II. — La constatation du TS dans le jetage ou dans le pus
(1) Nocarp. Sur la morve trachéale. Archives vétérinaires, 1870, p. 841. (2) Voy. Tuoixor et MassELiN. Précis de Microbie, 4° éd., 1902, p. 412.
donne des indications assez nettes dans les formes aiguës ou subaiguës ; lors d'évolution chronique, les bacilles, très rares, granuleux, difficiles à colorer, échappent souvent à la recherche (1).
c) Inoculation. — Il importe avant tout d’expérimenter avec une matière de virulence aussi constante que possible.
Le pus recueilli dans les boutons farcineux ramollis ou dans les plaies ulcéreuses, les parcelles obtenues par le raclage des chancres... sont toujours virulents. Le jetage renferme presque toujours des bacilles, mais leur dilution peut être telle, à certains moments et dans certaines formes, qu'une seule inoculation ne suffise pas à les déceler. D'autre part, les produits de sécrétion, souillés par différents germes, ne conviennent que pour certaines inoculations, et l’on doit employer de préférence des produits virulents purs.
L’inoculation est pratiquée à divers réactifs animaux, comme le cobaye, le chien, le chat et l’âne (2).
I. INOCULATION AU coBayEe. — L’inoculation est faite par piqûres et scarifications, sur la région du dôs, ou mieux par injection souscutanée, avec la seringue de Pravaz (3). Dans le premier cas, on constate, après 4 à 8 jours, l'apparition de plaies ulcéreuses au niveau des effractions cutanées; dans le second, il se produit en outre des abcès dans les ganglions voisins. Le cobaye étant sacrifié 25 à 30 jours après l'inoculation, on trouve la rate et souvent aussi le foie et le poumon farcis de petits abcès miliaires, formant un piqueté blanc grisâtre à la surface.
Cette méthode simple a de graves inconvénients; parfois, les cobayes succombent en quelques jours, à une infection septique ou purulente; d'autre part, des inoculations virulentes restent sans effet. Enfin, à
(1) On a conseillé l’extirpation des ganglions de l’'auge, dans le but de se procurer des produits virulents purs, pour la culture ou l’examen bactériologique (Rieck, Degive, Rudenko...). On utilise les matières caséeuses recueillies dans la glande. Ce procédé, complexe et d’ailleurs incertain, n'a de valeur diagnostique que si les résultats sont positifs.
(2) Nous ne mentionnons que pour mémoire l’ancien procédé de l’auto-inoculation, consistant en l'insertion intra-cutanée des produits suspects au malade luimême. La méthode, très imparfaite, est sans intérêt à l'heure actuelle.
(3) Technique de l'inoculation au cobaye. — Pour l’inoculation sous-cutanée, le jetage.
est dilué dans un peu d'eau filtrée ou bouillie; on passe à travers un linge et l’on injecte 2 à 5 centimètres cubes à la face interne de la cuisse. On doit inoculer deux animaux au moins, dans la crainte d’une infection accidentelle.
L'inoculation intra-péritonéale est faite en même temps chez deux cobayes mâles. On pénètre lentement dans le péritoine, en soulevant la peau et la paroi abdominale entre deux doigts de la main gauche, tandis qu’on imprime à l’aiguille un léger mouvement de rotation. On injecte 1 ou 2 centimètres cubes du liquide suspect.
moins d’un examen microbiologique du pus des ganglions, on doit attendre pendant plusieurs semaines le résultat de l'opération.
L'inoculation intra-péritonéale, préconisée par Straus(1), donne rapidement des résultats probants; mais il faut la réserver pour l'épreuve des produits purs, tels que le liquide recueilli dans les boutons farcineux ramollis ou la pulpe ganglionnaire; l’inoculation de produits impurs, comme le pus ou le jetage, provoque souvent une péritonite purulente qui tue les sujets bien avant qu’ils aient répondu (Nocard). Chez le cobaye mâle, l’inoculation est suivie, dès le deuxième ou le troisième jour, d’une tuméfaction des testicules; ceux-ci font saillie à l'extérieur: la région est douloureuse; la peau du scrotum est rouge, puis violacée, adhérente aux parties profondes; vers le huitième ou le dixième jour, les accidents acquièrent une intensité extrême. L'animal succombe généralement en Î2 à 15 jours, parfois en 4 à $ jours. « Les lésions consistent à peu près exclusivement en une inflammation spécifique très accusée de la tunique vaginale; la séreuse est recouverte de granulations blanc jaunâtre, de la grosseur d’une tête d’épingle; les deux feuillets sont étroitement soudés par un exsudat purulent, épais, riche en bacilles. » Le testicule et l’'épididyme sont le plus souvent indemnes (Straus).
Les indications fournies par cette épreuve ne sont pas absolument sûres. Nocard a montré que certaines lymphangites des membres, simulant de très près la morve, sont dues à un microbe capable de provoquer des accidents testiculaires analogues aux précédents s’il est inoculé dans de péritoine du cobaye (V: LymPHANGITE ULCÉREUSE). Rabe, puis Kutscher, ont rencontré dans le jetage de chevaux morveux un bacille doué “des mêmes propriétés. Le résultat de l’inoculation devra donc être contrôlé par la recherche du bacille morveux dans l’exsudat de la gaine vaginale ou par la culture sur pomme de terre, et l’on retombe dans les. difficultés pratiques inhérentes à un diagnostic bactériologique (2).
II. INocuLATION AU cie (3). — Ainsi que Galtier l’a pour la première
(1) Srraus. Sur un moyen de diagnostic rapide de la morve. Archives de méd. expér., 1886, et Recueil de méd. vét., 1889, p. 644.
