‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 20 sur 107 · S {. — DERMITE PUSTULEUSE DU CHEVAL · texte numérisé non relu

S {. — DERMITE PUSTULEUSE DU CHEVAL

Historique. — La maladie est signalée par Weber (1), en 1877; elle sévit depuis quelque temps sur les chevaux d’un grand établissement de Paris (2). Elle est retrouvée peu après en Angleterre (Axe), en Allemagne et en Autriche. Les Anglais l’attribuent à l'importation de chevaux canadiens (dermite pustuleuse canadienne), tandis que les Allemands incriminent les chevaux anglais (englischen Pocken).

En 1885, Dieckerhoff et Grawitz (3) reconnaissent que la « variole anglaise » constitue une infection microbienne spéciale, qu’ils proposent de désigner sous le nom d’ « acné contagieuse du cheval ». Trasbot retrouve la dermite pustuleuse en France, en 1899, et Nocard isole un microbe identique à celui de la lymphangite épizootique (4).

Épidémiologie. — La dermite pustuleuse est signalée en différents pays, à l'état d’enzooties limitées. Elle paraît affecter de préférence les chevaux de luxe d’origine anglaise. |

Étude clinique.

Symptômes. — Les accidents débutent, en général, en arrière du garrot, dans la région couverte par la selle ou le tapis de selle. Un ou plusieurs boutons apparaissent, arrondis ou ovalaires, du volume d’un pois à celui d’une noix; ils sont constitués par une infiltration œdémateuse du derme; la peau de la région est chaude, sensible et un peu tuméfiée. La surface des boutons est humide; les poils, hérissés, sont accolés en houppes. Peu après, on trouve au niveau de chaque foyer, de fines vésicules, en nombre très variable (1 à 25); la pustule s'ouvre après 1 à 2 jours et le pus épanché se concrète en croûtes jaunâtres et adhérentes. La plaie superficielle résultant de l'ouverture du foyer continue à donner, pendant quelque temps, un pus épais, gris blanc; la cicatrisation est complète après 8 à 10 jours environ; il persiste une petite tache cicatricielle, blanche et dépilée.

En de nombreux cas, des éruptions secondaires évoluent, gagnant peu à peu les régions du garrot, du dos, de la croupe, des côtes... On trouve parfois 20 à 50 foyers, disséminés sur chaque côté du tronc. Des

(4) Wegser. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1877, p. 58.

(2) Il est peu probable que l’épizootie observée par Goux, dans une batterie d’artillerie, doive être rapportée à la dermite pustuleuse.

Goux. Mémoire sur une affection cutanée. Recueil de médecine vétérin., 1849, p. 807.

(5) DIECKERHOFF et GRAWITZ. Loc. cit.

(4) TrasBoT, Nocarp. Dermite pustuleuse contagieuse. Bulletin de la Société * centr. de médecine vétérin., 1899, p. 163 et 167.

boutons nouveaux se développent indéfiniment dans le voisinage des foyers en voie de guérison. En certains points, la suppuration s'établit dans le derme; les cavités des abcès se comblent assez lentement; les lymphatiques voisins sont enflammés (lymphangite ulcéreuse). |

Lésions. — L'’infection ne dépasse pas la couche malpighienne dans les formes légères et la tuméfaction du derme exprime une réaction de | voisinage. L'éruption vésiculeuse est consécutive à une exsudation | séreuse qui dissocie et soulève l’épiderme. En d'autres cas, des foyers | de suppuration sont développés dans le derme ou même dans le tissu conjonctif sous-Cutané; la région est infiltrée par une sérosité RARES ragique.

Diagnostic. — La présence, dans la région du dos, de boutons inflammatoires couverts de vésico-pustules est pathognomonique. L’éruption du horse-pox est étendue à diverses régions; même lors d’éruptions confluentes, les pustules ne reposent point sur une tuméfaction nettement délimitée et celle-ci fait défaut presque toujours. Les plaies d'été sont caractérisées par la présence de granulations calcaires; elles provoquent un prurit intense, qui manque toujours ici. Le /arcin n'est soupçonné que lors de suppuration profonde du derme accompagnée de Iymphangite (V. LYMPHANGITE ULCÉREUSE).

