‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 39 sur 107 · III. — Dracnosric · texte numérisé non relu

III. — Dracnosric

Le diagnostic présente peu de difficultés dans un milieu infecté ; les formes les moins caractéristiques sont au moins soupçonnées. Dans les pays d'élevage, où la gourme sévit en permanence, la maladie est reconnue d'emblée chez les animaux jeunes et chez tous ceux qui n'ont pas encore été atteints; il en est de même pour les chevaux récemment achetés, contaminés sur les champs de foire ou dans les écuries des marchands.

La gourme purulente est facilement différenciée. Les manifestations catarrhales ne peuvent être confondues qu'avec les catarrhes simples des muqueuses; la distinction clinique est basée sur la fréquence, dans la gourme, des suppurations dans les ganglions afférents ou en d’autres régions, ainsi que sur le caractère rémittent des manifestations (1). La morve est reconnue d’après l'aspect du jetage et surtout d’après les caractères tout spéciaux des altérations ganglionnaires (V. Morve). Les suppurations des parenchymes doivent être rapportées à la gourme, en l’absence d'indications spéciales. Les conditions du diagnostic varient pour chacune des nombreuses localisations.

La spécificité des accidents viscéraux de la gourme septicémique subaiguë est dénoncée par les modes de l’évolution. Des localisations multiples coexistent sur un même sujet; elles sont accompagnées ou suivies de suppurations en certains milieux; enfin, le caractère rémittent des manifestations est appréciable.

Sous le type habituel d’éruptions eczémateuses ou bulleuses, les

(4) Baruchello remarque avec raison que certains catarrhes bactériologiquement gourmeux ne provoquent point d’engorgement ganglionnaire. Le streptocoque gourmeux est trouvé dans nombre de jetages et même sur les muqueuses saines, « Nous avions cru, dit Baruchello, pouvoir assurer le diagnostic de la gourme par l'examen microscopique et par l’épreuve bactériologique, et le résultat de ces recherches fait penser que beaucoup d'infections dues au Streptococcus adenitis equi revêtent l'aspect d'un catarrhe simple des premières voies respiratoires... Dans nos observations, il semble que les lésions dépendaient d’une infection purement locale, due à la colonisation sur la muqueuse du streptocoque spécifique. »

La distinction établie par la clinique a cependant quelque intérêt; Finvasion ganglionnaire implique une virulence spéciale du streptocoque et peut faire préjuger qu’il s’agit d’une variété envahissante, c'est-à-dire gourmeuse. (V. Spécificité du streptocoque gourmeux.)

BARUCHELLO. Per la diagnosi microscopica dell’ adenite equina. Giornale della R. Società ed Accad. veterin. italiana, 1897, p. 121, 151 et 165 et 1898, p. 29..., 344.

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localisations cutanées ne seront point confondues avec l’éruption pustuleuse du horse-pox; elles diffèrent aussi de l’herpès, par la forme irrégulière des plaques, l'abondance de la sécrétion, la rapidité et l’étendue de l’éruption. Les boutons œdémateux simulent l'échauboulure ; leur nature n’est décelée que par la coexistence habituelle d’autres accidents de même origine.

Les localisations sur les muqueuses sont distinguées de l’évolution pustuleuse typique du hoïse-pox. L'éruption sur les voies génitales est

plus facilement confondue avec l'exanthème coïtal, traduit « par des :

vésicules, laissant après elles une érosion superficielle ». Il est probable que la plupart des cas d’exanthème doivent être rapportés à la gourme et il est permis de soupçonner la parenté des deux infections. À STAR

Matières virulentes. — La virulence des différents milieux organiques doit être considérée dans les divers modes évolutifs.

Dans la gourme purulente, la virulence est limitée en général aux altérations spécifiques. Le pus est toujours fonction de la culture locale du streptocoque et 1l est virulent dans tous les cas. Le jetage dans la gourme catarrhale, le contenu des foyers dans les suppuralions gourmeuses renferment de nombreux streptocoques.

