‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 75 sur 107 · III. :— DraAcnosric · texte numérisé non relu

III. :— DraAcnosric

Le diagnostic d'une affection aussi protéiforme que la rage présente parfois de sérieuses difficultés. L'absence des symptômes cardinaux de la maladie pendant tout ou partie de son évolution, l’analogie des manifestations observées avec celles d'états morbides d’origines très différentes, le peu de précision des signes recueillis à l’autopsie rendent souvent une confusion possible.

Ces considérations s'appliquent surtout à la rage des carnivores, et cependant celle-ci ne peut être méconnue sans de graves inconvénients. C’est en même temps à l'étude diagnostique de la rage et à la solution des difficultés qu'elle soulève que doit être consacré ce chapitre. Un premier paragraphe est réservé au diagnostic clinique de la maladie; un second traite du diagnostic histologique et un troisième du diagnostic expérimental.

à 1 — Diagnostic clinique.

La rage doit être recherchée soit sur l'animal vivant, soit sur le cadavre, et il convient d'examiner successivement ces deux modes chez les diverses espèces.

a) Rage du chien. — I. DiAGNosTIC SUR L'ANIMAL VIVANT. — Les

signes qui traduisent la rage à sa période initiale sont trop vagues pour faire reconnaître la maladie; mais on peut formuler une indication générale : tout chien dont les habitudes et le caractère paraissent brusquement modifiés doit être considéré comme suspect et aussitôt séquestré. L'évolution de la rage est rapide; on sera fixé après deux ou trois jours au plus.

A la période d'état, la rage est affirmée dans bien des cas après un simple examen; mais dans d’autres, nombreux aussi, le diagnostic n'est possible qu'après une observation prolongée. Non seulement au début de la rage et pour les formes paralytiques, mais dans la période la plus dangereuse de la forme furieuse, on voit des chiens conduits par leurs propriétaires avec une cel circuler dans les rues, voyager dans les voitures publiques, sans chercher à attaquer et à mordre s'ils ne sont pas provoqués et sans

que leur aspect permette de soupconner la maladie. Si ces animaux, tranquilles en apparence, sont irrités, laissés au contact d’autres chiens, et surtout s'ils sont mis en cage et abandonnés par leur maître, ils sont pris aussitôt d'un accès de fureur. On peut admettre comme un principe absolu qu'il est impossible d'affirmer par un simple examen clinique la non-existence de la rage chez le chien; tout animal soupçonné doit être séquestré et MRC pendant un certain temps; celte règle de conduite est indispensable lorsqu'une personne a été mordue. Ce n'est qu'après quarante-huit heures au moins d’une observation rigoureuse, et si aucun fait anormal ne s’est produit, que l’on pourra certifier que l'animal n’est pas enragé.

Il est évident que, en dehors des cas où leur capture et leur séquestration présentent de réels dangers, les chiens suspects ne doivent être abattus que lorsque le diagnostic est établi. L’autopsie, alors surtout qu'il s’agit d'animaux ÉPRRTSS sacrifiés, donne des indications insuffisantes ou nulles, tandis qu'une surveillance du malade évite une fâcheuse HUE CL):

Des états pathologiques nombreux simulent plus ou moins la rage.

Les douleurs intestinales provoquent une modification profonde dans l'état des animaux, de la tristesse, du coma et parfois une irritabilité qui se traduit par des défenses et des morsures si les malades sont tourmentés par des personnes étrangères. La coexistence de certains symptômes (vomissements, diarrhée, ictère..….) et l’évolution de la maladie permettent le diagnostic différentiel. Le séjour dans l'intestin de corps étrangers ou de vers intestinaux, avec ou sans perforation des parois, occasionne une série de manifestations analogues à celles de la rage; en quelques cas seulement, des signes précis d’obstruction intestinale ou de péritonite aident au diagnostic. La présence de l’Eustrongylus gigas dans le rein (2 obs. de Lisi) ou le développement de cysticerques dans le cerveau du chien (Noack) peuvent provoquer des symptômes rabiformes. L'’épilepsie ne présente avec la rage qu’une ressemblance éloignée ; seules les crises presque continuelles déterminées chez les Jeunes chiens par l’helminthiase rappellent les troubles de la rage. Dans ce cas, comme dans le précédent, l'observation des sujets entre les accès permet le diagnostic. Les accidents épileptiformes déterminés par l’acariase auriculaire ont donné lieu plusieurs fois à de regrettables confusions.

. (1) L'obligation de l'abatage immédiat des suspects, telle qu’elle résulte du second paragraphe de l’article 38 du Code rural, s'applique aux animaux suspects d’être contaminés et non à ceux qui sont soupçonnés d’être atteints,

Les accès se produisent au début de la chasse; le chien jette un cri aigu, il bondit, affolé, l’œil hagard, l’écume à la gueule, hurlant chaque fois qu'il se heurte contre un obstacle; puis il tombe, en proie à une véritable attaque d’épilepsie. La soudaineté des accidents, les conditions spéciales dans lesquelles ils se produisent aident au diagnostic; celui-ci est assuré par l'observation des animaux après les accès et par la constatation d’un exsudat abondant et d’acares dans le conduit auditif. L’empoisonnement par la strychnine, fréquent en certaines régions où ce poison est employé à la destruction des « bêtes puantes », donne lieu à des crises convulsives inquiétantes, si, en raison de la faible dose ingérée, l’intoxication est lente. La présence des contractions musculaires cloniques et la manifestation subite des accidents assurent le diagnostic. Certains irritants cutanés (frictions d'essence de térébenthine, d’essence de moutarde...) produisent des excitations passagères simulant la rage. Les mêmes symptômes ont été observés sur des chiens à la suite de piqüres de quêpes aux lèvres et à la bouche; les animaux succombent et l’on rencontre des corps étrangers dans l’estomac (1). Le rhumatisme aigu occasionne des douleurs vives lors de l'exploration des régions atteintes; le malade surexcité cherche à mordre au moindre contact (Sar razin). On constate pendant l’évolution de la maladie des jeunes chiens des accidents nerveux qui simulent de près la rage et qui se terminent comme elle par des paralysies envahissantes. La coexistence d’autres symptômes propres à la maladie des chiens, l’évolution ordinairement lente de ces troubles mettront sur la voie du diagnostic. L’excitation génésique prolongée pourrait s'accompagner, chez les mâles, de manifestations ressemblant à celles de la rage. (?)

