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CHAPITRE XXX

BURSATTEE — LEECHES

On désigne dans l'Inde sous le nom de « Bursattee » (1) et dans les Etats-Unis sous celui de « Leeches » une affection de la peau et du tissu sous-cutané, observée chez le cheval et due à une forme mycélienne non classée.

La même maladie est étudiée en France, par Drouin et Rénon, comme une « mycose innomée du cheval ».

Historique (2). — La maladieest décrite dans l'Inde, à de nombreuses reprises, par les vétérinaires militaires anglais. En 1829, James Kerr signale dans les régions de l’est une maladie du cheval, caractérisée par la présence de petites tumeurs ulcérées à la commissure des paupières, sur la face et sur le scrotum ; les indigènes croient à la transmission par les mouches. Johns Toiubs (1851), Jackson (1842), Hodgson (1855), James Western (1853) émettent des opinions diverses sur la nature des lésions. |

Spooner Hart (1872-1875) donne une description de la maladie et la rapproche des chéloïdes, de l’épithélioma et de l’ulcère rond; les tentatives d’inoculation au cheval ne donnent pas de résultat.

Les recherches de F. Smith (1879) apportent d'intéressants documents. On trouve enchâssées dans les plaies des concrétions dures, grises, qui atteignent jusqu’au volume d’un œuf. Les inoculations du pus au cheval restent stériles; dix domestiques indigènes, inoculés au bras avec Ja même matière, ne présentent aucun accident; un chien reste également indemne. Les tumeurs renferment des champignons « qui ont une tendance à se développer en longueur et à se combiner en masses; on trouve aussi des cellules spéciales, d'apparence épithélioïde, brillantes et de couleur jaune ».

John Steel (1881) retrouve « Le parasite et les cellules brunes de Smith » dans des lésions du foie; il étudie le mode de développement du mycélium et des spores et conclut nettement au rôle pathogène des éléments (5).

(1) L'expression de « bursattee » dérive de l’hindou burus (pluie), burusana (pluvieux) ; elle correspondrait à celle de « maladie de la pluie ». L’affection est observée en effet dans les localités humides et pendant la saison des pluies.

(2) PrEeRRE Fisn. Leeches. 12* and 13 annual Reports of the Bureau of animal industry. Washington, 1897, p. 229 (avec bibliographie).

(3) « Thus bursattee takes its place among parasitic disorders of fungal origin.

Nocarnp et LECLAINCHE. — 3° édit. — II. 4 24

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Smith revient en 1884 sur le champignon du bursattee, dont il donne une figure et une courte description. |

La maladie est signalée pour la première fois aux États-Unis par Lyford, en 1886; elle sévit dans les environs de Minneapolis et de Saintraul (Minnesota), à la fois sur le cheval et sur le mulet. Des lésions sont plusieurs fois adressées au « Bureau de l’industrie animale » de Washington; en 1894, Théobald Smith étudie des tissus conservés dans l'alcool et reconnaît la présence d’un champignon semblable à celui de l’acti-

nomycose ou du « pied de Madura »; le mycélium se développe dans les

tissus, qui s’incrustent de sels de chaux. Bitting (1894) retrouve le « leeches » dans la Floride; il donne des indications sur les caractères histologiques des tumeurs et sur l’aspect du parasite dans les tissus.

En 1896, Drouin et Rénon(l, observent à Alfort un cheval affecté de tumeurs cutanées de forme insolite; ils décèlent dans les tissus un « mycélium ramifié » et ils concluent à l'existence d’une maladie nouvelle. La description et la représentation des lésions montrent à l'évidence qu'elles correspondent au « bursattee » de l'Inde et au « leeches » d'Amérique. |

Pierre Fish publie en 1897 une bonne monographie de l'affection ; il apporte des précisions nouvelles sur l'anatomie pathologique des lésions et sur le champignon parasite.

