‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 72 sur 107 · ANNÉES NN · texte numérisé non relu

ANNÉES NN

Rage du chien: 590 445 387 410 ° 471 431 72% 7170: 904 911 798

Dans la Grande-Bretagne, la rage a presque entièrement disparu à la suite d’une intervention sanitaire énergique :

ANNÉES NE 4890 1891 4892 14893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 1900 Rage du chien. 129 79 38 95, 248: 672 4584 155 47 1) (3)

En Hollande, en Danemark, en Suède, on ne constate que quelques cas isolés. En Norvège, la maladie est tout à fait inconnue.

L’Autriche compte chaque année 700 cas environ de rage du chien; les principaux foyers sont entretenus en Galicie et en Bohême. Les statistiques officielles accusent 7795 cas de rage du chien de 1880 à 1889 et 5822 cas de 1890 à 1894.

(1) La rage est souvent importée dans la Prusse orientale par les chiens de BUSre entretenus par les froupes russes de la frontière.

RC RE TT DC ANR RE NE ON ERA TR RSS ERRNT e US bts = ñ + #3 o" n L \ : <

ÉPIDÉMIOLOGIE. k31

La Hongrie est encore plus gravement atteinte :

AMLIDOS à ve Vue à 1890 1891 1892 41893 41894 1895 1896 4897 41898 41899 41900 Rage du-chien, 1286 719 609 756 1140 1927 1974 19821219 7 1195 1157

L'Italie et l'Espagne n’accusent officiellement que des chiffres insignifiants; le nombre considérable des personnes traitées dans leurs Instituts vaccinaux montre qu'en réalité elles sont envahies à un haut degré.

La Roumanie donne les chiffres suivants :

MAGENTA NI, 1893 1894 1895 1896 1897 1898 1899 Rage du chien. 24 47 19 74 D8 120 158

La rage est fréquente en Turque et en Grèce.

Elle est très répandue en Russie, à la fois sur le chien et sur le loup. Les statistiques n’accusent qu’une faible partie des cas :

4 HU, CCSN ER 1890 1891 1892 1893 1894 1895 1896 1897 41898 Rage du-chien. 680 492 435 521 9284 614 864 1367 1314 Rage du bœuf. 588 634 538 678 662 801 984 1160 1223 Rage du cheval. 40 74 72 81 29% 203 1452" 247000 919

En Afrique, la rage est observée sur tout le littoral méditerranéen; elle est commune en Algérie et en Tunisie. En Égypte, quelques cas sont constatés chaque année, En 1895 et en 1894, l'affection est signalée au Cap. Importée dans l’île de Madère en 1892, la rage s’y est rapidement répandue.

En Asie, la rage est enzootique dans l'Inde anglaise; elle est entretenue parmi les chiens errants et chez les chacals qui infestent le voisinage des villes, où ils pénètrent pendant la nuit (Martin). La maladie sévit au Japon de temps immémorial (Janson). « Elle est extrêmement fréquente à Java, à Singapoore et dans toute la presqu'île de Malacca; dans la Basse- Cochinchine, l'Annam et le Tonkin, elle n’est guère plus rare qu’en France » (A. Calmette). |

L'Amérique ne fournit que des documents sanitaires insignifiants. On sait au moins que la rage n’est point rare dans les États-Unis (Massachusetts et Maryland, en 1896). Elle devrait être considérée comme très répandue dans le Mexique, le Brésil, le Clih,... et surtout à Cuba, si l’on s’en rapportait aux statistiques fournies par les Instituts créés pour le traitement pasteurien.

L'Australie est indemne; les sévères mesures prophylactiques appliquées permettent d'espérer que ce continent sera indéfiniment préservé (Loir).

II. Hergivores. — La rage est relativement rare chez les herbivores; elle procède presque toujours des morsures de chiens enragés. Les pertes atteignent un chiffre élevé quand le troupeau a été victime des morsures répétées d’un chien de garde.

