‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 87 sur 169 · VACCINE. — HORSE-POX. — COW-POX · texte numérisé non relu

VACCINE. — HORSE-POX. — COW-POX

Les noms de vaccine, liorse-pox, cow-pox, désignent une même maladie, virulente et inoculable, commune à l’homme, au cheval et à la vache, caractérisée par une éruption pustuleuse sur les téguments.

C’est principalement sur le cheval que la maladie est naturellement entretenue; la vache n’est infectée qu’exceptionnellement et par inoculation directe; la transmission accidentelle du cheval et de la vache à l’homme est également exceptionnelle.

L'inoculation à l’homme du virus provenant de la vache (cowpox) ou du cheval (horse-pox) provoque une maladie bénigne similaire (man-pox, vaccine), dont l'évolution a pour effet de rendre l’organisme réfractaire aux atteintes de la variole.

Historique. — La notion des propriétés prophylactiques de la vaccine à l’égard de la variole paraît avoir été répandue, dans le monde entier, depuis un temps immémorial. Toutefois, cette croyance, entretenue par la tradition, est considérée comme un préjugé populaire ; les médecins y restent indifférents et l'on continue à pratiquer la variolisation.

Vers 1770, Jenner recueille, chez les paysans du Glocestershire, la connaissance des propriétés préservatrices de la « maladie des vaches » à l’égard de la variole. L’observation lui démontre que la transmission accidentelle du cow-pox aux personnes détermine une éruption pustuleuse sans gravité, et il constate que les individus contaminés sont devenus réfractaires à l’inoculation variolique. Jenner comprend aussitôt la conséquence possible d’une telle découverte : la substitution d'un procédé inoffensif à la pratique meurtrière de la variolisation. Il recourt à l’inoculation expérimentale du « vaccin » de l'homme à l’homme, puis, directement, de la vache à l’homme ; dans tous les cas, il confère l’immunité à l’égard de la variole. Enfin, il constate que le virus-vaccin peut être indéfiniment transmis, de l’homme à l’homme ou de la vache à la vache.

C’est donc bien à Jenner que l’on doit d'avoir démontré scientifiquement la valeur préservatrice de l'inoculation vaccinale et d’en avoir systématisé l’emploi; c’est à lui que revient la gloire d’avoir fait d'une tradition

HISTORIQUE

populaire, jusque-là stérile, une méthode prophylactique indéfiniment féconde.

L’étude du cow-pox montre en outre à Jenner que la maladie n’est pas primitive chez la vache. Une enquête lui apprend qu'il existe, chez le cheval, une maladie éruptive qui, inoculée accidentellement à 1 homme, lui confère aussi l’immunité contre la variole. Les maréchaux, victimes ordinaires de la contamination, considèrent cette affection comme une inflammation exsudative des talons, qu’ils désignent sous le nom de grease. Par une suite de laborieuses enquêtes, Jenner établit avec certitude l’origine équine du cow-pox : « Je crois, dit-il, qu'il ne peut exister le moindre doute relativement à l'origine du cow-pox, étant bien convaincu qu'il ne sévit parmi les vaches que lorsque les domestiques chargés de les traire prennent soin en même temps des chevaux affectés de « grease », à moins que la maladie n’ait été communiquée au troupeau par une vache infectée... Il peut arriver que l'un de ces domestiques, après avoir pansé les talons d'un cheval affecté de « grease », n’ait pas pris soin de se laver les mains et se mette à traire les vaches, sur les mamelles desquelles ses doigts déposent quelques particules de la matière infectieuse qui y était adhérente. Lorsqu’il en est ainsi, une maladie se communique aux vaches, et par les vaches aux filles de ferme, laquelle maladie se propage dans toute la ferme, à tel point que le troupeau tout entier et tous les domestiques en ressentent les conséquences. » Les indications données par Jenner sur les caractères cliniques de la maladie du cheval manquent toutefois de précision. Il reconnaît bien sa nature pustuleuse et il lui donne le nom très expressif de « sore-heels » (pustules des talons , mais il tend à localiser les lésions à l’extrémité des membres et il n'indique ni la forme, ni la marche de l’éruption.

En 1802, un compatriote de Jenner, Loy, retrouve le « grease » du cheval. Il observe à nouveau les faits de contamination accidentelle et, réalisant expérimentalement la transmission du cheval à la vache et à l'homme, il obtient des éruptions identiques à celles du cow-pox et de la vaccine. Loy constate encore que le virus du cheval, inoculé directement à l’homme, détermine une réaction plus violente que le cow-pox, tandis qu’il cultive moins bien chez la vache. Enfin il décrit le « grease » comme une maladie générale, caractérisée par un état fébrile initial et par une éruption se produisant souvent aux membres, mais étendue aussi en d’autres points des téguments.

