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CHAPITRE XXVIII

ACTINOMYCOSE

L'actinomycose est due à l'envahissement des tissus par un parasite appartenant au genre streptothrix; elle est caractérisée par des suppurations et des néoformations inflammatoires en divers milieux.

L’affection est observée chez diverses espèces animales et chez l'homme; elle atteint de préférence le bœuf, sous une forme sporadique ou sous celle d’enzooties peu étendues.

Historique. — Depuis longtemps, les vétérinaires ont observé et décrit des tumeurs d'aspect particulier, siégeant chez le bœuf au niveau des os de la mâchoire et de la face.

En 1826, U. Leblanc (1) donne une description de ces tumeurs, qu'il désigne sous le nom d’ostéosarcomes ; il les rapporte à l’action de traumatismes de divers ordres (coups de sabot ou d’aiguillon, coups de corne...). Cette étiologie est acceptée dans la suite par la plupart des auteurs et quelques-uns seulement invoquent les diathèses cancéreuse (Lafosse, Zundel) ou tuberculeuse (d'Arboval, Delwart, Williams...).

. En 1868, Rivolta, de l'École vétérinaire de Pise, signale la présence dans les tumeurs « d'éléments en forme de bâtonnets », sans paraître attribuer d'importance ‘à cette constatation. Perroncito (1875) rencontre dans les mêmes tumeurs des « productions cryptogamiques, formées d’un disque proligère d’où partent des filaments courts, dont l'extrémité se renfle et devient globuleuse ». En même temps, Rivolta revient sur sa première étude et décrit les parasites comme des « corpuscules discoïdes composés de bâtons rameux ». Deux ans plus tard, Bollinger (2) démontre la présence constante, dans les tumeurs de la mâchoire du bœuf, d'un champignon parasite que le botaniste Harz dénomme Actinomyces bovis; la maladie reçoit le nom d’actinomycose.

Les observations d’actinomycose de la mâchoire se multiplient depuis

cette époque, et l'affection est reconnue pour la première fois en France

(1) U. LEeBLANC. Tumeurs des mächoires observées dans l'espèce bovine. Journ. de

médecine vétérin., 1826, p. 553.

(2) BoLLINGER. péter eine neue Pilzkrankheit beim Rinde. Deutsche PAPE füt

Thiermedicin, t. IT, 1877, p. 534.

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30 1 ACTINOMYCOSE.

par Nocard, en 1884. Des altérations de même origine sont trouvées chez le bœuf dans la langue, le pharynx, la parotide, le poumon. tandis que l'actingmycose ef est constatée chez l’homme et chez FR. espèces domestiques.

En 1885, Thomassen, d'Utrecht, apporte une donnée nouvelle de la plus haute importance : l’iodure de potassium exerce une action spécifique sur les lésions actinomycosiques; 1l permet d'obtenir la guérison dans la plupart des cas.

De nombreuses recherches sont consacrées, en ces dernières années, à la biologie de l’Aclinomyces et à l'étude clinique de l’actinomycose chez les différentes espèces.

Bactériologie. — L'Actinomyces (1) se présente sous l'aspect d'amas jaunâtres, müriformes, constitués eux-mêmes par de petites touffes ayant environ 1/10° de millimètre de diamètre. Les touffes sont formées d’une masse centrale filamenteuse et de ramifications divergentes, terminées par des renflements en massue. Les filaments centraux forment un feutrage épais; ils sont courbés, ondulés, ramifiés et représentent un véritable mycélium. La partie périphérique est formée par des crosses, ou massues, piriformes ou sphériques, constituées par un renflement de té libre des filaments. Dans certains tissus, les renflements font défaut et le streptothrix est représenté par un amas de filaments mycéliens ramifiés. Les spores procèdent de la segmentation de filaments spéciaux, simples ou ramifiés, différents des filaments végétatifs. Les renflements terminaux, surtout observés dans le pus, représentent des formes d'involution.

Le streptothrix se colore par les méthodes de Gram et de Weigert.

