LUE
Bactériologie. — Le Streptothrix du farcin du bœuf (1) se présente, dans le pus ou dans les tissus, sous la forme de filaments rameux enchevêtrés. Il se colore bien par le Gram-Weigert, par le Gram phéniqué de Nicolle, et mieux encore par le Ziehl (fuchsine phéniquée), avec décoloration du fond par l’aniline chlorhydrique.
Le microbe est aérobie; il cultive à des températures comprises,
entre 50° et 400, Dans les bouillons, des amas blanchâtres se forment, puis tombent au fond du ballon, tandis que flottent à la surface des pellicules arrondies, lenticulaires, gris sale, avec un reflet verdâtre, d'aspect poussiéreux, qui ne se laissent pas mouiller par le liquide. « C’est surtout
dans les bouillons additionnés de glycérine et de peptone que la culture
revêt cet aspect; on dirait alors des feuilles de nénuphar s’étalant à
la surface d’un étang, ou mieux encore du bouillon gras dont les
« yeux » se seraient figés par le refroidissement. » La culture réussit encore, moins abondante et moins rapide, dans les milieux dont la réaction est légèrement acide; elle ne paraît pas modifier la réaction des
bouillons neutres ou alcalins, alors même qu’on y a ajouté du sucre.
Sur gélose, on a de petits amas arrondis, saillants, opaques, plus épais sur les bords, blanc jaunâtre, à surface mamelonnée, terne et comme poussiéreuse; à la longue, ces plaques, d'aspect lichénoïde, se réunissent el se confondent, donnant à l’ensemble de la culture l'apparence d’une membrane épaisse grossièrement plissée. La culture est moins rapide sur sérum gélatinisé; elle a le même aspect que sur la gélose,
à cela près qu’elle est plus humide. La pomme de terre donne de petites plaques écailleuses, saillantes, sèches, jaune pâle, dont les bords sont en relief et taillés à pic. La culture s'opère dans le ait sans provoquer |
la coagulation.
L'inoculation est pathogène pour le bœuf, le mouton et le cobaye.
Distribution géographique. Épidémiologie. — La maladie, autrefois répandue en France en nombre de régions, est devenue très rare et elle aura bientôt disparu; Mauri l’a rencontrée de loin en loin dans la Haute-Garonne. Elle n’est pas signalée dans le reste de l'Europe.
Au contraire, le farcin sévit à la Guadeloupe sous une forme très grave; il existe aussi à l’île Maurice, où il affecte un caractère enzootique dans quelques troupeaux.
Étude clinique.
Symptômes. — La description la plus complète du farcin de France est celle qui a été donnée par Maillet :
« La maladie affecte indistinctement les jeunes animaux, les adultes
(1) Sauvageau et Radais considèrent le parasite comme un champignon hyphomycète, auquel ils donnent le nom d’Oospora farcinica.
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et les vieux; le type chronique est le seul sous lequel elle se montre. Presque toujours borné aux membres, le farcin paraît se montrer exclusivement sous les formes de tumeurs circonscrites et de cordes; cette dernière forme est même beaucoup plus commune que l’autre.