De Haan et Hoogkamer (2) recueillent à Java douze observations d'une mycose caractérisée par la présence de plaies ulcéreuses sur la peau et sur la muqueuse des gencives et des lèvres; ils retrouvent le ‘parasite de Smith et proposent de désigner l'affection sous le nom de « Hypho-mycosis destruens » (5).

Nature de la maladie. Bactériologie. — Le bursattee est dû à un mycélium voisin des streptothrix parasites par ses caractères morphologiques. Toutefois, les tentatives de culture ont échoué jusqu'ici et les

It is hard to find a parallel to it. Closely resembling certain vegetable parasitic diseases of the skin, it somewhat approaches the cancer in its power of invading internal organs as well the surface of the body. »

(4) Drouin et RÉNON. Nole sur une mycose sous-cutanée innomée du cheval. C. R. Société de biologie, 1896, p. 425. — Drouin. Sur une nouvelle mycose du cheval. Recueil de médecine vétérin., 1896, p. 537.

(2) J. DE Haan et HooGkamEer. Hypho-mycosis destruens. Veeartsenijkundige Bladen voor Nederlandsch-Indië, t. XIII, 1901, p. 550. <= J. pe Haan. PBôüsartige Schimmelkrankheit des Pferdes. Centralblatt für Bakteriol., t. XXXI (Origin.), 1902, p.158.

(3) L'identité de toutes ces formes n’est pas douteuse. De Haan estime, sans en indiquer les raisons, que l’on a confondu sous les noms de « bursattee » et de « leeches » des maladies différentes. Il est possible que certaines descriptions celiniques soient en effet trop compréhensives, mais la description du mycélium donnée par la plupart des auteurs ne laisse aucun doute sur la nature de l'infection. L’absence d'infiltration calcaire dans les lésions étudiées à Java n’a aucune signification diagnostique. De Haan reconnait d’ailleurs que l'observation de Drouin et Rénon est identique aux siennes. Ha à

végétations étudiées au sein des tissus ne sont connues que d’une façon très incomplète.

Espèces affectées. — La maladie est constatée chez le cheval “ chez le mulet. Le bœuf est rarement affecté et dans certaines régions seulement (?). Toutes les autres espèces, l’homme y compris, sont entièrement réfractaires.

Distribution géographique. — Le bursattee est observé dans le Burmah et dans l'Hindoustan; il est localisé aux vallées basses des grands fleuves; les hauts plateaux et les localités montagneuses sont indemnes.

Aux États-Unis, l’affection est signalée dans le Minnesota (Lyford), le Kansas et l'Alabama (Anderson), la Floride (Neal et Bitting) ; d’après les renseignements obtenus par le gouvernement fédéral, elle est connue dans toute la région de l’est ; la partie comprise entre les monts Alleghany à l’est et larivière Potomac au nord paraît seule indemne.

À Java, la maladie sévit dans les environs de Batavia (1).

Étude clinique.

Symptômes. — On peut distinguer, suivant le siège des lésions, une forme cutanée et une localisation sur les muqueuses (2). I. FORME CUTANÉE. — La maladie débute, dans le derme cutané ou

dans le tissu conjonctif, par de petites tumeurs dures, confluentes en certaines régions. L’éruption s'opère de préférence sur la face, les lèvres, les paupières, le corps clignotant, au niveau du cou, du garrot, de l'épaule, des parties génitales... La région envahie est parfois le siège d’un prurit intense.

Les tumeurs s'étendent rapidement et de nouveaux boutons apparaissent dans leur voisinage. Les foyers anciens s’abcèdent parfois ; le poil se hérisse; on perçoit de la fluctuation; la peau, amincie et nécrosée, laisse échapper un pus grumeleux. Thé plaie est rebelle à la cicatrisation; elle conserve un caractère ulcéreux ou bien les bourgeons forment une masse dure, exubérante, en chou-fleur. En certaines régions, les plaies se recouvrent d’une pellicule croûteuse et foncée, tandis que la suppuration continue dans les parties profondes; l'aspect rappelle celui des brûlures anciennes.

