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VACCINE ET VARIOLE

la pustule d'inoculation : papule enfin évoluant avec plus de rapidité que la pustule vaccinale et disparaissant par résorption, sans avoir formé de croûte. Impossible de confondre deux lésions aussi différentes.» (Chauveau.)

De plus, la lymphe variolique ayant passé par l’organisme du bœuf ou du cheval, inoculée à l’homme, transmet non la vaccine, mais la variole; celle-ci peut évoluer sous une forme grave et devenir mortelle Chauveau ). Ainsi, les virus delà variole et delà vaccine restent toujours distincts ; ils ne peuvent être transformés l’un en l’autre.

Les conclusions de la commission lyonnaise sont très généralement acceptées en France, tandis qu’en Angleterre et en Allemagne, un grand nombre d’auteurs persistent à considérer le vaccin comme un virus variolique affaibli.

Abandonnée pendant quelque temps, la question est reprise vers 1880, et elle fait l’objet de nombreuses recherches expérimentales. L. Voit, Bollinger, Pfeiffer croient obtenir à nouveau la transformation de la variole en vaccine, après plusieurs passages sur la vache. Par contre, Warlomont ne réussit pointa provoquer l’éruption variolique ou vaccinale, à la suite de la pénétration du virus variolique par les voies digestives, respiratoires, ou par l’inoculation intra-veineuse chez le cheval. Berthet (1) provoque une éruption papuleuse, purement variolique, par l'inoculation du virus de la variole dans la jugulaire du cheval. 11 n’obtient en aucun cas les éruptions pustuleuses caractéristiques du horse-pox.

En 1890, Fischer, de Karlsruhe, réalise à nouveau la transformation de la variole en vaccine (2). Inoculant à la génisse, par scarifications et par incisions cruciales, la pulpe recueillie par le grattage des pustules varioliques à la période de sécrétion, il obtient des pustules et des vésicules ombiliquées, analogues aux pustules jennériennes. Dès le troisième et le quatrième passage à travers la génisse, il inocule le virus cultivé à l’homme sans aucun inconvénient. En septembre 1892, la lymphe avait subi vingt passages de génisse à génisse, plusieurs milliers de personnes avaient été inoculées; le virus s’était toujours comporté comme le vaccin jennérien lui-même.

Presque en même temps, Eternod et Haccius (3) obtiennent aussi la transmission, à la suite de l’inoculation par scarifications ou par dénudation du derme. Ils concluent que « la variole, inoculée au veau, se transforme en vaccine au bout de quelques générations, par son passage dans cet animal. » Ilime, de Bradford( i), constate l'évolution de la variole

(1) Berthet. Variole et vaccine. Contribution à f étude de leurs rapports. Thèse de Lyon, 1881.

(2) Fisciier. Ueber Variola und Vaccine , und Züchtung der Variala- vaccine Lymphe. Miïnch. inedicin. Wochenschrift, 1890, p. 735.

(3) E-ernoh. Recherches concernant la variole-vaccine. Semaine méd., 1890, p. 478 — Eternod et Haccius. Contribution à l'étude de la variole-vaccine . Rev. méd. de la Suisse romande, juillet-août 1892.

(4) Mime. Successfull transformation of Small-pox inlo Caw-rox. British med Journal 1892, p. 1 10.

VACCINE

IIOESE-POX.

COW-POX

sur le veau; l’inoculation de la lymphe recueillie, à l’homme et à un second veau, donne l’éruption typique de la vaccine. Ducamp et Pourquier qui observent, sur vingt génisses, les phénomènes décrits par Chauveau à la suite de l’inoculation variolique, voient évoluer, sur une dernière, une véritable pustule, nettement ombiliquée et entourée d’une auréole rouge. Simpson (1) obtient une éruption pustuleuse et un virus-vaccin en inoculant la variole à la vache el au veau. Eilerts de Ilaan (2) inocule avec succès la variole de l’homme au singe (. Macacus cijnomolyus ); il obtient sept passages successifs de singe à singe; l’évolution de la pustule s’opère en sept jours ; une variole de septième passage, reportée sur la génisse, donne des pustules excavées et aréolées qui évoluent en cinq jours. Freyer (3), de Stettin, cultive la variole sur le veau en 1892 et en 1895; le virus recueilli sert à deux séries d’inoculations du veau au veau ; après quatre passages, on vaccine des enfants qui fournissent une éruption vaccinale typique.

A ces résultats positifs, des objections d’une certaine gravité sont cependant opposées. Avec la lymphe d’origine variolique cultivée par Haccius, Chauveau obtient, sur la vache, une éruption papuleuse, identique, quant à sa forme, à celle qui est consécutive à l’inoculation directe de la variole (4). Juhel-lténoy et Dupuy (5) n’ont réussi en aucun cas à réaliser la transformation. « Non seulement la variole ne se transforme pas en vaccin, mais elle est même impossible à cultiver en série chez les animaux, quand on l’inocule sur la peau ou sur les muqueuses, par la méthode des scarifications ou des dénudations... Variole et vaccine sont deux virus différents. » D’autre part, la plupart des expériences qui ont donné des résultats positifs ont été réalisées dans des « instituts vaccinaux » ; l'on peut craindre que les animaux aient été exposés à une contamination accidentelle par le vaccin, pendant ou après l’inoculation variolique.