(2) Les bacilles de Nocard et de Kutscher se colorent très bien par le procédé de Gram et cette réaction fournit un moyen de diagnostic rapide. Le bacille de la Alymphangite ulcéreuse donne sur pomme de terre un enduit d’un blanc sale, dont l'aspect diffère de la culture morveuse (V. LYMPHANGITE ULCÉREUSE; Bactériologie ‘et Diagnostic). D'après Galtier, des microbes associés peuvent pulluler dans le péritoine, au point de rendre difficile la découverte du bacille morveux; dans une inoculation avec du jetage morveux, on trouve dans les exsudats de très nombreux microcoques et quelques rares bacilles.
Nocarp. Sur la valeur diagnostique de la malléine. Bulletin de la Société centrale ‘de médecine vétérin., 1895, p. 116, et 1894, p. 92. Sur une lymphangite ulcéreuse.… Recueil de méd. vétér., 1897, p. 1 et 99. —- Kurscuer. Zur Rotzdiagnose. Zeitschr. für Hygiene, t. XXI, 1895, p. 156. — GazrTier. Diagnostic expérimental de la morve.… Journal de médecine vétérin., 1901, p. 129.
(3) Technique de l’inoculation au chien. — L’inoculation est faite de préférence sur Aa région du crâne. La surface étant rasée, on fait, avec la lancette ou le bistouri,
fois démontré, l’inoculation de la morve au chien, par piqûres ou par scarifications, constitue un moyen de diagnostic des plus précieux. Après 5 à 4 jours, les plaies d’inoculation, déjà cicatrisées, s'ouvrent
et laissent exsuder un pus liquide et grisâtre; un engorgement œdéma-
teux, chaud, douloureux, envahit la région, puis apparaissent des ulcérations, qui s'étendent et se réunissent.
La suppuration, l’œdème et l'aspect ulcéreux des sillons permettent parfois d'affirmer le diagnostic quarante-huit heures après l’inoculation. Mais le réactif n’est pas absolument sûr; l’inoculation virulente reste
sans effet en certains cas et les résultats positifs possèdent seuls une
valeur absolue.
III. INocuLaTIoN AU cHAT. — Le chat a été employé souvent en Russie, dans ces dernières années, comme réactif de la morve. L’inoculation du jetage ou des produits suspects est pratiquée comme chez le chien. Il se produit un ulcère au niveau des plaies d’inoculation et l’infection générale s'opère. Les animaux succombent, du quinzième au trentième jour, avec des lésions viscérales généralisées.
IV. INOGULATION À L’ANE (1). — L'’âne est très sensible à la morve; chez lui, la maladie revêt toujours une forme suraiguë. Dès le deuxième ou le troisième jour après l’inoculation, alors qu’il n'existe encore aucune lésion locale, la température monte brusquement au-dessus de 40°; peu après, un vaste foyer d’ulcération évolue au niveau de la région inoculée et l’ animal meurt, en 9 à 920 jours, avec les lésions de la morve aiguë.
L'âne ne résiste pas à une inoculation virulente, mais certains produits, comme le jetage, peuvent n'être point virulents bien que provenant de sujets morveux. Aussi, et MAIGTÉ toute la sensibilité du 'ÉPAEES un résultat négatif ne peut-il donner qu’une forte probabilité.
d) Séro-diagnostic. — L'application à la morve de la méthode du séro-diagnostic, réalisée par Mac Fadvean, est plusieurs fois étudiée depuis (2). |
une série d’incisions superficielles entre-croisées. On essuie les quelques gouttelettes de sang épanché et l’on dépose la matière à inoculer; pour assurer la pénétration, on étale celle-ci en frottant légèrement et en maintenant les incisions béantes par la tension de la peau.
(1) Technique de l'inoculation à l'âne. — L’inoculation se pratique par scarifica-
tions, sur la région du front. La technique est identique à eelle qui est suivie pour
le‘chièn
(2) Mac FADyEAN. Preliminary note on the sero-diagnosis of glanders. The Journ. of comp. Pathol. and Therap., t. IX, 1896, p. 522. — WLApIMIROrr. Sur le phénomèn?z d'agglutination dans la morve. Recueil de médecine vétérin., 1897, p. 618. — Bour- GEs et MÉRY. Sur le séro-diagnostic de la morve. C. R. de la Société de biologie, 5 février 1898. Note sur le séro-diagnostic de la morve. Archives de médecine expérim., 1900, p. 182. — AFANASSIEFF. Sur le séro-diagnostic de la morve. Thèse de Pétersbourg (en russe), 1900. — JENsEN. Om Serum-Agglutinationen som diagnostik Middel ved Snive ; Maanedsskrift for Dyrlaeger, t. XIII, 1901, p. 81. Même travail, en alle-
Tandis que le sérum du cheval sain agglutine lentement à des taux inférieurs à 1 pour 500, le sérum des morveux est très actif dans des dilutions inférieures à 1 pour 1000 et le phénomène est constaté encore dans les dilutions à 1 pour 1600. Le sérum normal du cobaye et du lapin est indifférent, alors que les sujets Iniegies donnent un sérum agglutinant.
La technique de l'épreuve est assez simple. On additionne des cultures récentes (2 à 5 jours) du bacille morveux, en bouillon peptonisé, avec des dilutions stériles titrées du sérum à éprouver dans de l'eau bouillie ou du bouillon.
Les mélanges sont faits de manière à donner une échelle de dilutions comprises entre 1 pour 200 et 1 pour 1000. On les dépose dans l’étuve à 57°. La précipitation s'opère en des temps variables (6 à 48 heures), suivant le taux du mélange et l’activité du sérum.
On peut retenir comme positives les réactions obtenues avec des dilutions comprises entre 1 pour 450 et 1 pour 850.