Chez les herbivores vivant en troupes, comme les cerfs et les daims, la rage a parfois un caractère épizootique. Des enzooties de rage du daim ont été plusieurs fois signalées en Angleterre. En 1795 et en 1798, la maladie sévit dans les parcs royaux de Grove et de Windsor; en 1872 et en 1880, dans ceux d’Eaton Hall et de Swythamby; en 1886-1887, la rage éclate dans le parc de Richmond et 264 animaux succombent,.

Ï. — SymPTômes (1),

Bien qu’elle se traduise par des phénomènes de même ordre chez tous les animaux, la rage revêt une physionomie différente suivant les espèces. On doit étudier les caractères cliniques de la maladie chez le chien, le chat, le cheval, le bœuf, les petits ruminants et le porc.

? 1. — Rage du chien.

La rage prend chez le chien les types les plus divers et c’est seulement à quelques-uns d’entre eux que s’applique littéralement le nom de rage. Les accès de fureur peuvent manquer tout à fait ou ne se montrer qu'à certains moments; une distinction depuis longtemps admise par la clinique reconnaît une rage furieuse et une rage mue ou tranquille, suivant que les animaux cherchent ou non à mordre. À l'expression de « rage mue », applicable aux cas de paralysie des muscles des mâchoires, on pourrait substituer avec avantage celle de rage paralytique : la paralysie en effet ne débute pas toujours par les masséters et la rage mue constitue une localisation fréquente, mais non exclusive.

D'ailleurs, ces distinctions n'ont qu’une valeur relative: les deux types de la rage se succèdent chez un même animal et la paralysie est la terminaison constante dans toutes les formes. Il n’est pas d’affection plus protéiforme que la rage; toutes les descriptions d'ensemble, astreintes à ne rendre que la moyenne des manifestations observées, sont inévitablement imprécises. Les symptômes les plus essentiels, les plus caractéristiques, seront associés différemment ou feront défaut dans certains cas, tandis que des accidents de divers ordres pourront simuler la rage classique. Ce n'est que par une longue série de monographies que l’on pourrait espérer donner une idée de la rage du chien, et encore cette notion serait-elle très imparfaite.

(1) H. Bourey. Art. Rage. Diction. encycl. des sciences médicales, 1874.

a) Rage furieuse. — Les premiers signes de la rage consistent en de simples modifications dans les habitudes de l’animal, Le chien devient triste, sombre, inquiet, taciturne; en proie à une agitation continuelle, 1} va et vient constamment; de temps à autre, il se repose un instant et s'étend sur le sol, puis il se relève brusquement, comme frappé par une incitation vive, pour reprendre ses mouvements interrompus. L'animal ne cherche nullement à mordre; il est encore docile, mais il obéit moins vite, distrait par quelque préoccupation dominante. Ces modifications s’accentuent d'heure en heure; le chien cesse d'aboyer, recherche la solitude, se cache sous les meubles, s’enfouit sous la paille de sa niche, A de courtes périodes de calme ou de somnolence, succèdent des phases d’excitation; le bruit, les attouchements, les émotions de toute espèce provoquent des réactions exagérées. Selon son caractère habituel, le chien répond aux appels et aux caresses par de vives démonstrations d'affection ou, au contraire, par des grognements et des révoltes.

Dès ce moment la rage peut être soupçonnée et, dès ce moment aussi, les animaux sont dangereux par les caresses mêmes qu'ils prodiguent : le lèchement des mains et du visage peut être une cause d'inoculation. Parfois, le chien, irrité par des personnes étrangères, par des enfants, ou surpris par un attouchement imprévu, répond par une morsure aux provocations,.

