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CHAPITRE XXXI

ACTINOBACILLOSE

Lignières et Spitz (1) décrivent sous le nom d’ « actinobacillose » une maladie du bœuf, confondue jusqu'ici avec l’actinomycose, due à un bacille qui affecte dans l'organisme des formes rayonnées (actinobacille).

La maladie est épizootique dans la République Argentine (2).

Bactériologie. — Le pus frais renferme des grumeaux opaques, blanc grisâtre, d'aspect gélatineux, de la grosseur d’une tête d’épingle environ, conslilués par des toufles de massues identiques à celles de l’actinomycose. Les éléments sont formés d’une masse protoplasmique réfringente; ils convergent par leur partie effilée vers le centre de la touffe qui ne laisse jamais voir de filaments mycéliens. Le pus recueilli dans un abcès ne donne pas de culture dans les milieux ordinaires ; au contraire, si on broie le pus dans un mortier et qu’on le sème sur gélose on obtient toujours une culture après 24 heures de séjour à l’étuve.

L'actinobacille revêt dans les cultures la forme de bacille, de coccobacille ou de diplocoque; les bâtonnets mesurent 1 v 2 de longueur sur 0 uw 4 d'épaisseur. Le microbe est immobile; il ne donne pas de spores. La coloration est facile avec toutes les couleurs d’aniline, en particulier avec la fuchsine phéniquée et le violet acide; la décoloration est rapide par le procédé de Gram. ÿ S

La culture est obtenue, à 37, sur différents milieux, à l’air et dans le vide. Le bouillon peptonisé est troublé dans toute la masse; la réaction du milieu ne change pas; il n’y a pas d’odeur spéciale. L'addition de sérum favorise la culture; un voile formé de strepto-bacilles enchevêtrés couvre la surface. Le bouillon lactosé ou glycosé devient acide. Le développement sur gélatine est faible, en raison de la température

(4) LiGnières et Spitz. La Actinobacilosis. La Revista veterinaria, 1902, p. 77, et Boletin de agricultura y ganaderia (Republica Argentina), 1902, p. 169. Actinobacillose. Broch. Buenos-Aires, 1902 (avec planches).

(2) Il est certain qu’elle existe aussi en d’autres pays. Avant la publication du travail de Lignières et Spitz, nous avions plusieurs fois observé que l’étude bactériologique est impuissante à mettre en évidence le mycélium ramifié de l’actinomyces dans certaines langues de bois du bœuf. Depuis, dans un cas de langue de bois typique, où les lésions fourmillaient de touffes rayonnées, identiques à celles de l’actinomycose et colorées comme elles en jaune intense par la glycérine picrocarminée, nous avons pu isoler le microbe de Lignières et Spitz et vérifier l’exactitude de leurs descriptions. ;

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défavorable; la strie donne une légère traînée blanchâtre ou bleuâtre; le milieu n'est-pas liquéfié. La gélose est très favorable; après 24 heures, les colonies sont visibles, petites, translucides et bleuâtres ou plus grandes et opaques; les premières cultures sont peu abondantes, sèches et adhérentes; après quelques passages, la culture devient plus active, filante et visqueuse; l’odeur rappelle un peu celle du sperme. Le sérum liquide de cheval n’est pas troublé; la culture est indiquée par un dépôt floconneux. Le sérum coagulé est un milieu médiocre. Sur pomme de terre alcalinisée, on a une couche assez faible, luisante, gris jaunâtre. La culture en lait est facile; le liquide n'est pas coagulé, bien qu'il prenne une réaction acide:

La gélose de Wurtz est virée en 48 heures dans les premières cultures; après un certain nombre de passages sur gélose ordinaire, le milieu de Wurtz n'est plus modifié. La culture en bouillon pancréatique décèle une petite quantité d’indol après 4 à 5 jours (1).

Les cultures en milieux liquides renferment des toxines qui résistent au chauffage à 100° et qui traversent la bougie F de Chamberland.

Le bacille est pathogène pour le bœuf, le mouton, le cobaye, la souris grise.

Épidémiologie. — Dans la République Argentine, l'actinobacillose a, depuis l'été de 1900, un caractère envahissant dans la province de Buenos-Aires; dans le nord-est, Murtagh (2) rencontre la « langue de bois » chez 15 pour 100 des animaux et des localisations osseuses chez

6 à 7 pour 100. Dans certaines exploitations 40 à 50 pour 100 des bovidés

succombent.

La maladie affecte parfois une marche épizootique dans les troupeaux; en quelques semaines, 25 à 50 pour 100 des bœufs sont atteints et elle diffuse avec rapidité. En d’autres cas, au contraire, elle sévit sous une forme sporadique dans les élevages et montre peu de tendance à l’extension. è

Étude clinique.