Les nombreuses recherches réalisées démontrent la valeur de l'épreuve; toutefois elle constitue un procédé de laboratoire dont l'utilisation sera toujours restreinte (1).
e) Empioi de la malléine. — La malléine est un extrait stérile des cultures du bacille de la morve sur différents milieux. Préparée et utilisée pour la première fois par le vétérinaire militaire russe Helman, dès la fin de 1888, la malléine est étudiée en même temps par Kalning qui donne, en 1891, une démonstration complète de la valeur diagnostique du produit. Peu après, la malléine est préparée en Allemagne par Preusse, en France par E. Roux, et de nombreuses expériences sont HApUsAe On peut citer parmi les principaux travaux consacrés à l’utilisation de la malléine ceux de Dieckerhoff et Lothes, Preusse, Peters, Foth en Allemagne, ceux de Nocard en France, de Schindelka en Autriche, de Semmer et de la Commission de Kharkoff en Russie (2).
mand, in Berliner thierärztl. Wochenschr., 1901, p. 621. — Poxcaicaewsky. L’agglutination comme procédé de diagnostic de la morve. Anal. in Semaine médicale, 1902, p. 95. — RaBreaux. Contribution au « séro-diagnostlic » de la morve. Journal de
médecine vétérin., 1902, p. 465.
(1) Jensen a tenté de démontrer la supériorité des indications de la séro-réaction sur celles qui sont fournies par la malléine ; ses conclusions enthousiastes nous paraissent comporter certaines réserves. Il est certain, par contre, que la séroréaction rendra des services signalés en des cas particuliers, notamment, comme le remarque Rabieaux, chez les chevaux sacrifiés pour la boucherie.
(2) Voir, pour l'étude générale de la question, les revues de Kirr : Die Rotsdiagnos- Lik mittelst Mallein. Monatshefte für Thierheilk., t. IV, 1893. Neueres über Rotz und Malleïnproben. Id., t. VI, 1895, p. 307, et la bibliographie donnée dans notre première édition, p. 632.
La malléine de Roux est obtenue par la stérilisation à 110°, l’évaporation et la filtration de cultures en bouillons glycérinés (1); elle a l’aspect d’un liquide sirupeux, brun foncé, d’une odeur un peu vireuse (malléine brute). La malléine est employée après dilution au dixième dans l’eau phéniquée à 5 pour 1000 ; le mélange, placé à l'abri de la lumière et de la chaleur, conserve ses propriétés pendant plusieurs mois. Semmer et Kresling à Pétersbourg, Preusse à Danzig emploient des modes de préparation analogues. D'autre part, A. Babes et Foth préparent une malléine sèche, qui est employée en Roumanie, en Allemagne et en Autriche (2), tandis. que l’Institut vétérinaire de Kharkoff et Preisz, à Budapest, extraient une malléine liquide des cultures sur pomme de terre (3).
L'inoculation sous-cutanée d’un demi-centimètre cube de la malléine brute de Roux ou de 5 c. c. de malléine diluée ne produit pas d'effet appréciable chez les chevaux sains ; on trouve au point d’inoculation un œdème très léger et peu sensible; l’état général et la température ne sont pas modifiés (4). Il en est de même chez les sujets affectés d’une maladie apyrétique, infectieuse ou non, autre que la morve. ;
(1) Le mode de préparation est le suivant : Des cultures sont faites, en bouillon glycériné, avec un bacille dont la virulence maxima est entretenue par des inoculations intra-veineuses chez le lapin. Les ballons ensemencés, contenant 230 centimètres cubes de bouillon, sont laissés un mois à l’étuve ; les cultures sont ensuite: stérilisées à l’autoclave, par un chauffage à 1000 pendant trente minutes. La culture stérile est concentrée, par évaporation au baïin-marie, jusqu’au dixième de son volume primitif; le résidu est filtré sur papier Chardin. On a ainsi la malléine brute. à
(2) La malléine de Foth est obtenue avec une malléine brute, préparée comme dans le procédé de Roux. Le liquide est mélangé à vingt-cinq à trente fois som volume d’alcoo!l absolu, puis jeté sur un filtre: le filtrat est soumis à l’exsiccation. dans le vide, pendant 2 à 3 jours. Le résidu desséché donne une poudre blanche: (malléine sèche), très légère, non hygroscopique et soluble dans l’eau. On l’emploie: à la dose de 5 centigrammes, en solution dans l’eau distillée.
Fotu. Ueber Mallein. Zeitschrift für Veterinärkunde, 1892, p. 169 et 435. Ueber die: praktische Bedeutung des trockenen Malleïns. Deutsche Zeitschrift für Thiermed.,
t. XIX, 1894, p. 457 et t. XX, 1894, p. 225. Ucber die Gewinnung eines festen Malleïins : |
und über seine Bedeutung für die Diagnose der Rotzkrankheit. Broch., Berlin, 1896.
(5) La malléine de Kharkoff est obtenue par l’immersivon, pendant 4 jours, de cultures sur pomme de terre dans un mélange d’eau glycériné e(2 :1); le liquide est stérilisé par un chauffage de trente minutes à 1209 et filtré sur Chamberland.
Preisz obtient une malléine crue en additionnant de sublimé corrosif la macération des cultures sur pomme de terre; la malléine ainsi préparée reste indéfiniment stérile dans des flacons ouverts et elle conserve ses propriétés pendant plus de six mois. -
(4) Semmer inocule plus de 1000 chevaux sains, sans jamais constater de réaction typique; toujours la réaction locale est nulle ou peu étendue; l’hyperthermie, constatée en quelques cas, est faible et passagère. |
Chez les chevaux morveux, à quelque degré que ce soit, l’inoculation sous-cutanée de la malléine provoque une élévation de la température (réaction thermique), des symptômes généraux (réaction organique) et une tuméfaction au point de l’inoculation (réaction locale).