La peau est épaissie, adhérente aux parties profondes; des fistules multiples pénètrent dans les tissus sous-jacents et fournissent un pus de

() L’unique cas constaté en France n'implique nullement la présence de l’infection dans notre pays. Il serait intéressant ce rechercher si le cheval atteint n’est pas d’origine américaine.

(2) La description donnée est très incomplète. Les vétérinaires anglais, qui ont écrit des centaines de pages sur le bursattee, ne fournissent que des indications sommaires et peu précises.

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caractères variables. Les ganglions lymphatiques ne sont pas envahis; on constate DT A dans quelques cas à évolution aiguë, un œdème inflammatoire et de la douleur au niveau des ganglions de la région.

Les animaux sont d’une maigreur extrême ; les muqueuses sont pâles et infiltrées. L’appétit est faible, capricieux; on observe des alternatives de diarrhée et de constipation.

II. Muqueuses. — Les muqueuses de la bouche, des lèvres et du nez sont atteintes de préférence. Les accidents débutent souvent au niveau des gencives; la tuméfaction s'étend jusqu’au palais; la muqueuse enflammée est épaissie et ulcérée. Les lésions gagnent les parois de l’alvéole (périostite alvéolaire). On trouve, dans la profondeur des tissus, les amas gris jaune caractéristiques. Dans les formes anciennes, la nécrose atteint les os sous-jacents. L'évolution est toujours plus rapide que celle des lésions cutanées.

Lésions. — Des tumeurs fibreuses, isolées ou confluentes, renferment des concrétions de forme particulière. Dans les nodules isolés, une coque fibreuse épaisse limite une cavité remplie par une masse dure, jaunêtre, de forme irrégulière, mamelonnée à la surface, du volume d’une lentille ou d’un pois à celui d’une noix ou d’un œuf. Les concrétions enchâssées dans les tissus sont facilement énucléées; elles sont assez friables ; leur consistance est celle d’un mortier de chaux.

Sur la-coupe, les concrétions se montrent formées, à la périphérie, par une végétation mycélienne feutrée, dense, qui apparaît après traitement par la potasse caustique à 10 pour 100. Les filaments figurent ‘une arborisation irrégulière; ils paraissent constitués par un axe central, qui fixe la matière colorante (Gram- éosine), entouré par une gaine hyaline ou transparente. Dans certaines préparations, colorées par la méthode de Biondi-Ehrlich, la paroi des filaments paraît irrégulière et couverte de petites spinules. On trouve à la périphérie de la concrétion, au milieu de nombreux leucocytes à divers degrés de dégénérescence, des terminaisons mycéliennes renflées (massues), dont certaines paraissent renfermer des corps particuliers (spores?); de petites houppes mycéliennes ramifiées partent de la surface de la masse et tendent à envahir les tissus voisins. Des formes d’involution sont indiquées par la présence de vacuoles ou par la constitution hétérogène des filaments. On voit encore, dans les amas mycéliens, des « corps sphériques », de forme irrégulière, fixant fortement la couleur, dont la nature est insuffisamment déterminée. La masse feutrée constituée par le mycélium subit assez vite l’infiltration calcaire et prend les caractères signalés par tous les observateurs.

La confluence des altérations en certains points aboutit à la formation de cuirasses fibreuses étendues, soudées aux tissus sous-jacents par des prolongements indurés qui envahissent le tissu conjonctif sous-cutané et intermusculaire. Le tissu néoformé est constitué par une trame con- Jonctive dense, infiltrée par des leucocytes et par un grand nombre de cellules épithélioïdes. En quelques points, celles-ci constituent des amas,

et l’aspect de la coupe simule le cancer. Certains leucocytes renferment

des formes semblables à celles qui sont trouvées à l’état libre dans les

amas mycéliens (corps sphériques); ils prennent une teinte orange après

coloration par la méthode de Biondi-Ehrlich. D’autres leucocytes sont

creusés de vacuoles, et leur noyau est en voie de division.