Le travail de Loy reste ignoré ou incompris; pendant près d'un demisiècle, on cherche la source du cow-pox dans le javart ou dans les eauxaux-jambes du cheval. Vingt fois, des éruptions pustuleuses des muqueuses sont observées et décrites, sous les noms les plus divers, sans que l'on songe à les rapprocher du « grease », qu’une tradition erronée persiste à localiser exclusivement dans la région des talons.

En 1845, la maladie vaccinogène du cheval est retrouvée par un vétérinaire français, Pételard, de Tours. Par la seule observation clinique,

VACCINE

HORSE-POX

COW-POX

reconnaît la nature «variolique» d’une éruption siégeant sur la face d'une jument et il en décrit minutieusement les caractères. Pételard observe en outre la transmission accidentelle à un autre cheval et à trois personnes ; il comprend l’importance de sa découverte : « Ces faits, dit-il, tendraient à faire croire que la variole du cheval jouit des mêmes propriétés que la vaccine ou cow-pox de la vache. » Il est sur le point de faire des inoculations à l'homme lorsqu’une circonstance fortuite l’en empêche. Pour la première fois, une description précise de la maladie vaccinogène du cheval était donnée. Malheureusement, le mémoire de Pételard, communiqué à la Société vétérinaire, fut oublié dans ses archives pour n être exhumé que par hasard et vingt-trois ans plus tard (I .

Le « grease » est retrouvé une fois encore en 18G0. Sarrans, vétérinaire à Rieumes, observe une maladie pustuleuse du cheval affectant un caractère épizootique. Le professeur Lafosse, de l’Ecole vétérinaire de Toulouse, qui visite l’un des malades, croit reconnaître les « eaux-aux-jambes aiguës», toujours considérées comme l’origine de la vaccine; il obtient, par l'inoculation à la vache, des pustules de cow-pox ; celles-ci, inoculées à l’enfant, transmettent la vaccine. Urbain Leblanc examine également les malades de Rieumes; il reconnaît immédiatement qu’il s’agit d’une affection spécifique, toute différente des eaux-aux-jambes; Lafosse, revenant sur sa première détermination, reconnaît que l’éruption peut être rencontrée sur divers points des téguments, notamment aux lèvres et autour des naseaux (2).

Les premiers résultats obtenus par la Commission de Toulouse sont pour IL Bouley un trait de lumière. Il songe aussitôt à ces éruptions pustuleuses des muqueuses, signalées par différents observateurs et décrites par lui-même dès 1843. Reprenant l’étude des textes de Jenner et de Loy, il montre que « la maladie vaccinogène du cheval est bien retrouvée »; il en décrit les multiples aspects cliniques dans une magnifique synthèse et il donne à l’affection le nom de horse-pox , aujourd’hui consacré par l’usage (3).

Pendant longtemps, l’étude expérimentale de la vaccine reste étroitement limitée dans son objet. On cherche à la transmettre aux diverses espèces animales, dans un but prophylactique ou purement expérimental ; de nombreux travaux sont consacrés à l’examen des modifications imprimées à la virulence par les passages successifs du vaccin chez l'homme et chez la vache; enfin l’on tente plusieurs fois de réaliser la transformation de la variole en vaccine, par l’inoculation à la vache.

Chauveau (4), en 1866, montre qu’il est possible d’obtenir chez le

(1) Rapport sur un travail intitulé : De la variole spontanée du cheval , par Pételard. Bulletin de la Société centr. de méd. vétér., 18G8, p. 111.

(2) Lafosse. Rapport de la commission du cow-pox. Recueil de méd. vét., 18G5, p. 605.

(3) H. Bouley. De l’origine de la vaccine sur le cheval. Discours à l’Académie de médecine, in Recueil de méd. vét., 1862, p. 735.

(4) Chauveau. Production expérimentale de la vaccine naturelle... Recueil de méd. vét., 1866, p. 305.

BACTÉRIOLOGIE

cheval, par l’inoculation dans les vaisseaux lymphatiques, une éruption généralisée, identique à celle qui est observée lors de l’évolution naturelle. Il précise, peu après, les modes de l’évolution du virus, dans les différents procédés de l’inoculation, ainsi que les conditions qui permettent la généralisation de l’éruption i’l i.

Les nombreuses études entreprises ensuite sont relatives à la fixation des rapports qui existent entre la vaccine et la variole et à la détermination de l’agent essentiel de la virulence.

Nature de la maladie. — Bactériologie. — Les premières recherches de Chauveau (1868) démontrent que le « virus » de la vaccine revêt la forme corpusculaire.

Les travaux récents n’apportent aucune précision nouvelle quant à la détermination du parasite. L’impuissance des méthodes bactériologiques actuelles montre que la virulence n’est pas liée à la présence de bactériacées ou de formes analogues quant à leurs affinités colorantes.