La réaction thermique consiste en une élévation de la température
centrale qui est de 1°,5 à 2°,5 et plus au-dessus de la normale. Déjà notable vers la huitième heure après l’injection, l'hyperthermie atteint sa limite maxima vers la douzième heure, par exception vers la quinzième ou la dix-huitième heure. Cette hyperthermie persiste pendant vingt-quatre heures au moins; la température s’abaisse ensuite, lentement et régulièrement, jusqu’à la normale. . La réaction organique est indiquée, quelques heures après l’injection, par de la tristesse, de l'abattement, des frissons et des tremblements musculaires. Après dix à douze heures, l'animal est dans une prostration intense; il reste immobile, la tête basse, l’un des membres soustrait à l'appui; la face est grippée; les muqueuses sont infiltrées. L’appétit est supprimé ou très diminué; le flanc est retroussé; la respiration est précipitée. On constate parfois des coliques légères ou un engorgement diffus d’un membre. La marche est pénible, hésitante ; les membres sont soulevés avec peine. La prostration est complète; le cheval le plus excitable est devenu mou, indifférent à ce qui l'entoure. Les signes observés rappellent l’état typhoïde. |
La réaction locale consiste dans le développement d’une tumeur œdémateuse au point d’inoculation. La tuméfaction apparaît quelques heures après l'injection; elle est chaude, tendue, douloureuse, irrégulièrement arrondie; son étendue varie entre le diamètre de la paume de la main et celui d’une assiette. Parfois, des traînées lymphatiques sinueuses partent de la tumeur et gagnent les ganglions. La tuméfaction augmente pendant douze à vingt-quatre heures, reste stationnaire pendant 2 à 5 Jours, puis se résorbe en 5 à 8 Jours.
L'épreuve de la malléine ne peut donner des indications précises que si l’on se met à l’abri des causes d'erreur signalées par l’expérience. Les indications thermométriques sont faussées et sans signification chez les animaux déjà fébricitants. Il importe aussi de soustraire les chevaux éprouvés aux variations atmosphériques (soleil, pluie, vent..….), capables de modifier la température centrale ; si la plupart des chevaux sont peu sensibles à ces influences, on observe chez d'autres des oscillations thermiques de 1 à 2°.
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D'autre part, il se produit au cours de certaines affections, la gourme par exemple, des mouvements étendus dans la température.
Les animaux soumis à l'épreuve de la malléine sont laissés au repos pendant les quarante-huit heures qui précèdent l’inoculation; la température est prise, autant que possible, le matin, à midi et le soir, pendant le même temps. L'opération sera différée si l’on constate des variations étendues (plus d’un degré); il en sera de même si la température reste constamment au-dessus de la normale, vers 59° et au-dessus.
Technique de l’inoculation. — La malléine, diluée et prête à être employée, est fournie par l’Institut Pasteur de Paris; l’inoculation est faite » avec la seringue de Pravaz; on injecte 2 c.c. 1/2 de la dilution au dixième, sous la peau de l’encolure, à égale distance du bord supérieur et de la gouttière jugulaire. En règle générale, 1l est indiqué de pratiquer l’inoculation entre 8 et 10 heures du soir; on dispose ainsi de toute la journée du lendemain pour suivre la marche de la température. Celle-ci doit être prise régulièrement, à partir de la neuvième jusqu’à la vingtième heure après l'injection, à des intervalles de deux à trois heures.
La coïncidence d’une hyperthermie persistante de 1°,5 et plus avec une réaction organique complète et également durable constitue un syndrome univoque. La signification de la réaction locale est moins absolue; si elle ne fait jamais complètement défaut chez les morveux, son étendue et son évolution sont assez variables; d'autre part, les animaux sains montrent, dans la région inoculée, un œdème qui, insignifiant à l'ordinaire, acquiert chez certains un développement égal à celui qui est constaté chez quelques morveux.
Les indications fournies par la malléine sont d’une netteté parfaite dans l’immense majorité des cas. Le cheval n’est nullement affecté, il a conservé sa gaîté et son extérieur habituels, ou bien les manifestations
sont tellement évidentes que, huit à dix heures après l'injection, le dia- gnostic peut être porté à distance, par un simple coup d'œil.
Chez quelques animaux seulement, la réaction est douteuse, ébauchée, insuffisante pour permettre un diagnostic immédiat. L’hyperthermie est comprise entre 1° et 1°,5; les signes de la réaction organique se retrouvent avec tous les degrés d’atténuation. Les sujets qui présentent cette réaction incomplète ne sauraient être condamnés d'emblée; mais la malléine rend cet éminent service de désigner comme suspects des animaux que rien ne vient dénoncer d'autre part.
Les milliers d'observations recueillies en France seulement prouvent qu'une réaction complète à la malléine est univoque; l'animal qui réagit est morveux. Comme pour la tuberculine, les prétendues erreurs imputées à la méthode sont expliquées par la sensibilité
du réactif, qui dénonce bruyamment des lésions initiales assez limitées pour nêtre que difficilement retrouvées à l’autopsie. Quelques observations montrent que l’on constate parfois, chez des chevaux affectés de mélanose, de gourme, de pneumonie chronique, d’emphysème pulmonaire.…., une hyperthermie qui dépasse 1°,5 et 2°, à la suite d'une injection de malléine. L'analyse des mêmes faits montre aussi que les phénomènes ont une physionomie particulière, toute différente de la réaction complète des morveux. L'hyperthermie s'établit rapidement; elle persiste quelques heures seulement; la réaction organique est peu marquée ou nulle. Dans ces conditions, une erreur pourra toujours être évilée, la simple suspicion ne sera même justifiée que par exception.
Une seconde conclusion peut être affirmée : Un animal qui ne réagit pas à une injeclion de malléine n'est pas morveux, quelle que soit l'apparence des symptômes observés. La malléine permet de différencier la morve d'infections cliniquement analogues (lymphangite ulcéreuse) avec une sécurité et une précision absolues.