Parmi les diverses formes de rage paralytique, la RAGE MuE est la plus facilement reconnue. L’écartement permanent des mâchoires et l'impossibilité de la déglutition appellent l'attention; le diagnostic est précisé, après quelque temps d'observation, par l’extension de la paralysie. La rage mue peut être cependant confondue avec quelques troubles fonctionnels des premières voies digestives.

Le séjour de corps étrangers dans la bouche ou l’arrière-bouche entraîne l’immobilisation de la mâchoire inférieure et l'impossibilité de la déglutition. Le plus souvent, ce sont des fragments osseux qui s’arrêtent dans le pharynx, à l'entrée de l’œsophage, ou qui s’implantent dans les joues, dans le palais, entre les molaires; parfois, ce sont des morceaux de bois, des arêtes de poisson, des aiguilles... ou encore une molaire en partie arrachée et interposée entre les tables dentaires (Bourrel).

(1) Observation de KEGELAAR, rapportée par HERTwIG, in Étiologie de la rage. Recueil de médecine vétérin., 1849, p. 961, — Kovars. Pseudo-rage à la suite de piqüres de guêpes. Veterinarius, 1895 (hongrois).

DIAGNOSTIC. Lh9

La paralysie de la mâchoire inférieure est plusieurs fois signalée comme simulant la rage mue; cependant la plupart de ces cas doivent être rapportés plutôt à une distension de l’articulation temporo-maxillaire, causée par une contraction violente des mâchoires sur un os ou un autre corps résistant. La douleur ressentie à la suite du moindre mouvement explique limmobilisation complète de la région (1). L'observation attentive et prolongée des malades montre qu'ils conservent toute leur gaieté; d'autre part, l'immobilisation est absolue dès le début, alors que, dans la rage, des mouvements limités restent possibles. Presque toujours, les animaux guérissent en six à dix jours. La paralysie liée à des altérations des centres nerveux (Kôürber, Lydtin) est étendue en même temps à d'autres groupes musculaires ; l’évolution est lente et progressive (tumeurs). Dans le fétanos, les mâchoires immobilisées sont fortement rapprochées; les oreilles sont dressées; la contracture habituelle des muscles de la nuque entraîne la fixité de la tête.

L'examen direct de la bouche ne doit être pratiqué qu'avec les

plus grandes précautions, malgré les assurances données par les

propriétaires, qui affirment toujours la présence de tel ou tel corps étranger. Un chien ou un chat qui présente des troubles de la déglutition est suspect; c'est commettre une faute lourde que de s'exposer ou d'exposer les autres à des morsures pour pratiquer une exploration le plus souvent inutile. Il est beaucoup plus Sage de séquestrer et d'observer les animaux.

IL. DracNosric SUR LE CADAVRE. — En de nombreuses circonstances, la rage doit être reconnue sur le cadavre d’un animal mort ou abattu. Les lésions ordinaires ne sont ni constantes ni univoques et, théoriquement, l’on ne peut recueillir à l’autopsie que des pro-

Dont quant à l'existence de la maladie. Les signes fournis par le tube digestif et son contenu, seuls immédiatement appré-

ciables, ont une valeur très relative. Si la présence des corps étrangers dans l'estomac et dans l'intestin constitue une forte présomption, elle ne permet aucune affirmation. Lors de douleurs

abdominales violentes ou d’empoisonnement, les chiens sont por-

(1) Cet accident est déjà signalé par Caussé fils, sous le titre de Névrose simulant une angine pharyngée, accompagnée de convulsions toniques des muscles écarteurs de la mâchoire diacranienne (Journ. des vétérin. du Midi, 1860, p. 146). A la suite de cette observation, Lafosse dit avoir observé deux cas semblables ; il croit à une subluxation de la mâchoire. — Nous avons recueilli plusieurs observations analogues ; dans un cas, le diagnostic différentiel put être porté dès le début; l’exploration de l’articulation temporo-maxillaire et surtout les tentatives de rapprochement de la màchoire inférieure-provoquaient une vive douleur et des cris.

V. Canéac. Paralysie de la mâchoire inférieure chez un chien. Journal de médecine vétérin., 1893, p. 641.

Nocarp et LECLAINCHE. — 3° édit. — II. 29

k50 RAGE.

tés à ingérer les matières les plus diverses; d'autre part, de l’herbe, de la corne, de la paille... sont dégluties par certains animaux en dehors de toute maladie grave. La vacuité du tube digestif est moins significative encore. |

La recherche du sucre dans l'urine est toujours indiquée. Rabieaux et Nicolas (1) trouvent du sucre dans près de 80 pour 100 des cas et constatent la glycosurie chez les chiens sacrifiés après avoir mordu et dès l’apparition des premiers symptômes (2). « Chez le chien, la glycosurie peut être considérée comme un élément de diagnostic, précisant les probabilités nées des renseignements recueillis et des lésions observées; elle engendre même à elle seule, étant donnée sa fréquence dans Îa rage, une suspicion à l'égard de cette maladie. Le symptôme glycosurie n'étant pas absolument constant et son apparition pouvant être tardive, sa non-constatation ne saurait toutefois permettre d'éliminer la rage » (3).

Les renseignements obtenus peuvent faciliter beaucoup le diaonostie; mais ils doivent être acceptés avec la plus grande réserve. Les faits sont souvent dénaturés, cachés ou amplifiés selon les intérêts des témoins. En l’absence d'indications certaines, on conclut à l'existence de la rage si l’on rencontre des corps étrangers

(1) RaBiEAUXx et Nicozas. La glycosurie dans la rage. Journal de physiologie et de pathologie générale, 1902, p. 95.

-(2) Rabieaux et Nicolas font les recommandations essentielles suivantes pour Pemploi de la liqueur de Fehling :

« L'urine déféquée, on fait bouillir séparément, dans deux tubes à essai, la liqueur! de Fehling fraîche (préparée extemporanément par mélange des deux solutions cuprique et sodique) et l'urine. Puis on mélange les liquides bouillants, avec précaution, de façon que l'urine surnage. Lorsque celle-ci renferme du glucose, la réduction s'opère à la limite de séparation des deux liquides, et on voit, au fur et à mesure que la réduction s’accentue, apparaître et se superposer les couleurs verte, jaune, rouge, caractéristiques.