Étiologie. — Etude expérimentale.

a) La transmission s'opère avec une extrême facilité par les harnais, notamment par la selle et le tapis de selle; les couvertures, les instruments de pansage... servent sans doute aussi d’intermédiaires. Les accidents sont observés à l’état enzootique dans certains milieux (écuries de marchands...), de préférence sur les chevaux anglais dits de pur sang. |

Dans les expériences de Dieckerhoff et Grawitz, l'infection Fe obtenue | par des frictions, avec la culture du bacille, sur la peau desquamée ou | intacte. Nocard réalise l’inoculation par une friction douce et longtemps prolongée de la peau tondue avec une anse de culture incorporée dans o grammes de lanoline; les pustules apparaissent dès le quatrième jour sur les deux chevaux mis en expérience.

L'extension des lésions paraît s’opérer surtout par des réinoculations successives dues aux harnais, aux couvertures et aux instruments de pansage.

La marche de l'infection varie suivant la réceptivité des animaux; tandis que l’éruption initiale s'éteint d'elle-même chez certains, les accidents s'étendent, persistent et se compliquent chez d’autres. Les mêmes variations sont constatées dans les suites d’inoculations expérimentales pratiquées dans des conditions identiques.

b) Le pouvoir pathogène du bacille est très variable. Le microbe ;

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LYMPHANGITE ULCÉREUSE DU CHEVAL. 171

isolé par Dieckerhoff et Grawitz tue le cobaye en 48 heures, après simple dépôt d'une culture pure sur la peau desquamée, et en 24 heures, après injection sous-cutanée. Le lapin est plus résistant; les frictions sur la peau intacte avec un liquide virulent occasionnent une éruption pustuleuse, de la suppuration envahissante et parfois fe mort; l’inoculation sous la peau détermine de la nécrose ou tue en 5 à 5 Jours. La souris grise résiste à l'insertion cutanée, tandis qu’elle est tuée en 24 heures par l’inoculation dans le tissu conjonctif; le campagnol et la souris blanche montrent seulement un abcès au point inoculé ou meurent en 5 à 10 jours, avec des accidents pyémiques généralisés. L'inoculation intra-cutanée au veau et au mouton produit une éruption pustuleuse localisée qui se cicatrise après quelques jours. On provoque de même chez le chien une évolution pustuleuse, suivie de suppuration superficielle.

Traitement. — Prophylaxie.

a) Dieckerhoff et, après lui, la plupart des praticiens préfèrent les astringents aux antiseptiques pour le traitement des boutons et des plaies. On recommande les lavages avec la solution d’acétate d’alumine à 7 pour 100 ou avec le mélange suivant :

DEC HG THON ATEN 7 AS 2 parties.

DR ES Pi SURESNES V0 rs re | 2 D ISO CE PRO TOR ER 50 —

b) Les malades doivent être isolés; 1ls sont pourvus de harnais et d'instruments de pansage spéciaux. On évite l’usage des couvertures; les régions envahies ne doivent pas être atteintes pendant le pansage.

$ 2. — LYMPHANGITE ULCÉREUSE DU CHEVAL

La lymphangite est caractérisée par la présence d’abcès et de plaies ulcéreuses siégeant dans la Den et sur le trajet des lymphatiques

superficiels.

La maladie est d'autant plus intéressante qu’elle simule la morve cutanée par ses caractères cliniques et par les effets de l’inoculation du virus à certains réactifs. |

Historique. — Dès 1892, Nocard (1) constate que des chevaux suspects de « farcin » ne réagissent point à la malléine, tandis que

(1) Nocarp. Sur la valeur diagnostique de la malléine. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1893, p. 116. Sur la malléine. Id., 1894, p. 92. Trois cas intéressants de lymphangite pseudo: -farcineuse. Id., 1897, P. 190.

l'inoculation du pus, dans le péritoine du cobaye, donne une orchite

d'apparence morveuse (réaction de Straus). Sur un total de 67 chevaux.

