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CHAPITRE XXIV

MAMMITE STREPTOCOCCIQUE DE LA VACHE

On désigne sous ce nom une mammite contagieuse des vaches laitières, déterminée par un streptocoque spécifique.

Historique (1). — Dès 1848, Brennwald (2) observe en Suisse une mammite enzootique, difficile ou impossible à guérir, caractérisée par la formation de noyaux durs dans la mamelle; la maladie est connue des éleveurs sous le nom de « gelber Galt »; quelques vétérinaires croient à la contagion. L’affection est retrouvée par Gerlach à Berlin (1852), par Eberhardt dans les environs de Fülda (1856), par Heckmeyer en Hollande (1852), par Zangger en Suisse (1854); tous notent la présence de noyaux indurés au sein d'un parenchyme non enflammé (3). Franck (1875) rapporte les accidents à la pénétration de micro-organismes, introduits par le canal du trayon et cultivant dans les réservoirs. Zürn (18717) insiste sur l'absence des accidents inflammatoires; il considère la maladie comme contagieuse.

En 1884, Nocard et Mollereau (4) montrent que l'affection est due à un microbe spécifique; ils indiquent en même temps les modes de la contag'ion et ils précisent les conditions de la prophylaxie et du traitement. Kitt publie, l’année suivante, le compie rendu de recherches expéri mentales sur le même sujet; 1l propose de désigner la maladie sous le nom d’agalaxie catarrhale contagieuse.

Hess et Borgeaud étudient le « gelber Galt » en Suisse ; ils retrouvent un streptocoque que Kitt et Adametz (1894) démontrent être identique à celui de Nocard et Mollereau. E. 'Zschokke (5) publie, en 1897, les résultats de recherches pratiques sur l'étude clinique et bactériologique de la maladie.

(1) Kirr. Neues aus der Seuchenlehre... Monatshefte für Thierheilkunde, t. V, 1895, p. 229 et 312.

(2) BRENNwALD, Chronische Euterentzündung. Archiv für Thierheilk.,t.X, 18%8, p.40.

(3) HeckMEYER. Canstatt’s Jahresber. (Thierheilk.) pro 1852, t. VI, p. 46. — Zaxc- GER. Archiv für Thierheilk., 1854, p. 195.

(4) Nocarp et MoLLEREAU. Sur une mammile contagieuse des vaches laitières. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1884, p. 308, et 1885, p. 296. — Jd. Annales de l’Institut Pasteur, t. I, 1887, p. 109.

(5) Zscaokke. Weitere Untersuchungen über den gelben Galt. Schweizer-Archiv für Thierheilk., t. XXXIX, 1897, p. 145.

J1S En MAMMITE SFREPTOCOCCIQUE DE LA VACHE.

Bactériologie. — Le streptocoque de la mammite (1) est composé de grains arrondis ou ovoïdes mesurant à peine 1 & de diamètre. Dans les bouillons, les chaïînettes, librement HA PHPES forment de longs chapelets onduleux.

Le microcoque se reproduit par division; l’article s’allonge, puis il subit en son milieu un étranglement graduel; les deux éléments nouveaux restent reliés par un fil muqueux qui maintient faiblement adhérents tous les grains de la chaîne.

Le streptocoque se colore bien par les couleurs d’aniline et notamment par le bleu de Lôffler ; 1l prend mal le Gram et le Weigert. Il est à la fois aérobie et anaérobie.

La culture est obtenue sur différents milieux. Dans les bouillons de viande, simples ou glycérinés, on obtient, en vingt-quatre heures, une culture abondante, qui forme un léger dépôt blanchâtre au fond du vase; le liquide conserve sa limpidité. Le bouillon neutre ou alcalin au moment de l’ensemencement est nettement acide après 24 à 48 heures et l’acidité augmente ensuite graduellement; dès qu’elle est accusée, la culture s’arrête et la virulence disparaît bientôt. Sur gélatine, en surface, le streptocoque donne de petites colonies translucides, blanchâtres, qui se réunissent en une mince pellicule à bords nettement délimités; par piqûre, on obtient sur le trajet de nombreuses colonies blanchâtres, opaques, granuleuses, dont l'entassement forme une ligne épaisse, à bords dentélés; le milieu n’est jamais liquéfié. Sur gélose, les caractères sont identiques aux précédents, mais la culture est encore moins abondante. Dans le lait, le développement est rapide; en 24 à 48 heures, parfois plus tôt, le lait est transformé en un bloc compact, résistant, d’où exsude, les jours suivants, un sérum incolore, limpide, très acide.