« Cette manière de faire permet d'éviter les erreurs dues à la réduction de la liqueur de Fehling par lés substances réductrices de l’urine normale, erreurs que l'on commettrait fatalement si l’on poursuivait, quelques minutes seulement, l’ébullition du mélange liquide : urine et réactif. »

(3) Les résultats de Rabieaux et Nicolas sont résumés ci-après en ce qui concerne l'urine du chien :

Résultats

Re

positif, négalif. douteux.

Animaux morts enragés 1° Serie, "41e 17 5 à BEEN PT Elo Sete 0 RAR 5 1 . Per 1re série. . . 7 PA 2

Animaux suspects sacrifiés, sp "s

d%e série. . . 13 2 »

Animaux non enragés 1 série. . ; 0 0 i RPN ® ) de série. . 1 12 %

dans l'estomac ou dans l'intestin, ou encore si le tube digestif

est trouvé vide sans qu'une lésion évidente explique cette vacuité.

Dans ce dernier cas, il convient d’être très prudent dans l'interprétation des altérations; l’obstruction intestinale ou la perforation de l'estomac et de l'intestin par des corps étrangers, loin de suffire à éloigner l’idée de la rage, tendent plutôt à confirmer la suspicion; de même l'inflammation intense de la muqueuse digestive, la présence, d’ailleurs ordinaire, de vers intestinaux, en quelque quantité que ce soit, n'excluent nullement la possibilité de la rage.

Les difficultés du diagnostic sont plus considérables encore lorsqu'il s’agit d'animaux abattus comme suspects. Ici les renseignements, vagues ou intéressés, n'ont qu'une valeur restreinte et les résultats de l’autopsie constituent le seul ordre d'indications. La présence des corps étrangers, la vacuité du tube digestif, la sécheresse et les souillures de la muqueuse buccale... confirment la suspicion. La glycosurie, sans avoir une valeur diagnostique absolue, augmente la somme des probabilités. Par contre, l’absence de ces lésions, la présence de matières exclusivement alimentaires dans l’estomac et l'intestin. n’impliquent nullement l’inexistence de la rage, l’animal ayant pu être sacrifié au début de la maladie, alors que l'appétit était conservé. Les incertitudes du diagnostic clinique rendent inévitables des erreurs, mais on peut au moins déterminer leur sens. Les inconvénients d’une suspicion de rage injusifiée sont insignifiants si on les compare aux conséquences d’une méprise qui fait méconnaître la rage existante. Pratiquement, et surtout si des personnes ou des animaux ont été mordus, la question doit être ainsi posée : L’autopsie permet-elle d'affirmer que le chien n’est pas enragé? Et toutes les fois que l’affirmative n’est pas certainement acquise — c’est-à-dire dans la

quasi-totalité des cas — on doit assurer l'application aux per-

sonnes et. aux herbivores mordus des traitements prophylactiques indiqués. L’oubli de cette règle peut avoir les conséquences les plus graves; plusieurs personnes sont mortes de la rage, pour avoir été rassurées, avec une impardonnable légèreté, par les vétérinaires consultés. |

Ilest essentiel aussi de formuler une opinion nette et immédiate. Dans l’intérêt même des personnes mordues, le vétérinaire ne doit rien laisser soupçonner de son incertitude réelle. Si le traitement pasteurien est aujourd'hui populaire, si l’on ne rencontre plus les résistances qu’il fallait vaincre autrefois, il importe de, ne point

PA PR. PA EU PT 1 PU UP RE PRE NS OP ARTE APN AE W VE C ë UT PAS ER MR RE TS RE NN PRET + à

légitimer des hésitations basées sur de simples considérations économiques. Enfin l'application du traitement doit être aussi rapide que possible; c’est commettre une faute lourde et faire preuve d’une ignorance grossière que d'attendre le résultat éloigné d’une épreuve expérimentale pour décider de l’opportunité de l’intervention.

b) Rage du chat. — Les conditions du diagnostic sont à peu près identiques à celles de la rage du chien. Le diagnostic est rendu difficile, sur l’animal vivant, par les habitudes sournoises des malades, cachés dans quelque coin obscur et ne montrant, en dehors des accès, que des symptômes peu précis.

Certains empoisonnements, l’obstruction intestinale, la présence de vers intestinaux... simulent la maladie. Des troubles nerveux bruyants et non classés sont assez souvent observés; le chat paraît pris d’une frayeur subite; il se livre à des mouvements désordonnés, se heurte aux objets qu'il rencontre et se précipite contre les murs. Après quelques minutes, il se blottit dans un endroit obscur, reste caché pendant quelques heures, abattu et somnolent, puis reprend son aspect normal (1).

La paralysie de la mâchoire nn (Vermast) peut faire soupconner la rage mue. |

c) Rage du cheval. — La maladie ne peut être soupçonnée dans les premières périodes si les renseignements obtenus ne sollicitent point l'attention. La difficulté de la déglutition est rapportée à l’une des causes banales habituelles (angine, irrégularités dentaires...). Plus tard seulement, l'impossibilité de la déglutition, les phénomènes d’excitation et les paroxysmes, puis les paralysies envahissantes précisent le diagnostic. La recherche du sucre dans l'urine est toujours indiquée.

La rage du cheval peut être confondue, dans les premiers instants, avec diverses formes de coliques, notamment avec le vertige abdominal, exprimé par la succession de troubles digestifs et cérébraux. Les différentes formes de méningite, les abcès du cerveau s’accompagnent encore de périodes d’excitation simulant les accès de rage. La colère, la douleur (Fumet), l'excitation produite chez un animal séparé de ses compagnons (H. Bouley, Peuch) déterminent des phénomènes analogues. Des accidents nerveux, caractérisés par la perversion de l'instinct et de l’intelligence, avec hallucinations, sans lésions appréciables du cerveau, ont été signalés sur des juments (2).