La virulence est variable pour chaque organisme infecté et pour chaque période de l’évolution dans la gourme septicémique. Elle cst généralisée, à certains moments, par la présence du streptocoque dans le sang. Toutefois, dans la plupart des formes, les parasites ne demeurent pas dans la grande circulation; ils cultivent dans les capillaires, en quelques points seulement. Joly et Leclainche (1) ont démontré la présence du streplocoque dans la peau, au niveau des éruptions spécifiques. Dans quelques cas, et lors d'évolution aiguë, le sang recueilli dans le cœur ou dans les gros vaisseaux et la pulpe de la rate (Lesage) renferment les microbes. |

Réceptivité. — Les solipèdes sont seuls affectés; la maladie évolue plus volontiers chez le cheval; le mulet possède une aptitude moindre et la réceptivité est encore plus faible chez l'âne et le bardot.

L'influence de l’âge est évidente. Les animaux jeunes sont frappés beaucoup plus souvent que les adultes; la maladie évolue, chez

(1) Jozy et LECLAINCHE. Étude sur la gourme cutanée. Revue vétérinaire, 1895, p. 289.

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eux, avec toute sa gravité. Mais l’on ne saurait affirmer, d’après les seules données de l'observation, que cette prédisposition résulte d’une aptitude particulière de l’organisme à cultiver le streptocoque. Les chances de l'infection gourmeuse sont assez nombreuses pour que peu d'animaux y échappent pendant les premières années de leur vie et la résistance relative des adultes peut être rapportée à une infection antérieure. Dans tous les cas, cette influence n'est Jamais suffisante pour conférer aux adultes non encore contaminés une résistance complète et des chevaux âgés peuvent présenter des accidents très graves (1).

Une première atteinte confère -une immunité incomplète. Un même animal subit deux atteintes successives de gourme bénigne, à un intervalle de quelques mois; quatre ou cinq années après l’évolution d’une gourme grave, une infection nouvelle est possible (Bigoteau). L'infection primitive diminue la réceptivité; pendant un certain temps, l'animal déjà affecté résiste à cerlaines contaminations ou présente des accidents légers. On peut prévoir que le degré d’immunisation acquis est fonction de conditions multiples et notamment des modalités de l'infection; la simple transmission des accidents cutanés par l’inoculation ne produit qu'une légère diminution de la réceptivité (Joly). Dans les pays d'élevage, nombre de chevaux subissent plusieurs atteintes de gourme; la première se traduit par des symptômes graves, tandis que les autres restent bénignes et peuvent passer inaperçues. Ce serait à des cultures successives, dans un terrain de plus en plus défavorable, que les animaux adultes et vieux devraient leur apparente immunité. |

La réceptivité est très limitée chez les espèces domestiques autres que les solipèdes. Chez la génisse, l’inoculation intra-cutanée de croûtes virulentes détermine à la fois des accidents locaux et une légère réaction générale. Vers le quatrième et le cinquième Jour, des élevures rouges, du diamètre d’une tête d’épingle à celui d’une lentille, apparaissent au voisinage des scarifications; leur sommet acuminé s'ouvre et laisse échapper une sérosité citrine qui se concrète en croûtes jaune doré. L’inoculation de ces croûtes au cheval, par scarifications cutanées, reproduit des lésions locales identiques à celles de l’éruption naturelle (Joly et Leclainche).

(1) Dans une exploitation complètement isolée, Dieckerhoff a vu évoluer une gourme grave sur deux chevaux âgés de 22 et 24 ans. D'après Viborg, sur 100 chevaux atteints, 710 sont affectés avant l’âge de 5 ans, 20 entre 5 et 12 ans et 10 après 12 ans.

Nocarp et LECLAINCHE. — 5° éd. — IL 20

Parmi les petits animaux, la souris possède seule une réceptivité marquée. Elle succombe à l’inoculation sous-cutanée d'une faible quantité de matière virulente. Suivant la virulence des produits inoculés, les animaux sont tués en 2 à 5 jours ou après 20 à 50 jours. Dans le premier cas, on constate une infiltration purulente au point d'inoculation et un envahissement de tous les parenchymes par le streptocoque; dans le second, il existe des abcès dans le rein, le foie, les ganglions... et des exsudats inflammatoires dans les séreuses splanchniques. On trouve partout le microbe en abondance.

