‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 74 sur 107 · II. — LéÉsrons · texte numérisé non relu

II. — LéÉsrons

Il existe à la fois des altérations disséminées, variables suivant la forme évolutive, et des lésions spéciales siégeant sur les centres nerveux et sur les glandes salivaires.

(1) Core et Horszey. Rapports sur une épidémie de rage parmi les daims du parc de Richmond. Londres, 1888. — Anami. Une épidémie de rage sur un troupeau de daims. Annales de l’Institut Pasteur, t. III, 1889, p. 658.

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a) Lésions accessoires. — Elles consistent à la fois en des lésions générales, dues à l’asphyxie, cause immédiate ordinaire de la mort, et en des lésions spéciales, portant à peu près exclusivement sur l'appareil digestif. Les troubles diffèrent quelque peu suivant l'espèce considérée.

TI. Carnivores. — La langue et les parois de la bouche sont recouvertes d’un enduit grisâtre, épais, adhérent, dû à un dépôt de poussières. La muqueuse est sèche, rouge sombre, parsemée d’érosions superficielles ou de plaies dues à la préhension brutale de corps résistants (1). La muqueuse du pharynx est épaissie et enflammée. Les glandes salivaires sont congestionnées et le tissu conjonctif voisin est infiltré. L’estomac est vide ou renferme des corps étrangers accumulés en quantité variable ; on rencontre les matières les plus diverses : de la paille, de l’herbe, du bois, des chiffons, des poils... La muqueuse est congestionnée, ecchymosée, recouverte d'un enduit épais de couleur brun foncé. L’intestin est vide et rétracté; 1l renferme parfois des corps étrangers qui ont pénétré jusque dans le côlon flottant et dans le rectum. La muqueuse, ecchymosée ou ulcérée, est recouverte par une matière épaisse,

visqueuse, jaune foncé ou brune.

Le rein est congestionné ; il existe souvent de la néphrite parenchymateuse. La vessie est vide et rétractée ou contient un peu de liquide trouble, roussâtre. L’urine contient du sucre dans presque tous les cas, même si elle est recueillie chez des animaux sacrifiés dès les premiers symptômes; sur un total de 70 épreuves, Rabieaux et Nicolas obtiennent 55 résultats positifs (78,56 pour 100), 12 négatifs et 2 douteux.

Les autres lésions rencontrées sont la conséquence de l’asphyxie. Le sang est noir, incoagulé; les viscères sont congestionnés; des ecchymoses sont disséminées sur les séreuses et à la base du cœur.

II, Cnevaz. — On note de la congestion de l’arrière-bouche et de l'œdème du pharynx et du larynx. L’estomac et l'intestin grêle sont presque vides; la muqueuse, ecchymosée au niveau du duodénum, est recouverte d’un mucus brun. On trouve rarement des corps étrangers. Le gros côlon renferme quelques aliments; le

(1) Pendant longtemps on a attribué une grande valeur diagnostique à la présence de vésico-pustules, siégeant à la face inférieure de la langue et connues sous le nom de lysses. Cette donnée avait été recueillie en Russie par le médecin piémontais Marochetti et elle fit l’objet de nombreux travaux. Une étude plus précise a démontré que les lysses sont constituées par des érosions accidentelles ou par l'accumulation de produits de sécrétion dans les canaux glandulaires obstrués.

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côlon flottant et le rectum présentent des ecchymoses et un épaississement sous-muqueux.

III. RumixanTs. — Le rumen, distendu par des gaz, contient des aliments desséchés ; le feuillet renferme aussi des masses durcies; la caillette et l'intestin sont vides le plus souvent; la muqueuse est congestionnée et ecchymosée. Les reins sont peu ou pas altérés; l'urine paraît renfermer du sucre en abondance dans tous les cas (Porcher, Rabieaux et Nicolas).

Chez les daims, on remarque de la congestion du pharynx, du larynx et de la hoohee L’estomac est vide d'aliments. Les centres nerveux sont congestionnés (Horsley).

b) Lésions essentielles. — Elles portent à la fois sur les centres nerveux et sur les glandes salivaires (1).

Les méninges et les centres nerveux ne présentent pas d’altération macroscopique constante; les congestions des méninges et des centres sont dues à l’asphyxie. Les modifications histologiques du tissu nerveux ont fait l’objet de nombreuses recherches; il semble que les données acquises ne pourront être interprétées et coordonnées que lorsque les rapports des éléments anatomiques et des parasites pourront être déterminés. |

Des altérations d'origine vasculaire sont toujours présentes (2); peu marquées et localisées en foyers dans les hémisphères, elles sont plus intenses au niveau des corps striés, du bulbe et de la moelle dorsale. Les lésions intéressent surtout les parois des capillaires ; celles-ci sont infiltrées de leucocytes; les cellules endothéliales, les éléments musculaires des petits vaisseaux et les cellules

(1) J. Courmont et Lesieur signalent comme constante une hyperleucocytose polynucléaire.

« Chez l’homme, le cobaye, le lapin et le chien, dans la rage accidentelle ou expérimentale, il existe de l’hyperleucocytose pendant la période terminale; celle-ci peut manquer, surtout chez le lapin et le cobaÿe.