Les cultures sont obtenues en présence et en l’absence de l'air; elles présentent, sur les différents milieux, des caractères assez variables suivant l’origine de la semence. En bouillon-peptone-glycérine, l'actinomyces se développe en petits amas arrondis, blanc grisâtre, difficiles à dissocier, qui ne troublent jamais la limpidité du milieu. La culture sur gélatine est maigre; le milieu est liquéfié très lentement. Sur gélose glycérinée, on obtient, en quelques jours, des colonies arrondies, sèches, blanc sale, un peu saillantes

(1) La désignation du parasite a donné lieu à des discussions interminables. Nous’ attendrons pour le dénommer que les naturalistes se soient mis d’accord sur ce point, d’une importance d’ailleurs secondaire.

La question de l'identité des formes rencontrées chez les diverses espèces est

aussi soulevée. Certains considèrent les actinomyces de l’homme et du bœuf comme des espèces différentes et Gasperini décrit trois variétés d’actinomyces du bœuf.

à la surface, qui semblent plonger dans l'épaisseur du substratum. Sur sérum, des végétations croûteuses, blanc sale, deviennent ensuite Jaunes ou. rougeâtres. Sur pomme de terre glycérinée, la culture est épaisse, sèche, plissée ou verruqueuse, d’une belle couleur jaune soufre.

L'infection est obtenue difficilement chez le veau, le lapin et le cobaye. :

Espèces affectées. — Les bovidés adultes sont surtout exposés. La maladie affecte en général un caractère sporadique; cependant elle apparaît aussi sous la forme d'enzooties, limitées à une étable ou à une réglon.

L’affection est moins commune chez le cheval et chez le porc; elle est tout exceptionnelle chez le mouton.

L’actinomycose du foie est signalée chez le cerf (Schreiber); la localisation sur les maxillaires est rencontrée au Chili chez le lama et le quanaco (Monfallet).

Chez l'homme, l'actinomycose, longtemps méconnue, est observée couramment en tous les pays (1).

(1) L'actinomycose est plusieurs fois signalée chez le chien. Vachetta, en 1882, rapporte à l'actinomyces un ostéosarcome de la mâchoire; la tumeur renferme un parasite formé de disques rayonnés, dont les filaments sont terminés par des renflements lancéolés ou bifurqués. — Rivolta trouve un champignon voisin de J’actinomyces (Discomyces pleuriticus) dans un exsudat sanguinolent de la plèvre du chien. La séreuse est recouverte de villosités fongueuses et verruqueuses. Le liquide exsudé renferme de petits grumeaux blanchâtres, d'aspect fibrineux, formés de corpuscules conglomérés et de filaments non ramifiés, donnant l'impression d'un amas de leptothrix ou de bactéries de longueur différente. — Rabe rapporte trois observations d'infection purulente ganglionnaire du chien, compliquée, dans un cas, de péritonite suppurée; on trouve dans le pus un champignon (Cladothriæ canis) pathogène pour le chien. — Hartl rapporte à l’actinomycose une tumeur développée dans la paroi thoracique et dans le médiastin antérieur.

Chez le chat, Hartl isole un champignon dans un exsudat purulent du péritoine. Le pus, jaune pâle, a l’aspect d’une bouillie épaisse de sagou; il renferme des grains mous, irréguliers. L'examen direct montre des gazons d’un streptothrix que l’auteur croit être l’actinomyces.

Ces intéressantes observations démontrent la présence d'infections mycosiques chez les carnassiers, mais leur analyse n’entraîine point cette conclusion qu'il s'agisse de l’actinomycose et de nouvelles études sont nécessaires.

Furlan publie une observation d’actinomycose chez l’oie. Quatre sujets succombent à l’âge de trois mois; le péricarde et le péritoine sont recouverts par un exsudat gélatineux; les ganglions sont infiltrés et friables. L’exsudat et le râclage des ganglions renferment des « colonies carâctéristiques d’actinomyces » (?).