examinés de 1892 à 1896, 59 fournissent un pus capable de provoquer l'orchite, tandis que 45 seulement sont déclarés morveux par la malléine. L'étude bactériologique montre que les lésions des 16 animaux qui n'ont pas réagi ne sont pas de nature morveuse; la suppuration lymphatique est due à un bacille spécial, facile à distinguer du bacille morveux en ce qu'il prend très bien le Gram; le microbe est retrouvé à l'état de pureté dans les exsudats de la gaine vaginale des cobayes inoculés. En 1896, Nocard (1) donne une étude clinique et expérimentale de la « Iymphangite ulcéreuse ».

Épidémiologie. — La maladie est relativement fréquente en France. Sur 151 chevaux entrés au lazaret d’Alfort comme cliniquement suspects de farcin morveux, du 1° octobre 1892 au 15 juin 1909, 31 — près du quart des suspects — étaient atteints de lymphangite ulcéreuse. La maladie n'existe pas seulement dans la région de Paris : 25 fois, Nocard a trouvé le microbe spécifique dans le pus qu’on lui avait adressé de diverses régions (2).

Étude clinique.

Symptômes. — La lymphangite ulcéreuse est exprimée, comme le farcin morveux, par des engorgements, des ulcères cutanés et des cordes lymphatiques.

Les accidents débutent, en général, vers les parties inférieures des membres postérieurs ; la région est engorgée; de petits boutons se déve-

(1) Nocarp. Sur une lymphangite ulcéreuse simulant le farcin morveux chez le cheval. Annales de l’Institut Pasteur, t. X, 1896, p. 609, et Recueil de médecine vétérin., 1897, p. À et 99.

(2) Moore ANR dans l'Inde anglaise, une Li bhengite non morveuse qui présente avec cette maladie certaines analogies. Les renseignements fournis sont insuffisants pour permettre l'assimilation et l’auteur tend à identifier l'affection avec le « bursattee ».

Schwarzkopf décrit sous le nom d’ « mcère tropical » des accidents observés chez les chevaux américains pendant la campagne des Philippines. Ils apparaissent, à l’état enzootique, après la saison des pluies. La lésion primitive consiste en une

papule du diamètre d’une pièce de dix cents, qui s'ouvre en donnant un liquide :

séreux, de couleur ambrée; la cicatrisation ne s’opère pas et un ulcère suppurant s'établit. En général, le nombre des ulcères ne dépasse pas deux à six et ils restent

confinés dans la région du boulet. Dans les cas graves, toute la région est forte-

ment tuméfiée. Les formes légères habituelles sont faciles à guérir par les lavages antiseptiques.

L’analogie des accidents avec la lymphangite ulcéreuse est évidente, en dépit des

caractères attribués au contenu des boutons initiaux.

Moore. Suppurative lymphangitis. The Veterinarian, Report of Societies, 1897, p. 162. — Scnwarzkopr. Tropical ulcers of the horse. American veterin. Review, LIXXVI, 1902, p. 114.

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LYMPHANGITE ULCÉREUSE DU CHEVAL. 173

loppent dans le derme cutané, grossissent et s’abcèdent, donnant un pus d’abord épais, blanc, granuleux, puis liquide, huileux, jaunâtre ou sanguinolent. Les plaies résultant de l'ouverture des boutons sont arrondies, profondes, anfractueuses; leurs bords sont bourgeonneux, saillants, friables; l’aspect est identique à celui du chancre farcineux. Toutefois, la cicatrisation des plaies s'opère facilement; elle est complète après quelques jours, sous l'influence de simples lavages antiseptiques. Tandis que les boutons ouverts se cicatrisent, d’autres apparaissent dans le voisinage, et ces éruptions successives se continuent indéfiniment. |

Les lésions restent rarement localisées à la peau; presque toujours, les lymphatiques sont envahis; une traînée sinueuse, chaude, un peu tendue, part de l’engorgement et s'élève, à la face interne de la jambe, vers la région inguinale. Après un temps variable, la corde devient noueuse; des foyers purulents s'ouvrent et évoluent comme les boutons primitifs. Les ganglions sont engorgés et infiltrés; ils ne présentent ni foyers purulents, ni induration.

