les animaux qui ont succombé à la forme intestinale, on rencontre des lésions d’entérite aiguë, caractérisées par la présence de nombreuses plaques de desquamation épithéliale et parfois d’ulcérations, par l’infiltration de la couche sous-muqueuse et l’hypertrophie des éléments lymphoïde

La forme pulmonaire se traduit par une congestion généralisée et par la présence de foyers de broncho-pneumonie. Les bronches renferment une écume sanguinolente; certaines sont obstruées par des coagula fibrineux. Dans les types à évolution lente, on trouve des abcès, du volume d’une noisette ou d’une noix, au niveau des foyers primitifs : il existe ailleurs des zones emphysémateuses.

b) Dans les formes à évolution septicémique, les altérations

(1) Dans les premiers mois del897,les agneaux succombaient en grand nombre dons les départements de l’Aude et de l’Hérault, à une évolution rapide, d’apparence septicémique.

FIÈVRE APHTEUSE.

sont étendues à divers parenchymes (1). Les muqueuses extérieures sont rouges et ecchymosées; le pharynx est parfois ecchymosé et couvert d’érosions (Lydtin); l’anus reste béant. La cavité abdominale renferme un transsudât séreux; le péritoine est criblé de taches hémorragiques. Le foie, d’apparence normale, montre des foyers hémorragiques sur la coupe; la rate, le pancréas, les reins... sont sains ou ne présentent que quelques hémorragies capillaires. La muqueuse de la panse est fortement congestionnée; elle montre des lésions identiques à celles de l’éruption externe, aphtes typiques ou érosions consécutives à l’exfolialion épidermique. La muqueuse du feuillet est pâle; on constate en divers points des taches rouge foncé, constituées par une hypérémie capillaire diffuse ou par de l’hémorragie sous-muqueuse (2). La muqueuse de la caillette et de l’intestin grêle est enflammée dans presque toute son étendue, rouge, marbrée de taches et de plaques hémorragiques brun foncé; la couche sous-muqueuse est infiltrée par l’œdème. La muqueuse du côlon montre seulement quelques ecchymoses. La muqueuse du rectum est enflammée et ecchymosée.

La cavité pleurale et le péricarde renferment un liquide séreux de teinte ambrée ou rosée. La plèvre est ecchymosée dans toutes ses parties. Les poumons sont œdématiés. Le cœur est couvert d’ecchymoses; le myocarde est mou, pale, friable, marbré de taches gris rouge ou gris jaune ( cœur tigré de Kitt) ; les cavités renferment une masse coagulée et du sang noir incoagulé, en voie de dissolution.

Dans les centres nerveux, on note la présence d’un exsudât sérosanguinolent, sous la dure-mère et dans les ventricules, coïncidant avec l’hypérémie et le ramollissement de la substance cérébrale (Engel).

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