‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 31 sur 107 · LA 2 Ÿ · texte numérisé non relu

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Le simple passage d'animaux sains dans un milieu récemment souillé est une cause possible de contagion. La morve est fréquente chez les chevaux qui séjournent souvent dans les écuries d’auberge (chevaux de voyageurs, de forains, de haleurs..….), chez ceux qui prennent l’avoine dans des auges ou des musettes d'usage commun... ;

La morve est entretenue et répandue par les animaux affectés

que l’on introduit dans les écuries. Les formes muettes de la

maladie, la localisation pulmonaire notamment, sont surtout dangereuses. Depuis Viborg, on a cité par dizaines des observations de morve introduite et entretenue dans certaines écuries par un cheval ne présentant aucun symptôme suspect, reconnu atteint après plusieurs années, alors que l'effectif avait été plusieurs fois renouvelé.

La diffusion de la morve résulte surtout des transactions commerciales; des centres nouveaux sont créés par l’importation de sujets affectés, porteurs de lésions discrètes, méconnues ou insoupçonnées. Les chevaux soumis à des déplacements fréquents, exposés à de nombreuses chances de contamination, deviennent extrêmement dangereux dès qu'ils sont atteints; ceux des marchands ambulants, des voyageurs de commerce, des haleurs..., sèment la morve dans toute une région, en infectant les écuries des auberges ou les abris publics. |

Les petits ruminants, rarement affectés, sont victimes d’une cohabitation longtemps prolongée avec des solipèdes morveux ou de l’ingestion de débris soutllés par le virus.

Les carnivores sont infectés par l’ingestion de la viande des solipèdes morveux (animaux des ménageries); chez le chien, l'ingestion de produits virulents ou le contact d’objets souillés (litières, objets de pansement...) constituent des modes possibles de la transmission.

Modes de la pénétration du virus. — Les modes habituels de l'infection ne sont pas complètement déterminés.

L’absorption est difficile par la peau intacte. Nocard (1) n’a pas vu l'infection se produire chez trois ânes soumis à des frictions prolongées de cultures virulentes associées à la vaseline: sur quinze cobayes soumis au même traitement, deux seulement ontsuccombé.

(1) Nocarp. La morve peut-elle s'inoculer par la peau intacte ? Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1890, p. 322.

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Il est vraisemblable que les résultats positifs sont dus à une effraction méconnue du tégument, avant ou après le dépôt du virus. Le séjour de matières virulentes sur la peau est toujours dangereux, le moindre traumatisme assurant la pénétration.

L'infection est réalisée, chez tous les animaux en état de réceptivité, par l’inoculation intra-cutanée ou sous-cutanée; le point de l’effraction est indiqué par un foyer primitif d’ulcéralion, suivi ou non d’une généralisation de l'infection. Chez l’âne, on obtient, en quatre à huit jours, des ulcères étendus et une morve aiguë rapidement mortelle: Chez le cheval, l’ulcération locale est suivic d'une extension plus ou moins rapide par les voies lymphatiques et d’une évolution subaïgue ou chronique. Le chien adulte présente des ulcères aux points de pénétration; la généralisation des lésions est exceptionnelle. L'’inoculation sous-cutanée au cobaye est suivie d’un engorgement considérable de la région, avec abcédation des ganglions voisins; l'animal maigrit et il meurt après

“ trente à quarante jours. L'insertion par piqûres ou scarifications provoque les mêmes accidents: en outre, des plaies ulcéreuses évoluent aux points d’inoculation. A l’autopsie, on rencontre une tuberculisation miliaire généralisée, surtout appréciable dans la

rate et dans le foie, criblés de points gris blanc. Cette évolution n’est pas constante; si le virus est peu actif et inoculé en petite quantité, les lésions restent longtemps localisées dans les ganglions; la tuberculisation viscérale est lente et elle ne tue qu'après plusieurs mois; en quelques cas, les lésions rétrocèdent sans affectér gravement les sujets.

La pénétration par les muqueuses est d'autant plus facile que la membrane est plus délicate. — La simple desquamation épithéliale de la pituitaire, par un léger frottement avec un linge imprégné de matière virulente, détermine sûrement l'infection.