Les modes de l’évolution sont variables; parfois, les accidents restent localisés à une surface peu étendue; les abcès se développent pendant l'hiver seulement et l’utilisation du malade reste possible; en quelques cas, au contraire, l’éruption gagne en quelques semaines toute la hauteur d’un membre; elle envahit les membres antérieurs, le tronc, l’encolure, la face...; l’animal succombe après quelques mois. Tous les degrés intermédiaires sont rencontrés entre ces types extrêmes, quant à la gravité et à la rapidité de l'infection.

Lésions. — Lors de généralisation, la suppuration s’étend aux troncs lymphatiques prépelviens et aux reins (1). La couche corticale du rein est farcie d’abcès, du volume d'un pois à celui d’un œuf de poule; leur paroi est constituée par une couche mince de tissu fibreux; le parenchyme voisin n’est pas altéré. Le pus renferme les bacilles en abondance. Les poumons présentent parfois des foyers de broncho-pneumonie hémorragique, consécutifs à une embolie artérielle d’origine microbienne.

Diagnostic. — Les plaies cutanées et les cordes lymphatiques simulent l’ulcère et la corde de la morve cutanée; toutefois, l'absence d’induration des ganglions fournit un premier élément de différenciation cli-

(1) Cocu décrit un cas intéressant de suppuration du rein et des parties voisines, chez un cheval porteur de plaies cutanées multiples. Le rein droit pèse 5 kilos; la zone corticale est parsemée d’abcès du volume d’un œuf. Une tumeur volumineuse occupe la région sous-lombaire, s'étendant en avant jusqu’au bord supérieur du foie et englobant le rein droit. Elle contient 6 litres de pus; la cavité communique avec l'extérieur par un trajet fistuleux. Le pus renferme le bacille de la lymphangite.

Cocu. Suppuration rénale et paranéphrétique chez une jument. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1899, p. 232.

nique; d'autre part, les plaies de la lymphangite se cicatrisent sous l'influence de simples lavages. Une erreur serait surtout à craindre si l’on avait recours à l’inoculation intra-péritonéale du pus au cobaye; en ce cas, l’orchite symptomatique est constatée (V, Morve; Diagnostic) et une erreur serait commise si l’on n'était prévenu de la signification équivoque de la réaction. L'examen bactériologique permet de contrôler les indications fournies et de déceler, par la coloration de Gram, le bacille de la lymphangite. La substitution courante de l'épreuve par la malléine aux autres modes du diagnostic expérimental rend ces confusions peu à craindre aujourd’hui; la malléine ne provoque pas trace de réaction dans la lymphangite et la supériorité de la méthode apparaît une fois de plus 1c1.

La lymphangite épizootique sera facilement distinguée d’après les caractères des ulcères; l'examen bactériologique du pus constitue aussi un moyen pratique de diagnostic. (V. LYMPHANGITE ÉPIZOOTIQUE; Diagnostic.)

a) La contagion ne joue qu'un rôle insignifiant ou nul; dans la plupart des observations relevées, un seul animal est atteint au milieu d’un effectif assez nombreux, en l'absence de toute précaution sanitaire. Le microbe est un saprophyte vulgaire, répandu dans les milieux extérieurs ; il est apporté sur le tégument avec les boues et les fumiers.

Les plaies ou les érosions cutanées facilitent la pénétration; on s’explique que la maladie apparaisse de préférence pendant l'hiver, alors que la peau souillée de l'extrémité des mémbres est altérée et fendillée; les crevasses du paturon sont le point: de départ possible des lésions.

Les formes compliquées de la dermite pustuleuse se confondent avec la lymphangite ulcéreuse et leurs circonstances étiologiques spéciales constituent des causes indirectes de la Iymphangite. (V. DerMiTE Pusru- LEUSE.)

b) Le bacille est pathogène pour le cheval et pour diverses espèces. L'inoculation sous-cutanée du pus ou de la culture au cheval, à l'âne et au mulet provoque un abcès chaud qui s'ouvre en 6 à 10 jours, en donnant un pus épais et grumeleux; la poche s’oblitère lentement et une cicatrice persiste. Dans une expérience, Nocard obtient une lymphangite ulcéreuse progressive, analogue à la maladie naturelle, en inoculant deux gouttes d’une culture récente sous la peau d’un cheval.

