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H. Bouley l’acceptent sans réserve et leur brillant enseignement est” partout répété par des disciples enthousiastes. Renault pense que la morve peut être provoquée par la résorption du pus au niveau des foyers de suppuration chronique; son opinion, défendue en Allemagne par Hering et Bruckmäüller, est reproduite en Italie par Ercolani. Cette conception trop étroite de la « pyémie métastatique » se montrant souvent insuffisante, H. Bouley lui substitue l'hypothèse d'un « épuisement de l'organisme », provoqué à la fois par une mauvaise hygiène et par un travail excessif (1). La théorie nouvelle, habilement exposée et appuyée sur des faits d'observation, trouve aussitôt de nombreux partisans; elle est enseignée en Allemagne par des maîtres comme Veith, Hertwig, Spinola..….
De 1830 à 1840, la morve règne partout, envahissante. Les vétérinaires de l’armée, presque tous sortis d’Alfort, affirment la non-contagiosité : les règlements encore en vigueur sont délaissés ou incomplètement appliqués; des centaines de chevaux morveux, réformés comme incurables, vont diffuser la maladie dans les campagnes. Dans toutes les agglomérations de chevaux, notamment dans les services postiers, la morve décime les effectifs. Et rien ne peut ébranler la foi des spontanéistes.
En 1856, une commission est instituée par le ministère de la guerre pour résoudre la question de la contagiosité de la morve chronique ; pendant plusieurs années, elle prolonge ses expériences; les résultats démontrent à l'évidence que la maladie est contagieuse; mais telle est à ce moment l'intensité des convictions que l’on se refuse à accorder aux faits leur indéniable signification et qu'aucune conclusion n’est formulée.
Imposé en France par l'autorité de quelques-uns, le dogme de la spontanéité rencontre ailleurs des adversaires résolus; Hausmann en Allemagne, Youatt et Perciwall en Angleterre, Volpi en Italie. et avec eux l'immense majorité des vétérinaires étrangers croient à la contagion de la morve. En France même, l'École de Lyon et Urbain Leblanc n’ont cessé de défendre la contagion et les esprits sont préparés déjà lorsqu’un événement imprévu vient donner le signal de la réaction. En 1837, Rayer observe la transmission de la morve à l’homme, déjà signalée par Elliotson et par Vogeli, et il démontre l’inoculabilité de l’homme au cheval. L'expérience de Rayer ne fait que mettre une fois de plus en évidence l’inoculabilité, maintes fois constatée, de la morve aiguë; mais elle a, en raison de la notoriété de son auteur, un retentissement considérable. En 1839, U. Leblanc publie le compte rendu de Recherches expérimentales sur les effets de l'inoculation de la morve et du farcin qui démontrent la transmissibilité. Beaucoup de spontanéistes se rangent, dès ce moment, à l'idée de la contagiosité de la morve aiguë, que Bouley
(1) H. Bouzey. Art. Farcin. Dictionnaire de médecine vétérin., t. VI, 1860.
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jeune et Barthélemy avaient soutenue déjà; mais ils restent convaincus de la non-contagiosité de la morve chronique. L'année 1840 marque la fin des temps héroïques; la thèse de la contagion rallie chaque jour des partisans. Breschet et Rayer (1) résument les connaissances positives acquises expérimentalement sur la maladie : « La morve est transmissible à l’homme et à d’autres animaux, tels que le chien (Burgess, Renault, Leblanc), le bouc (Prinz), le mouton (Renault). La morve de l'homme peut être reportée sur le cheval et sur l’âne en leur inoculant l'humeur de l’éruption morveuse.….. La morve n'est pas également transmissible aux différentes espèces d'animaux. Parmi les solipèdes, elle se transmet plus facilement à l'âne qu’au cheval et se développe avec une promptitude et une intensité remarquables chez l’âne. C’est ce que savent bien les expérimentateurs, qui se servent de préférence de cet animal quand ils veulent développer la morve aiguë. »
Les expériences de Saint-Cyr (2) apportent une fois de plus la preuve de la virulence, dans la morve chronique accompagnée de jetage. Quant aux travaux de Gerlach, parus en 1868, ils ne font que confirmer, en ce qui concerne l’étiologie, des faits acquis depuis longtemps déjà; mais ils contiennent d'utiles indications sur le diagnostic clinique de la maladie.
L'anatomie pathologique de la morve, systématiquement esquissée par Dupuy, est reprise par Hausmann (1855), puis par Kreutzer et Dittrich (1851), qui assimilent encore la maladie à la tuberculose. Virchow (5) étudie longuement le tubercule morveux pulmonaire (1854 et 1865): 1l le classe parmi les tumeurs à granulations (granulomes) et il attribue le processus néoplasique qui le caractérise à « un agent âcre et irritant ». Leisering (4) décrit les diverses localisations - morveuses; il admet que les lésions du poumon se développent sous l'influence d'un contage, directement apporté par l'air inspiré; de plus, il signale une forme particulière (morve infiltrée), caractérisée par des inflammations diffuses du tissu conjonctif sur les muqueuses et dans le poumon. Ravitch (5) rapporte les lésions morveuses à une thrombose des vaisseaux veineux
et lymphatiques, provoquant des troubles nutritifs dans le voisinage. Enfin Rabe (6) donne une excellente étude des diverses localisations;
(1) BRESCHET et RAYER. De la morve chez l’homme, chez les solipèdes et quelques autres mammifères. Acad. des sciences, 10 février 1840; Recueil de médecine vétérin., 1840, p. 1317.
(2) SaINT-CyRr. Preuves expérimentales de la contagion de la morve chronique. Journ. de médecine. vétérin., 1863, p. 241... 385.
(3) Vircnow. Handbuch der specielle Pathologie, t. IF, 1855, p. 405. — Pathologie des tumeurs. Trad. Aronssohn, t. II, 1869, p. 541.
(4) LEISERING. Zur pathologischen Anatomie des Rotzes. Sachs. Veterinärbericht für 1862.
(5) RavircH. Einige Worte über die Pathogenese der Rotz- und Wurmlkrankheit des Pferdes. Virchow’s Archiv, t. XXIII, 1862, p. 33.
6) RABE, Zur pathologischen Anatomie und Histologie der Rotzkrankheit. Jahresb. der K. Thierarzneischule zu Hannover, Ber. 9, 12 et 15, 1877-1881, et Brochure.