L'inoculation accidentelle doit s’opérer parfois en ce point; les brins de paille ou de fourrages chargés de virus éraillent la muqueuse vers l’orifice des cavités nasales, tandis que des parcelles virulentes (débris végétaux) ou des liquides souillés (seaux et abreuvoirs) sont déposés. — La conjonctive intacte absorbe le virus si le contact est prolongé {1). Dans les expériences de Conte, la dilution d'une culture sur pomme de terre, instllée dans l'œil du cobaye, provoque l'infection, après trente minutes de contact,

(4) ConrE. Sur l'absorption des virus par les muqueuses. Revue vétérin., 1895, p. 568. — GALTIER. Absorption des virus par la conjonctive. Journal de médecine vétérin., 1899, p. 515.

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chez un animal sur trois; la pénétration est assurée après deux à quatre heures. Gallier infecte 22 cobayes sur 42, après dépôt d’une trace de culture; dans une seconde série d'expériences, 5 lapins sur 10 et 6 cobayes sur 10 sont affectés. — La muqueuse nasale est plus perméable encore que la conjonctive; 10 lapins et 10 cobayes sont contaminés par le simple dépôt de la culture (Galtier). On peut prévoir que le virus abandonné sur la conjonclive est absorbé en réalité au niveau de la pituitaire, après transport par les voies lacrymales. |

La muqueuse des voies qgénilales constitue une porte d'entrée possible; la pénétration est facilitée par les éraillures ou les desquamations dues au coït. En fait, la transmission par ce mode est très rare, puisqu'elle suppose la présence de lésions spécifiques sur la muqueuse du pénis ou du vagin.

Le contage pénètre par les voies digestives dans la grande majorité

des cas. E. Renault (1) affirmait, dès 1851, la réalité de ce mode sans donner toutefois le détail de ses expériences. Ce que l’on sait du bacille morveux, si fragile à toutes les causes naturelles de destruction, rendait improbable sa résistance aux sucs digestifs ; d'autre part, la morve du cheval était commune à l’époque où Renault expérimentait; les hôpitaux de l'École d’Alfort renfermaient constamment des morveux, en traitement ou en observalion; on n'avait aucun moyen de s'assurer que les animaux

mis en expérience fussent réellement indemnes et l’on pouvait

croire à une contamination antérieure ou postérieure à l'expérience. Cette opinion était si générale que, en 1886, Loœffler considérait l'infection par les voies digestives, consécutive à l'alimentation, comme « un fait admissible, mais non démontré ».

Les expériences de Nocard (2) établissent que, chez les chevaux sains, ne réagissant pas à la malléine, l’ingestion d’une petite quantité de virus (culture, jetage ou pus) suffit pour provoquer, en huit à quinze jours, des lésions morveuses pulmonaires, dénoncées par la réaction à la malléine; chez quelques-uns, des signes cliniques

apparaissent ensuite; l'expérience, répétée sur 35 chevaux, ânes «

ou mulets, donne des résultats constants. Il n’est pas douteux que

(1) « De neuf chevaux auxquels j'ai fait avaler du jetage de morve aiguë, dit Renault, six sont devenus morveux. »

E. RENAULT. Sur l'absorption des virus par les voies digestives. Recueil de médecine vétérin., 1851, p. 8173.

(2) Nocarp. Sur la pathogénie de la morve. Bulletin de la Soc. centr. de médecine vétérin., 1894, p. 225. — Transmission de la morve par les voies dige tives, Id., 1894, p.:961..1d.;:1891, p.181

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le virus pénètre par la muqueuse intestinale; on peut seulement ainsi interpréter la formation des tubercules miliaires du poumon, qui constituent la lésion la plus constante et la plus caractéristique de la morve du cheval. Les observations de lésions morveuses du cæcum viennent à l'appui de cette hypothèse.

Les recherches récentes de Schuetz ne font que confirmer les résultats précédents: elles prouvent que, sous certaines conditions, l'invasion par la voie intestinale produit des lésions locales au point de pénétration. ù

Cadéac et Malet (1) montrent que l’entrée du virus à travers la muqueuse des premières voies digestives, difficile ou impossible quand la muqueuse est saine, est facilitée par les plaies superficielles, fréquentes chez les vieux chevaux au niveau des aspérités dentaires; les éraillures de la membrane par des fourrages durs assurent aussi la pénétration. Chez les carnivores, les trauma-

Lismes d’inoculation sont délerminés par les esquilles osseuses

chargées de virus. Enfin, les amygdales constituent une porte d'entrée habituelle chez toutes les espèces; les matières souillées séjournent à leur contact et infectent les cryptes.