« Il existe toujours une polynucléose neutrophile intense dont voici les moyennes : |

Polynucléaires Polynucléaires normaux. des enragés.

GCobayes. rm 50 p. 100 78 p. 100 Lapins ses ere À 45 — 84 — Chien: 2 CRUE 69 — 95 —

« Cette polynucléose s'établit en même temps que les symptômes nerveux apparaissent ; elle va en général en augmentant jusqu’à la mort, »

J. Courmonr et Lesreur. La polynucléose de la rage. C. R. de la Société de biologie, 1901, p. 188. Id., Journal de physiologie et de pathologie générale, 1901, p. 599,

(2) Signalés dès 1874, par Balzer, dans le cerveau d’un homme enragé, ces troubles sont retrouvés et étudiés chez toutes les espèces par Benedikt, Nocard, Pfitz et Friedberger, Coats, Weller, Kolesnikoff….

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conjonctives de la tunique externe prolifèrent. Entre les couches épaissies et dissociées de la paroi, on trouve des masses hyalines ou colloïdes qui paraissent résulter d’une dégénérescence des globules rouges épanchés. Les cellules endothéliales gonflées renferment elles-mêmes des hématies et des granulations pigmentaires. Les troubles portent de préférence sur la substance grise; dans leur voisinage, des amas de cellules rondes forment des îlots entre les cellules nerveuses.

Les cellules nerveuses présentent des dégénérescences analogues à celles qui sont consécutives à diverses intoxications.

Schaffer (1) étudie six cas de rage de l’homme: il signale, après Gamaleia, des foyers disséminés de ramollissement et de nécrose, dans les cornes antérieures et postérieures et à la limite des cordons de Goll et de Burdach. L'ensemble des lésions dénote une myélite aiguë, surtout marquée au niveau du segment de la moelle qui est en communication nerveuse avec le lieu de la morsure.

D’après Babes (2), les altérations les plus constantes sont rencontrées dans la substance grise qui entoure le canal cérébro-spinal et dans les noyaux moteurs du bulbe et de la moelle. Elles consistent d’abord dans l’hyperémie et dans laccumulation, autour des petits vaisseaux, de cellüles embryonnaires d’origine périthéliale ou migratrice, souvent avec le caractère d’une multiplication indirecte. Les lésions des cellules nerveuses consistent dans des signes de prolifération et même dans la présence de plusieurs petites cellules au lieu d’une grande, ou dans une dégénérescence uniforme et souvent vacuolaire, avec réduction ou disparition du noyau, ou bien avec disparition de son réseau chromatique. Ces cellules renferment souvent du pigment. Des éléments ronds mononucléaires, plus rarement polynucléaires, de nature Iymphatique, font invasion dans le protoplasme même de la cellule et remplissent les espaces lymphatiques péri-cellulaires dilatés, en formant de petits noyaux. La lésion de la substance médullaire est moins prononcée; elle consiste surtout dans un œdème de la gaine myélinique des fibres nerveuses. Les lésions vasculaires sont assez constantes; mais elles n’ont pas une signification aussi nette que Les petits foyers embryonnaires péri-cellulaires décrits par Kolesnikoff et: dénommés par Babes « tubercules rabiques ».

Foie (3) constate, chez le lapin inoculé avec le « virus fixe », que les

" LR Contribution à... l'histopathologie de la rage humaine. Annales de Institut Pasteur, 1889, p. 644. k

(2) BABes. Sur certains, caractères des lésions histologiques de la rage. Id., 1899, p. 209 (avec bibliogr.).

(3) GoLGr. Contribution à l'étude des altérations histologiques du système nerveux dans la rage expérimentale. Archives ital. de biologie, 1887, p. 192. Ueber die pathologische Histologie der Rabies. Berliner klinische Wochenschr., 1894, p. 325.

Lhl RAGE.

altérations portent d’abord sur les endothéliums vasculaires, puis sur les cellules de la névroglie et, en dernier lieu, sur l’épithélium de l’épendyme. Les noyaux des cellules se gonflent; leurs contours s’effacent, tandis que la chromatine est plus apparente; le stroma montre des pelotons étoilés et des stries équatoriales; les accidents affectent plutôt les caractères de la karyolyse que ceux d’une karyomitose progressive. Les accidents débutent, au niveau de l'écorce du cervelet, cinq jours après l'inoculation , c’est-à-dire avant qu'aucun trouble fonctionnel soit constaté. Les cellules nerveuses montrent de nombreuses vacuoles, disséminées dans le corps cellulaire et dans les prolongements fibrillaires ; ceux-ci prennent un aspect variqueux. Le protoplasma est devenu granuleux et le noyau est refoulé à la périphérie. Les cellules de la névroglie subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Ces troubles sont disséminés en foyers dans le cerveau et dans la moelle; souvent, les parties voisines des foyers sont entièrement saines. Dans le cerveau, les cellules pyramidales sont altérées; le panache. protoplasmique disparaît ; on ne trouve plus que la tige centrale et quelques courts rameaux, parsemés de nodosités formées par des boules de myéline. Les ganglions intervertébraux montrent des altérations constantes et identiques à celles de la moelle. Les troubles sont ceux de l’encéphalo-myélite aiguë; sans être spécifiques, ils affectent au moins des caractères particuliers, si on les considère dans leur ensemble et dans les procédés de leur évolution.