Pendant toute cette période du début, on n’observe aucune altération fonctionnelle grave; l'appétit est conservé ou même exagéré. Un peu plus tard, l'agitation se traduit par des signes évidents. L'animal enfermé dans une cage est toujours en mouvement; il gratte le sol, retourne la paille et l’accumule en un tas qu'il éparpille bientôt après; laissé dans un appartement, il se promène en tous sens, déchire les tapis et la literie. À certains moments, le chien semble avoir des hallucinations; il tombe en arrêt devant un corps imaginaire, happe dans l’espace ou se précipite, menaçant, comme s’il poursuivait un ennemi. On observe encore à ce moment des rémittences pendant lesquelles le malade reste soumis et caressant; toutefois son attention ne peut être longtemps retenue et, subitement, il échappe à la domination du maître pour céder à de nouvelles visions.

La voix, modifiée dans son timbre, devient cassée, enrouée; au lieu du jappement habituel, court et répété, on perçoit un hurlement prolongé, terminé par une note aiguë, analogue à la voix que donne le chien courant fatigué, Ce « hurlement de la rage » laisse

Nocarp et LECLAINCHE. — 3° édit, — II, 98

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une impression vive et durable; il suffit de lavoir entendu quelques fois pour le reconnaître dans la suite. Ce symptôme peut cependant manquer; chez certains chiens, on n'entend qu'un aboïement court, rauque, voilé, sans signification; d’autres restent muets pendant toute l’évolution et les incitations les plus douloureuses ne leur arrachent qu’une plainte faible et avortée.

À cette période apparaissent des troubles de la sensibilité géné-

rale, des frissons, des démangeaisons. Dans quelques cas, il existe du Deus au point d'inoculation; le chien lèche la cicatrice, puis il mord et arrache les tissus. L’analgésie est complète en d’autres régions; les piqûres, les brûlures, le pincement de la peau sont à peine perçus; des animaux s’arrachent les muscles par lambeaux, mordant leurs chairs sans manifester d’autre impression que la sensation de bien-être qui résulte de la satisfaction du prurit. Le sens génital est excité; le mâle entre en érection, et simule les mouvements du coït ou lèche à chaque instant les parties génitales. Les aliments sont encore acceptés s'ils peuvent être déglutis sans mastication préalable; 1ls sont rejetés après un court séjour dans la bouche si la mastication est nécessaire. La déglutition devient de plus en plus pénible; le chien semble avoir un os dans la gorge; mais il n’est nullement hydrophobe et il ne cessera de boire que lorsque les liquides ne pourront plus franchir le pharynx.

L'animal devient réellement furieux; laissé libre, il déchire les objets et déglutit les corps les plus divers : de l'herbe, de la paille, des chiffons, des cailloux... I] fuit l'habitation de son maître, trottant à une allure rapide, la queue basse, l’œil hagard, indifférent à ce qui l'entoure. Il se jette sur les chiens et sur les personnes, sans les rechercher cependant et sans s’acharner sur ses victimes. Les chiens mordus sont presque toujours venus d'eux-mêmes flairer

l'animal enragé; de même les personnes ont attiré son attention par quelque mouvement. Le chien enragé revient chez son maître

après un ou deux jours, harassé, couvert de poussière et de sang, ou bien il poursuit sa route, pour tomber épuisé et mourant, après avoir parcouru jusqu'à cent kilomètres. Si l'animal est resté enfermé, les accès de fureur se montrent par intermittences; ils sont provoqués par les coups, les menaces, le bruit, l'approche des personnes ou des animaux. Les hurlements, rares en certains cas, sont, en d’autres, répétés à chaque instant et ils persistent, de plus en plus affaiblis et voilés, jusque dans l’agonie. Laissé dans le calme, le malade s’agite, flaire les objets qui l'entourent, hurle de temps à autre, puis tombe dans une torpeur de plus en plus pro-

SYMPTÔMES. 35 fonde. S'il est excité, il se précipite sur les objets qu'on lui présente et sur les barreaux de sa cage qu'il mord avec fureur.