L'invasion par les voies respiratoires profondes est rendue douteuse par les données expérimentales. L'air expiré ne renferme jamais les agents de la contagion et le bacille morveux ne résiste pas à la dessiccation. Les cultures virulentes, même en milieux albumineux, desséchées à froid et réduites en poussière, peuvent être injectées dans le péritoine du cobaye ou insufflées dans les cavités nasales et dans la trachée de l’âne sans déterminer le moindre accident (Nocard). Les expériences de Cadéac et Malet (2) témoignent que la muqueuse pulmonaire saine est peu favorable à l'absorption; les inhalations virulentes restent sans effet; l'injection directe de 10 à 20 c. c. de liquide virulent dans la trachée de l’âne est inoffensive dans la moitié des cas; la muqueuse traumatisée ou irritée permet au contraire la pénétration. Enfin l'étude anatomo-pathologique de la morve pulmonaire rend encore improbable l'infection directe du parenchyme. (V. Pathogénie).

L’inoculation intra-veineuse ou intra-péritonéale est rapidement mortelle chez les animaux à forte réceptivilé (âne, cobaye...). Chez le chien, qui oppose une résistance considérable, 1l faut injecter

(1) Capéac et MALET. Sur la transmission de la morvé par les voies digestives. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1894, p. 555.

(2) Capéac et MALET. Etude expérimentale sur la transmission de la morve. Revue vétérin., 1888, p. 581.

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dans les veines de fortes doses de virus pur pour provoquer la mort; si la quantité est insuffisante, l'animal résiste et —- particularité intéressante — il a acquis une certaine immunité (Straus) (1). Chez le lapin, l’inoculation intra-veineuse tue en quelques jours quand le produit injecté est très virulent. On trouve des lésions miliaires dans la plupart des parenchymes, notamment dans le foie, la rate et la moelle des os.

L'inoculation directe dans les centres nerveux constitue, d’après Tedeschi (2), l’un des modes les plus sûrs de l'infection. L’évolulion de la morve est plus rapide que par les autres voies et elle est certaine chez des animaux réfractaires ou peu réceptifs, comme le rat blanc et le chien.

Pathogénie. — Chez les solipèdes, l'infection accidentelle s'opère par effraction tégumentaire, au niveau de la peau et des muqueuses extérieures, ou par les voies digestives.

La pénétration dans le derme cutané provoque le plus souvent une évolution ulcéreuse, due à une culture locale des bacilles. Le virus est vite entraîné au delà du point d'inoculation; d’après Renault, la cautérisation reste inefficace une heure après l’insertion virulente. Les microbes pénètrent dans la circulation lymphatique lacunaire ; ils déterminent un œdème abondant et un afflux de leucocytes, puis ils gagnent les vaisseaux lymphatiques. L'entrée du virus s’opère encore dans lès milieux lymnphatiques, et suivant un mode analogue, au niveau de la pituitaire ou des autres muqueuses extérieures, ainsi que dans les voies digestives profondes. Les accidents primitifs, au point d'inoculation et sur les voies lymphatiques qui charrient les bacilles, diffèrent suivant l'énergie du virus et le mode de réaction de l'organisme. Tantôt les troubles initiaux sont à peine appréciables, tantôt au contraire des

lésions bruyantes évoluent, suivant un type aigu ou chronique (5).

Les bacilles morveux cultivent dans les milieux lymphatiques :

(1) L’immunité n’est pas absolue, comme le croyait Slraus: elle est vaincue aisément par l'injection intra-veineuse de petites doses d’une culture à virulence exaltée; de plus, le chien reste aussi sensible à l’inoculation cutanée qu’un sujet non traité (Nocard).

(2) Tenescui. Ueber die Wirkungen der Inokulation des Rotzes in die Nervencentra. Centralbl. für Bakteriologie, t. XII, 1892, p. 127.

(3) Nous n'avons rien à changer à l’esquisse des premiers stades de l'infection morveuse, telle que nous l’exposions dans notre première édition. En ce qui concerne la pénétration par la voie intestinale, les récents travaux de Nocard (1896) et de Schuetlz (1898) montrent que des alléralions locales persistantes sont constatées ou font défaut suivant les conditions cxpcrimentales.

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