VACHETTA. Di aleuni tumori alle mandibole degli animali domestici. Clinica veterin.. 1889, p. 172. — RivorTa. Specie di discomiceti patogeni. Giornale di Anat., Fisiol. e Patol., 1884, p. 190. — RaBe. Ueber einen neuentdeckten, pathogenen Microorganismus beim Hunde. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1888, p. 65. — HaARTL. Casuistische

3h92 ACTINOMYCOSE.

Distribution géographique. Épidémiologie. — La maladie est

signalée, dès le commencement du siècle, en France et dans toute PEurope. En 1858, le « Rae épizootique de la langue » sévit à l’état enzootique dans l’Amérique du Nord (Floride et Géorgie).

Les nombreux travaux dont l’actinomycose a été l’objet en ces dernières années établissent que la maladie est répandue dans l’ancien et le nouveau continent. La répartition est d’ailleurs irrégulière et il existe de véritables « centres d'infections ». On observe aussi une prédominance de chacune des localisations anatomiques habituelles (mâchoires, langue, pharynx.....) suivant les foyers considérés.

En France, les tumeurs des maxillaires sont surtout observées. Les statistiques recueillies au marché de la Villette donnent une proportion globale de 0,72 pour 1000; les races mancelle (2,94 p. 1000), hollandaise (1,82 p. 1000), normande (1,52 p. 1000) fournissent les plus hauts chiffres. Les localisations sur la langue, le poumon et les viscères sont exceptionnelles. Les rares documents recueillis ne permettent pas une étude de la distribution géographique de la maladie.

En Allemagne, les tumeurs des mâchoires sont communes en Silésie (Ponfick); les localisations maxillaire et linguale sont très répandues dans la Franconie, le Palatinat (Imminger), la Bavière (Claus) (1); les altérations pharyngiennes et parotidiennes sont rencontrées chez 5 pour 100 des bovidés dans certains districts, vers l'embouchure de l'Elbe (Carsten Harms).

La maladie est commune en Hongrie. D’après Breuer, 16 à 35 pour 100 ‘des bœufs hongrois abattus à Budapest sont affectés et des lésions de la langue sont rencontrées chez la plupart des animaux âgés de 8 à 10 ans.

L’actinomycose est fréquente en Danemark; elle sévit à l’état enzootique dans les environs d’Aalborg et de Limfiorden (Bang).

La Suède accuse, de 1890 à 1892, 3560 cas d’actinomycose du bœuf, avec 626 morts (Vennerholm); la statistique mentionne 1614 cas en 1898.

Toutes les formes cliniques sont signalées en Italie; l’actinomycose de la langue est fréquente en Lombardie (Faletti).

En Angleterre, les actinomycomes des mâchoires sont trouvés par Crookshank chez 8 pour 100 des bœufs du Norfolk; l'infection est répandue dans la plupart des comtés.

En Russie, la maladie est signalée en différentes régions. L’actino-

mycose est regardée comme fréquente dans les gouvernements de Sara-

Beitrüge zur Actinomycose bei Thieren, Id., 1901, p. 1. — FurLAN. Actinomicosi nelle oche. Il moderno Zooïiatro, 1901, p. 433.

(1) Mitteldorf recherche la fréquence de l'actinomycose en Bavière, pendant l’année 1900; on découvre 5621 malades; la maladie sévit sur tous les points: les cantons de Rehau, Gunzenhausen et Schweïinfurt comptent 3 à 12 pour 100 de bovidés affectés.

MiTrELDORF. Ueber die geographische Verbreitung der Aktinomykose beim Rind in Bayern. Thèse de Berne, 1901.

toff (Kouritsine) et de Voronège (Korsak). Mari et Késévitch trouvent à l’abattoir de Moscou :

Bovidés Cas Proportion Années, examinés. d'actinomycose. des malades. 1892 » » 2.45 p. 100 1893 161.700 9.668 9.98 — 1894 171.832 9.095 9.29 — 1895 177.819 9.640 9.42 —

Par contre, Ekkert, à Varsovie, ne rencontre qu'une proportion de 0,02 pour 100 chez le bétail des steppes et de 0,01 pour 100 chez les ee lithuaniens.