Chez le cobaye, l'inoculation sous-cutanée aboutit, en 4 à 5 jours, à la formation d'un abcès volumineux; la plaie résultant de l’ouverture du foyer se cicatrise lentement, tandis que d’autres abcès évoluent dans le voisinage ; les ganglions échappent à l’envahissement; les animaux succombent rarement. L’injection d’une trace de pus dilué dans le péritoine

du cobaye mâle provoque une orchite intense, qui simule de très près l'orchite morveuse. Du troisième au cinquième jour, la région des bourses est tuméfiée, chaude, tendue, douloureuse; le scrotum est rouge violacé, luisant, adhérent aux testicules sortis de l'abdomen. La mort arrive après 6 à 8 jours, si l’orchite est apparue de bonne heure; dans le cas contraire, l’évolution est lente et la survie est possible. Les lésions portent sur la gaine vaginale; les feuillets de la séreuse, accolés au début par un exsudat fibrineux, sont envahis ensuite par une suppuration abondante et le testicule atrophié baigne dans une nappe de pus épais et grumeleux. Il n’est pas rare de voir le testicule presque entièrement détruit par le pus. Cette vaginalite est plus vite purulente que celle de la morve; l’exsudat fibrineux et le pus sont riches en amas bacillaires. Le péritoine renferme un peu de liquide louche, gluant; le mésentère est couvert de petites masses purulentes; l’épiploon contient des foyers caséeux. Il n'existe pas de lésions viscérales. L’'inoculation d'une culture récente dans le péritoine provoque une évolution suraiguë; le cobaye succombe en 24 à 48 heures, après une chute de la température vers 30° et au-dessous, avant que les altérations testiculaires aient évolué.

Le lapin résiste à l'injection intra-péritonéale de la culture ou du pus; l’inoculation sous la peau de l'oreille occasionne un érysipèle intense qui disparaît après quelques jours; la pénétration dans les veines n’est suivie d'aucun trouble apparent; cependant l’animal meurt cachectique en 15 à 50 jours, sans que les bacilles soient retrouvés dans l'organisme.

La souris blanche est tuée en 24 à 48 heures par l'insertion du virus sous la peau; le sang du cœur donne ordinairement des cultures du bacille. Le pigeon succombe parfois, en 4 à 6 jours, à l’inoculation intraveineuse. La poule est réfractaire.

Le microbe est peu résistant ; 1l est tué à 58° après une heure et à 65° en moins d'un quart d'heure,

Traitement.

Le traitement est très simple. Les lavages antiseptiques assurent la cicatrisation des plaies. Lors d’éruptions successives ou confluentes, il est indiqué d'appliquer des pansements sur la région rasée. Si les Iymphatiques sont envahis, on a recours à l'ouverture prématurée et au grattage des foyers purulents; les plaies sont recouvertes, suivant les régions, de poudres antiseptiques (salol, iodoforme...) ou de pansements humides.

Historique. — Preisz et Guinard (1) décrivent en 1891, sous le nom

(1) Preiïsz et GUINARD. Pseudo-tuberculose chez le mouton. Journal de médecine vétérin., 1891, p. 565.

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de « pseudo-tuberculose du mouton », des lésions localisées au rein et renfermant un bacille qui paraît spécifique. Guinard et Morey (1) retrouvent la même infection en 1893; les tubercules ont envahi cette fois le poumon, le foie, le péritoine, le tube digestif et les ganglions thoraciques. Turski (2) observe de nombreux cas dans un troupeau sacrifié à Dantzig; les ganglions médiastinaux et bronchiques, axillaires et inguinaux sont surtout atteints (5).