En résumé : les animaux qui présentent, à la suite de l'injection de malléine, une réaction complète — hyperthermie de 1°,5 au moins et réaction organique manifeste -— doivent être réputés IMOrveUx ; |
Les animaux qui présentent une réaction incomplète doivent être répulés suspects ; |
Les animaux qui ne présentent aucune réaction doivent être répulés non morveur.
Les conditions du diagnostic sont différentes suivant les formes cliniques, et l’utilisation des diverses méthodes répond à des indications spéciales. En certains cas, la maladie peut être affirmée d'après les seuls caractères cliniques; la coexistence des signes essentiels de l'affection ou la constatation de quelques-uns d’entre eux sur des animaux provenant de milieux infectés suffisent, dans la pratique, pour assurer le diagnostic. Toutefois, l'examen reste assez souvent impuissant et il expose des praticiens expérimentés aux erreurs les plus graves. Les indications relatives au diagnostic différentiel de la morve montrent assez l'insuffisance et les inceritudes de l'observation cliniqué.
Les méthodes du diagnostic expérimental ont rendu et rendent encore de signalés services dans certaines circonstances; elles sont insuffisantes ou inapplicables dans d'autres. L’inoculation aux
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divers réactifs animaux nécessite une matière d’épreuve qu'il est parfois difficile d'obtenir et dont Ia virulence n’est pas constante. Le jetage, surtout employé, donne des indications faussées par la présence de microbes étrangers, capables de produire des suppurations douteuses ou une mort prématurée; de plus, ses propriétés sont variables et incertaines. Chacun des réactifs animaux employés présente quelque inconvénient : le prix de l’âne est assez élevé; le chien ne cultive pas à coup sûr; le chat est peu maniable; le cobaye est exposé aux septicémies accidentelles. Des erreurs sont toujours possibles; tous ceux qui ont quelque expérience des inoculations ont vu les réactifs de choix, l’âne et le cobaye, résister à l’inoculation du jetage provenant d’un morveux; par contre, des réactions réputées caractéristiques, comme celle qui suit l’inoculation intrapéritonéale au cobaye (méthode de Straus), sont obtenues avec des produits non morveux (Nocard, Kutscher). Ainsi l’inoculalion ne donne pas dans tous les cas des indications certaines ; elle expose à libérer des morveux et à coñdamner des animaux indemnes.
La recherche directe du bacille, la culture et la séro-réaction présentent, avec des avantages indéniables, des inconvénients évidents; ces méthodes ne sont jamais entrées dans la pratique courante.
La malléine ne se montre pas seulement égale ou supérieure aux autres méthodes de diagnostic chez les cliniquement suspects; elle possède encore cette merveilleuse propriété de dénoncer la maladie en l’absence de tout symptôme. Les formes occultes de la morve, que tous les observateurs considéraient à bon droit comme l’invincible obstacle à une prophylaxie efficace, sont reconnues avec une sûreté absolue. Les lésions viscérales initiales, les altérations anciennes limitées sont décélées en l’absence de toute manifestation, alors que tous les autres modes du diagnostic sont radicalement impuissants.
ÿ 2. — Diagnostic sur le cadavre.
a) Diagnostic clinique. — Le diagnostic est basé sur la constata- «| tion des lésions spécifiques sur les muqueuses ou dans les parenchymes.
1. Morve AIGUE. — La coexistence des foyers de pneumonie purulente et des ulcères sur les muqueuses et sur la peau est caractéristique.
Souvent aussi l’on rencontre. chez le cheval et chez le mulet.
des altérations anciennes, tubercules pulmonaires ou cicatrices sur les muqueuses.
IT. Morve CHRONIQUE. — Les lésions spécifiques de la muqueuse respiratoire, ulcérations ou cicatrices, ne peuvent être méconnues.
Les localisations pulmonaires sont aussi significatives dans la plupart des cas. Une éruption de tubercules de différents âges, offrant la série des aspects décrits, depuis l’ecchymose initiale jusqu’au tubercule fibreux à contenu caséeux, est pathognomonique de la morve. | | |
Il est à remarquer que souvent, en raison même de la puissance des moyens actuels du diagnostic, on ne rencontrera que des lésions très discrètes. À l’autopsie de chevaux dénoncés par la malléine en l’absence de tout syniptôme, on trouvera les muqueuses intactes et seulement quelques tubercules gris dans le poumon. Les néoformations sous-pleurales sont reconnues par l'examen direct; celles qui sont noyées dans le parenchyme échappent pour la plupart à des recherches minutieuses; une éruption récente, étendue en réalité, ne sera indiquée que par quelques foyers superficiels.
Dans la bronchite chronique, fréquente chez le cheval, les petits canaux portent des renflements dus à la rétention de produits de sécrétion isolés par l’affaissement des parois à leur voisinage. Tantôt les bronchioles et les vésicules sont obstruées sur une certaine étendue et la lésion affecte la forme d’une petite grappe; tantôt 1l existe un renflement unique (bronchiectasie), rempli de pus ou de détritus caséeux ou calcaires. Certains de ces foyers atteignent le volume d’une noix ou d’un œuf et se différencient ainsi des lésions morveuses habituelles; mais d'autres ont les dimensions d’une lentille ou d’un pois. Dans la péribronchite noduleuse multiple (Dieckerhoff), les nodules, disséminés dans toute l’étendue des poumons, sont constitués par une obstruction des bronchioles, avec rétention de l’exsudat el épaississement du tissu péribronchique. L’atrophie du parenchyme à la périphérie, la non-délimitation des parois, l'absence d’altérations ganglionnaires constituent les principaux éléments de la différenciation (Nocard).