Dans une dernière période, l'animal peut à peine se tenir debout; il chancelle au moindre mouvement; les flancs sont levrettés à l'excès; les yeux, ternes et enfoncés dans l'orbite, donnent à la physionomie une expression de douleur et d'angoisse. La voix est voilée; mais le hurlement ébauché conserve sa forme particulière. A la parésie générale succède une paralysie qui débute par letrain postérieur ou par les mâchoires, pour envahir rapidement les autres régions; la station n’est plus possible; l'animal reste étendu sur le côté; s’il est excité violemment, il soulève encore la tête et les membres antérieurs pour retomber aussitôt. La respiration est pénible, courte et précipitée; il se produit des contractions de certains groupes musculaires, des mouvements choréiques des membres et du tronc, de la tétanisation, et la mort survient dans une prostration complète.

L'évolution est toujours rapide; sa durée varie de deux à dix jours; une période de quatre à cinq jours est le terme le plus ordinaire.

b) Rage paralytique. — On peut grouper sous ce titre toutes les. formes dans lesquelles la paralysie survient d'emblée ou dès les premières périodes.

Dans le premier cas, les symptômes du début diffèrent de ceux de la rage furieuse en ce que les troubles sensoriels sont peu marqués ou font défaut. Il existe seulement de la tristesse, de l'inquiétude, une tendance à flairer et à lécher les objets. Les paralysies débutent par les régions les plus diverses ; on observe de la paraplégie, de l’hémiplégie ou encore des monoplégies limitées à un membre et plus souvent aux masséters. C’est à cette localisation dernière qu'est appliquée la qualification de rage mue ou muette. É | |

Chacune des localisations donne au malade une physionomie particulière. Dans la rage mue, la mâchoire inférieure est pendante, la langue sort de la bouche, une bave abondante s'écoule. Ces, signes et l'expression égarée du regard donnent à l’animal ün aspect tout spécial. La préhension des aliments est impossible; la muqueuse buccale desséchée se couvre de poussière et revêt une teinte sombre. L'animal reste calme; il ne répond pas aux provocations ; il semble qu'il ait conscience de son impuissance. « II ne peut pas et ne veut-pas mordre, écrit Henri Bouley. Impuissance physique de mordre et involonté de le faire, voilà les deux caractères qui différencient l’une de l’autre les deux formes de la rage

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canine. » Alors même que l’impotence fonctionnelle est localisée ailleurs qu'aux mâchoires, la tendance à mordre est peu marquée; après des menaces ou des coups, l'animal consent bien à saisir l'objet présenté; mais toujours avec une certaine prudence et rarement avec cette violence qui est observée dans l’autre forme de la rage. Si la rage mue succède à une phase primitive de rage furieuse, la tendance à mordre pourra persister au contraire jusqu’à ce que la paralysie soit complète. L'évolution est rapide; la paralysie s'étend à tous les nerfs d’origine bulbaire; la mort arrive après deux ou trois jours le plus souvent.

La rage mue, primitive ou secondaire, est la plus ordinaire des formes paralytiques et elle a été seule décrite jusqu’en ces derniers temps. En des cas exceptionnels, la paralysie débute dans un membre, se traduisant par de la faiblesse, suivie d’abolition complète de la motilité. En d’autres, ce sont les muscles des régions dorsale, abdominale, ou encore le diaphragme qui sont les premiers affectés; parfois enfin on observe, dès le début, de la paraplégie ou de l’hémiplégie. Ces paralysies erratiques sont rapidement envahissantes: les animaux succombent, par asphyxie, en deux à quatre jours.

4 2. — Rage du chat.

L'évolution est analogue à celle de la rage du chien, mais les symptômes sont peu évidents, en raison des habitudes solitaires de l'animal. Dès les premières périodes, le chat se cache en quelque endroit obscur, sous un meuble, dans une cave; souvent il ne sort pas de sa retraite et il meurt sans que la maladie ait pu être soupconnée. Dans ces conditions cependant, les animaux sont dangereux déjà; ils infligent volontiers des morsures, si on cherche à les tirer de leur retraite; les personnes qui ignorent leur présence sont menacées d'une attaque si elles touchent le malade ou si elles passent à sa portée.