L'Amérique du Nord est infectée à un haut degré. On trouve des lésions chez 2 pour 100 des animaux expédiés du Canada en Angleterre (Barrett). Des milliers d'animaux affectés sont saisis chaque année sur

les marchés de Chicago.

Au Chili, l'actinomycose des mâchoires est fréquente chez le bœuf; la localisation pulmonaire est rencontrée chez le porc (Monfallet).

Étude clinique.

Les signes cliniques de l’actinomycose doivent être étudiés chez les diverses espèces affectées et suivant chacune des localisations

observées.

4 1. — Actinomycose ckez le kœuf (1).

Les altérations siègent sur le maxillaire, la langue, le pharynr, et dans les parties molles de la région supérieure du cou. Les lésions viscérales sont exceptionnelles.” |

a) Actinomycose des mâchoires. — La localisation correspond aux tumeurs des mâchoires étudiées autrefois sous les noms d'ostéosarcome, cancer des joues, loupe... Cette forme est la plus communément observée en France.

L’'actinomycose débute par une tuméfaction inflammatoire située sur l’un des maxillaires, au niveau des racines molaires. La tumeur est dure, peu étendue, accompagnée de sensibilité de la région et d'une difficulté croissante de la mastication. Elle s'accroît lente-

(4) Jonne. Die Actinomykose oder Strahlenpilzerkrankheit. Deutsche Zeitschr. für Thiermed., t. VII, 1882, p. 141. — JENSEN. Zur Kenntniss der Aclinomycose. Monatshefte für Thierheilk., t. IV, 1893, p. 166.

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3kh ACTINOMYCOSE.

ment, pour acquérir parfois un volume considérable; en même temps, ses caractères se modifient; certains points deviennent fluctuants, les parties voisines conservant leurs caractères primitifs. Des abcès RL à ils donnent un pus liquide, sanieux, mêlé de petits grains jaunâtres. La sonde, engagée dans les orifices, pénètre dans des trajets fistuleux irréguliers, séparés par des tissus mous el par des trabécules osseux friables.

Les tumeurs persistent dans cet état; les dents sont mobiles dans les alvéoles ; la mastication est unilatérale et devient de plus en plus difficile; les animaux maigrissent. Les orifices fistuleux sont comblés en partie par des bourgeons charnus saillants, noirâtres; la suppuration continue. Plus tard encore, les ganglions s’abcèdent; des œædèmes apparaissent dans les parties déclives et les malades doivent être sacrifiés.

Chez quelques animaux, la tumeur primitive se développe au niveau de l’arcade incisive. « La tuméfaction du corps maxillaire abaisse la lèvre inférieure, gêne la préhension des aliments et décide généralement à une intervention hâtive » (1).

En tous les cas, l’évolution est lente; la tumeur n'entraîne qu'après plusieurs mois des troubles fonctionnels graves. La œuérison spontanée est rare.

b) Actinomycose de la langue (2). — Les premiers troubles consistent en une difficulté des mouvements de la langue lors de la préhension des aliments, bientôt suivie d’une tuméfaction de l’auge et d’une salivation de plus en plus abondante.

Après une à deux semaines, la préhension des aliments solides devient difficile; la mastication est lente et incomplète; la dégluütion est pénible; les liquides seuls sont pris sans trop de peine. Les mouvements des mâchoires sont peu étendus; la langue ne peut sorlir pour saisir certains aliments (légumes, barbotages, grains); une salive visqueuse s'écoule en permanence; la cavité de l'auge est œdématiée et effacée. La langue est volumineuse, dure, rigide, hérissée, sur ses côtés, de petites nodosités {tuber-

(1) Moussu. Traité des maladies du bétail, 1 vol., 1902, p. 654.

(2) Plus rarement observée en France que la forme précédente, l’actinomycose de la langue est connue depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne et en Italie, sous les dénominations populaires de langue de bois (wooden-tongue, Holzzunge) et de mal de crapaud (mal di rospo) exprimant l’impotence fonctionnelle de l’organe. Les anciennes observations de cancer de la langue doivent être rapportées en grande partie à l’actinomycose. La maladie est déjà bien décrite par Stockfleth dans son Traité de chirurgie; elle est étudiée ensuite en Allemagne par Bollinger (1876) et en Angleterre par Wortley Axe (1882).