Le lapin est tué seulement par l’inoculation intra-veineuse des cultures à doses massives (1 à 5 €. c.). La mort survient en 56 à 60 heures ; les lésions sont celles des septicémies à marche rapide. Les streptocoques sont peu nombreux dans le sang et dans les parenchymes.

Le cobaye succombe à l’inoculation intra-péritonéale de grandes quantités de culture récente; par les inoculations successives, de cobaye à cobaye, les microbes acquièrent une virulence telle qu’une goutte de l’exsudat tue un cobaye vigoureux en moins de

48 heures (Nocard et Roux). | Le mouton, le porc, le chien, le pigeon... sont réfractaires.

Modes de l'infection. — I. — La contagion de la gourme s'opère avec une telle facilité que l'infection a pu être considérée comme un accident fatal du premier âge chez le cheval.

L’inoculation est réalisée en certains cas par un dépôt direct du:

virus sur des surfaces absorbantes, lors d'infection pendant le coït par exemple. Bermbach (1) rapporte deux cas de transmission du poulain à la mère, par inoculation directe de la mamelle; les juments présentèrent une mammite purulente, avec lymphangite consécutive.

Dans une écurie infectée, la transmission s'opère par les modes les plus divers. Le jetage virulent et le pus des abcès sont les véhi- | cules ordinaires du contage; celui-c1 est apporté avec les aliments et les litières, par les seaux ou les abreuvoirs communs, les harnais, les instruments de pansage..….

Le virus passe d’une écurie à une autre par les eaux, les poussières, et par l'intermédiaire de corps souillés, pailles ou débris de fourrages, entraînés eux-mêmes par les eaux et par les vents.

(1) BerMBAcH. Uebertragung des Drusecontagiums..… Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1896. Ù. 437.

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Les personnes, les chiens, les petits animaux... sont des agents de dissémination. Le vétérinaire est exposé à transporter le virus, à la suite d’une souillure des mains, des chaussures ou des vêtements; les instruments de chirurgie ou les appareils de contention (tordnez, entraves...), salis au contact des malades, assurent l’inoculation.

En dehors de ces modes d’une contagion plus ou moins médiate, la diffusion a lieu par un séjour temporaire dans des milieux infectés. Les écuries des marchands et les écuries d’auberge sont contaminées en permanence, notamment à l’époque des grandes foires. En nombre de cas, la gourme est introduite dans une écurie par un cheval acheté chez un marchand. Elle est rapportée dans la ferme par le cheval de service, qui a séjourné à proximité du champ de foire ou dans une écurie d’auberge; cet animal, plus ou moins immunisé par des atteintes antérieures, peut ne présenter que des accidents sans gravité, alors qu'il transmet une gourme grave à ses compagnons (Bigoteau). La gourme est observée chaque année, à l’époque des achats, dans les écuries renfermant un grand nombre d'animaux et remontées en chevaux jeunes. Elle sévit en permanence dans les dépôts de transition de nos remontes, qui reçoivent, pendant une partie de l’année, des chevaux âgés de quatre à cinq ans.

L'extension des enzooties gourmeuses est assurée par les transactions commerciales auxquelles donnent lieu les jeunes chevaux transportés des pays de naissance dans les pays d'élevage ou vendus pour la mise en service. Conduits en bandes sur les champs de foire, exposés à de multiples promiscuités, entassés dans les écuries d’auberge, les animaux sont presque fatalement infectés. Les invendus, ramenés dans les fermes, contaminent leurs voisins; les autres, revendus dans les villes ou promenés de village en village, sèment la contagion dans toute une contrée. La dissémination est - d'autant plus facile que les atteintes légères de la maladie n’apportent aucun obstacle au transport et à la mise en vente.