De 1896 à 1899, Sivori(4) étudie une broncho-pneumonie enzootique chez les moutons sacrifiés à Buenos-Aires; il établit qu’elle est due à un bacille identique à ceux de Preisz et de Nocard.

Cherry et Bull(s) signalent l'extrême fréquence des localisations ganglionnaires externes en Australie. Nôrgaard et Mobhler (6) étudient la même forme dans l’ouest des États-Unis; ils proposent la dénominalion d’« adénite caséeuse ovine ».

Classification des formes. — La maladie revêt des expressions très différentes suivant l’étendue et la localisation des accidents. Les lésions, parfois limitées à un seul organe, sont étendues en d’autres cas à presque tous les viscères et associées suivant les modes les plus divers.

On peut reconnaître pour l'étude une forme ganglionnaire externe (adénite caséeuse) et une forme viscérale comprenant les localisations sur les organes ou les ganglions cavitaires. Cette division ne correspond point cependant à des modes distincts de. l'évolution; de même que les diverses désignations proposées (broncho-pneumonie caséeuse, Iymphadénie caséeuse), elle exprime seulement la prédominance d’un type anatomique (7). Dans les observations de Turski (44 cas), on trouve à la fois des lésions des ganglions externes et cavitaires; le poumon est atteint dans trois cas et le foie dans ün cas. Sivori décrit surtout des accidents viscéraux; mais il signale ‘aussi l’adénite externe : « d’autres fois, on observe, comme unique lésion, un ganglion inguinal du volume

(1) GuixarD et MorEey. Pseudo-tuberculose chez le mouton, C. R. de la Société de biologie, 1895, p. 895.

(2) Turski. Ein Fall seuchenhaften Ar Hatens von Pseudotuberkulose bei Schafen. Zeitschrift für Fleisch und Milchhyg., t. VII, 1897, p. 178.

(3) Le bacille de la suppuration caséeuse est trouvé par Liénaux dans une pneumonie enzootique des moutons, observée en Belgique, mais son rôle pathogène n’est pas démontré.

LiÉNaAuUx. Étude d’une HOTTE enzootique du mouton. Annales de médecine vétérin., 1896, p. 625.

(à) SIVORL Sur une broncho-pneumonie caséeuse du mouton. Recueil de médecine vétérin., 1899, p. 657.

(5) Cuerry et Buzz. Caseous lymphatie glands in Sheep. The Veterinarian, t. LXXII, 1899, p. 525. | |

(6) NürGAARD et MonLer. The nature, cause, and economic importance of ovine caseous lymph-adenitis. 16% annual Report of the Bureau of animal industry, 1899, p. 638.

(7) La dénomination de « pseudo-tuberculose » est impropre; la lésion provoquée par le bacille n’est pas un tubercule, mais un foyer pures qui subit rapidement la dégénérescence caséeuse.

d’une grosse pomme... ». Ce sont au contraire les accidents ganglionnaires externes qui prédominent (13 fois sur 15) dans les observations de Dessy et Tosi, recueillies, comme les précédentes, sur des moutons argentins. Cherry et Bull, puis Nôrgaard et Mohler, mentionnent des localisations viscérales associées, chez quelques sujets, aux adénites habituelles.

Épidémiologie. — La maladie est signalée sur tous les points du globe et elle sévit à l’état enzootique en certains pays. En France, il n’a été publié que les deux observations de Guinard; l'un de nous a pourtant étudié, avec Cocu, une enzootie ayant fait de nombreuses victimes dans un troupeau. Turski trouve 44 malades dans un troupeau de 150 brebis provenant de la Prusse orientale (1).

Aux États-Unis, la maladie est découverte dans le sud de la Californie, en 1897; elle paraît assez commune dans certains districts de l'ouest. Dans la République Argentine, 10 pour 100 des moutons sacrifiés à Buenos-Aires sont affectés (Sivori); la proportion est de 15 pour 1000 seulement dans les troupeaux observés par Dessy et Tosi.

En Australie, l'affection est souvent constatée à l’abattoir de Melbourne; les troupeaux envahis fournissent 15 à 70 pour 100 de malades.

Étude clinique.