(1) Souvent en ces conditions le chat inflige des morsures aux personnes qui

veulent le saisir et souvent aussi on commet la faute de le tuer aussitôt. (2) LABAT. Deux cas de délire aigu sur deux juments. Revue vétérinaire, 1893, p. 13.

d) Rage des ruminants. — De même que chez le cheval, les premières manifestations sont très équivoques; plus tard, la salivation, la difficulté croissante de la déglutition et les tendances agressives, puis les paralysies envahissantes caractérisent nettement la maladie. |

La glycosurie fournit une indication précieuse. Les recherches de Porcher (1) et celles de Rabieaux et Nicolas (2) établissent qu'elle est constante chez les chèvres (13 observations) qui ont succombé à la rage, et elle est au moins très fréquente chez les autres espèces. Si le résultat de l'analyse ne donne pas à lui seul une certitude, la présence du sucre permet de confirmer un diagnostic probable et elle doit toujours être considérée comme un élément de suspicion (5).

La rage est différenciée des accidents nerveux observés dans le cours de la méningite, de la congestion cérébrale, de la fièvre vitulaire… par les signes d’agitation du début, les troubles digestifs, l’altération de la voix... Les accidents causés par certaines intoxications, notamment par l’ingestion des marcs de raisin, du coquelicot (Dieckerhoff), de l'ail sauvage (Pascault)..… apparaissent en même temps sur plusieurs ani- : maux. L'empoisonnement par les sels de plomb provoque des contractures musculaires, de l’hyperesthésie générale, de la salivation, du ténesme et de la paraplégie; les accès de fureur font défaut. La pénétrahon d’acariens dans l'oreille interne (Dermanyssus avium), après perforation de la membrane du tympan, provoque une série de manifestations qui simulent l’accès de rage (Stadler, Schuemacher).

4 2. — Diagnostic histologique.

Un procédé rapide de diagnostic repose sur la constatation de certaines lésions nerveuses. On peut rechercher dans le bulbe les lésions péricellulaires (méthode de Babes) ou pratiquer l'examen des ganglions (méthode de Van Gehuchten et Nélis).

Le procédé de Babes a, au moins, l'inconvénient de nécessiter une technique plus complexe et plus délicate que celui de Van Gehuchten et, Nélis: il exige d'autre part des connaissances histologiques assez précises et la « lecture » des préparations n'est pas toujours facile.

(1) Porcuer. Observations urologiques chez la chèvre enragée. Bulletin de la Société centrale de médecine vétérin., 1898, p. 730.

(2) Ragreaux et Nicozas. Loc. cit.

(3) Il est à noter que la glycosurie est retrouvée dans la fièvre vitulaire, qui peut simuler la rage par quelques-unes de ses manifestations.

L5k RAGE:

L’examen des ganglions comporte une technique assez simple. L'épreuve porte de préférence sur le ganglion noueux du pneumogastrique; celui-ci est trouvé sans difficulté chez le chien, mais sa recherche est plus pénible chez le chat (1).

Le ganglion recueilli est expédié à un laboratoire s’il ne peut être examiné sur place (2).

Les manipulations nécessaires à la préparation des coupes exigent un délai de 48 heures seulement.

Les recherches de Hébrant et surtout celles de Vallée et Cuillé (3) permettent de préciser la signification diagnostique des altérations et la valeur pratique de la méthode

1. La présence de lésions ganglionnaires typiques, — destruction des cellules nerveuses et réplétion des capsules par des cellules néoformées — étendues à une grande partie du ganglion, implique l'existence de la rage (4).

2. Chez le chien mort naturellement, après plusieurs jours de mala-

(1) « Chez le chien, le ganglion noueux ou ganglion plexiforme est placé sur le pneumo-gastrique, un peu après la sortie du crâne. Il est fusiforme, très allongé, parfois très peu RÉ Sa recherche ne présente jamais de grandes difficultés.

« Après avoir dépouillé la région, on enlève les muscles qui recouvrent la langue et la trachée; on pratique l’ablation du muscle stylo-maxillaire (digastrique du cheval), de la partie postérieure du masséter et des muscles compris entre le bord antérieur de l’atlas et la portion mastoïdienne du temporal. Cette opération met à découvert l’'apophyse mastoïde du temporal et la bulle tympanique. En suivant le nerf pneumo-gastrique, depuis la gouttière jugulaire, on le voit s’infléchir sur le muscle grand droit antérieur de la tête. On arrive ainsi sous le conduit auditif externe et la bulle tympanique, au point où le nerf se divise en deux branches; l’une d’elles, la plus petite, gagne le ganglion cervical supérieur, qui est ovoïde et rougeâtre; l’autre, la plus grosse, montre le ganglion plexiforme, plus allongé, grisâtre, Ce ganglion, situé sur le nerf, presque à sa sortie du crâne, est isolé et placé dans l’alcoo! absolu pendant douze heures au moins; on pratique des coupes fines, après inclusion à la paraffine. Les coupes sont colorées de préférence par la méthode de Nissl. »

H, VALLÉE. Sur l'anatomie pathologique et le diagnostic rapide de la rage. Revue vétérin., 1900, p. 364.

(2) ES ganglion est immergé dans l'alcool absolu ou, à défaut, dans une solution aqueuse, saturée à froid, de sublimé corrosif.

(3) HÉBRANT. Sur les lésions de la rage chez le chien... Annales de médecine set 1900, p. 76. — VALLÉE et CuizLé. Bulletin de l’Académie de médecine, 17 avril 1900. — VALLÉE. Loc. cit. et Sur le diagnostic de la rage. Revue vétérinaire, 1900, p. 765. Voir aussi : Srazzi. La diagnosi istologica della rabbia. 11 moderno Zooiatro, 1901, p. 262 (avec bibliogr.).

(4) Il est évident que la spécificité absolue des lésions ne pourra être affirmée qu'après un très grand nombre de recherches histologiques. On sait au moins que les ganglions sont indemnes ou peu altérés (Stazzi) dans les affections les plus communes chez le chien; il est permis, à l’heure actuelle, de les retenir comme caractéristiques dans la pratique,

DIAGNOSTIC. h55

die, l'absence des lésions ganglionnaires permet de conclure à l’inexistence de la rage.

3. L'absence des lésions ganglionnaires n'autorise aucune conclusion el n'a aucune signification chez les animaux sacrifiés au cours de l’évolution ou chez ceux qui ont succombé prématurément à quelque complication (hémorragies, perforations viscérales.….). Il est prudent d'étendre celle restriction aux cas de rage à marche très rapide, dans lesquels la mort survient après une très courte période de paralysie.

