‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 23 sur 107 · BACTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

BACTÉRIOLOGIE

il analyse des altérations, jusque-là peu connues, de la peau et des muqueuses et il fait ressortir les analogies de l’évolution dans les divers milieux. |

Il reste encore à déterminer l'agent de la virulence. Les premières recherches de Chauveau, de Semmer, de Christot et Kiener avaient ouvert la voie; dès la fin de l’année 1882, le microbe de la morve est isolé et cultivé, à la fois en France par Bouchard, Capitan et Charrin, et en Allemagne par Læffler et Schuetz (1). En 1886, un second travail de Loœffler apporte de nombreux documents sur la réceptivité des diverses espèces, sur les méthodes de coloration et de culture du bacille et sur la résistance du virus aux divers agents (2).

En 1890-1891, des travaux importants marquent une phase nouvelle dans l’histoire de la morve. Les vétérinaires russes Helman et Kalning obtiennent, avec les cultures stérilisées du bacille, un résidu doué de propriétés spéciales; ce produit, auquel ils donnent le nom de malléine, provoque, chez les chevaux morveux exclusivement, une réaction qui permet de déceler à coup sûr l'infection la plus limitée. Les études de Roux et de Nocard en France, celles de Preusse, Kitt, Foth... en Allemagne, de Schindelka en Autriche tonfirment les propriétés révélatrices de la malléine et précisent les conditions de son emploi.

L'étude expérimentale et anatomo-pathologique de la morve a fait l’objet de multiples et importantes recherches en ces dernières années. Néanmoins de nombreuses questions restent encore à résoudre; les acquisitions récentes ont montré combien la morve était peu connue en réalité et quelle est l'insuffisance des méthodes de l'observation pure quant à l'analyse des phénomènes.

Bactériologie. — Le microbe de la morve est un fin bacille, mesurant de 2 à à v de longueur sur 0,5 à 1 & d'épaisseur. Après coloration, 1l se montre souvent constitué par une série de grains colorés, placés bout à bout et séparés par des zones incolores(3).

(1) BoucHaRp, CApPITAN et CnarriN. Note sur la culture du microbe de la morve el sur sa transmission. C. R. Ac. des Sciences, 26 déc. 1882. — LoEFFLER et SCHUETZ. Ueber den Bacillus des Rotzes. Deutsche medic. Wochenschrift, déc. 1882.

(2) LOrFFLER. Die Æliologie der Rotzkrankheit. Arbeiten aus dem K. Gesundheitsamt, t. I, 1886, p. 141.

(3) Des formes actinomycétiques, avec longs filaments et renflements en massue sont observés dans certains milieux. Léœæffler, Kranzfeld, Hugo Marx, Galli Valerio, Conradi..les signalent dans les cultures ; Lubarsch trouve des filaments très longs et des renflements en bourgeons chez des lapins inoculés sous la dure-mère et dans les reins avec des cultures. Galli inoculant la souris blanche avec des formes en massue retrouve celles-ci dans les lésions.

GALLI-VALERIO. Contribution à l’étude de la morphologie du Bacillus mallei. Centralblatt für Bakteriol., t. XXVI, 1899, p. 177. — Conrapr. Die Hyphomycelennatur der Rotzbacillus. Zeitschrift für Hygiene, t. XXXIIT, 1900, p. 161. — GALLI-VALERIO. Seconde contribution à l'étude du B. mallei. Centralblatt für Bakteriol., t. XXVIIL, 1900, p. 553.

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Le bacille se colore assez mal par les couleurs d’aniline; il ne conserve ni le Gram, ni le Weigert; les bleus de Læffler ou de Kühne et Ja thionine phéniquée donnent de bons résultats pour la coloration des coupes.

Le microbe est surtout aérobie; il cultive entre 25° et 42°.

Les bouillons sont uniformément troublés en 48 heures; un dépôt blanchâtre et visqueux s'opère après quelques jours. Sur gélose, en surface, il se produit une mince couche blanche, semi-transparente, qui s’épaissit peu à peu et devient brunâtre. La culture forme un enduit gluant qui s’étire quand on veut en détacher une parcelle. Sur sérum gélatinisé, on voit se développer des colonies d’un blanc opalin, qui s'épaississent et prennent une teinte fauve clair. Sur la pomme de terre, la culture donne un enduit épais, humide, luisant, visqueux, reflétant une couleur fauve, qui se fonce de plus en plus et qui arrive bientôt à la teinte chocolat clair(1). Le lait est coagulé en 10 à 12 jours; la réaction est neutre; on ne constate pas de peptonification (Gorini).

Le bacille est pathogène pour les solipèdes, le cobaye, le lapin, le chien. …

Espèces affectées. — Les solipèdes domestiques sont presque seuls affectés. Alors que la maladie se présente presque toujours sous une forme aiguë chez l’âne, très apte à l’infection, elle affecte

plutôt le type chronique chez le cheval; chez le mulet, les formes.

aiguës ou subaiguës sont plus fréquentes que chez le cheval.

Le bœuf est à l'abri de la morve; le mouton et la chèvre ne la

contractent que très rarement.

Le porc est réfractaire à la contagion naturelle.

Les carnivores n'opposent qu'une résistance insuffisante. Le chien et le chat peuvent être contaminés à la suite de l’ingestion de produits virulents. Les carnivores sauvages entretenus dans les ménageries s'infectent plus facilement encore, à la suite d’une alimentation par des débris d’animaux morveux.