Symptômes. — «) FORME visCÉRALE. — Les symptômes ne sont pas étudiés par les auteurs; tous ont recueilli leurs observations dans les

abattoirs. La maigreur et parfois l’étisie complète sont seules mention- .

nées. « Dans le cas de métastase viscérale, on note des signes de broncho-pneumonie chronique ou de pleurésie, avec toux, légère dyspnée, émacialion progressive et anémie » (Nôürgaard et Mohler).

L'extrême diversilé des localisations permet de prévoir la variété des expressions cliniques.

b) ADÉNITE casÉEUSE. — Les ganglions pré-scapulaires et inguinaux superficiels sont atteints de préférence; ils forment une tumeur dure, de la grosseur d’une noix à celle du poing d’un enfant. « En quelques cas, les lymphatiques superficiels de la région sont engorgés, au point d’empêcher la marche, tandis que les ganglions profonds et ceux des cavités sont atteints de la même façon » (Nôürgaard et Mohler).

L'évolution est très lente et les malades sont toujours sacrifiés avant

(1) En reproduisant le travail de Nôrgaard et Mohler dans le Veterinary Journal, O. Williams ajoute en note :

« La maladie est bien connue des éleveurs de moutons en Ecosse sous le nom de « cruels » (écrouelles); elle est mentionnée par Williams dans ses « Principles and Practice of veterinary Medicine » et considérée par lui comme une forme de

Pocreits tt LUI, 1901, p. 571.

Nocarp et LECLAINCHE. -— 9 édit. — II. A9

la dernière période. Souvent, les lésions restent localisées indéfiniment et elles se sclérosent, après calcification des foyers.

Lésions. — Les néoformations viscérales affectent de préférence le poumon et les ganglions thoraciques, puis le foie et le rein (1).

Le poumon renferme des foyers du volume d’une lentille à celui d’une noix. « Ils sont constitués par une enveloppe blanchâtre, d'aspect fibreux, entourée de tissu pulmonaire plus ou moins altéré, quelquefois sain; le contenu est caséeux, de teinte légèrement verdâtre: quelquefois ce contenu est concret et paraît formé de couches concentriques, avec un noyau central. Beaucoup de nodules crient sous l'instrument tranchant et donnent au toucher la sensation d’une substance calcaire. » (Sivori.) Quelques foyers ramollis s'ouvrent dans les bronches et une caverne persiste. Les lobules antérieurs sont quelquefois convertis en une masse lardacée, parsemée de foyers caséeux. Des plaques de pleurésie, avec épaississements et adhérences, correspondent aux foyers superficiels. Les ganglions bronchiques et médiastinaux sont farcis de foyers caséeux ou transformés en une poche unique, limitée par une capsule fibreuse ; la matière caséeuse renferme des grains calcaires; les ganglions peuvent être envahis tandis que les poumons sont indemnes.

Le foie montre des foyers miliaires ou des nodules du volume d’un pois à celuid’une noix, renfermantune masse caséeuse gris jaune, limitée par une coque fibreuse blanche. La rate et les reins présentent des lésions de même type; les ganglions rétro-hépatiques et, moins souvent, les ganglions sous-lombaires et mésentériques sont aussi envahis.

Diagnostic. — La constatation d’une adénite purulente d’origine non traumatique ou étendue à diverses régions possède une signification assez précise. La simultanéité des accidents sur plusieurs animaux fixe le diagnostic.

Les lésions ressemblent beaucoup à celles de la fuberculose. La coexistence de localisations périphériques, sur plusieurs groupes ganglionnaires ne constitue qu'un indice différentiel. L'examen bactériologique permet seul une distinction certaine.

Étiologie. — Étude expérimentale.

a) La maladie est observée seulement sur les moutons adultes; elle paraît procéder d'une infection par des bactéries saprophytes. Il est probable que la pénétration a lieu par effraction cutanée au niveau des membres; le virus chemine dans les lymphatiques sans provoquer d’accidents notables et la culture s'effectue dans les ganglions voisins. L'hypothèse d’une invasion par la voie intestinale est rendue peu. probable par les résultats expérimentaux et par le mode de répartition des

(1) Guinard et Morey signalent seuls l’envahissement des estomacs et de l'intestin.