II. — La complexité des modes de la transmission est telle que l'origine de la contagion ne peut être décelée dans tous les cas. Mais rien ne prouve que la gourme procède uniquement de la contagion, si indirecte qu'on la suppose. « [l se peut, dit Schuetz, que la gourme se développe souvent chez le cheval par la voie miasmatique. Je crois que les formes de résistance du streptocoque gourmeux ont une existence saprophytique dans les matières mortes qui nous entourent et que, sous des conditions favorables,

elles peuvent s'y multiplier. D’après cela, le streptocoque gourmeux devrait être considéré comme un contage facultatif. »

La parenté du streptocoque de Schuetz et des streptocoques pyogènes rend cette conception plus probable encore. Si la gourme naît de la contagion dans la très grande majorité des cas, si le parasite qui a déjà cultivé paraît plus apte à une invasion nouvelle, il est au moins admissible que le streptocoque entretenu à l’état de saprophyte dans certains milieux peut envahir un organisme sous

diverses conditions et créer un DE primitif de contagion.

Modes de la pénétration se virus. — La pénétration dans les parties superficielles de la peau assure l'infection. Joly (1) a montré que le produit des éruptions cutanées gourmeuses inoculé au cheval vierge, par scarifications, donne une culture au niveau des stries, suivie d’une éruption généralisée et, parfois, d’accidents légers sur les muqueuses. La culture locale est également obtenue chez la génisse.

Dans le tissu conjonctif sous-cutané, le streptocoque: produit, chez le cheval, des abcès locaux et la nécrose des tissus. Chez la souris, l’inoculation détermine un foyer de suppuration et de nécrose et une infection généralisée consécutive.

La pénétration à travers les muqueuses extérieures est très facile. L'inoculation du jetage ou du pus gourmeux, par simple frottement de la pituitaire, a été maintes fois réalisée depuis Viborg. La localisation initiale des lésions sur la muqueuse des premières voies digestives et respiratoires (gourme catarrhale) tend à montrer que l'invasion s'effectue habituellement en ces points. Sand et Jensen estiment, avec Poels, que la pénétration doit être facilitée par une lésion locale, plaie superficielle ou catarrhe de la muqueuse. Schuetz pense qu'une solution de continuité de la membrane n’est pas nécessaire; les microbes, introduits avec l’air inspiré, cultiveraient sur place, irritant la muqueuse, pour pénétrer lentement

dans les milieux lymphatiques profonds. L'injection d’une culture .

du streptocoque dans les naseaux ou dans le larynx d’un poulain est suivie, après quelques jours, d’une inflammation des muqueuses, puis de la tuméfaction et de l’abcédation des ganglions de l’auge (Schuetz, Poels..….). La pénétration accidentelle par effraction est réalisée lors de transmission par le coït. Ainsi qu’on l’observe pour d’autres maladies éruptives, les lésions sont confluentes dans la région inoculée.

(4) Joy. Étude sur la vaccination gourmeuse. Presse vé'érin., 1892, p. 452.

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Les premières voies digestives sont aptes à l'absorption du virus. Les recherches de Bermbach (1) tendent à démontrer que, dans la très grande majorité des cas, les streptocoques pénètrent par l’arrière-bouche et le pharynx pour gagner ensuite les voies respiratoires. L’estomac et l'intestin se laissent difficilement pénétrer et les accidents locaux résultent le plus souvent d'une infection secondaire par les voies sanguine et lymphatique.

La pénétration à travers la muqueuse des voies respiratoires supérieures (pituitaire, larynx), expérimentalement démontrée, s'opère par l’inhalation de poussières virulentes. L’inoculation directe par le poumon paraît exceptionnelle et les altérations sont presque toujours consécutives.

L'inoculation intra-veineuse détermine chez le cheval une thrombose locale (jugulaire); un abcès s'ouvre au point d’inoculation. On n'observe aucune suppuration en d’autres régions et les animaux ont acquis l’immunité (Sand et Jensen) (?). Chez le lapin, l’inoculation de 1 à 2 c. c. de culture tue par septicémie en deux ou trois jours.

L’injection inlra-péritonéale permet d'obtenir l'infection du cobaye qui est sur la limite de la réceptivité.

Pathogénie. — Les faits d'observation et les résultats expérimentaux montrent que le streptocoque gourmeux pénètre généralement dans l’organisme par la muqueuse des premières voies digestives et respiratoires.

D’après Bermbach, l'invasion est favorisée par les staphylocoques pyogènes que l’on rencontre dans la salive, associés au streptocoque, dès le début de l'infection.