En d’autres cas, l'animal peut être observé et des symptômes assez nets sont constatés. Le chat est triste, inquiet, agité; il sommeille pendant quelques instants, puis se relève brusquement, le regard fulgurant; il flaire les objets et fait entendre des miaulements plaintüfs.Le goût est perverti et l’appétit disparaît. La dégluütion devient difficile; la voix est faible, voilée; le chat est irritable; il répond par des morsures aux caresses ou aux tentatives d'exploration. Il est rare qu’il poursuive et attaque les personnes ou

SYMPTÔMES. h37

les animaux, mais 1l se précipite avec fureur s'il se croit menacé. Réfugié sous un meuble, dans un fossé, blotti derrière une haie, le chat se jette sur les individus qui passent à proximité. Il s’attache par ses griffes à la victime et il mord avec une violence extrême, indifférent aux menaces et aux coups, restant parfois suspendu par les dents implantées profondément.

Dans une dernière période, la paralysie s'établit; le train postérieur vacille; la déglutition est impossible; une bave abondante s'écoule de la bouche. La mort arrive trois à six jours après la constatation des premiers symptômes.

La rage mue est exceptionnelle. Elie est exprimée, comme chez le chien, par l’écartement de la mâchoire inférieure et par l’impossibilité de la déglutition. Des signes de paralysie générale sont bientôt constatés et la mort survient après 2 à 4 jours en moyenne.

à 5. — Rage du cheval.

La rage débute par de la tristesse, de l'inquiétude et de l’agitation. La sensibilité générale et les sensibilités spéciales sont exaltées; les attouchements, la lumière, le bruit provoquent des défenses et des mouvements désordonnés. L’œ1l exprime l'anxiété; la pupille est dilatée; le regard, fixe, devient par moments féroce et menaçant. On observe de l'excitation génésique; l’étalon hennit d’une voix rauque; il a des érections fréquentes; la jument se campe et prend les attitudes des bêtes nymphomanes. Des tremblements, des grincements de dents, des contractions spasmodiques des muscles abdominaux, des coliques, des claudications passagères peuvent être constatés. Il existe souvent du prurit au niveau de la morsure; si l'animal peut atteindre la cicatrice avec ses dents, 1l la mord et cherche à arracher la peau de la région. L'appétit est capricieux et le goût perverti; le malade laisse l’avoine ou les fourrages pour ingérer la litière et le fumier; il lèche les murs et déglutit de la terre et des corps étrangers. La déglutition est gênée dès le début; parfois ce symptôme précède d’un ou deux jours les autres manifestations; plus tard les aliments, et surtout les boissons, ne peuvent plus franchir le pharynx et sont rejetés par les naseaux. La gorge est douloureuse; la salive s'échappe en filets par la commissure des lèvres.

Des accès de fureur sont provoqués par une excitation quelconque : les coups, les menaces, la vue d’une personne étrangère, l'impression brusque de la lumière, le bruit; l'animal se

4 7 | Ab 4 Law À

h38 . RAGE.

précipite pour mordre; s’il ne peut atteindre l’objet de sa colère, il se jette sur les corps qui l'entourent, les mordant avec une fureur telle qu'il se brise parfois les mâchoires. La vue d’un chien détermine volontiers les paroxysmes. Certains animaux tournent leur fureur contre eux-mêmes; ils s'infligent des déchirures profondes dans la région de la morsure d'inoculation, arrachant par lambeaux la peau, les tendons et les muscles. Les crises se renouvellent à des intervalles de plus en plus rapprochés; pendant les rémissions, le malade reste calme, docile et il tolère la présence des personnes qui l’approchent habituellement. La respiration est pénible; les muqueuses sont fortement injectées, bleuâtres; on compte 80. à 100 pulsations par minute; la température s'élève audessus de 40 degrés. |

La faiblesse devient extrême; la démarche est titubante; des sueurs inondent le corps. Des paralysies apparaissent, localisées au niveau de la région inoculée ou étendues d'emblée à tout le train postérieur; elles progressent très vite; le cheval tombe pendant une crise, fait de vains efforts pour se relever et meurt par asphyxie.

