CHAPITRE XXXIII
PYÉLO-NÉPHRITE BACILLAIRE DU BŒUF
On désigne sous le nom de pyélo-néphrite bacillaire une inflammation étendue aux différentes parties de la muqueuse urinaire et déterminée par un bacille spécial.
L'expression ne traduit en réalité que le degré ultime de l'affection; pendant les premières périodes, l’inflammation gagne progressivement la muqueuse de l’urètre, de la vessie, de l’uretère et du bassinet.
Historique. — Siedamgrotzky observe la maladie en 1875; il donne une analyse déjà complète des altérations histologiques et signale la présence de bactéries dans les foyers dégénérés du rein. Pflug mentionne les mêmes accidents dans son travail sur « les maladies des voies urinaires ». Damman décrit un cas de « néphrite bactérienne » chez une vache ; il trouve des amas de bactéries dans les canaux urinifères.
En 1888, Hess (1) analyse les symptômes et les lésions observés dans trois cas de pyélo-néphrite. Pendant les années suivantes, Hess recueille des documents qui permettent une étude clinique synthétique de la maladie. Fricdberger (2), Gillot (3), Mollereau et Porcher(#), Bartels (5), Imminger..…., publient de nouvelles observations.
L'étude microbiologique de la pyélo-néphrite est faite, presque en même temps, par Enderlen et par Hôflich (6). |
Bactériologie (7). — Le microbe de la pyélo-néphrite se montre, dans les tissus ou dans les cultures, sous la forme d’un bâtonnet mesurant 2 à 5 y de longueur sur 0,6 à 0,7 v de largeur.
(1) Hess. Pyelo-Nephritis beim Rinde. Schweizer-Archiv für Thierheïlk., t. XXX,
1888, p. 269; t. XXXII, 1890, p. 224; t. XXXIII, 1891, p. 157; t. XXXIV, 1892, p. 70.
(2) FRIEDBERGER. Pyelonephritis und Urethritis bei einer Kuh. Jahresber. der Thierarztl. Hochschule in München, 1891, p. 164.
(3) GizLor. Pyélite chronique chez une vache. Recueil de médecine vétérin., 1888,
(4) MozLEREAU et Porcuer. Pyélo-néphrite bactérienne chez une vache. Bulletin de la Soc. centr. de méd. vétér., 1895, p. 322.
(5) BARTELS. £in Fall von Pyelonephritis bacillosa bei einer Kuh. Deutsche thierärztl. Wochenschrift, 1897, p. 303.
(6) ENDERLEN. Primäre infectiüse Pyelo-Nephritis beim Rind. Deutsche Zeitschr. für
… Thiermed., t. XVII, 1891, p. 325. — HôrLicu. Die Pyelo-Nephritis bacillosa beim Rinde.
Monatshefte für Thierheïlk., t. II, 1891, p. 537. (1) Voir, en outre des travaux de Enderlen et de Hôflich : MAssELIN et PORCHER.
“ Con'ribution à l'étude des pyélo-néphrites. Recueil de médecine vétérin., 1895, p. 657.
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Le bacille se colore facilement par les couleurs d’aniline; il prend très bien les colorations de Gram et de Weigert.
Aérobie, le microbe cultive dans les bouillons et sur différents milieux, à des températures comprises entre 20 et 40 degrés.
Dans les bouillons, simples ou glycérinés, la culture donne, après 4 quelques jours, de petits dépôts floconneux au fond du ballon; le liquide È reste limpide. Sur gélose, on voit de petites colonies grises. L'aspect est analogue sur sérum. Sur gélatine, de petites colonies grises, puis jaunes, se développent sur le trajet de la piqûre; le milieu n’est pas liquéfié. La culture n’est pas obtenue dans le lait et sur pomme de terre.
Le bacille est pathogène pour le bœuf seulement (1).
Etude clinique.
Les accidents sont observés presque toujours chez les femelles adultes; ils sont très rares chez le mâle. On peut distinguer une forme chronique et une forme aiguë.
a) Forme chronique. — Les premiers troubles consistent en une diminution de l'appétit, avec irrégularité de la rumination; chez certains malades on constate de l’amaigrissement; la peau est sèche, adhérente aux côtes; le poil est terne, sec et piqué. La température reste normale; la sécrétion du lait n’est diminuée qu’en quelques Cas.