L’envahissement des muqueuses s'opère suivant les modes les plus divers, d’après la réceptivité de l’animal et la virulence du microbe. Si la réceptivité est faible, le streptocoque cultive sur place, gagnant de proche en proche des territoires plus ou moins étendus de la muqueuse respiratoire (coryza, laryngite..….); 1l provoque une congestion intense, suivie d’une exsudation séreuse et de l’afflux des cellules rondes. Parfois aussi il gagne, toujours par continuité de tissu, la muqueuse du pharynx et de l’arrière-bouche, ou encore celle de la trachée et des bronches. En tous ces points, le streptocoque occasionne des accidents de même ordre, exprimés par un catarrhe purulent de la muqueuse. En même temps que l’envahis-

(1) BerMmBacu. Ueber die Druse der Pferde. Berliner thierärztl. Wochenschr., 1895, p. 485.

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sement en surface s'opère, les microbes, entraînés dans les voies lymphatiques, arrivent dans les ganglions afférents. Là, encore, ils déterminent l’afflux des cellules migratrices et la formation rapide du pus.

Ces accidents limités sont seuls observés en de nombreux cas (gourme catarrhale). Il est certain que des streptocoques pénètrent dans la circulation lymphatique et dans le sang, mais ils sont détruits avant d’avoir constitué des foyers nouveaux.

En d’autres cas, les microbes disséminés dans l'organisme trouvent un terrain favorable en certains milieux lymphatiques et provoquent des suppurations locales. Tantôt l'extension s'opère régulièrement par la circulation lymphatique, tantôt des foyers secondaires apparaissent en divers points.

L'observation démontre que ces déterminations erratiques de la gourme purulente sont souvent conséculives à un traumatisme local; leur pathogénie, esquissée par Schuetz, est facile à prévoir. Au cours de l'infection gourmeuse, un certain nombre de cellules migraltrices renferment les coccus spécifiques; le foyer leucocytaire résultant d’une irritation des tissus a beaucoup de chances pour être ensemencé; si, d'autre part, le milieu est favorable, la culture s'opère et la suppuration s'établit. Sans doute aussi les modifications éprouvées par les tissus lésés ont pour conséquence un affaiblissement dans la défense, qui favorise la pullulation des germes. Cette localisation des suppurations au niveau des régions traumatisées a été remarquée par tous les observateurs et l’infeclion gourmeuse est considérée comme une contre-indication des interventions chirurgicales. Thary (1) a montré que le simple frottement du licol et du surfaix constitue une prédisposition locale de la peau pour le développement de l'eczéma gourmeux. L'irritation mécanique produite, en été, sur les régions « fouaillées » par les crins de la queue est encore une cause occasionnelle de l’éruption. L'imminence des suppurations est telle qu'elles sont occasionnées par les irritations légères résultant du fonctionnement des organes; on les rencontre au niveau des arliculations des membres, même chez les sujets laissés au repos, et dans le tissu conjonctif périrectal, à la suite du passage et du séjour des crotüins durcis.

Les streptocoques pénètrent dans le sang dans toutes les manifestations de la gourme; mais les conséquences de l’envahissement

(1) THary. Eczéma gourmeux d'origine traumatique. Recueil de médecine vétérin., 4892, p. 797.

diffèrent suivant les degrés de la réceptivité. Les microbes, entrainés en petit nombre, sont englobés par les leucocytes (Schuetz) et détruits dans les tissus sans avoir franchi les barrières endothéliales. En d’autres cas, ils provoquent des accidents sans gravité dans les capillaires; telles les éruptions cutanées, au niveau desquelles les parasites sont décelés. Sous un autre type encore, la culture du streptocoque dans les capillaires a pour conséquence des congestions, des hémorragies et des nécroses dans la plupart des parenchymes. Nocard trouve les capillaires obstrués par des pelotons de streptocoques, dans les lésions hémorragiques du poumon, des muscles et des muqueuses.