« Les cordes, toujours indolores, insensibles et peu dures, suivent le trajet des veines superficielles des membres; elles existent surtout à la face interne des canons, des avant-bras et des jambes, et elles se font beaucoup plus rarement remarquer à l’encolure. Elles se rendent aux ganglions lymphatiques voisins, qui, assez souvent, sont plus ou moins engorgés, mais non douloureux. Il est assez rare que, sur le trajet de ces cordes, dont la grosseur égale celle du doigt, il se forme des abcès circonscrits; mais, très fréquemment, on remarque qu’elles deviennent elles-mêmes empâtées et comme fluctuantes sur une certaine partie de leur longueur; quelquefois, cet empâtement a de cinq à six pouces d’étendüe. Néanmoins, il est rare que l’humeur qu'elles contiennent alors ulcère la peau, de- dedans en dehors, et se fasse jour à la manière de celle des abcès farcineux du cheval; mais, si l’on incise sur les points où ces cordes présentent de la mollesse, on fait sortir par la pression une matière blanchâtre, inodore, athéromateuse et quelquefois de la consistance du fromage mou. La suppuration qui suit celte opération est presque nulle, et la plaie se ferme dans l’espace de cinq ou six jours. Mais il ne tarde pas à se former une nouvelle matière, qui finit par être résorbée en partie. Dans d’autres cas, cette matière se réunit en petits abcès enkystés. Le plus souvent, il est vrai, l'induration des cordes survient sans qu'il se soit manifesté de fluctuation; de sorte qu’en incisant sur le trajet des cordes on ne trouve qu'un tissu lardacé, très adhérent à la peau ou confondu avec elle, et on ne fait sortir que quelques gouttes de sang. | |
« Les tumeurs circonscrites, beaucoup moins fréquentes que les cordes, se font remarquer autour du genou, aux faces externes des avant-bras et des jambes, à l’encolure, etc... De même que les cordes, elles se développent lentement et insensiblement, persistent longtemps sans changer de forme et s’abcèdent rarement. Si on les incise, on ne rencontre le plus ordinairement qu’un tissu lardacé, blanchâtre ou grisâtre et rarement homogène. Très souvent, autour d'une tumeur de cette nature, existent une ou plusieurs cordes dont une des extrémités se perd dans la masse de la tumeur. Alors les tumeurs contiennent un ou plusieurs petits foyers purulents enkystés.
« La MARCHE du farcin du bœuf est très lente. Cette maladie peut exister pendant un an, dix-huit mois et même plus sans que la santé des animaux en soit fortement altérée. La présence de cordes et d’engorge-
ments aux membres ne détermine pas nécessairement la claudications
seulement les animaux qui travaillent se fatiguent vite. Les vaches conservent pendant longtemps leur lait. L'engraissement des animaux est néanmoins très difficile; aussi les métayers qui possèdent de tels
animaux finissent-ils par s’en défaire lorsqu'ils A D d’une maigreur persistante, Je n’ai jamais vu de bœuf ni de vache mourir par suite du farcin, mais beaucoup de ces animaux, bien que dans
un élat d’embonpoint peu prononcé, finissent par être vendus pour la
boucherie. »
Le farcin de la (tuadeloupe, décrit par Couzin, se présente sous un type plus grave :
L'affection semble débuter par l’inflammation d’un ganglion Iymphatique; les ganglions brachiaux, pré-scapulaires, pré-pectoraux sont les premiers atteints: le ganglion tuméfié, chaud, douloureux, œdémateux, augmente lentement de volume et fn par offrir les caractères d’un
abcès froid -induré; la ponction donne un pus épais, crémeux, parfois caséeux et elle: La paroi de l’abcès est très épaisse (8, 10, 12 centimètres), indurée, lardacée, criant sous le bistouri; sa face interne est tomenteuse, douce au toucher, bourgeonneuse. Après la ponction, le malade semble revenir à la santé; mais, à une échéance plus ou moins éloignée, (parfois six mois), d'autres tumeurs se montrent, parcourant les mêmes phases que la première. L'animal meurt dans le marasme.
Lésions. — Les altérations sont peu connues. Lafosse extirpe « une corde noueuse, étendue du genou à l'entrée du thorax et présentant des renflements successifs de son trajet. Une dissection minutieuse montre que la corde est formée d’un tissu squirrheux, au sein duquel sont disséminés de petits tubercules ».
Couzin rencontre, dans tous les cas, des collections purulentes dans les ganglions des membres et du tronc; en outre, chez certains animaux, lés poumons, le foie, la rate et les ganglions, sont farcis de pseudotubercules dont la partie centrale a subi la transformation caséeuse ou purulente, suivant le volume de la tumeur. On trouve, dans le voisinage des foyers caséeux, un nombre considérable de follicules nodulaires,
tuberculiformes, contenant au centre des touffes épaisses du strepto-
thrix. Il existe parfois dans les poumons de gros tubercules ramollis.
Diagnostic. — Les accidents ne peuvent guère être confondus qu'avec la tuberculose cutanée et avec les lymphangites et adénites tuberculeuses. Le diagnostic est assuré par l'examen bactériologique du pus. Sur le cadavre, la coexistence de lésions viscérales, chez certains animaux, portera encore à soupçonner la tuberculose.