En résumé : un premier point est définitivement acquis ; la variole peut être expérimentalement transmise au cheval et aux bovidés, comme le cowpox et le horse-pox peuvent être transmis à l’homme. De plus, l'inoculation variolique préserve l’animal contre une atteinte ultérieure du horse-pox ou du cow-pox, comme la vaccine préserve l’homme contre la variole.

L’identité de la variole et de la vaccine est bien près d’être suffisamment démontrée, mais cette preuve expérimentale ne serait-elle pas donnée qu’une même conclusion s’imposerait encore : les deux infections sont très voisines et elles procèdent d’une commune origine.

(1) Simpson . Vaccine produced by passiny thc virus of small-pox... Indian med. Gaz., 1890, p. 205.

(2) Eilerts de IIaan. Vaccine et rélrovaccine à Batavia. Annales de l'Institut Pasteur, 18%, p. 109.

(3) Freyer. Die Uebertragung von Variola auf Kiilber... Zeitschr. fur Hygiene, t. XXI, 1890, p. 277.

(4) Chauveau. Sur la transformation des virus , à propos des relations qui existent entre la vaccine et la variole. Bulletin de la Soc. de méd. vét., 1892, p. 51.

(5) Juhel-Rénoy et Dupuy. Recherches expérimentales sur la nature de la variole. Société méd. des hôpitaux, 9 février 1894, et Archives de méd. expériin., 1894, p. 425.

IIORSE-POX.

Origine du cow-pox et du horse-pox. — Dans la très grande majorité des cas, il est possible de rapporter sûrement le cow-pox à une inoculation accidentelle du horse-pox ou d’un cow-pox préexistant. L’évolution du cow-pox en dehors d’une inoculation directe à travers le tégument est rendue très douteuse par les données de l’observation. Le cow-pox dit spontané est observé exclusivement sur les vaches, alors qu elles sont soumises à la mulsion, et les pustules sont presque toujours localisées sur la mamelle. La diversité des aspects de l’éruption est suffisamment expliquée par les conditions différentes de la pénétration et elle constitue encore une présomption d’inoculation locale.

L’étude expérimentale du cow-pox est peu favorable encore à l’hypothèse d’un cow-pox spontané. En aucun cas, Chauveau n’a pu obtenir une éruption vaccinale après les injections sous-cutanées ou intra-vasculaires de virus-vaccin.

L’origine du horseqoox ne saurait être longuement discutée; dans presque tous les cas, l’éruption est consécutive à la pénétration, directe ou indirecte, du virus provenant d’un cheval antérieurement infecté; le horse-pox naît du horse-pox. D’autre part, on peut admettre une infection accidentelle du cheval par le virus provenant de la vache ou môme de l’homme (1).

L’origine du horse-pox est parfois impossible à découvrir, en raison des modes très indirects de la transmission. Cependant la contagion reste toujours probable et l’hypothèse, d’ailleurs admissible, d’une infection par des germes saprophytes (horse-pox spontané) est toute subjective et invérifiable.

Les rapports ordinaires des infections accidentelles peuvent être facilement résumés : le horse-pox provient du horse-pox; le cowpox naît du horse-pox, le man-pox provient indifféremment du horse-pox et du cow-pox.

§ 1. — HORSE-POX

Historique. — En outre des localisations pustuleuses du cheval décrites par Jenner et par Loy, d’autres étaient déjà cliniquement différenciées avant que leur nature ait été reconnue. Dès 1834 2 , le horsepox est décrit comme une « maladie aphteuse » épizootique, exprimée

(l) Tintireanu rapporte l'histoire d'une enzootie de horse-pox d'origine humaine probable.

Tintiheanu. O enzootie de horse-pox. [{exista de med. veterin., 1807, p. 4(>9.

(?) § * * * * *** Observations sur une maladie aphteuse qui s'est déclarée sur les chevaux du dépôt

de remonte de Caen. Recueil de méd. vêt., 1834, p. 51.

VACCINE

HORSE-POX

COW-POX

par des accidents sur la muqueuse buccale; et Laulour(l) observe des éruptions vulvo-vaginales sur des juments saillies par un étalon affecté. En 1840, Dard ( 2) signale la localisation sur la pituitaire, sous le nom de rhinite pemphigoïde. II. Bouley (3) décrit les éruptions de la pituitaire, des lèvres et de la bouche, sous le nom d'herpès phlycténoïde ; il insiste sur leur bénignité et sur les caractères cliniques qui les distinguent de la morve et du larcin. Dayot (4) étudie les localisations sur la peau et sur les muqueuses; « cinq étalons, atteints aux organes de la génération, ont transmis l’affection à trois cents juments qu'ils avaient saillies ». !1 réalise la transmission expérimentale, du cheval au cheval, par l’inoculation.