Le poumon du cheval renferme aussi des pseudo-tubercules d’origine parasitaire, qui simulent plus ou moins le tubercule morveux (1). Le
(1) La présence dans le poumon du cheval de nodules simulant les lésions morveuses est depuis longtemps connue. Czokor (1880) et Kitt étudient des pseudotubercules d’origine embolique. Gratia (1883) donne une description, remarquable par sa précision, des « granulations tuberculiformes » et il formule d'excellentes indications quant au diagnostic différentiel pratique. Willach (1892) trouve dans les nodules des larves de distomes; Galli-Valerio (1894) y reconnait « un embryon de némalode d'espèce encore indéterminée ». Il s’agit jusqu'ici de nodules durs,
plus souvent, les noyaux arrondis, durs, donnent la sensation d’un grain de plomb enchâssé dans le tissu pulmonaire; ils sont difficiles à couper et fuient sous l'instrument tranchant; on trouve sur la coupe une coque fibreuse et un contenu calcifié qui se détache facilement. Ces nodules diffèrent nettement du tubercule morveux ancien; leur mince capsule est distincte du parenchyme, resté souple et perméable, alors que la coque fibreuse épaisse du tubercule morveux adulte se confond avec le tissu voisin, disséqué par des prolongements sclérosés; d'autre part, le contenu du tubercule morveux reste caséeux pendant très longtemps ou indéfiniment. Signalés à diverses reprises par les vétérinaires, les « nodules calcaires » du poumon n’ont jamais été confondus avec les néoformations morveuses.
Les formes jeunes des tubercules parasitaires, décrites par Olt et par Schuetz, simulent au contraire le tubercule gris de la morve. Elles sont représentées par un petit nodule, du diamètre d’une tête d’épingle à celui d’un grain de chènevis, gris-rouge, translucide, dû à la thrombose d’une artériole. Un examen attentif permet de distinguer une coque formée par la paroi du vaisseau. Le contenu est constitué, dans la phase initiale, par un bloc de fibrine coagulée renfermant le parasite: il subit très vite des dégénérescences, et la calcification s'établit dans la partie centrale, pour envahir peu à peu tout le foyer. Les mêmes formations sont retrouvées dans le foie et, par exception, dans le rein.
L'invasion des parasites produit aussi des lésions d'aspect différent, simulant encore certaines formations morveuses. L'irruption de nombreux embryons dans une artère de moyen calibre est suivie d’une oblitération de toutes les divisions terminales; une éruption miliaire confluente se produit dans la zone irriguée; le tissu anémié perd en partic son élasticité et donne l’impression d’un foyer de pneumonie chronique. Les blocs ont le volume d’une noisette ou d’une noix; ils renferment parfois plusieurs milliers de larves; on trouve des lésions de bronchopneumonie à marche lente, avec sclérose interstitielle.
constitués par une coque fibreuse et un contenu calcifié; ainsi que le remarque Kitt (189), les caractères des premières phases de la lésion sont peu connus.
OIL et Schuetz (1895-1898) étudient à nouveau les tubercules parasitaires, qu'ils rapportent, comme Galli, à un embryon de strongle, et ils font connaître les formes jeunes des néoformations. |
Voir pour l'étude des tubercules parasitaires : GRATIA. Des pseudo-tubercules chez les animaux domestiques. Annales de médecine vétérin., 1883, p. 465. — Kirr. Lehr-
buch der pathologisch-analomischen Diagnostik, t. IT, 1895, p. 294. — Or. Die kalkig-
fibrosen Knôtchen in den Lungen und der Leber. Archiv für Thierheilk., t. XXI, 1895, p. 992. — ScHUETZ. Die grauen durscheinenden Knôütchen in den Pferdelungen, Id., id., p. 982. — GaLLi-VALERIO. Le neoformaszioni nodulari……. e la loro diagnosi differenziale..…., 1 vol., 1897, p. 130. — ScnHuETz. Zur Lehre vom Rotze. Archiv für Thierheilk., &. XXIV, 1898, p. 1. — Or. Die Wanderungen des Strongylus armatus und Folgen seines Schmarotzerthums. Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1900, p. 581, 589 et 401 avec bibliogr.)
Ces constatations compliquent à coup sûr le diagnostic, mais Îles difficultés soulevées sont plus théoriques que réelles; elles sont écartées, en France, par la procédure actuellement applicable aux suspects. La morve récente, exclusivement pulmonaire, est indiquée le plus souvent par une éruption qui reproduit tous les stades de l’évolution, depuis l'ecchymose jusqu’au tubercule adulle à contenu caséeux; la coexistence des tubercules de différents âges, avec les caractères décrits, reste univoque de la morve. En quelques cas seulement, le poumon renferme un petit nombre de foyers gris ou gris-blanc, arrivés à des degrés semblables ou voisins d'évolution et le diagnostic pourra rester douteux. A plus forte raison, il sera impossible d'affirmer l'existence de la morve d'après l'examen d’un fragment de poumon contenant un ou quelques foyers, en dehors d’une analyse histologique et microbiologique des lésions (1). Ces incertitudes seront évitées, dans la pratique, par les dispositions de l’Instruction de 1894 (V. Législation), restreignant l'abatage des animaux condamnés par la malléine au cas où quelque signe clinique vient à être observé; la constatation de celui-ci implique — presque toujours — une localisation bruyante qui assure à elle seule le diagnostic (2).
D’autres parasites déterminent des lésions noduleuses dans le poumon. Chez un cheval affecté d’une plaie d'été ancienne et étendue, Nocard (5) trouve les deux poumons farcis de noyaux arrondis, du volume d'un grain de chènevis à celui d’une noisette, formés d’une coque fibreuse très épaisse et d’un contenu gris jaunâtre un peu élastique. Les nodo- sités récentes renferment une larve de nématode identique à celle que Laulanié décrit comme la cause des plaies d'été.
La tuberculose du poumon affecte chez le cheval les types les plus divers, mais les formes miliaires sont exceptionnelles. On trouve des foyers confluents irréguliers, d'apparence sarcomateuse, ou des blocs de pneumonie caséeuse (V. TugercuLose). Les doutes sur la nature des lésions seraient levés par l'examen bactériologique.