Enfin, l'aomme est exposé à contracter la maladie.

Épidémiologie.— Statistique. — La morve sévit dans toute l'Europe de temps immémorial. Efficacement combattue vers la fin du siècle der-

(1) A. Dupuy obtient, sur salsifis glycériné, une culture abondante, grisâtre, boueuse, luisante. Après huit mois, la culture tue encore, avec les lésions classiques, le cobaye mâle inoculé dans le péritoine.

A. Dupuy. Remarques à propos des bacilles morveux. Gongies des sociétés savantes à Nancy, 1901, et Bulletin médical, 1901, p. 344.

ÉPIDÉMIOLOGIE. 187

nier par des mesures sanitaires bien comprises, la maladie prend une extension considérable pendant la longue période des guerres de la Révolution et de l'Empire. De 1820 à 1840, la morve continue à s'étendre librement en France, grâce aux doctrinaires de la non-contagion; on compte par milliers les animaux affectés. Au contraire, l'affection est relativement peu fréquente dans les pays où des mesures sanitaires sont appliquées ; la Prusse ne signale, vers 1850, que 1200 cas chaque année ; la Bavière n’a que 50 malades environ et le Danemark 30 à 40 seulement.

La fréquence de la morve diminue peu à peu en ces quarante dernières années; toutefois l'amélioration est très lente dans la plupart des États. À l'heure actuelle, la morve est signalée dans presque tous les pays qui fournissent des renseignements sanitaires (1).

La France est contaminée sur tous les points; de nombreux foyers ont été découverts en ces dernières années, grâce à l’utilisation de la malléine.

Années.. . . 141891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 41899 41900 1901 Morv. abattus. 1146 1055 919 1103 - 1992 1690 12928 1042 1234 1565 1067

Le département de la Seine fournit à lui seul les chiffres suivants :

Années . . . 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 141898 1899 41900 41901 Morv. abattus. 145 907 348 473 1512 652 608 215 507 767 562

La Grande-Bretagne est envahie à un haut degré; la situation sanitaire n'est qu'imparfaitement connue :

Années . . 1887 1888 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Cas de morve.. 1482 1581 2246 1808 2455 3001 2133 1455 1594 1 294 1629 13580 1380 1472

Les huit dixièmes des cas sont constatés à Londres :

Années . . . 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Cas de morve. 1952 1563 2174 2526 1619 982 1036 857 980 845 905 1387

Le pays de Galles seul paraît indemne. | En Belgique, l'état sanitaire reste stationnaire depuis de longues années :

ANNÉES 2 ras era t à 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 Morveux abattus. 42... 215.) 154, 166 122 91 So Motte TUE" 101

La Hollande est peu gravement atteinte :

ATÉCER UN ET SPOELITEE 1895 1896 1897 1898 1899 Cas démorve. ru: 0" 43 99 76 24 19

Le Danemark offre une situation aussi favorable (21 cas en 1897; (1) La statistique accuse en général une augmentation des cas de morve en ces

dix dernières années. Cet accroissement apparent est dû surtout à l'emploi de la malléine et il n'implique nullement une aggravation de l’état sanitaire.

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39 en 1898), la Suède (1 cas en 1897) et la Norvège sont à peu près indemnes.

La Suisse signale de 50 à 100 cas chaque année; un certain nombre sont constatés sur des chevaux importés :

ANNCEST ENS RUNETERE 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Morveux abattus. . . 29 80 50 37 58 42 95 93

En Allemagne, le total des malades s’abaisse lentement pour rester stationnaire en ces dernières années. De 1876 à 1886, le nombre des animaux abattus, en Prusse seulement, tombe de 2740 à 1176. Depuis, la situation s’est beaucoup améliorée et l’on signale dans tout l’empire :

Années. . . 1887 1888 1889 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Cas de morve. . 1228 1182 1337 886 981 823 564 516 590 505 338 371 461 748

Toutes les régions sont envahies; la maladie est surtout fréquente dans les provinces orientales, exposées au dangereux voisinage de la Pologne russe. Berlin signale 15 cas en 1898 et 59 en 1899.

L'Autriche accuse chaque année 300 à 400 cas de morve.

La Hongrie fournit les chiffres suivants :

Années. . . . 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Cas'de morve.' 610 978.683. 7651745, 1171970628 116 1683 861 859

Parmi les principautés danubiennes, la Roumanie donne les plus hauts chiffres :

PANNCES EH EÈST EAU à 1892 1895 1896 1897 1898 1899 Cas dé morvé. 149 96 118 101 128 158

La Serbie serait légèrement atteinte :

A TA NET RS 1893 1895 1897 1898 1899 Cas de morve rat, 55 4,04 3 dl 10

L'Italie publie des statistiques incomplètes (498 cas en 1897; 517 en 1898; 205 en 1899).

En Russie, la maladie est d’une fréquence extrême en presque toutes les régions. La Commission officielle instituée pour l’étude de la morve estime à # pour 1000 la proportion globale des morveux, soit plus de 90000 malades pour la Russie d'Europe seulement. La statistique officielle, encore très insuffisante, donne les chiffres suivants :

Années. . . . 141890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 1898 Cas de morve . . . 2825 4959 3169 4186 4831 6575 7143 9693 12581 Morts et abattus. . 2462 4092 2954 3648 4461 4171 74176 9319 11925

La progression accusée tient uniquement au développement des services sanitaires, qui publient des renseignements de plus en plus complets.

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