La constatation, au niveau des pustules vaccinales ou varioliques, de corps spéciaux, inclus dans les cellules épithéliales, a été l'occasion de recherches nombreuses. Signalées déjà par Renaut, de Lyon (1881), les formes endocellulaires sont retrouvées par Van der Loeff, lllava, L. Pfeiffer (1887) et considérées comme des parasites. Guarnieri (1892-1894) étudie directement l’évolution des « corps cellulaires », après inoculation vaccinale ou variolique sur la cornée du mouton et du lapin ; il arrive à cette conclusion que « l'agent spécifique de la vaccine et de la variole est un être monocellulaire (cytoryctes), un protozoaire parasite, appartenant probablement à la classe des sporozoaires de Leuckart ».

Les travaux de Monti, Jackson Clarke, Sichercr, Ogata, Piana et Galli-Valerio, Kourloff... confirment la nature parasitaire et protozoïque des corps cellulaires.

Par contre, Unna, Coporaso, Leoni, Ferroni et Massari contestent la nature parasitaire des corps cellulaires, et ils tentent de démontrer leur origine anatomique. Salmon (1897), dans le laboratoire de Metchnikoff, montre que les pseudo-parasites ne sont autre chose que des boules de chromatine, résidus de leucocytes polynucléaires qui ont pénétré dans l’intérieur de la cellule épithéliale (2).

La question se pose donc à nouveau tout entière; le parasite de la variole-vaccine reste à déterminer.

(1) Chauveau. Des conditions qui président au développement de la vaccine dite primitive. Recueil de méd. vét., 1800, p. (525.

(2) S.fLMON. Recherches sur l'infection dans la vaccine et la variole. Annales de l’Institut Pasteur, 1897, p. 289 (avec bibliographie).

Nocard et Leclainche. — 2e édit.

VACCINE

IIORSE-POX.

COW-POX

Vaccine et variole (1). — La constatation des propriétés immunisantes de la vaccine à l’égard de la variole, et aussi l’analogie des manifestations essentielles des deux maladies, portaient à soupçonner entre elles une étroite parenté. A priori , il était logique d’admettre une identité de nature ; la vaccine n’étant qu’une variole bénigne , on s’expliquait qu’elle devînt préservatrice, au même titre qu’une première atteinte de la variole vraie.

Cette question des rapports existant entre la vaccine et la variole, controversée depuis un siècle, est encore pendante aujourd'hui et elle préoccupe d’autant plus les esprits qu’elle touche à l’un des plus graves problèmes de la pathologie générale.

Vers 1825, Numan, d’Utrecht (2), publie le résultat d’expériences sur l'inoculation de la variole aux divers animaux domestiques. « Il en résulte : 1° que la vache est susceptible de contracter la variole par inoculation et peut servir pour conserver du vaccin toujours frais; 2° que le taureau est aussi susceptible de recevoir l’inoculation de la variole et du vaccin ; 3° que l’âne et le mulet le sont pareillement ; mais que l’effet de leur vaccin, transporté sur l’homme, est plus tardif que celui qui est repris sur la vache inoculée. » Hamont (3) tente en vain d’inoculer le virus variolique à deux chevaux et à une vache. Ceely ( 1830-1 840 ), Reiter 1839), von Thicle (1839) obtiennent dès ce moment la transmission de la variole à la vache en de nombreux cas, à la suite de l’inoculation; à ce moment, l’identité de la variole et de la vaccine est presque partout admise.

De 1863 à 1865, à la suite de la discussion provoquée à l’Académie de médecine par l’épizootie de Rieumes, toute une série de laborieuses recherches sont poursuivies sur la question, par une commission de la Société des sciences médicales de Lyon (4). Les expériences, réalisées sous l’inspiration et sous la direction de M. Chauveau, donnent des résultats tout à fait contraires à la thèse de l’unicité des deux infections.

« Après inoculation à la vache, par piqûres sous-épidermiques, on voit, dans tous les cas sans exception, la lymphe vaccinale produire sa pustule plate, caractéristique, avec son ombilic entouré d’une bande circulaire nacrée et sa belle auréole rouge, puis la croûte qui laisse, après sa chute, une large cicatrice blanche, plus ou moins durable.

« On voit, d’autre part, la lymphe variolique faire naître, dans tous les cas, sans exception également, une papule hémisphérique ou conique, plus ou moins large, plus ou moins en relief, plus ou moins rouge, dont le centre est toujours la partie la plus saillante et ne présente jamais, comme concrétion, qu’un petit grain brunâtre insignifiant, répondant à

(1) Ducamp et Pourquier. Sur la question de l'identité de la vaccine et de la variole. Semaine médicale, 1893, p. 473 (Revue générale).

(2) Numan. Cité in Journal pratique de méd. vét., 1826, p. 48.

(3) Hamont. Inoculation de la matière provenant de boutons d'enfants atteints de petite vcrole. Journal pratique de méd. vét., 1827, p. 132.

(4) Chauveau, Viennois et P. Meynet. Vaccine et variole. Rapport d’une commission de la Soc. des sc. méd. de Lyon. Recueil de méd. vét.. 18C5, p. 417 et 513.

Page 1