Cet état persiste plusieurs semaines, puis on note des coliques, accompagnées d'efforts de défécation et du rejet de matières excrémentitiellesM durcies. Le malade urine souvent; il expulse une faible quantité d’un liquide épais, trouble, brun ou rouge brique, renfermant de petites masses blanchâtres, qui se déposent en une couche sédimenteuse, plus ou moins épaisse, gris jaune ou brune. Les reins sont sensibles à la pression; l'exploration de la région sous-lombaire par le flanc est dou loureuse. |
L'examen des organes génito-urinaires permet diverses constatations; souvent, on rencontre dans le vagin des plaies anciennes, des cicatrices, des abcès sous-muqueux; une urétral est enflammé, rouge. turgescent; la vessie est vide et rétractée, moins dépressible qu’à l’état nor mal. Ge décèle, par l'exploration rectale, des lésions significatives des” uretères et des reins. Parfois, un des uretères est transformé en un cordon fibreux, dur, qui acquiert jusqu’au volume du bras d’un enfant. Les” altérations du rein sont constantes; l’un des organes a doublé ou triplé.
(1) Graf trouve un microbe probablement identique dans un cas de pyélo- néphrite chez l’homme.
Grar. Bakterienbefunde bei primärer Pyelonephritis. Anal. in Centralbl. für Bak=. ter., t. XX, 1896, p. 993.
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de volume; 1l est entouré d’un tissu œdématié; la palpation des lobules provoque une douleur manifeste. Le rein du côté opposé est normal ou un peu augmenté de volume.
L'urine est fortement alcaline; le poids spécifique est élevé d’un tiers ; le. liquide contient de l’albumine et une notable proportion d’ammoniaque (phosphate ammoniaco-magnésien). L'examen microscopique montre quelques globules de pus, des hématies, des cylindres provenant des tubes urinifères et des cellules épithéliales du bassinet et de la vessie. Le dépôt sédimenteux est constitué, en grande partie, par des amas de la bactérie spécifique.
Tous les symptômes s’aggravent en quelques semaines. Les coliques sont fréquentes; l'appétit est irrégulier; des troubles digestifs surviennent. Les mictions, répétées, aboutissent chaque fois au rejet de 10 à 50 grammes d’une urine brune, épaisse et sédimenteuse. L’amaigrissement fait des progrès rapides; le poil est sec et terne; le malade, affaibli, est incapable de touttravail; la sécrétion du lait diminue. Les animaux sont sacrifiés ou meurent épuisés et cachectiques.
b) Forme aiguë. — La maladie est annoncée par des symptômes généraux d'intensité variable; la température s'élève vers 59,5 et 40°; l’animal est triste; l'appétit est diminué; on compte 90 à 110 pulsations et 20 respirations par minute. Le poil est terne et piqué; les yeux sont enfoncés et sans expression; le mufle est sec et chaud; la rumination est rare et peu prolongée. L’abdomen est volumineux; les pressions sur les flancs occasionnent de la douleur. Les mictions sont fréquentes; l'urine, peu abondante, a une apparence normale. La sécrétion du lait est diminuée.
Après quatre à huit jours en moyenne, l'urine rejetée est foncée, rouge brun; elle renferme une forte proportion d’albumine et des globules rouges. L'état général reste stationnaire ou s'aggrave. La rumination est irrégulière; le météorisme est permanent. L’exploration rectale décèle l'augmentation de volume d’un rein; l'organe est peu ou pas douloureux à la pression. En quelques cas, l'urine reprend son apparence normale, tandis que les autres phénomènes persistent ou s’'exagèrent; en d’autres, le liquide reste altéré, fournit un dépôt de plus en plus abondant et la maladie passe à l’état chronique. Jamais la guérison n’est obtenue; les rémissions sont suivies d’une rechute prochaine et l'animal doit être sacrifié. Il est à remarquer que la disparition brusque des caractères anormaux de l'urine, parfois observée au cours de l’évolution, n'implique nullement la guérison; elle est due à l’obstruction de l’'uretère affecté et les autres symptômes persistent en s’aggravant.