Le passage du streptocoque de la mère au fœtus est exceptionnel (1). Les lésions fœtales portent de préférence sur le poumon, l'intestin, le foie, les ganglions mésentériques, le rein, l'œil... Les poumons et le foie sont criblés de foyers arrondis, blanchâtres, du volume d’un grain de mil à celui d'une noisette, non enkystés et dépourvus de paroi propre. Les plus grosses nodosités sont ramollies au centre; la pression fait sourdre un liquide blanc, épais, puriforme; les plus petites sont fermes et homogènes. La muqueuse de l'intestin est couverte de tumeurs blanches, saillantes, arrondies, de dimensions variables; les plus petites soulèvent la muqueuse encore intacte; elles renferment une matière caséeuse assez molle; d’autres, plus étendues en surface, ont versé leur contenu dans la cavité et constituent de véritables ulcérations à bord ferme, saillant, taillé à pic. Les ganglions mésentériques sont hypertrophiés; leur tissu est ferme, dense, blanc, homogène; il n'existe que quelques foyers de ramollissement. Les reins sont envahis par des abcès miliaires disséminés. Le streptocoque pullule dans ces lésions et dans le contenu de l'intestin. L'évolution de ces accidents tue le fœtus et l'avortement est inévitable.

L'étude anatomo-pathologique de la gourme montre que le streptocoque provoque deux séries d'accidents, suivant les {issus envahis; dans les milieux lymphatiques, 1l exerce une action pyogène intense; dans les vaisseaux sanguins, il détermine des congestions hémorragiques. Ces deux ordres de phénomènes sont liés à la formation de matières solubles qui exercent une action différente sui-

(4) Nocarp. Transmission de la gourme ‘de la mère au fœtus. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1888, p. 220 ; Id., 1890, p. 187. — MÉGNIN. /d., id., 1891, p. 248. — PéÉcus. Id. Journ. de médecine vétérin., 1895, p. 524. — VERLINDE. /d. Annales de médecine vétérin.,1894, p. 474. — Lascaux. Id. Recueil sur l'hygiène et la médecine vélérin. milit., t. XVII, 1895, p. 171.

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vant les puissances relatives du virus et de la défense organique.

Quand le virus est affaibli ou que les tissus opposent une résistance vigoureuse, le streptocoque reste cantonné dans les milieux lymphatiques; si le virus est très actif ou si l'individu n’oppose qu'une faible résistance, le microbe pénètre dans le sang et cultive dans les capillaires. Dans le premier cas, il occasionne l’afflux des cellules migratrices et Ia dégénérescence purulente; dans le second, il détermine, plus ou moins-directement, la paralysie des pla la stase sanguine et la He A des parois.

D’autres accidents sont dus aux produits solubles sécrétés; on doit leur rapporter sans doute les œdèmes de la peau et du tissu conjonctif : tumeurs cutanées disséminées, tuméfaclion érysipélateuse de certaines régions (tête et cou)et Dur multiples de l’anasarque (1).

Ainsi, un même agent est capable de produire des altérations qui répondent anatomiquement aux types les plus divers; le microbe qui provoque un catarrhe bénin des muqueuses ou un foyer insignifiant de suppuration locale détermine aussi des congestions viscirales mortelles.

Résistance du virus. — Le streptocoque résiste à la dessiccation pendant trois semaines environ; la virulence et la vitalité s’affaiblissent ensuite peu à peu. La lumière solaire exerce une action rapide; après 8 heures d’insolation, la culture n’est plus obtenue en général et la virulence est presque nulle. La putréfaction détruit aussi le virus.

Le chauffage tue en une heure à 60°, en 15 minutes à 80° et en quelques minutes à 1000. La virulence est afhiblie après 10 minutes de chauffage à 60°.

La solution acide de sublimé corrosif à 12 pour 1000 stérilise en moins de 5 minutes; les solutions de lysol à 2 pour 100 et d’acide phénique à 1 pour 100 empêchent la culture après 15 à 25 minutes de contact. (Cappeletti et Vivaldi.)

Immunisation. — L'’immunisation est théoriquement réalisable par l’inoculation virulente et par la sérothérapie.