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culiformes, blanc jaunâtre, enchâssées dans la muqueuse; celle-ci est couverte d'ulcérations superficielles disséminées. L’appétit est conservé, mais l'animal ne peut ingérer une quantité suffisante d'aliments et il maigrit rapidement.

À la période ultime, la langue tuméfiée a doublé de volume; elle sort de la bouche toujours béante; la région de l’auge est remplie par une masse cylindrique dure. La surface de la langue, lisse, dépouillée en partie de ses papilles, est parsemée de petites plaies d'apparence ulcéreuse, isolées ou confluentes, du diamètre d'une tête d'épingle à celui d’une lentille: On voit, sur les côtés, des plaies dues au pincement par les molaires. La préhension des aliments et la déglutition sont à peu près impossibles.

La marche de la maladie est rapide. En quelques semaines, les animaux épuisés doivent être sacrifiés ou ils succombent à l’inanition. La guérison spontanée est possible, mais très rare.

c) Actinomycose du pharynx. — Les accidents varient suivant le siège et le volume des néoformations.

La localisation sur la muqueuse du pharynx et des parties supérieures de l’æœsophage (Siedamgrotzky et Johne) est exprimée par des troubles de la déglutition et par une tuméfaction peu marquée de la région. Les tumeurs du pharynx sont reconnues directement par l'exploration buccale ; leur consistance est fibreuse, leurs dimensions varient du volume d’un grain de mil à celui d'un œuf d'oie (polypes, lymphomes de Carsten Harms).

L'envahissement des parois du pharynx, souvent accompagné de lésions analogues des ganglions et des tissus voisins, entraîne une difficulté de la respiration, devenue bruyante et entrecoupée par des efforts de toux; la déglutition est également pénible. La région parotidienne est déformée; l'exploration permet de reconnaître les tumeurs ganglionnaires. Des lésions superficielles coïncident parfois avec ces allérations profondes. Dans tous les cas, les animaux maigrissent et doivent être sacrifiés (1).

d) Actinomycose du cou (2). — Les lésions siègent dans la région supérieure de l’encolure; elles débutent dans les parties superticielles (peau, tissu conjonctif sous-cutané), dans les parois du

(1) CArSTEN Harms. Die Ohrdrüsen-Lymphome beim Rinde. Jahresbericht der Kônigl. Thierarzneischule zu Hannover pro 1872, p. 44. — Dupoxt. induration double des parotides. Archives vétérin., 1878, p. 81.

(2) Observée surtout en Danemark, cette forme y était étudiée, dès 1858, par le vétérinaire Jebsen; elle a été décrite depuis par Bang.

BanG. Die Strahlenpilzerkrankung. Deutsche Zeitschr. für Thiermed., t. X, 1884, D 259.

DE ACTINOMYCOSE.

pharvnx et de l'œsophage ou dans les ganglions et dans le tissu conjonctif. Les symptômes varient suivant l'étendue et le siège des altérations; d'autre part, les divers modes d'extension sont associés et l’on ne saurait reconnaître des types cliniques définis.

L'une des formes les plus simples consiste en des tumeurs intéressant la peau et le tissu conjonctif, en arrière du maxillaire inférieur, dans les régions de la gorge, de la parotide, sur les joues ou vers le bord supérieur de l’encolure. La tuméfaction diffuse du début se densifie peu à peu en une masse dure, de la grosseur d’une noix à celle d’un œuf de poule. Après un long temps, un abcès s'ouvre, donnant un pus épais et crémeux qui contient de petits grains Jaunes d’actinomyces. La cicatrisation est très lente; des trajets fistuleux pénètrent profondément et la suppuration persiste. D’autres tumeurs apparaissent dans le voisinage, et des communications s’établissent entre les divers foyers.