A la suite de l’épizootie de Rieumes, Lafosse et U. Leblanc reconnaissent la nature vaccinale des éruptions pustuleuses du cheval. Peu après, H. B ouley fait une magistrale étude de la maladie ; il précise les caractères essentiels de l’éruption; il en indique les multiples aspects cliniques et il donne à l’affection le nom de horse-pox , aujourd’hui définitivement accepté (V. Vaccine ; Historique).

Désormais les éruptions des muqueuses seront facilement reconnues; seules, les altérations cutanées resteront encore fréquemment confondues avec les accidents éruptifs gourmeux.

L’histoire du horse-pox en Allemagne est des plus intéressantes. De même qu’en France, l’affection est plusieurs fois décrite sous des noms différents. En 1841, Steiner observe, sur un grand nombre d’animaux, une éruption qu’il caractérise sous le nom d’exanthème fébrile; Ilering, en 1845, signale une maladie « caractérisée par une éruption sur les muqueuses du nez, de la bouche, sur la conjonctive, plus rarement sur la peau fine de l’anus et de la vulve, et, plus rarement encore, sur les parties recouvertes de poils ». Plusieurs fois ensuite, les diverses localisations sont décrites, sans que les auteurs consentent à admettre leur nature « vaccinale». Eggeling et Ellenberger f 1 878), puis Friedberger (1879), tentent une étude expérimentale de l’éruption buccale; ils obtiennent la transmission, par inoculation, au cheval, au bœuf, au mouton et même à l’homme; mais ils jugent ces résultats insuffisants el ils concluent à l’existence d’une « stomatite pustuleuse contagieuse » tou le spéciale (5).

Aujourd’hui encore cette opinion est partout professée en Allemagne, et les auteurs les plus estimés continuent à nier l’évidence avec une

(1) L.vuroim. Maladie contagieuse observée sur les organes génitaux du cheval. Recueil de uiéd. vêt., 18-34, p. 113.

(2) Dard. Observations de rhinite pemphigoïde. Id . , 1840, p. G08.

(3) H. Bouley et Patte. Herpès du cheval. Recueil de inéd. vêt., 1843, p. 700.

(4) Dayot. Mémoire sur une affection éruptive eczématigue contagieuse observée sur l'espèce chevaline. Recueil de inéd. vét., 1850, p. 200.

(5) En 1880, Ellenberger reconnaît cependant cpi’en raison de l’extension possible de l’éruption à d’autres régions, il serait préférable d’employer la dénomination de « dermatite pustuleuse contagieuse ».

IIORSE-POX.

superbe assurance. D’après Dicckcrhoff, « tout ce que l'on a écrit depuis cent ans sur une prétendue variole du cheval est inspiré seulement par des idées préconçues, et la croyance en une vaccine d’origine équine est une hypothèse sans fondement » (1 .

L’éruption pustuleuse du horse-pox est précédée, en quelques cas, par des symptômes généraux appréciables, tels qu’une légère élévation de la température et de la tristesse; mais, dans la grande majorité des cas, ces troubles passent inaperçus et les manifestations locales sont les premières reconnues.

Tout en conservant des caractères essentiels communs, les accidents diffèrent dans leur aspect suivant les multiples localisations observées, et celles-ci doivent être successivement étudiées.

L’éruption se produit sur la muqueuse buccale, sur la piluilaire, sur la conjonctive, sur la muqueuse génitale ou sur la peau. Parlois, la localisation est exclusive à telle ou telle région, parfois aussi plusieurs déterminations coexistent.

a) Éruption buccale (2). — « L’éruption buccale du horse-pox se caractérise, à sa période initiale, et sous sa forme la plus simple, par la présence, sur la membrane de la bouche, de petites ampoules ou vésicules, de la grosseur moyenne d’un pois, les unes circulaires, les autres allongées, dont la teinte opaline rosée tranche sur la couleur d’un rouge assez vif de la muqueuse qui les supporte. Elles sont lisses à leur surface et n’offrent aucune dépression centrale. Pour leur couleur et pour leur forme, on ne saurait mieux les comparer qu’à des perles, dont elles rappellent très bien l'apparence. Sous la pulpe des doigts, elles donnent la sensation de nodosités résistantes et une pression exercée sur elles détermine manifestement de la douleur.

« On les rencontre, confluentes ou isolées, à la face interne des deux lèvres, à la face inférieure de la langue et sur le bord de sa partie libre, à la face interne des joues, sur la muqueuse gingivale, dans le fond du canal où la langue est logée, notamment le lona' des canaux de Warthon et au niveau de leurs orifices. Quand ces vésicules sont ouvertes, soit par le fait de leur évolution naturelle, soit par des déchirures, que cause le frottement des fourrages fibreux et secs dont les animaux se nourrissent, on constate, à la

(1) Dieckerhofk. Speciefle Pathologie, t. I, 1888, p. 908.

(2) H. Bouley. Art. Horse-pox. Dict. de méd. vét., t. IX, 1871, p. 451.

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