Les indications du diagnostic histologique sont faciles à prévoir. D'une façon générale, il estinutile d'y recourir si l’animal suspect a été sacrifié. La présence des lésions ne modifie en rien les indicatons résultant de la simple suspicion et leur absence ne permet aucune conclusion (1). La méthode se trouve être inapplicable dans les circonstances où le diagnostic clinique est lui-même impuissant et elle n'a point l'importance qu’on s'était plu à lui accorder tout d’abord. Elle rend, par contre, de réels services en suppléant aux incertitudes du diagnostic en certaines occasions.

L'examen des ganglions permet d'affirmer un diagnostic chez les chiens morts après avoir présenté des symptômes douteux, soit que les malades n'aient pas été suffisamment observés, soit que les signes relevés soient jugés insuffisants pour autoriser une affirmation sans réserve. On pourra souvent rassurer à bref délai et éviter l’envoi en traitement de personnes mordues par des animaux suspects (2).

(1) Il y aurait lieu de tempérer cette formule absolue en ce qui concerne les animaux abattus à une période ultime, par exemple au cours de la période paralytique de la rage furieuse. Dans ces conditions, des présomptions plus ou moins précises sont fournies. On devra toutefois apporter une prudence extrême dans l’interprétatation du résultat de l'examen. |

(2) La recherche de la polynucléose ne paraît guère susceptible d’être utilisée dans la pratique.

« La recherche de la leucocytose totale ne peut être utile à aucune période.….: La rage confirmée (depuis le début des symptômes nerveux) s'accompagne toujours de polynucléose notable. L'absence de polynucléose doit faire écarter le diagnostic de la rage. C’est donc un signe négatif de la plus grande valeur. L’absence de polynucléose dans le poumon, examiné moins de six heures après la mort, doit faire écarter le diagnostic de la rage. Par contre, la polynucléose ne peut naturellement pas suffire à faire porter le diagnostic de rage. D’autres affections (fait bien connu) s’accompagnent de polynucléose. L'étude comparative de la leucocytose dans les différentes affections du chien pouvant simuler la rage chez cet animal renseignera les vétérinaires sur la valeur diagnostique de la polynucléose du chien. » Ë

J. CourMonr et LESIEUR. Loc. cit.

ÿ 5. — Diagnostic expérimental.

Le diagnostic expérimental est basé sur la virulence constante de certains tissus. Les centres nerveux fournissent, chez toutes les espèces, une source abondante de virus pur; d’autre part, l’inoculation intra-cranienne, intra-oculaire ou intra-musculaire, au chien ou au lapin, constituent des procédés d’épreuve utilisables dans la pratique.

a) Inoculation intra-cérébrale. — On pratique l’inoculation sous la dure-mère, après une trépanation assez large, ou dans la substance des hémisphères, après simple perforation du crâne.

Le second procédé, indiqué par Leclainche et Morel (1), comporte une technique très simple et doit être préféré dans la pratique. L’inoculation est faite de préférence au lapin; il est prudent d’opérer deux animaux pour chaque épreuve.

Le cerveau et les premières portions de la moelle étant mis à découvert, on prélève, avec des instruments passés dans la flamme, un fragment du bulbe d’un centimètre cube environ que l’on dépose dans un mortier préalablement passé dans l’eau bouillante. On broie la substance nerveuse et l’on ajoute, goutte à goutte, une petite quantité d’eau bouillie; tout en continuant la trituration. L’émulsion homogène oblenue est passée à travers un linge fin, puis recueillie dans une seringue de Pravaz, stérilisée à l’eau bouillante comme tous les autres objets et munie d’une aiguille assez fine.

Le lapin est fixé sur le ventre; la tête est immobilisée. Après incision de la peau, on pratique une petite perforation du crâne, sur le trajet d’une ligne qui rejoindrait les commissures postérieures des paupières et à 2 millimètres de la ligne médiane. On se sert pour cette trépanation d’un petit foret à glissière, employé pour le travail du bois découpé, sur lequel on adapte une mèche mesurant 2 millimètres de largeur, pourvue d’un curseur d’arrêt fixé à 2 millimètres de la pointe. L’aiguille de la seringue est enfoncée de haut en bas, en dirigeant la pointe un peu en avant et en dehors, à une profondeur de 1 centimètre à 1 cent. 1/2. On injecte lentement 1/8 à 1/4 de centimètre cube de liquide. La plaie cutanée est fermée par un point de suture, lavée à l’alcool et recouverte de collodion. |

La rage apparaît 7 à 15 jours après l’inoculation. La durée de la période d’incubation est plus courte et plus constante qu'avec l’inoculation intra-oculaire et les résultats sont plus sûrs.

(1) LECLAINCHE et More. L'inoculation intra-cérébrale du virus rabique. Annales de l’Institut Pasteur, 1899, p. 513.

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b) Inoculation intra-oculaire. — L'inoculation est pratiquée sur le chien ou sur le lapin. Il est indiqué d’y recourir de préférence si la pureté de la matière à inoculer est douteuse ; en ces conditions le chien est le réactif de choix.

L'émulsion étant préparée comme il est indiqué plus haut, on immobilise l'animal et on instille entre les paupières quelques gouttes d’une solution à 1 pour 20 de chlorhydrate de cocaïne, destinée à insensibiliser la cornée. L’aiguille étant enfoncée obliquement, à la périphérie de la cornée, l’on injecte trois ou quatre gouttes de l’émulsion. Dès que l’on est assuré de la pénétration du liquide dans la chambre antérieure, par la tension oculaire et par le trouble de l'humeur aqueuse, on retire la canule, en rapprochant les paupières avec les doigts pour éviter la projection lors de tension excessive. Si l'aiguille employée est trop grosse, il arrive que l’humeur aqueuse s'échappe en partie; mais si l’injection a été bien faite, ses effets ne sont pas compromis et il reste une quantité suffisante de virus. Autant que possible, on inocule plusieurs animaux ; en quelques cas, l’inoculation virulente peut rester sans effet. L’inoculation d’une dilution impure entraîne parfois la suppuration de l'œil; chez le lapin, cet accident peut être suivi d’une méningite qui tue rapidement les animaux ou qui masque l’évolution de la rage.

c) Inoculation intra-musculaire. — La méthode est moins certaine que les précédentes, mais sa simplicité est un avantage évident.