Les altérations sont étendues à toutes les parties de la muqueuse urinaire, depuis l'orifice urétral jusqu'au bassinet. En outre, il existe
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presque toujours des lésions, contemporaines ou préexistantes, des voies génitales : traumatismes du vagin ou du pénis, vaginite ou métrite catarrhales, abcès dans les parois de la vulve, du vagin, ou dans le tissu conjonctif de la région.
La muqueuse de l’urètre est œdématiée, épaissie, ecchymosée; l’orifice vaginal est turgescent, recouvert d’un exsudat muqueux. La vessie, rétractée, renferme un peu d'urine épaisse et un sédiment granuleux; sa muqueuse est congestionnée, épaissie, rouge brun, ponctuée d’ecchymoses et recouverte parfois de coagula fibrineux adhérents, d'apparence croûteuse.
LL extension à l’uretère et au rein est presque toujours unilatérale. l’uretère envahi forme un cordon volumineux, à parois fibreuses et épaisses ; le canal, rétréci par places, est obstrué par des bouchons fibrineux de couleur grise, imprégnés d'urine; la muqueuse, épaissie, ecchymosée, montre des desquamations superficielles recouvertes d’un exsudat croûteux. L'’uretère est parfois obstrué, dans le voisinage du rein, par l’accolement et la soudure des parois enflammées; l’urine accumulée distend la partie supérieure, confondue avec le bassinet en une cavité d'apparence kystique, qui refoule et atrophie le parenchyme rénal.
Le rein est volumineux (1500 à 2000 grammes), gris jaune ; sa surface présente des ecchymoses, disséminées ou confluentes, et des zones irrégulièrement étendues, de teinte jaune. La capsule infiltrée est séparée de l'organe par un exsudat séro-fibrineux. Le tissu du rein, congestionné et mou pendant les premières périodes, devient ensuite ferme et de consistance fibreuse; les deux substances sont nettement distinctes; la zone corticale, pâle, est parcourue par des stries plus foncées; la zone médullaire est hyperémiée et ecchymosée. Le bassinet et les calices sont dilatés; la substance propre du rein est souvent comprimée et amincie, dans toute la masse ou seulement au niveau de quelques lobules. Les réservoirs renferment des coagula fibrineux, imprégnés d'urine, mélangés à un sédiment pâteux et à du pus; leur muqueuse est épaissie ; elle montre des ecchymoses et des foyers irréguliers de nécrose.
Les lésions du rein sont localisées, au début, à la muqueuse du bassinet et des calices : l’épithélium est desquamé et le derme muqueux congestionné; on trouve une infiltration abondante de cellules rondes dans le tissu sous-muqueux. Les tubes urinifères se montrent bientôt obstrués par des bouchons muqueux, au sommet des pyramides de Malpighi: leurs parois sont épaissies et œdématiées. On note en même temps de la congestion généralisée du rein; les vaisseaux veineux sont eciasiés ; les gaines périvasculaires, les capsules glomérulaires, le tissu conjonctif interstitiel renferment de nombreuses cellules rondes. Il existe, à une période plus avancée, une néphrite interstitielle diffuse, avec prédominance des troubles sur certains lobules. Les néoformations conjonctives sont surtout abondantes au voisinage du bassinet ét des calices, au
ÉTIOLOGIE. — ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 397
pourtour des tubes et des vaisseaux, au niveau des glomérules dont les capsules sont fortement épaissies. Les microbes spécifiques abondent dans les exsudats et dans les couches superficielles de la muqueuse; à un faible grossissement, après double coloration des coupes par le Gram et le picro-carmin, on les rencontre en amas feutrés dans le derme muqueux,; ils forment, dans les tubes, des bouchons qui obstruent la lumière des conduits. À une période très avancée seulement, ils gagnent de proche en proche pour atteindre les tubes contouürnés et les capsules de Bowman.