CHAPITRE XXV
VAGINITE GRANULEUSE DE LA VACHE
On décrit sous ce nom une vaginite spécifique, caractérisée par une éruption HAUIOR sur la muqueuse et due à un streptocoqué spécifique.
Historique. — En 1887, Isepponi (1), de Coire, observe de nombreux cas d’une vaginite contagieuse de la vache, caractérisée par une évolution très lente et par le développement de granulations sur la muqueuse; l'infection est transmise par les taureaux et elle est une cause grave de stérilité. Ehrhardt (2) retrouve la maladie à Zurich en 1896; elle était inconnue dans la région quelques années avant.
Trommsdorf, Frühner, Martens, Ellinger, Georges étudient l'affection en Allemagne et publient de bonnes descriptions cliniques (3),
En 1900, Hecker communique à l’association des vétérinaires saxons les résultats de ses recherches bactériologiques; le mucus acide du vagin renferme un microcoque spécifique; celui-ci est retrouvé dans l’exsudat inflammatoire du pénis chez les taureaux affectés; l'injection d’une culture dans le vagin reproduit l'affection. Ostertag déclare aussitôt que ses propres recherches ont abouti à des résultats semblables (4). Des études ultérieures démontrent l'identité des microbes isolés de part et d'autre. Ostertag(5) donne, l’année suivante, une description complète de la maladie et son élève Liebetanz (6) étudie les rapports de celle-ci avec une « gastro-entérite septique », souvent rencontrée chez les
(1) ISEPPONI. Beitrag zu den Ursachen der Unfruchtbarkeit der Kühe. Schweizers Archiv für Thierheilk., 1887, p. 1.
(2) EHRHARDT. ue aus der Bujatrik. Id., 1896, p. 80.
(3) Trommsporr. Zur Frage des Bläschenausschlages. Berliner thierärztl. Woclerschrift, 1894, p. 595. — FRÔHNER. Vaginitis « verrucosa ». Id., 1895, p. 181. — Mar- TENS. Der ansteckende Scheiden- und Gebürmutterkatarrhk beim Rindvieh. Id:, 1898, p. 145. — ELziNGEr. Ueber die Beziehungen von Bläschenausschlag zu den chronischen infectiosen Scheidenentzündungen der Rinder. Id., 1899, p. 15 et 25. — GEorGEs. Lancwirth. Wochenschrift für die Provinz Sachsen, 1899, p. 327 (cité d’après Ostertag).
* (4) HEcKER. OSTERTAG. Ueber den infectiôsen Scheidenkatarrh der Rinder. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1900, p. 444.
(5) OSsTERTAG. Der ansteckende Scheidenkatarrh der Rinder. Monatsheîfte für Thier- . heiïlk., t. XII, 1901, p. 535.
(6) Re ntereuchangen über den ansteckenden Scheidenkatarrh... . Id., id., p. 551.
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nouveau-nés de mères infectées. Raebiger (1), chargé d'étudier la vaginite en Saxe, publie une intéressante monographie sur le même sujet.
Bactériologie. — Le microbe a, dans le pus et dans les tissus, l'aspect d’un diplocoque ou d'un court streptocoque. Dans les cultes liquides, on trouve des chaïnettes de 6 à 9 grains. La coloration est facile avec toutes les couleurs simples d’aniline et avec le bleu de Lôffler; la décoloration est complète par le procédé de Gram.
La culture est obtenue sur différents milieux; elle s'opère aussi bien à l’étuve qu’à la température de la chambre. Le bouillon est troublé dans toute la masse. La gélatine n’est pas liquéfiée. Le développement est faible sur sérum, très abondant sur gélose glycérinée. Le bouillon acide convient mal pour la culture (2). |
Le microbe est pathogène pour la vache seulement.
Distribution géographique. Épidémiologie. — La maladie sévit en Suisse, à l’état épizootique, dans les Grisons (Isepponi); elle est une occasion habituelle de stérilité et d’avortement et cause des pertes considérables.
La vaginite est retrouvée quelques années plus tard en AE elle se répand en quelques années dans la Thuringe, le Harz et la province de Saxe. Sur 3470 vaches examinées en 1900 par Raebiger, la moitié sont atteintes. |
Étude clinique.
Symptômes. — a) Le début est indiqué par une légère tuméfaction de la vulve, avec infiltration de la muqueuse du vagin et sensibilité très vive de la région. La muqueuse du vestibule est congestionnée, rouge vif, recouverte d’un exsudat muco-purulent, filant, blanc grisâtre. Après un ou deux jours, la muqueuse prend une teinte jaunâtre spéciale et l’on voit apparaître une foule de granulations, du volume d’une tête d’épingle à celui d’un grain de mil, isolées ou rapprochées en plaques irrégulières, en saillie sur la muqueuse et bien visibles par l'éclairage oblique. L'éruption est confluente dans le vestibule. vaginal et au voisinage du clitoris. Elle s'accompagne d’un écoulement peu abondant, albumineux, mélangé de flocons purulents blanchâtres, semblables à du lait coagulé, et parfois de pus crémeux(5); le flux est inodore; il se dessèche en croûtes grises sur la peau des cuisses.