Symptômes. — Les symptômes sont analogues à ceux de l'actinomycose; on retrouve les mêmes localisations, avec des degrés de fréquence différents. Les lésions portent de préférence sur le fissu conjonctif sous-cutané du cou (80 pour 100 des cas); la langue n’est affectée qu’assez rarement (5 pour 100); les localisations sur le poumon, les ganglions, le pharynxz, la mamelle, les os. sont encore plus exceptionnelles.

I. ACTINOBACILLOSE GUTANÉE. — L’infection est traduite par des collections purulentes ou par des indurations diffuses.

(1) Le travail de Lignières et Spitz contient en outre des recherches sur la formation des massues et des touffes dans l'organisme et des considérations sur la structure et la signification de ces éléments.

(2) MüRTAGH. La Actinomycosis. Revista veterinaria, t. V, 1900, p. 285.

a) Les abcès se développent dans le tissu sous-cutané, de préférence dans la région de la gorge. Ils forment au début des tumeurs arrondies, empâtées, peu saillantes, fibreuses, du volume d’une noix ou d’une pomme, adhérentes à la peau, peu sensibles à la pression. En quelques jours, la tumeur atteint le volume du poing et devient fluctuante. L'abcès est « froid »; la sensibilité est peu marquée et il n’y a pas d'œdème périphérique.

Le foyer ne s'ouvre qu'après plusieurs semaines ou plusieurs mois; le pus est très visqueux, blanc laiteux ou un peu verdâtre, sans odeur; il s’'étire en gros filaments qui adhèrent aux poils. Un examen attentif montre de petits grumeaux blanc grisâtre, du volume d’une tête d’épingle au plus; mais jamais, sauf dans les lésions de la mâchoire, on ne trouve des grains jaunes et des granulations calcaires. La cavité de l’abcès est comblée par des végétations fongueuses, qui forment au niveau de l’orifice une plaque grisâtre, croûteuse, de la grosseur d’une cerise ou d’un macaron. Ces lésions tendent à persister indéfiniment.

Les abcès actinobacillaires sont multiples le plus souvent; ils sont répartis à la surface de la parotide, à la base de l'oreille, dans l’espace intermaxillaire, sur les maxillaires supérieurs; ils siègent rarement (2 pour 100 des cas) sur les côtes, les flancs, l'abdomen, la face interne des cuisses. Cette forme coexiste avec des localisations sur les ganglions, la langue, le poumon.

b) Sous une seconde forme, moins commune, l'infection se traduit par une hyperplasie du. tissu conjonctif sous-cutané. Une cuirasse fibreuse, dure, parsemée de foyers purulents de la grosseur d’un pois ou d'une noisette, envahit les côtés de la tête, le fourreau ou la région inférieure des membres (éléphantiasis actinobacillaire). On ne trouve pas, en général, de foyers purulents profonds, mais de petits abcès tout à fait superficiels, développés dans l'épaisseur du derme. Les cavités ouvertes sont comblées par des végétations fongueuses grisâtres, qui persistent pendant longtemps.

IT. ACTINOBACILLOSE GANGLIONNAIRE. — Les diverses localisations ont pour conséquence habituelle l’envahissement des ganglions correspondants. En quelques cas aussi, les ganglions dé toute une région sont seuls affectés.

Les adénites superficielles sont décelées par des abcès froids, isolés ou en chapelets; la tuméfaction des ganglions profonds ou cavitaires provoque des troubles respiratoires ou digestifs variables, de l’amaigrissement et la mort par inanition.

III. ACTINOBAGILLOSE LINGUALE. — Les symptômes sont ceux de la « langue de bois » actinomycosique. La salivation abondante et la difficulté de la préhension des aliments attirent l'attention. Peu à peu, l'organe hypertrophié déborde l’arcade des incisives; sa surface est parsemée de nodules saillants ou de petits ulcères à bords déchiquetés et violacés; un œdème considérable envahit l’auge; les ganglions sont

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hypertrophiés et indurés; la déglutition devient impossible; le malade maigrit, se cachectise et meurt. | IV. Prarynx. — La localisation est décelée par la difficulté croissante de la déglutition, Re de la toux et des accès de dyspnée. V. GLANDES SALIVAIRES. — La parotide est surtout exposée. La région est déformée, dure et sensible. Il existe toujours des lésions de la peau et des ganglions dans le voisinage.

VI. MaMELLE. — Un seul quartier est atteint en général; « les signes sont ceux d’une mammite chronique intershtielle ordinaire ». VII. Os. — Les symptômes sont ceux de l'ostéosarcome. La tumeur

siège de préférence sur la mâchoire supérieure; elle est creusée de fis-.

tules et d’anfractuosités irrégulières, tapissées de bourgeons charnus.

Lésions.— Les lésions consistent, comme dans l’actinomycose, en des foyers de suppuration caséeuse, avec néoformation fibreuse abondante.