I. INocuLATION. — L'observation montre que l’immunité est rarement acquise après une première atteinte de la gourme. Les évolutions légères modifient à peine la réceptivité; il semble que l’état réfractaire est con-

(1) Le streptocoque pyogène (Lignières) et peut-être d’autres variétés streptococciques sont également capables de provoquer des anasarques chez le cheval. On s’explique la diversité des résultats obtenus dans le traitement avec le sérum de Marmorek, inefficace dans l’anasarque gourmeuse.

sécutif seulement à une longue culture du streptocoque dans différents tissus. Cappeletti et Vivaldi confèrent au lapin une immunité incomplète et de courte durée (moins d’un mois) par des inoculations répétées de cultures de plus en plus actives.

L'inoculation sur la pituitaire, depuis longtemps conseillée, entraîne des accidents identiques à ceux qui résultent de la contagion naturelle et ne saurait être considérée comme une méthode prophylactique. L’inoculation intra-cutanée, par scarifications, n’assure qu’une résistance insuffisante (Joly) et elle expose à une généralisation de l'infection. ;

Il est certain que les inoculations d’un virus affaibli seraient sans effet préventif. ;

IT. SÉROTHÉRAPIE. — Les quelques tentatives réalisées démontrent les difficultés de la préparation et de l’utilisation d’un sérum immunisant. Delvos (1) aurait obtenu des effets curatifs et enrayé la maladie dans plusieurs écuries par les injections du sérum provenant de chevaux guéris d’une gourme grave; ses résultats n’ont point été confirmés.

Il est évident que le sérum ne peut conférer qu’une immunité passive peu durable et son utilisation à titre préventif est contre-indiquée ; mais un sérum aclif pourrait donner de bons résultats dans le traitement de la maladie.

Traitement.

La thérapeutique applicable à la gourme comprend à la fois des indications hygiéniques et des médications spéciales aux diverses formes.

Le malade est placé dans un local bien aéré, à température aussi constante que possible; il est enveloppé de couvertures et laissé au repos absolu. Les promenades ne sont permises que pendant la convalescence, par un temps chaud et vers le milieu de la journée. L'animal reçoit des breuvages tièdes, des mashs, des grains cuits... En dehors de quelques indications spéciales, la diète n’est pas à conseiller. Les fourrages verts, les carottes, les barbotages.., sont recommandés quand la déglutition est rendue pénible par certaines localisations.

Les breuvages alcalins (sulfate de soude, bicarbonate de soude...) sont prescrits de temps à autre, pour éviter la stase alimentaire. Les opérations chirurgicales qui peuvent être différées, la castration notamment, doivent n'être pratiquées qu'après la guérison complète.

(1) DEzvos. Serum-Anwendung bei Druse. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1698 , p. 76.

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Les traitements systématiques préconisés n’ont pas de valeur réelle. On doit faire de la « médecine des symplômes » et les indications varient à la fois en raison des multiples localisations et des modes particuliers de l’évolution.

a) Dans la gourme catarrhale, on emploie les inhalations de vapeur d’eau phéniquée ou d’eau de goudron, ou encore les pulvérisations à l’entrée des cavités nasales. Contre l’angine, on ordonne au début l’enveloppement chaud” de \a région, les inhalations de vapeurs, le lavage de la bouche avec des solutions antiseptiques étendues. Les applications sinapisées sont contre-indiquées, en raison de l’œdème qu’elles produisent; les frictions avec le vésicatoire mercuriel sont préférables. Dieckerhoff conseille les injections intra-laryngées avec les solutions à 5 pour 1000 d’alun, d'acide phénique ou de tanin (50 à 100 gr. par jour). Dans les formes fébriles graves de l’angine, avec dyspnée intense, on a recours aux révulsifs (sinapismes sur les membres et sous la poitrine, applications vésicantes), associés aux inhalations prolongées de vapeur d’eau et à la dérivation locale.

La bronchite et la broncho-pneumonie comportent l'emploi des révulsifs sur les parois du thorax. Le kermès (15 à 20 gr.), le sulfure d’antimoine (20 à 50 gr.) et, si la toux est pénible et fréquente, les teintures d’opium ou d’aconit sont donnés en électuaires. Les breuvages seront proscrits, en raison de la difficulté de la déglutition. La fièvre est combatlue par le sulfate de quinine (10 gr. en deux fois) ou l’antipyrine (15 à 20 gr.). Dans la pneumonie suivie de gangrène, Lanzillotti conseille les injections intra-trachéales d'antipyrine (deux fois par jour; 10 gr. chaque fois), les pulvérisations dans les cavités nasales avec l’eau phéniquée à 3 pour 100, les fumigations d’acide phénique et de goudron.

b) Les suppurations gourmeuses nécessitent le lavage des surfaces et l'ouverture prématurée des foyers.