(4) RArBIGER. Der ansteckende Scheidenkatarrh der Rinder. Berliner thieràrzt]l. Wochenschrift, 1902, p. 25.
. (2) Ces indications, très incomplètes, sont fournies par Ostertag. Les autres auteurs ne mentionnent pas d'étude bactériologique.
(3) Hecker insiste sur l’acidité constante de la sécrétion; au contraire, Raebiger trouve toujours une réaction alcaline ou neutre. |
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ÉTIOLOGIE. — ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 325
L'état général n'est pas modifié. L'inflammation occasionne du prurit, de la ons des mictions répétées et des efforts SHARE L'avortement est une complication fréquente.
Les symptômes s’atténuent après trois à quatre semaines; la tuméfaction de la vulve disparaît; la muqueuse revêt une CORTE jaunâtre, avec des taches rouges disséminées. Les nodules pâlissent également ; ils prennent une teinte rosée ou ambrée et un aspect vitreux qui les fait ressembler à des vésicules; toutefois leur consistance reste ferme, leur tissu est homogène et une piqûre d’épingle démontre l'absence de collection liquide. Les granulations s’affaissent lentement: un écoulement muqueux, mêlé de quelques coagula blanchâtres, persiste longtemps après la cicatrisation.
L'évolution dure 3 à 4 mois environ; mais elle n’est souvent complète qu'en 6 mois et plus. La guérison est ja règle; cependant l'extension à la muqueuse utérine est possible et la métrite persiste pendant un temps indéfini.
b) Les taureaux qui ont sailli des vaches infectées présentent des accidents très légers. Ils sont paresseux pour le coït; la muqueuse du pénis est rouge et un écoulement muqueux s'opère (Martens..….). Par exception, on trouve de l’inflammation de la muqueuse, avec des érosions granuleuses, de l’infiltration du fourreau et une sécrétion muco- EURE lente.
Lésions. — Les altérations sont localisées à la muqueuse; les granulations consistent en une tuméfaction inflammatoire des: follicules lymphatiques.
L'extension à l'utérus est indiquée par la iuméfaction du col et l’infiltration de la muqueuse dans une région d’étendue variable.
L'urètre, la vessie, les uretères et les reins sont toujours indemnes.
Diagnostic. — La maladie est caractérisée à la fois par sa longue durée et par les granulations de la muqueuse, faciles à observer par l’examen au spéculum.
Les vaginites catarrhales enzootiques ont une évolution rapide; l'écoulement est purulent et fétide; les granulations font défaut. L’exanthème coïtal a encore une marche suraiguë; de plus, il existe une éruption vésiculeuse, sans altérations persistantes.
Étiologie. — Étude expérimentale.
La virulence est limitée aux accidents locaux et aux produits de sécrélion.
Les animaux de tout âge sont exposés; la vaginite est souvent rencontrée chez des génisses âgées de quelques mois ou même peu après la naissance. Les tentatives de transmission par souillure du vagin chez la brebis, la chèvre, la truie et la jument ont toujours échoué. Le lapin et
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le cobaye sont réfractaires (Ostertag). Le chien et la chienne résistent à des inoculations répétées de culture (Raebiger).
La contagion est réalisée par l'intermédiaire des taureaux, porteurs de lésions chroniques peu graves ou simples véhicules du virus. Elle est assurée encore par l'intermédiaire des litières souillées, des objeis de pansage ou par les mains des PRPRRACE
L'infection expérimentale est ébtenue sans difficulté par l'injection d’une culture du streptocoque dans le vagin ou par l'introduction d’un tampon d’ouate imbibé de liquide virulent. Les accidents débutent 56 heures après; l’évolution est identique à celle de la maladie accidentelle. ; |
La pathogénie des lésions est très simple. Les microbes déposés sur la muqueuse pénètrent et pullulent dans les follicules lymphatiques; on les retrouve, sur les coupes, entre les cellules épithéliales et dans le corps papillaire. -
Le streptocoque en culture est tué en une minute par les solutions d'acide lactique à 2 pour 100, de lysol ou de crésyl à 2,5 pour 100, de nitrate d'argent à 1/2 pour 100, de sublimé corrosif à 1 pour 5000.
Traitement. — Prophylaxie.
Le traitement consiste en des lavages suivis de tamponnement avec un liquide antiseptique. Raebiger recommande l’usage alternatif de solutions d’acide lactique (2 pour 100) et de lysol (2 pour 100); on emploie pendant une semaine chacun des agents. L’irrigation, avec une courte canule, est suivie de l’application locale, renouvelée matin et soir, d’un tampon d’ouate trempé dans la solution. La guérison est obtenue en trois Semaines environ.
Les vaches saines sont isolées et soumises à quelques lavages de la vulve avec une solution antiseptique.
La désinfection des étables est indispensable dès le début; elle doit être renouvelée tous les huit jours pendant la durée du traitement. Les fumiers sont enlevés; les sols sont arrosés avec des solutions de sublimé corrosif ou de crésyl. |
Les vaches affectées seront séquestrées; elles ne pourront être saillies «
jusqu’à complète guérison. Les mêmes précautions seront prises à l'égard des taureaux atteints ; ceux-ci devront être soumis à une surveillance spéciale dans les régions envahies.
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