GanGLions. — De petits foyers ramollis, jaunâtres, sont remplis de pus crémeux que la pression fait sourdre en gouttelettes. À une période ultime, le ganglion est mou, fluctuant, parfois réduit à une poche unique remplie de pus.

LanGuE. — L'organe est transformé en un bloc de consistance fibreuse; les muscles sont pâles, en partie sclérosés, atrophiés et infiltrés de sérosité. Des nodules durs, de la grosseur d’un grain de mil ou de chènevis, blancs, difficiles à énucléer, renferment une petite masse molle, formée d’un amas de touffes caractéristiques.

L'examen histologique montre que les nodules débutent par un afflux leucocytaire enserrant une touffe de massues à éléments jeunes; un peu plus tard, les parasites sont entourés et dissociés par des leucocytes polynucléaires, tandis qu’une coque conjonctive limite le foyer. Les nodules actinobacillaires, disséminés dans tout l’organe, sont surtout abondants dans le tissu conjonctif sous-muqueux. Ils sont le point de départ du processus irritatif qui provoque la néoformation fibreuse.

PHaryxx. — Les tumeurs, saillantes et pourvues d'un court pédicule, ont le volume d’une noix ou d’une pomme. Leur surface est lisse ou chagrinée; leur tissu est mou, spongieux et la pression fait sourdre des gouttelettes de pus qui renferment les parasites.

MAMELLE. — Le quartier atteint est transformé en une masse fibreuse limitant des nodules purulents remplis de touffes bacillaires. Poumox. — Les foyers initiaux ressemblent aux tubercules gris; les

autres ont l'aspect de nodules saillants, ayant jusqu’au volume d’une noisette, isolés ou confluents en amas de la grosseur du poing; la coupe montre une cavité purulente, limitée par une coque fibreuse. Le tissu pulmonaire est parfois hépatisé et infiltré de pus au voisinage ‘es foyers.

Os. — L'os hypertrophié est creusé de cavités irrégulières; le tissu sous-cutané, épaissi et infiltré, est soudé aux parties sous-jacentes. Les foyers récents, encore clos, donnent un pus blanc, crémeux, parsemé de

ÉTIOLOGIE. — ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 379

grains calcaires constitués par des touffes actinobacillaires calcifiées et rigides.

Diagnostic. — Les caractères évidents des diverses localisations limitent le diagnostic différentiel à l’actinomycose. Un premier élément est fourni par la prédilection de l’actinobacille pour la peau et par la rareté des localisations sur les maxillaires. Un autre caractère important est tiré de la participation constante à l’infection des ganglions annexes de l’organe envahi. Les caractères du pus sont aussi différents; jamais, sauf dans les lésions de la mâchoire, on ne trouve des grains jaunes simulant ceux de l’actinomyces.

L'examen bactériologique du pus assure le diagnostic. En quelques secondes, les touffes se colorent en jaune par la glycérine picro-carminée, tandis que les éléments du pus prennent une teinte rosée; on ne trouve Jamais de formes filamenteuses et la coloration de Gram donne un résultat toujours négatif. |

Le sérum des malades agglutine le microbe en culture liquide. Cette réaction pourrait être utilisée; toutefois le pouvoir des divers sérums est assez variable.

Étiologie. — Étude expérimentale.

Réceptivité. — L'infection accidentelle frappe à peu près exclusivement le bœuf. Il est très rare que le mouton soit atteint. Le cheval, l'âne, le porc sont à l’abri de la contagion. La réceptivité n’est guère plus étendue à l'égard de la transmission expérimentale.

Une première atteinte ne confère pas d’immunité; les sujets malades ou guéris depuis peu sont plus sensibles à l’inoculation de la culture.

Modes de l'infection. — Les procédés de l'apport microbien sont indéterminés, mais la contagion est démontrée nettement par l’observation. L’infection paraît s’opérer sur les premières voies digestives, par les érosions accidentelles de la muqueuse. La fièvre aphteuse constitue une cause occasionnelle, en multipliant les portes d'entrée offertes au parasite.

Modes de la pénétration du virus.— L’inoculation au bœuf, sous la peau, d’une culture de l’actinobacille, reproduit une évolution semblable à l'infection accidentelle. L’æœdème inflammatoire initial se densifie peu à peu; un abcès se forme au sein d’un tissu fibreux lardacé ; la ponction donne un pus identique à celui des abcès spontanés. L'extension des lésions est exceptionnelle; le plus souvent le foyer local finit par s’ouvrir et il se cicatrise avec une extrême lenteur. L’injection intra-veineuse de cultures en bouillon (5 à 10 c. c.) ou sur gélose détermine des troubles passagers et, par exception, des localisations erratiques (arthrite purulente); l'injection du pus reste sans effet.

Chez le mouton, l’inoculation sous-cutanée d’une culture jeune et très

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