Des formes microbiennes diverses sont rencontrées dans les parois des ulcères et dans les foyers ouverts; au contraire, les lésions closes renferment le mycélium seul.

La présence de lésions osseuses est plusieurs fois signalée; on mentionne aussi l’envahissement de la langue (Lyford), des poumons (Meyrick) et du foie (John Burke).

Diagnostic. — La présence de tumeurs cutanées multiples, indurées, creusées de trajets fistuleux persistants, limite étroitement le diagnostic différentiel. Les lésions de la morve cutanée sont plus discrètes et affectent des caractères tout autres; la lymphangite épizootique et la lymphangite ulcéreuse sont encore plus distinctes. Les tumeurs cutanées n’abouüssent que par exception à la suppuration. La botryomycose se rapproche davantage du bursattee; le diagnostic clinique serait assuré par la présence, au sein des tumeurs ou dans les trajets fistuleux, des concrétions signalées ; d'autre part, les botryomycomes n’ont qu’une faible tendance à l'extension.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Aux États-Unis, la maladie est observée surtout sur les « chevaux de sang »; les poneys de Cuba et du Texas sont à peu près indemnes. Les mulets sont plus rarement affectés que les chevaux; l'affection est encore plus rare chez les vaches. Les chiens, les chats, les porcs, les poulets sont réfractaires.

La maladie est spéciale à certaines régions; elle sévit de préférence dans les localités humides, sur le cours des grands fleuves. Les accidents apparaissent pendant la saison chaude, peu après le début de la période des pluies; la maladie est surtout fréquente aux États-Unis pendant les mois de juillet et août.

Les éleveurs ne croient pas à la contagion. L’éliogénie semble analogue à celle de l’actinomycose. Les champignons saprophytes, répandus dans les sols et à la surface des végétaux, sont inoculés en différents points. La prédominance de chacune des diverses localisations est expliquée par les conditions d’alimentation et d'entretien des animaux. Les fourrages durs déterminent des érosions sur les lèvres ou éraillent le bord libre de la gencive; les plaies cutanées ou les blessures pendant le décubitus assurent la pénétration en diverses régions. Le rôle des mouches, depuis longtemps soupçonné, n’est nullement établi.

Les tentatives d’inoculation ont échoué jusqu'ici. Les quelques don-

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nées acquises permettent de penser que le parasite inoculé en un point des téguments, le plus souvent au niveau de la bouche et des lèvres, cultive sur place et donne des spores qui sont transportées par les leucocytes. Des foyers de culture s’opèrent ensuite dans diverses régions, grâce à des circonstances occasionnelles diverses. La prédilection des parasites pour le tissu cutané est manifeste; les altérations viscérales sont rares et restreintes.

Traitement.

La destruction complète des foyers est considérée par tous les praticiens comme l'intervention la plus sûre; elle est obtenue par l’excision des tumeurs ou par la cautérisation profonde. Il convient d'intervenir aussitôt que possible, pour éviter des traumatismes étendus; la guérison est rapide si tous les foyers ont été enlevés. Par contre, la récidive est certaine si les parasites n’ont pas été détruits en totalité (Drouin).

L'extension des lésions ou leur localisation en des points peu accessibles rendent l'intervention chirurgicale difficile ou impossible en quelques cas. Certaines médications ont été conseillées. S. Smith (1889) à recours aux pulvérisations d'acide arsénieux sur les tumeurs; on obtient la destruction des tissus et la cicatrisation; Bitting (1877) dit avoir obtenu des résultats favorables par l'emploi de l’iodure de potassium. De Does (1) obtient dans trois cas la guérison de lésions buccales avec l’10- . dure (10 à 30 gr. par jour); le traitement doit être longtemps prolongé ; les faibles doses ne produisent aucun effet. |

(1) J. DE Haax. Loc. cit., p. 759 en note).

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