En d’autres cas, les lésions sont étendues à la fois à la face et

aux parties voisines du cou. La peau et les parties sous-jacentes

forment une cuirasse de trois ou quatre pouces d'épaisseur, présentant çà et là des foyers de ramollissement ou des trajets fistuleux qui pénètrent dans le tissu induré, dans la parotide, les ganglions.. et qui donnent un pus riche en granulations spécifiques.

e) Localisations diverses. — En outre de ces manifestations habituelles, l’actinomycose est rencontrée dans presque tous les tissus.

Voies piGesrives. — Dans la bouche, des lésions évoluent sur le

palais et les gencives. L’actinomycose des lèvres est fréquente à l’abattoir de Moscou; signalée pour la première fois par Klepzoff, en 1889,

elle est trouvée par Mari (1) chez 76 pour 100 des bœufs infectés et

chez 4,5 pour 100 des animaux abattus en 1893 et en 1894. De petites tumeurs de la grosseur d’un pois à celle d’une noisette, jaune gris, avec un foyer central caséeux ou purulent, riche en actinomyces, soulèvent la muqueuse. Ignatieff retrouve cette forme au marché d’approvisionnement de Saint-Pétersbourg, chez 10 pour 100 des bœufs provenant du Sud. | S

Développées dans l’œsophage, les tumeurs provoquent du cornage et des troubles de la déglutition; on les rencontre, plus rarement, dans les parois de la panse et du réseau (Bollinger, Liénaux et Hamoir), de la caillette (Wortley Axe), de l'intestin (Perroncito, Ciucci), dans le diaphragme (Kitt, Korsak)..….

La parotide est assez souvent envahie ; tantôt les tumeurs restent bien.

(1) Mari. Ueber die Lippenaktinomycose. Centralbl. für Bakteriol., t. XII, 1892, p. 854. Actinomycose des lèvres. Recueil pour le jubilé de Woronzoff, 1897, p. 221 (en russe).

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délimitées, tantôt la glande est transformée en une masse fibreuse, creusée de fistules et confondue avec les parties voisines. Germain (1) observe la localisation sur la glande sous-maxillaire ; la tumeur a le volume J'une orange; une fistule laisse écouler la salive.

Les actinomycomes du foie sont fréquents en Danemark; en 1880, Rasmussen recueille 22 observations à l’abattoir de Copenhague; Sanfelice découvre 8 cas, en 1884, à l’abattoir de Cagliari. Le rein (Hertwig, Jensen) et la rate (Marchand) sont rarement atteints.

Voies RESPIRATOIRES. — Rüder trouve, chez une vache, un actinomycome développé à l'entrée des cavités nasales et obstruant tout à fait la narine. Sur la pifuitaire, les petites tumeurs actinomycosiques « ressemblent à des fraises » (Hallander, Lucet, Remy). L’envahissement des cornets (Thomassen), du larynx, de l’épiglotte (Bollinger, Johne, Kitt, Kempen) et de la frachée (Schôttler, Strebel, Bruno Morgen) entraîne des troubles de la respiration et de la déglutition, variables selon le siège précis el l'étendue des lésions. Ujhelyi observe des troubles chroniques de la digestion dus à l’altération des ganglions bronchiques.

L'actinomycose du poumon est reconnue pour la première fois par Ponfick, chez le veau, puis chez la vache; elle est retrouvée en France, par Moulé. Aujourd’hui, les observations publiées sont nombreuses et cette forme est couramment observée en Danemark. Parfois, l'évolution est celle de la tuberculose miliaire aiguë; le plus souvent, il existe des lésions chroniques, tumeurs isolées ou nodules tuberculeux disséminés. Les symptômes sont identiques à ceux des formes correspondantes de la tuberculose bacillaire; le jetage contient, en quelques cas, les grains jaunes caractéristiques. |

MaMELLE. — L’envahissement de la mamelle est: signalé en Danemark par Peorsson, plus tard par Bang, Rasmussen, Harms. L'évolution simule la tuberculose aiguë de la glande.

ORGANES GÉNITAUX. — Mazarella trouve une tumeur actinomycosique volumineuse (15 kilos), de consistance fibreuse, dans le cordon testiculaire d'un bœuf récemment châtré. Dans une observation de Gürig (1900), le testicule est déformé, volumineux, dur, très sensible; deux plaies ulcéreuses donnent un pus caséeux contenant des grains jaune citron.