Les modes de l'intervention, médicale ou chirurgicale, variables «

suivant chacune des localisations, ne sauraient être retenus ici. D'une façon générale, le séjour du pus, même dans des collections bien délimitées, est toujours dangereux; en plus des accidents locaux qu’il détermine, il expose à une extension de l'infection. Le danger est encore plus grave lors d’infiltrations purulentes diffuses.

On évite la formation d’une collection nouvelle dans les foyers ouverts en maintenant béant l’orifice de ponction et en irriguant plusieurs fois par jour la cavité avec une solution antiseptique tiède (eau PERMAUÉE à » pour 1000).

c) Les accidents congestifs de la gourme seplicémique sont combattus par les révulsifs. Les applications sinapisées sur les membres, le thorax et l'abdomen sont indiquées dès le début. La saignée procure une amélioration momentanée dans les congestions viscérales étendues (poumon..….); elle est contre-indiquée dans la plupart des cas. Wiart recommande le sulfate de quinine, à la dose de 10 grammes par Jour, en deux ou trois fois, associé à l'extrait de gentiane (15 à 20 gr.) et donné en électuaires. |

Les accidents intestinaux sont traités par les breuvages mucilagineux tièdes, les sachets chauds sur les reins et sur le ventre, le laudanum ou la teinture d’opium.

Dans l’anasarque gourmeuse, on pratique sur les engorgements des applications irritantes destinées à « fixer » les œdèmes (essence de térébenthine, charge de Lebas...). Wiart emploie la cautérisation à aiguille sur les tumeurs.

d) Les accidents chroniques sont passibles à Ia fois d’un traitement diététique et de médications variables. Une alimentation choisie comprenant, suivant la saison, des fourrages verts ou des légumes cuits, les promenades fréquentes, la mise en parcours ou en prairie sont favorables. Les catarrhes chroniques des voies respiratoires sont combattus par les fumigations de goudron, les électuaires à base d'essence de térébenthine, associés aux applications de vésicatoire mercuriel sur le chanfrein, la gorge ou la trachée. L'iodure de potassium et l’arsenic sont indiqués contre les lésions chroniques du poumon. Les troubles digestifs persistants sont combattus par les alcalins et les toniques amers (quinquina, gentiane).

Prophylaxie.

La prophylaxie consiste à éviter les divers procédés de la contagion; ses conditions varient suivant le mode d'entretien des animaux.

La gourme est assez facilement prévenue dans une écurie contenant un petit nombre de chevaux. Le plus souvent, la maladie est importée par un animal nouvellement acheté; ce danger est écarté par une quarantaine suffisante. Dans les écuries d'élevage, les jeunes animaux doivent être séparés des adultes, plus facilement contaminés au dehors (écuries d’auberge, ateliers des maréchaux...). Si la maladie sévit dans la région, on interdit l'accès des habitations aux personnes ayant eu des contacts suspects (marchands...). L'usage des abreuvoirs communs est toujours condamnable.

L'introduction de la gourme est presque fatale dans les grandes agglomérations d'animaux. L’isolement des recrues est difficile ou impossible; d'autre part, il se trouve toujours quelque animal porteur d’une localisation méconnue pour introduire le contage. La maladie sévit en permanence dans les écuries des marchands, dans les régiments et dans les annexes de remonte.

Une écurie étant infectée, on doit pratiquer aussitôt l'évacuation des individus sains et leur répartition, en lots aussi nombreux que possible, dans des locaux isolés. Les habitations contaminées sont désinfectées suivant les procédés habituels.

Législation. — En Danemark, la gourme est classée parmi les maladies contagieuses bénignes. Les mesures appliquées sont l'isolement et la désinfection. (Loi du 14 avril 1893.)

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