On injecte un centimètre cube de la dilution nerveuse dans les masses musculaires de l'épaule et de la cuisse, chez le lapin et le cobaye. Il convient d'inoculer toujours trois ou quatre sujets pour être assuré du résultat de l'épreuve (1).

Les avantages du diagnostic expérimental sont très restreints. Un délai minimum de quinze jours est nécessaire pour obtenir une indication utilisable (2). Or, il est impossible d'attendre un temps aussi long pour prendre les mesures prophylactiques indispensables. Les personnes mordues par l'animal suspect devront être envoyées aussitôt en traitement; d'autre part, l’action sani-

(1) L’inoculation sous-conjonctivale (Szpilmann) pourrait aussi être utilisée. Galli- Valerio et Vèra Solomon recommandent l’inoculation nasale, par souillure de Ja piluitaire avec un tampon d’ouate imprégné de virus (V. Modes de la pénétration du virus).

VÈRA SOLOMON. Experimentelle Untersuchungen über Rabies. Thèse de Lausanne,

(2) Beck signale une cause d’erreur intéressante : L’inoculation des moelles provenant de chiens ayant succombé à la forme nerveuse de la « maladie » tue le lapin après 14 à 16 jours, parfois après 8 à 10 jours, avec des paralysies des membres, de la vessie et du rectum. Les accidents durent 4 à 5 jours; ils se produisent à la fois dans l’inoculation intra-cérébrale et intra-musculaire.

Beck. Tollwuth und Hundestaupe. Archiv für Thierheïlkunde, t. XXVIII, 1902, p. 05. |

taire ne peut être suspendue sans danger, en raison de la brièveté possible de la période d’incubation chez certains des animaux mordus. En quelques cas seulement, notamment si de grands herbivores ont été mordus, il sera intéressant d’être fixé avec certitude sur l'existence de la rage (1).

Les inconvénients pratiques de l’inoculation sont par contre évidents. Les personnes mordues prennent prétexte de l'épreuve pour retarder le traitement; leur résistance étant vaincue, elles réclament avec insistance le résultat de l’inoculation; si celui-ci est positif, leurs craintes sont redoublées; s’il est négatif, elles ne pardonnent point au vétérinaire la légitime incertitude qui leur a coûté les ennuis du traitement. Les conséquences sont plus fâcheuses encore au point de vue sanitaire; les municipalités saisissent avec empressement le prétexte qui leur est offert de différer l'exécution des mesures légales, certains des mordus disparaissent ou contractent la rage avant qu'une solution soit intervenue; d'autre part, lorsque l'existence de la rage est confirmée, l'émotion causée est calmée et des mesures insuffisantes sont ordonnées.

Il est prudent de ne recourir au diagnostic expérimental qu'à titre de renseignement personnel et de ne point s'engager à en faire connaître le résultat.

Etiologie. — Etude expérimentale.

Matières virulentes. — L'épreuve expérimentale de la virulence de la salive, chez le chien et chez l’homme, donne jusqu'en ces derniers temps des résultats incertains. Les uns tuent les animaux d'expérience, lapins ou cobayes, en 24 à 48 heures, avec des symptômes équivoques, les autres n'observent aucun accident. Renault transmet la rage une fois sur quatre; P. Bert trouve, chez le chien, les salives des glandes parotides et maxillaires privées de toute action nocive; il pense que la virulence résulte du mélange

(1) En 1898, Johne publie un long travail sur le diagnostic de la rage par l’inoculation intra-oculaire au lapin; il vante avec complaisance la sûreté.et les avantages de ce nouveau (?) procédé.

Le diagnostic de la rage par l'inoculation est couramment employé, depuis que ques années dans les instituts allemands et autrichiens (Vienne, Lemberg). Prusse, une circulaire du 22 juin 1898 prescrit l’envoi à l« Institut pour les de dies infectieuses » de Berlin, de la tête et du cou des animaux suspects et du pres tocole d’autopsie,

JonxE. Ueber Tollwuthimpfungen zur diagnostischen Zwecken. Zeitschrift für Thiermedicin, t. II, 1898, p. 549.

ÉTIOLOGIE. L59

des salives de diverses origines et de leur séjour dans la bouche; Galtier dit avoir imoculé plusieurs fois sans résultat le produit de deux glandes et des fragments de celles-ci.

Les recherches de Pasteur précisent les conditions de la transmission. Parmi les animaux qui résistent aux infections accidentelles provoquées par la salive, certains seulement contractent la rage. L'innocuité de l’inoculation peut être rapportée dans ce cas à une destruction du virus dans les tissus, favorisée sans doute par la présence des germes associés et par la lenteur de l'absorption. Les effets de l’inoculation d’une salive impure, variables à la fois suivant la nature des microbes étrangers introduits et suivant le degré de résistance des sujets, sont impossibles à prévoir; on s’explique ce paradoxe que l’inoculation de la salive mixte des rabiques, toujours virulente, ne transmette la maladie que dans la moitié des cas environ.

La contagion de la rage s’effectuant toujours par l’inoculation de la salive, il était de la plus haute importance de déterminer à quel moment de l’évolution la salive recueillie dans la bouche se montre virulente. Les recherches de Nocard et Roux (1) établissent que « la salive est toujours virulente 24 heures et parfois 48 heures avant l’apparition de tout changement dans les allures du chien. Un animal peut donc présenter tous les signes extérieurs de la santé, manger, être gai et caressant comme à l'ordinaire, et porter dans sa gueule le virus de la rage. »

La virulence des glandes salivaires est moins constante que celle de la salive mixte; telle ou telle glande peut n'être point virulente quand les autres le sont déjà, et rien ne peut faire prévoir l’ordre ou le moment de l’envahissement (2).

La virulence de la salive, le rôle de celle-ci dans la contamination avaient fixé l'attention de tous les expérimentateurs, et la localisation exclusive du contage dans ce liquide était admise par tous, lorsqu'en 1881 on constatait, au laboratoire de Pasteur, que le virus siège constamment aussi dans l’encéphale et dans la moelle. La virulence est moins constante et moins marquée dans les nerfs; elle réside plutôt dans les portions d’origine, voisines des centres.

(1):Nocarp et Roux. À quel moment le virus rabique apparait-il dans la bave des animaux enragés? Annales de l’Institut Pasteur, t, IV, 1890, p. 165.