Les études de Germano et Capobianco, Grigoriew et Ivanow, Nagy et Marinesco confirment les données précédentes.

Van Gehuchten et Nélis (1) étudient les lésions des ganglions nerveux périphériques, cérébro-spinaux et sympathiques, à peine signalées auparavant. « C’est dans ces ganglions que le virus rabique exerce de préférence son action délétère. Cette action nocive se traduit par une pullulation abondante des cellules de la capsule endothéliale, entraînant à sa suite la destruction d’un nombre plus ou moins considérable de cellules nerveuses. Rien n’est plus démonstratif à cet égard que la comparaison d’une coupe d’un ganglion spinal du chien normal avec la coupe d’un ganglion d’un animal mort de la rage. Tandis que, dans la première, les cellules nerveuses, volumineuses, serrées les unes contre les autres, occupent complètement la capsule endothéliale qui leur est réservée, on voit, dans le ganglion rabique, qu'un nombre considérable de cellules nerveuses ont disparu et sont remplacées par des amas de petites cellules rondes, formant des nodules cellulaires plus ou moins nettement séparés des parties voisines. Les cellules nerveuses qui persistent encore présentent des lésions variées dans leur protoplasma et dans leur noyau.

(1) Nézis. Étude sur l'anatomie et la physiologie pathologique de la rage. Archives de biologie, 1900. — Van GEHUCHTEN et NÉLis, Les lésions histologiques de la rage chez l’homme et chez les animaux. Bulletin de l'Académie de médecine de Belgique, 1900.

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« Cette destruction des cellules nerveuses par ce tissu de néoformation peut aller plus loin encore, et l’on peut rencontrer des ganglions où toutes les cellules nerveuses sont détruites. Dans ces conditions, les limites qui séparaient primitivement les nodules rabiques se sont évanouies, et tout le ganglion paraît formé d’un tissu nouveau, à cellules petites et étroitement serrées les unes contre les autres, au sein duquel apparaissent encore, par-ci par-là, des traces de cellules en voie d’atrophie, Ces lésions spécifiques des ganglions cérébro-spinaux ont été retrouvées par nous chez tous les animaux rabiques que nous avons pu nous procurer; nous les avons retrouvées également dans les ganglions périphériques des deux hommes morts de la rage dont nous avons pu faire l’autopsie. L’intensité de ces lésions, dans les ganglions cérébro-spinaux, varie quelque peu d’un animal à l’autre : elles sont le plus profondes chez le chien; elles sont moins prononcées chez l’homme, moins intenses chez le lapin, tout en restant partout hautement caractéristiques.

« Chez le lapin et le chien, les lésions sont toujours plus prononcées dans les ganglions cérébraux que dans les ganglions spinaux. Le plus

vulnérable de tous nous paraît être le ganglion noueux du nerf vague. » (Van Gehuchten et Nélis.)

D'après Van Gehuchten et Nélis, les lésions décrites avant eux n’ont rien de spécifique. Les altérations vasculaires peuvent faire défaut; l’atrophie pigmentaire manque toujours chez les animaux; la chromatolyse est un phénomène banal. Seuls, les accidents ganglionnaires sont spécifiques et constants.

Les études ultérieures montrent que les altérations des ganglions sont en effet constantes, mais sous certaines conditions. Van Gehuchten et Nélis (1) reconnaissent eux-mêmes qu’elles font défaut chez les animaux tués avec le virus fixe ; Vallée et Cuillé prouvent que les lésions s’établissent peu à peu, à partir des premières manifestations, et qu’elles manquent si les animaux sont sacrifiés prématurément (V. Diagnostic histolo-

gique).

Dans les glandes salivaires, Elsenberg (2) rencontre des troubles comparables à ceux du système nerveux central. Chez le chien, les lésions sont marquées sur la sous-maxillaire et la sublinguale, la parotide est peu altérée. Les glandes sont volumineuses, congestionnées; le tissu interstitiel renferme de nombreuses cellules rondes dans le voisinage des capillaires et des cordons nerveux; certains lobules glandulaires sont envahis et effacés par une infil-

tration de leucocytes; les cellules sécrétantes, petites et granu-

(1) Van GEuucuTEN et NéLis, Les lésions rabiques, virus des rues et virus fixe, Le Névraxe, 1900, p. 117.

(2) ELSENBERG. Die anatomischen Veränderungen der Speicheldrüsen bei Wuthkrankheit der Hunde und Menschen, Centralbl. für die medic. Wochenschr., 1881. p. 225,

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leuses, renferment un ou plusieurs noyaux; les cellules en demilune sont hypertrophiées et granuleuses; l’épithélium, refoulé par les leucocytes immigrés, subit la dégénérescence granulo-graisseuse. | |

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