Les diverses tumeurs du poumon simulent rarement la morve. Elles affectent la forme d'infiltration diffuse, étendue à toute une région, ou
(1) Nocarp. Sur les tubereules translucides du poumon chez les chevaux morveux. Bulletin de la Société centrale de médecine vélérin., 1896, p. 196. — ScnuETz. Zur Lehre vom Rotze. Archiv für Thierheilk., t. XXIV, 1898, p. 12. — Nocanrp. Contribution à l'étude de la morve (Revue critique). Recueil de médecine vétérin., 1898, p. 286.
(2) La fréquence des nodules parasitaires est très variable suivant les régions. Les recherches de Olt établissent que les embryons déterminants appartiennent au Selerostomum equinum qui occasionne, d'autre part, les anévrysmes vermineux des artères mésentériques. On s'explique que les lésions parasitaires du poumon soient souvent rencontrées dans les régions de l’Allemagne où les « anévrysmes vermineux » sont eux-mêmes très communs (plus de 90 pour 100 des chevaux).
Voir à ce sujet le « Résumé » de OLT. Loc. cit., p. 405.
(3) Nocarp. Nodosités parasitaires du poumon simulant la morve..……. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1901, p. 387.
celle de masses irrégulières, de grosseur variable, homogènes ou ramollies en certains points. Au début de linfection métastatique, les foyers disséminés du carcinome rappellent cependant les agglomérats de tubercules adultes. L’enchondrome forme aussi de petits nodules, de la grosseur d’une lentille ou d’un pois, épars ou réunis en amas; les noyaux sont constitués par du tissu cartilagineux; les plus gros possèdent un centre calcifié (1).
b) Recherche du bacille et inoculation. — Le bacille est décelé par l'examen direct, par la culture ou par l’inoculation.
Ces méthodes donnent des résultats d'autant plus assurés qu'il est possible, dans la plupart des cas, de choisir pour l'épreuve des matières de virulence certaine. Les parois des ulcères et les exsudats recueillis à leur niveau montrent des bacilles en abondance; la pulpe obtenue par le grattage des ganglions altérés ou des foyers pulmonaires fournit des produits purs pour l’inoculation intrapéritonéale au cobaye; toutes ces matières, ensemencées sur gélose et sur pomme de terre, cultiveront sûrement.
Pour certaines formes cependant, et pour celles-la mêmes qui soulèvent de légitimes hésitations, le contrôle expérimental est difficile ou insuffisant. Dans les vieilles lésions pulmonaires, seules rencontrées parfois, les bacilles sont réduits à l’étal de granulations qui prennent à peine les colorants et qui sont impossibles à différencier; la culture, l’inoculation au cobaye ou à l’âne, peuvent rester sans effet. De même, les tubercules gris renferment de rares bacilles pendant les premières phases ; ceux-ci ne pullulent que dans les lésions caséeuses récentes; l’inoculation du raclage des tubercules gris homogènes donne-des résultats incertains et la culture même ne révèle pas toujours la présence des bacilles.
Étiologie. — Étude expérimentale.
Matières virulentes. — La virulence des divers milieux organiques diffère suivant le mode d'évolution de la maladie et il est nécessaire de conserver, à ce point de vue, la distinction en morve aiguë et en morve chronique.
Dans la MORVE AIGUE, la virulence est disséminée dans tout l’organisme el toutes les régions peuvent recéler le virus. Chez le cheval, le sang recueilli dans la grande circulation n’est virulent
(4) WicLacu. Knütchenbildung in den Lungen des Pferdes. Deutsche thierärztl, Wochenschr., 1896, p. 105.
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ÉTIOLOGIE. . 231
que par exception (Nocard); dans tous les cas, le bacille morveux est très rare et sa présence ne peut être révélée que par la culture et par l'inoculation de grandes quantités du liquide (Loœæffler, Cadéac et Malet, Lissitzine, Preusse..….). La virulence du sang est au contraire la règle chez d’autres espèces ; Malzeff, Waganoff, Nonievitch... y rencontrent les bacilles, chez le chat, pendant toute la durée de l’évolution morveuse. Il en est de même, dans certains cas, chez le cobaye, le chien et l’homme (1).
Dans la MORVE CHRONIQUE, la dissémination du contage est asséz exactement indiquée par l’étendue des lésions spécifiques. Les boutons, les cordes, les tubercules, les ganglions qui reçoivent les lymphatiques des régions envahies... sont toujours virulents. Les produits de sécrétion où d’excrétion sont infectés au contact des lésions spécifiques et l’on prévoit aisément l’imminence de ces souillures (2).
Le jelage, dû aux ulcérations de la muqueuse respiratoire, est presque toujours infectant. La salive, recueillie dans la bouche, peut être trouvée virulente en raison de son mélange avec des mucosités provenant de l’arrière-bouche ou des cavités nasales; mais elle ne renferme jamais le contage si elle est recueillie purement. Le lait, la bile, le sperme, ne se montrent jamais infectants, en dehors d'une souillure directe au contact de lésions spécifiques. Le mucus intestinal est parfois virulent (Cadéac et Malet); les bacilles proviennent des lésions intestinales ou, plus souvent sans doute, des mucosilés bronchiques dégluties. L'urine renferme parfois des bacilles.
Dans certains tissus, les microbes, isolés au sein de masses cicatricielles et emprisonnés dans les éléments cellulaires, dégénèrent, deviennent granuleux et perdent peu à peu leurs propriétés pathogènes. Cette disparition de la virulence est assez rapide, dans les ganglions et dans le poumon, pour que l’on n’accorde qu'une confiance relative à l’inoculation de produits recueillis dans des lésions anciennes.