(2) Dans la plupart des expériences faites jusqu'ici, lavirulence des produits a été éprouvée par l'injection sous-cutanée à divers animaux, c’est-à-dire par une méthode fort défectueuse. Il y aurait lieu de renouveler ces tentatives en ayant recours à l’inoculation intra-oculaire ou intra-cranienne.

Le sang n’est jamais virulent. La lymphe est également inoffensive. Helman constate l'absence du virus dans les ganglions qui collectent la lymphe des régions inoculées. Le mucus bronchique, considéré par P. Bert et ses élèves comme un agent possible de contamination, emprunte sans doute ses propriétés à son mélange avec la salive mixte tombée dans la trachée.

Le muscle n’est jamais virulent, non plus que les tissus du foie el de la rate, l'urine, l'humeur aqueuse, le sperme. Galtier trouve le rein virulent deux fois sur plus de cent essais (?).

La virulence ordinaire des glandes salivaires a donné l’idée de rechercher les propriétés des glandes analogues par leur structure, comme le pancréas et la mamelle. Des expériences faites au laboratoire de Pasteur établissent que les glandes lacrymales et quelquefois le pancréas des animaux morts de la rage renferment le contage. Les capsules surrénales seraient virulentes en quelques cas (Bombicci). La virulence de la mamelle et du lait est excepüonnelle; Nocard obtient une fois la transmission (sur quatre tentatives) par l’inoculation du lait recueilli purement chez la chienne. Roux réussit une seule fois à transmettre la rage, en broyant dans le lait recueilli des fragments de la mamelle d’une lapine affectée; l'inoculation du lait pur reste stérile. Bardach constate la virulence du lait, chez une femme enragée, la veille et l’avant-veille de la mort.

En résumé : on ne décèle la virulence, en dehors du système

nerveux, que dans certaines glandes et dans leurs produits de sécrétion. |

Réceptivité.— a) Il est admis qu'il existe des degrés différents

dans l'aptitude des diverses espèces à contracter la rage; mais cette

induction vraisemblable n’a pas été rigoureusement vérifiée Jusqu'ici. La réceptivité devrait être étudiée pour chaque espèce à l'égard de chacune des autres et il faudrait tenir compte des variaüons possibles de la virulence dans une même espèce.

Tous les mammifères domestiques sont infectés avec une égale certitude par certains modes d’inoculation. La fréquence de la maladie chez les carnivores s'explique par un genre de vie qui multiplie les occasions de contamination et par les chances plus grandes de morsures. Le chien et le loup sont surtout exposés. Le chat est atteint moins souvent que le chien, en raison de ses habitudes solitaires. La rage du loup se montre ordinairement à l’état enzootique; la gravité de la contagion est due plutôt à la multiplicité et à l'étendue des morsures qu'à une virulence plus grande

ÉTIOLOGIE. L61

de la salive. Il en est de même pour la rage du renard qui a sévi à diverses reprises, sous une forme épizootique, en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Les divers herbivores présentent une égale réceptivité. Chez le bœuf, le cheval, le mouton, la chèvre.., l'imminence de la contagion est déterminée par des conditions individuelles et accessoires.

Parmi les petits animaux, le lapin présente une haute réceptivité et la maladie évolue chez lui sous un type spécial (1). La forme paralytique d'emblée, qui est l'exception chez les grands animaux, est la règle chez le lapin. Le début est marqué par de la somnolence et de la faiblesse croissante de l’arrière-train ou d'un membre postérieur, l’état général ne paraît pas altéré. Les mouvements sont

- difficiles, saccadés; les membres abdominaux, trainés sur le sol,

sont soulevés avec peine; cet état s'aggrave jusqu'à la paralysie complète. Quelquefois, la paralysie débute par les parties antérieures, ou encore par de l’hémiplégie; dans tous les cas, la généralisation est rapide. Il se produit, dès les premiers instants, des contractures brusques, convulsives, des muscles des membres, du tronc et des mâchoires; plus tard, du mâchonnement, des grincements de dents, de l'hyperesthésie cutanée, de la perversion du goût. La déglutition devient impossible; certaines zones cutanées sont anesthésiées; l’œil est à peine sensible à la lumière; la cornée se trouble et les malades succombent dans le coma (2). La rage

| furieuse, caractérisée par la tendance à mordre, est rare et, dans

ce cas, la paralysie succède très vite aux premières manifestations (3).

Le cobaye est très apte à l’évolution (4). Le plus souvent la rage est paralytique d'emblée, comme chez le lapin; mais la forme agitée, avec tendance à mordre est assez fréquente. On observe

(1) GazTiEr. Sur la rage du lapin. CG. R. Acad. des sciences, 25 août 1879. — Hôücves. Le virus rabique dans ses passages de lapin à lapin. Annales de linstitut Pasteur, t. II, 1888, p. 155. | 4 1e

(2) La température s’élève pendant les quelques jours qui précèdent l'apparition des symptômes, pour tomber au-dessous de la normale dans les dernières périodes. D’après Babes, l’hyperthermie prémonitoire est observée exclusivement lors de l'inoculation de la rage des rues; elle fait défaut si l'on inocule la rage de passage. Le poids des animaux diminue de 25 pour 100. La polyurie est constante ; elle apparaît dès le début et c’est à elle qu'est due en partie la diminution rapide du poids (Lôte).

(3) Chez le lapin, comme chez le chien, Pasteur a observé des intermittences dans l’évolution ; dans un cas, les premiers signes disparurent et la paralysie ne se manifesta à nouveau que quarante-trois jours plus tard. LATE

(4) Gazrier. Quatrième note sur la rage. Journal de médecine vétérinaire, 1899,

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aussi une évolution caractérisée par des cris plaintifs, alternant avec des mouvements insolites (sauts, contractures des muscles du cou et des membres), survenant par accès séparés par des périodes de coma. La mort arrive en général après 2 à 35 jours, mais une survie de 5 à 9 jours est possible. (Galtier).