Goldbeck décrit un actinomycome du vagin, situé dans le voisinage du col utérin et formant une masse dure, pédiculée; il existe du catarrhe vaginal.

SÉREUSES. — L’exlension des lésions au périloine est considérée comme fréquente par Jensen. | GANGrIONS. — Les altérations sont exceptionnelles. Les ganglions

atteints sont volumineux, fibreux ; ils renferment des foyers purulents qui s’abcèdent et donnent lieu à des fistules persistantes.

(1) GERMAIN. Actinomicosi alla ghiandola sottomascellare. Il nuovo Ercolani, 1899, p. 148.

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348 ACTINOMYCOSE.

Os. — En dehors de la localisation sur les maxillaires, on.signale des lésions sur les vertèbres (Berstrand, Korewaar... Poes), le sternum (Jensen), les cotes (Brouwier), le mélatarse (Berg)...

Peau. — Jensen décrit de volumineux actinomycomes (2 kilos) du genou. Chez une vache, Lüpke constate des tumeurs verruqueuses, développées dans l’espace interphalangé et étendues peu à peu à tout un membre postérieur. La peau épaissie, confondue avec les tissus sousjacents, est recouverte de croûtes et parsemée de nodules actinomycosiques formés d'un tissu mou, sans fluctuation. Nystrôm (1895) observe une enzoolie d’actinomycomes de la région phalangienne chez de jeunes bovidés entretenus dans une même prairie.

ACTINOMYCOSE GÉNÉRALISÉE (1). — Cette forme est assez rare (35 cas d'Ostertag : 1 obs. de Jensen, 1 de Messner, 1 de Remy, 2 de van Harrevelt). Des foyers purulents, renfermant des actinomyces, siègent dans les ganglions, le poumon, le foie, les reins, les muscles... Les tumeurs conglomérées du poumon atteignent jusqu'au volume de la tête d'un enfant.

4 2. — Actinomycose chez le cheval.

La maladie n’est observée que de loin en loin: cependant les localisations les plus diverses sont déjà AR ne De même que chez le bœuf, les maxillaires et la langue sont envahis de pré- .férence.

Macnoires. — Les tumeurs siègent sur le maxillaire supérieur ou inférieur; 1l existe, comme chez le bœuf, une tumeur mal délimitée, creusée d’abcès et de trajets fistuleux. Dans une observation de Bouniol (1897), la tuméfaction du maxillaire supérieur déforme la face et la voùte palatine, obstruant à peu près complètement la cavité nasale droite.

LaxGuE. — La langue est hypertrophiée et douloureuse; la mastication est gênée, la salivation abondante. La surface de l'organe, rouge, luisante, montre des nodules sous-muqueux gris Jaunâtre, qui donnent par grattage une matière caséeuse contenant des grains jaunes.

Lèvres. — Ignatieff à Pétersbourg et Hallander en Suède signalent

comme fréquente l’actinomycose des lèvres; il existe de petits nodules qui subissent la fonte purulente.

GanGLioNs. — Les ganglions sous-glossiens sont quelquefois atteints (Baranski, Rasmussen) ; la glande conglomérée, dure, volumineuse, ressemble à la glande de morve; des foyers caséeux renferment les actinomyces. À. Schmidt (1897) constate l’envahissement de tous les gan-

(1) VAN HARREVELT. Algemeene metastatische actinomycose. Tijdschrift voor Veeartsenijkunde, t. XXVII, 1900, p. 263 (avec bibliogr.) ett. XXVIII, 1900, p. 120.

glions de la tête, du cou et des bronches ; les organes sont transformés en des masses fibreuses du volume du poing.

Hartl rencontre des tumeurs de la peau, au niveau du flanc et du fourreau, avec ulcération et plaie fistuleuse. Dans un autre cas, les régions de l’auge, du larynx et de la parotide, des mâchoires, des lèvres, sont envahies par des tumeurs dures, qui s’abcèdent tour à tour.