Le microbe est pathogène pour la vache et pour la chèvre, s’il est introduit directement dans la mamelle en lactation. Son inoculation dans toute autre condition ne produit aucun effet, chez quelque espèce que ce soil. e

Épidémiologie. — Étudiée dans la banlieue de Paris par Nocard et Mollereau, la mammite streptococcique est signalée à l’état enzootique dans l'Oise, en Brie, en Normandie, dans le Rhône, le Jura, la Loire... Elle est endémique dans l'Hérault, chez les vaches d’origine suisse (Conte).

En Suisse, le « gelber Galt » est connu des éleveurs depuis plus d’un demi-siècle; en plus de la forme enzootique ordinaire, la maladie se montre sous un type sporadique dans presque toutes les régions (2).

En Allemagne, l'affection est signalée à la fois en Bavière, en Prusse, en Saxe; elle sévit en Italie (Faletti), en Danemark (Christensen), en Norvège (Axel Holst)..…

(1) Streptococcus agalactiæ de Kitt, Streptococcus mastilidis contagiosæ de Guillebeau. «

(2) Sur un total de 444 laits altérés, examinés en 1895-1897, Zschokke rencontre 297 fois le streptocoque (70 pour 100 des cas).

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Étude clinique.

Symptômes. — L'infection est indiquée simplement, à son début, par une diminution de la quantité du lait fourni par un quartier; le liquide conserve son apparence normale, mais 1l « tourne » avec une grande rapidité; mélangé avec le lait des autres quartiers, il provoque la coagulation de la masse.

Le premier symptôme local consiste dans le développement d’un noyau induré vers la base du trayon,; la mamelle « se noue », suivant l’expression populaire. Ordinairement, le tissu s’indure d'emblée, sans présenter, à aucun moment, de signe d’inflammation aiguë. En quelques cas seulement, on constate un peu d’œdème, de chaleur et de sensibilité à la base du trayon, dans les quelques jours qui précèdent la formation du noyau induré. Le foyer sclérosé est arrondi ou ovoïde; il a les dimensions d’un œuf de pigeon ou du poing d’un enfant; il est mal délimité et sa périphérie se confond avec le tissu sain du voisinage. Les lymphatiques et les ganglions voisins ne sont jamais altérés. L'état général n’est pas modifié. Le lait est aqueux, bleuâtre; la quantité fournie est diminuée de moitié Examiné au microscope, le liquide montre de nombreux leucocytes et des enchevêtrements de streptocoques qui emprisonnent dans leurs réseaux les éléments cellulaires.

L’accroissement des lésions est très lent; après plusieurs mois, l’induration a envahi le tiers ou la moitié de la glande. Le lait devient visqueux, jaunâtre ou brun rosé et renferme de nombreux coagula de caséine ; sa saveur est salée; sa réaction est nettement acide. Recueil: purement dans un tube à essai et laissé au repos pendant vingt-quatre heures, le liquide forme un dépôt blanc sale, homogène ou grumeleux, occupant la moitié ou le tiers de la colonne liquide; la partie supérieure est constituée par un sérum opalescent, blanc jaunâtre ou roussâtre, qui est recouvert par la matière grasse.(1) |

Les lésions sont d’abord localisées à un seul quartier. Après quelques semaines, un autre est envahi, et toute la glande finit par être atteinte. La sécrétion diminue; une vache qui donnait 20 à 50 litres de lait ne fournit plus, après deux mois, qu’un litre ou un demi-litre de liquide et la sécrétion est tarie après quatre à cinq mois.

Lésions. — Les lésions consistent en une inflammation catarrhale de la muqueuse des sinus et des canaux galactophores, suivie d’une néoformation conjonctive qui comprime et atrophie les éléments glandulaires.

Le tissu de la glande malade crie sous l'instrument tranchant; il est ferme, dense, compact, en saillie sur les parties voisines restées saines; sa couleur blanc sale contraste avec la teinte gris rosé du tissu normal;

(4) E. Zschokke donne comme constante la présence de globules de pus dans le lait.

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