Étiologie. — Étude expérimentale.
On ne possède aucun document sur l’étiogénie de la maladie. La virulence est localisée à coup sûr au niveau des altérations spécifiques et la transmission est à craindre lors d’abcédation des tumeurs. D’après Maillet, « le farcin ne fournit que rarement des matières suppurées de
nature à être en contact avec la peau d'animaux non affectés et personne
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ÉTIOLOGIE, — ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 367
ne le considère comme apte à se communiquer ». La maladie procède sans doute d'une infection directe par des germes répandus dans les litières ou dans les sols, la pénétration s’opérant à travers le tégument,
. au niveau d'une solution de continuité.
L'infection expérimentale est obtenue chez le cobaye, le bœuf et le mouton. Le lapin, le chien, le chat, le cheval et l'âne, sont réfractaires.
Chez le cobaye, l’inoculation sous-cutanée produit un abcès volumineux; l'animal maigrit et semble devoir succomber, puis il revient peu à peu à son état normal. L’inoculation intra-péritonéale et l'injection intraveineuse tuent en % à 20 jours, avec des lésions de tuberculose miliaire aiguë. À l’ouverture des cobayes inoculés dans le péritoine, la séreuse est farcie de nodules tuberculiformes, renfermant des amas bacillaires irréguliers. Les viscères abdominaux (foie, rate, reins, intestins) sont farcis de pseudo-tubercules; mais un examen attentif permet de s'assurer que le péritoine est seul atteint et que le parenchyme est intact. Les organes thoraciques ne sont jamais envahis. Les lésions consécutives à l'injection intra-veineuse simulent mieux encore la tuberculose miliaire généralisée ; tous les viscères, mais surtout le poumon, le foie et la rate, sont infiltrés par un nombre considérable de petits nodules, au centre desquels l'examen microscopique, après coloration par la méthode de Gram-Weigert, montre une ou plusieurs touffes de bacilles.
Chez la vache et chez le mouton, l'injection intra-veineuse provoque aussi des lésions généralisées, mais les animaux résistent plus longtemps. Vingt à vingt-cinq jours après l’inoculation intra-veineuse de pus virulent, les poumons renferment un nombre considérable de granulations miliaires, grisâtres, semi-transparentes, abondantes surtout dans les couches superficielles; chacune a pour centre une grosse touffe de bacilles enchevêtrés. Le foie et la rate présentent une éruption discrète des mêmes lésions. Le bacille inoculé sous la peau reste pendant plusieurs mois confiné dans les vaisseaux ou les ganglions lymphatiques du voisinage et l’état général n'est pas modifié. On comprend que les bœufs farcineux puissent continuer leur service, aussi longtemps que le bacille n’a pas franchi les ganglions et pullulé dans les viscères.
L'inoculation accidentelle s'opère sans doute par une effraction tégumentaire périphérique, au niveau des membres le plus souvent. Le parasite envahit de proche en proche, par une progression très lente, les voies lymphatiques, dans lesquelles 1l reste généralement cantonné. Si toutes les barrières ganglionnaires ont été franchies, les microbes déversés dans le sang sont lancés dans tous les tissus et cultivent en certains parenchymes, dans le poumon notamment.
Résistance du virus. — Les cultures conservent longtemps leur virulence et leur végétabilité; elles tuent le cobaye après quatre mois de séjour à l’étuve, à 38°. Le parasite est tué en 15 minutes à 65° et en 10 minutes à 70° (Nocard). Dans un espace clos, l’acide sulfureux, à la
dose de 60 grammes de soufre par mètre cube, tue sûrement après 24 heures de contact (Thoinot).
Traitement. — Prophylaxie.
L'intervention chirurgicale est indiquée si les lésions sont encore limitées; on doit enlever tous les lymphatiques envahis et cautériser à fond les tissus voisins. L'iodure de potassium n’a aucune influence sur la
marche de l'infection (Nocard).
Les malades seront isolés jusqu’à leur complète guérison; on évitera les inoculations possibles par l'intermédiaire des jougs et des harnais.