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lésions. D'autre part, l’inoculation sous-cutanée au mouton reproduit la maladie naturelle.

L'extension s'opère d’abord par les voies lymphatiques et l'infection peut rester localisée à celles-ci. En d’autres cas, le poumon est ensemencé par la petite circulation; enfin une généralisation par la voie sanguine est rendue possible par l’envahissement du poumon.

b) La transmission expérimentale est obtenue chez le mouton et chez diverses espèces (1). Le mouton inoculé sous la peau avec 1/2 à 1 e.c. de culture présente un œdème local étendu, puis un abcès renfermant, une grande quantité de pus blanc et crémeux. L’infection peut rester localisée ; l'animal survit; il persiste une masse indurée, creusée de petits foyers purulents. Le plus souvent les inoculés maigrissent et meurent en 10 à 60 jours; le point d'inoculation est indiqué par un abcès; les ganglions voisins sont énormes et creusés de foyers caséeux; les poumons et le foie renferment de petits nodules gris jaune. L’ingestion d'une émulsion de ganglions caséeux du lapin ne produit pas d’accidents chez deux moutons. L’injection intra-veineuse de la culture (1 c.c.) tue en > jours, sans lésions spécifiques (une expérience); un mouton qui reçoit une émulsion de pus caséeux (1/2 c.c.) résiste; ‘sacrifié après deux mois, il présente de petits foyers caséeux dans le poumon et dans le foie.

Le cobaye inoculé sous la peau ou dans les muscles est tué en 15 à 28 jours; un foyer de nécrose et de suppuration occupe le point d'inoculation ; les ganglions voisins sont volumineux et caséifiés en totalité ; l’inoculation d’une grosse dose de virus détermine une infection généralisée à tous les viscères. L'ingestion tue en 4 à 8 semaines; les ganglions de la tête et du cou sont envahis, ainsi que les organes abdominaux, tandis que le poumon reste indemne. Le dépôt dans le péritoine (1/5 à 9/4 de c.c. de culture) tue en 8 à 15 jours; la cavité renferme un liquide trouble ; la zone voisine du point d'inoculation est le siège d’une péritonite locale, avec un centre caséeux; les lymphatiques du mésentère sont engorgés et de petits foyers blanchâtres couvrent la séreuse; le foie est accolé à la paroi abdominale et à l'estomac par une suppuration profuse; il contient des foyers caséeux blancs; la rate est volumineuse et parsemée de nodules caséeux du volume d’une tête d’épingle; on trouve parfois des foyers dans le poumon et de la pleurésie sérofibrineuse. L'inoculation intra-veineuse (5 à 6 gouttes de culture) tue en 4 à 10 jours, avec des lésions généralisées.

Le lapin est plus résistant que le cobaye. Il succombe en 55 à 48 jours à une inoculation sous-cutanée; le foie est le siège de prédilection des lésions. L’ingestion tue en 8 à 10 semaines, avec des accidents analogues à ceux qui sont provoqués chez le cobaye. L’inoculation dans

(4) Nous donnons ici les résultats de Nôürgaard et Mohler, les plus complets qui aient été publiés jusqu'ici.

le péritoine produit, comme chez le cobaye, une péritonite et des accidents viscéraux, mais l’évolution est ralentie (1). L'injection intra-veineuse d'une émulsion faite avec la matière caséeuse du mouton tue. en 16 à 24 jours et celle de la culture en 10 à 18 jours. La souris inoculée sous la peau est tuée en 4 jours. Le pigeon et la poule résistent aux divers modes de la pénétration. Le chien et la chèvre inoculés sous la peau présentent seulement un abcès au point de pénétration (Sivori).

(1) « Le microbe de la lymphangite cultivé en sac de collodion, dans le péritoine du lapin, se développe dans le liquide du sac sous forme de très petits grains;

- l'animal perd beaucoup de son poids, se cachectise et le microbe augmente de virulence. »

Sivori. Loc. cit., p. 669.

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