Réceptivité. — «) Il existe des différences marquées dans l'aptitude des diverses espèces domestiques à contracter la morve. Les ‘solipèdes sont surtout exposés; parmi eux, l'âne vient en
(1) Chez l’homme, Lœæffler trouve de nombreux bacilles dans le sang; ceux-ci forment un volumineux thrombus dans une grosse veine du cerveau.
(2) Capéac et MALET. Etude des liquides virulents de la morve, Revue vétér., 1886, p. 464 et 505.
première ligne, et après lui, par ordre d'aptitude décroissante, le mulet et le cheval. Ces variations sont indiquées par le mode d’évolution de la maladie, plutôt que par des degrés dans l’imminence de la contagion. En général, la morve affecte le type aigu chez l'âne, le type subaigu chez le mulet et le type chronique chez le cheval. Cette règle est presque absolue en ce qui concerne l’âne, et l'on ne signale que quelques cas de morve chronique chez cet animal; mais elle comporte de nombreuses exceptions pour le mulet et pour le cheval, qui présentent à la fois les types aigu et chronique.
Le bœuf est réfractaire à la morve; il résiste à la contagion et à tous les modes de la transmission; pourtant l’inoculation souscutanée produit une élévation de la température el un abcès local dont le pus reste longtemps virulent (1).
La transmission expérimentale au mouton est facilement obtenue. Peuch (2) réalise une série d’inoculations du mouton au mouton; les ulcères se cicatrisent après deux mois environ; le pus est virulent pendant toute l’évolution. La chèvre est contaminée aussi sûrement ; l'infection accidentelle, à la suite de la cohabitation avec des chevaux morveux, est observée par Ercolani, Trasbot, Meshartie
Le chameau est très apte à l’évolution (3). L'inoculation souscutanée détermine une évolution aiguë mortelle (Tartakowsky, Dschounkowsky); dans un cas, la transmission est constatée après cohabition avec un cheval morveux (Petrowsky).
Le porc présente une résistance presque absolue; Spinola obtient une fois la transmission, alors que Bouley et Gerlach échouent dans tous les cas. Les expériences de Cadéac et Malet (4) donnent une intéressante explication de ces dissidences. « Le porc vigoureux et bien portant ne contracte pas la morve ou ne présente, à la suite de l’inoculation de cette maladie, que des symptômes pas-
(1) Les résultats de Marcone et de Prettner ne font que confirmer ces données. Les accidents consécutifs aux injections de doses massives de culture (dyspnée, arthrile passagère...) sont constatés dans les mêmes conditions avec d’autres virus.
MaARCONE. Farmacologia e Terapia comparate, p. 202. Immunilà dei bovini contro
la morva. Riforma veterinaria, 1900, p. 455. — PRETTNER. Die Immunität des Rindes :
gegen Rotz. Thierärztliches Centralblatt, 1899, p. 689.
(2) Peucx. Sur lu morve du mouton. Société de biologie, 23 mars 1889.
(3) TARTAKOWSKY. Sur la réceptivité du chameau... Anal. in Centralbl. für Bakteriol., t. XXVI, 1899, p. 278. — DscHouxxowsky. Morve expérimentale chez un chameau. Id., id., p. 279. — PErrowsxy. Sur la question de la morve chez les caméliens… Anal. in. Journal de médecine vétérin., 1900, p. 553.
(4) CaDÉAC et MALET. Morve du pore. Revue vétérin., 1886, p. 406 et 456
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sagers et insignifiants; mais dès que son organisme est affaibli par une maladie locale ou par une maladie générale, telle que la tuberculose, c’est-à-dire sous l'influence des conditions qui déterminent la misère physiologique, il acquiert une très grande réceptivité pour cette affection. » D’après Sacharoff, l’inoculation au porcelet, dans la chambre antérieure de l’œil, détermine une infection à marche rapide. Il serait intéressant de rechercher si la réceptivité est fonction de l'âge des sujets ou du mode de pénétration du virus. y
La morve affecte chez les carnivores des caractères particuliers. Chez le chien (1), l'inoculation par piqûres ou scarifications (Renault et Bouley, Decroix, Saint-Cyr...), ou les sétons imprégnés de matière virulente (Reul, Neumann) occasionnent des lésions ulcéreuses locales et parfois des lésions viscérales et la mort. La contamination accidentelle est possible, par l'ingestion de matières virulentes (viandes, os) ou par le simple contact de surfaces absorbantes avec des corps souillés de virus (litières, objets de pansement...). La transmission par cohabitation, du chien au chien, est encore signalée (Pütz). Le chien adulte et vigoureux résiste en général à la morve; la plaie ulcéreuse produite à la suite de l’inoculation se cicatrise peu à peu. Toutefois, les animaux jeunes ou affaiblis par la « maladie » succombent souvent à la généralisation de l'infection. A la suite de la contamination accidentelle, on observe ordinairement du jetage, des ulcérations sur la pituitaire et sur la peau et des tuméfactions ganglionnaires. L’autopsie décèle une tuberculisation miliaire du foie et de la rate; les lésions du poumon sont rares et toujours discrètes (2).
Le chat est très sensible à la morve inoculée; on observe, après trois jours au plus, une tuméfaction au niveau de l’inoculation cutanée; après cinq à sept jours, apparaît un ulcère, qui est suivi d'accidents métastatiques sur les articulations et sur les viscères. Les animaux meurent après deux à quatre semaines environ. La transmission du chat au chat est facile. Trois à six jours après l’moculation, le sang renferme des bacilles et la température s'élève vers 42° et au delà. Ces constatations pourraient être utilisées pour le diagnostic rapide de la morve si le chat était plus maniable.
(1) Reuc. L’'inoculation de la morve au chien... Annales de médecine vétérin., 1882, p. 611 et 674.
(2) D’après Bazizky, la maladie ne reste jamais locale; les parenchymes sont envahis dix heures après l'inoculation ; ils restent virulents pendant six ou huit mois.
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