Des localisations d’origine traumatique sont signalées au niveau du grasset (Perroncito), de la hanche (Vogel), de la pointe de l'épaule (Venuta). Dans quelques cas, le « champignon de castration » paraît dû à l’actinomyces (Johne, Mac Fadyean, Noniewiez).

Les lésions siègent encore sur le larynx (Rasmussen), la mamelle (Schôneck), les os (Hamburger). Chez un cheval affecté de glossite actinomycosique, Struve (1896) trouve tous les muscles du squelette envahis par des touffes d’actinomyces(?).

Rœættger(1) rapporte un cas d'actinomycose généralisée chez un cheval suspect de morve. Les ganglions de l’auge et cervicaux supérieurs sont volumineux et durs ; des nodules actinomycosiques sont disséminés dans presque tous les organes et dans les ganglions; le poumon est envahi par des foyers de suppuration. La présence du parasite assure le diagnostic (?) (2).

LA

à 9. — Actinomycose chez le porc.

Les altérations sont localisées dans les amygdales, la langue, la mamelle, et par exception dans les viscères (5).

(1) RoETTGER. Rapports prussiens. Archiv für Thierheilk., t. XXVI, 1900, p. 362.

(2) Bruschettini rapporte trois observations d’actinomycose viscérale; les poumons, la rate et le foie sont farcis de nodules, de la grosseur d’un grain de mil ou : d’un pois, opaques, durs et facilement énucléables. L'examen direct montre des corpuscules réfringents qui gardent le Gram (?) et la culture donne des filaments que l’auteur considère comme des actinomyces. La description n'entraine point la conviction et tout fait supposer une erreur de diagnostic.

BRUSCHETTINI. Tre easi d'actinomicosi nel cavallo. Giornale della R. Società veterin.,

(3) L'Actinomycose musculaire a été étudiée en Allemagne par Duncker, Virchow, Hertwig; elle est considérée comme fréquente à l’abattoir de Berlin; Brusaferro la retrouve en Ttalie.

La nature des parasites est cependant contestée par Zimmermann, puis par Lemcke (1885) qui les rapporte aux sarcosporidies. D’après Olt, les actinomyces de Duncker sont en réalité des streptocoques, parfaitement reconnaissables si l’on arrive à isoler une file de cocci dans le plan de la coupe. Davids étudie les lésions sous la direction du professeur Bostrôm; il arrive à cette conclusion inattendue que les prétendus parasites ne sont autre chose que des sarcouselements dégénérés.

La réalité d’une actinomycose musculaire est au moins très douteuse; mais l’on peut se demander si les auteurs n’ont point étudié des lésions différentes.

OLT. Muskelaktinomyceten. Monatshefte für Thierheilk., 1896, p. 20. Die Streptokokken in den Muskeln. Archiv für Thierheilk., t. XXIII, 1897, p. 57. — Davips. Ueber

OU E ACTINOMYCOSE.

AmYGDpALEs. — La tuméfaction est appréciable par la palpation; la déglutition, d’abord gênée, devient bientôt impossible.

LANGUE. — Les froubles sont identiques à ceux qui sont observés chez le bœuf.

MameLLe. — La tumeur débute par une induration à la base d’un mamelon ; elle s'étend peu à peu et s’ulcère. Les autres mamelles sont affectées tour à tour. De petites tumeurs dures, indolores, se réunissent ensuite en une masse unique, mamelonnée, parfois très volumineuse. Les ganglions inguinaux sont indemnes. L'état général n’est pas modifié (1).

Des localisations exceptionnelles sont constatées sur le poumon, le pharynæ, le rein, l'épiploon (Nocard et Greffier), les os et la peau (Kitt).

Knoll (1891) rapporte un cas d’actinomycose généralisée; les parasites sont retrouvés dans la langue, sur les séreuses, dans le foie et dans la substance compacte des corps vertébraux. Dans une observation analogue de Carl (1898), les lésions ont envahi les parois de l'estomac et de l’intestin, les ganglions, le foie et le poumon.

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