La durée totale est de trois à six jours en moyenne.

4 4. — Rage des ruminants.

La rage se traduit chez le bœuf, le mouton et la chèvre par des signes analogues à ceux qui sont observés chez les espèces précédentes, mais les types sont plus variés que chez le cheval et l’on retrouve chez eux les deux formes, furieuse et paralytique,. obsefr vées chez le chien.

a) Rage furieuse. — Le début est marqué, comme chez le. ché par des phénomènes cérébraux; les animaux sont irritables; les excitations sensorielles provoquent des réactions violentes; certaines régions, les lombes notamment, sont hyperesthésiées. La respiration et la circulation sont accélérées; la température s'élève jusqu’à 40°. La région inoculée est le siège d’un prurit violent. On constate des tremblements généraux et de l'excitation génésique; lé taureau mugit, entre en érection, se dresse sur les membres postérieurs; la vache flaire ses voisines et présente les signes habituels des « chaleurs ». La rumination s'opère par intermittences et pendant quelques instants seulement; les aliments sont à peine acceptés; l’animal paraît distrait à chaque instant par une préoccupation dominante. |

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Ces premiers signes s’accentuent en douze à vingt-quatre heures; il se produit des hallucinations; les mâles poussent des beuglements rauques et sonores; ils se précipitent en avant, frappant de la corne un ennemi imaginaire. La déglutition est devenue à peu près impossible; on remarque des coliques, des bâillements, du mâchonnement, des mouvements continuels de la langue et des lèvres, avec écoulement d’une bave mousseuse. Des efforts de défécation, accompagnés d’épreintes et de ténesme rectal, aboutissent au rejet de matières excrémentitielles durcies. |

La vue d’un chien presque toujours, quelquefois celle de l'homme, ou même une impression sensorielle quelconque provoquent un accès de fureur. Le malade se précipite sur l’objet qui l’irrite, cherchant à frapper de la corne et à mordre; il frappe le mur de la tête ou grimpe dans l’auge comme s’il était atteint de vertige. Au pâtu-

rage, l’animal s’isole d’abord, puis il se jette sur ses compagnons

et sur l’homme. Des périodes de rémission succèdent à ces crises ; le malade est somnolent, hébété, jusqu’à ce qu’un nouveau paroxysme se produise. En quelques cas, la mort survient brusquement, pendant un des premiers accès.

Peu à peu, les sensibilités s'émoussent; les accès sont plus rares et moins violents; la paralysie débute, soit au niveau du point d'inoculation, soit à la fois en plusieurs régions, soit encore par le

train postérieur. Dans tous les cas, les paralysies progressent très

vite; le malade tombe; des accidents convulsifs se produisent de temps à autre; on perçoil des grincements de dents. La mort

Survient après quatre à six jours.

b) Rage paralytique. — La forme paralytique est marquée, à son début, par de la tristesse, de l'inquiétude, de l'agitation et des coliques légères. La paralysie se montre dès les premiers instants; elle débute souvent par une boiterie, suivie d’une akinésie complète, étendue peu après à toute une région. On retrouve les troubles digestifs observés dans la rage furieuse; la station est impossible; l'animal tombe et succombe à l’extension de la paralysie.

La durée moyenne est de deux à quatre jours.

Les symptômes observés chez les PETITS RUMINANTS ne diffèrent des précédents que par les attitudes pendant les périodes d’excitation.

Le mouton s’ébroue, grince des dents, flaire et lèche ses compagnons; puis, il devient agressif, frappe du pied avec colère et se précipite, tête baissée, sur les animaux ou les objets qui l’entourent.

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