Les oiseaux peuvent contracter la rage (Gibier). La poule, l’oie, le hibou et le pigeon jeunes sont infectés par l’inoculation sous la duremère du virus fixe ou du virus des rues. L'incubation est de 14 jours en moyenne; elle atteint 40 jours et plus chez la poule. La maladie évolue toujours sous la forme paralytique. L'animal perd l’appétit et maigrit; 1l présente de l’ataxie et de la parésie; des paralysies débutent par les extrémités. Il est rare que les accidents rétrocèdent et que le malade guérisse (1).

b) L'influence de la race n’est nullement établie; les statistiques publiées à ce sujet sont sans valeur. On ne connaît pas d'exemple d'immunité naturelle comparable à celle que l’on constate, dans certaines populations animales, pour le charbon ou la clavelée.

c) Par contre, la réceptivité individuelle est très variable et quelques animaux appartenant aux espèces les plus exposées possèdent l'immunité. On a vu des chiens résister à des morsures multiples, répétées expérimentalement un grand nombre de fois; en quelques cas, l’inoculation du virus dans l’œil du chien est sans effet. Cette immunité individuelle n’est pas absolue; certains de ces animaux ne résistent pas à l'inoculation intra-cranienne.

Quelques-unes des conditions de la réceptivité peuvent être discernées. L'influence de l’âge est appréciable chez le pigeon, qui contracte la rage pendant le jeune âge, tandis qu'il résiste plus tard. Le pigeon vieux perd son immunité naturelle après un jeûne prolongé (Kraus et Clairmont). D’après Galtier, les souffrances prolongées et les maladies antérieures favorisent l’évolution et. diminuent la durée de l’incubation. Le refroidissement a une action très nette sur le développement de la rage chez les inoculés. Chez l’homme, le rôle occasionnel du froid dans la manifestation de la rage est établi par de nombreuses observations; dans les laboratoires, on constate, dès les premiers froids, une série de cas de rage chez des lapins inoculés depuis plusieurs mois et ayant résisié à l'épreuve. |

L'immunité naturelle est constatée seulement chez quelques espèces d'oiseaux, comme le corbeau et le faucon ; encore est-il pro-

(1) KRAUS et CLAIRMONT. Ueber experimentelle Lyssa bei Vügeln. Zeitschrift für Hygiene, t. XXXIV, 1900, p. 1 (avec bibliogr...

ÉTIOLOGIE. L63

bable que leur résistance céderait à certains procédés expérimentaux,

Modes de la contagion. — La rage est transmise le plus souvent par morsures, quelquefois par imprégnation d’une surface absorbante.

Les dangers de l'inoculation par morsure dépendent à la fois de la forme et du siège de celle-ci. Les morsures des carnivores sont beaucoup plus redoutables que celles des. herbivores, en raison de la forme des plaies. Les dents du chien, celles du chat plus facilement encore, pénètrent dans les tissus et déposent profondément le virus; les herbivores, au contraire, solipèdes ou ruminants, ne produisent que des plaies contuses, moins favorables à l'absorption. Le siège de la morsure a une influence bien établie et peutêtre complexe sur les suites de l'inoculation. On a remarqué depuis longtemps que les morsures sur des surfaces dépourvues de poils sont les plus dangereuses; la dent est essuyée par la fourrure, comme elle l’est chez l’homme par les vêtements. L'observation démontre que les chiens à longs poils (caniches, épagneuls) sont contaminés dans une proportion moindre que les animaux à poil ras; les moutons en laine échappent assez bien à la contagion, tandis qu'ils sont tous atteints après la tonte. Les morsures à la face, aux lèvres ou aux naseaux sont les plus dangereuses chez le cheval et chez le bœuf; la dénudation de la région, sa richesse en terminaisons nerveuses et la proximité des centres sont favorables à l'infection.

La contagion d’herbivore à herbivore s'effectue par les morsures et par le dépôt de bave virulente sur des plaies récentes résultant d'attaques préalables avec les cornes ou avec les dents. La morsure du cheval est plus dangereuse que celle des ruminants; elle occasionne des plaies compliquées, par arrachement, assez favorables à l’inoculation. |

Le dépôt de bave virulente sur les plaies préexistantes ou sur les muqueuses est un procédé fréquent de la transmission du chien à l'homme. Il est parfois réalisé chez les animaux (1).

Modes de la pénétration du virus. — L'e/fraction cutanée, mode ordinaire de la pénétration, est loin d'assurer la transmission

- (1) Wermter rapporte un cas de rage du bœuf dû au lèchement des plaies de cas- tration par un chien enragé.

Werurer (Rapports sanitaires prussiens). Archiv für Thierheïlkunde, t. XXV, 1899, p. 192.

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dans tous les cas. Chez le chien et chez le lapin, l’inoculation intra-cutanée, par piqûres, scarifications ou grattage, reste sans effet, dans près de la moitié des cas. Il existe des différences considérables dans l’imminence de l'infection, suivant la quantité de la matière virulente et suivant la région inoculée. Chez le cobaye, Galtier (1898) obtient l’évolution de la rage dans 95 pour 100 des cas, en inoculant la matière nerveuse virulente par scarifications cutanées.

L’absorption par simple contact est possible sur certaines muqueuses. Galtier voit la rage évoluer onze fois sur quinze, chez le lapin, après le dépôt de « matière virulente » sur la pituitaire et 1 à 3 fois sur dix après souillure de la conjonctive. La pénétration est difficile sur une membrane intacte; chez le lapin, le dépôt sur la conjonctive d'une dilution épaisse de bulbe virulent reste sans effet après une heure de contact; après quatre heures, huit heures et dix heures, la moitié seulement des animaux sont infectés (Conte). La pituitaire est une voie très favorable. Galli Valerio et Solomon obtiennent à coup sûr l'infection, en traumatisant légèrement la muqueuse avec un tampon d'ouate fixé sur une tige métallique et imprégné d’une émulsion virulente. La muqueuse génito-urinaire absorbe difficilement; Galtier n'a que trois résultats positifs sur vingt et une expériences, en introduisant le « virus » dans le vagin, par injection ou à l’aide d’une éponge.

D'après Helman (1), le « virus rabique » introduit uniquement dans le tissu conjonctif sous-cutané ne produit pas la rage et confère l'immunité s’il est injecté en quantité suffisante. Telle qu’elle est couramment pratiquée, l’inoculation sous-cutanée entraîne des souillures du derme ou des lissus profonds et elle détermine l’infection dans les trois quarts (Helman) ou la moitié (Galtier) des cas.

L’inoculation sous-muqueuse a des conséquences tout à fait différentes. Peyraud, puis Szpilmann (2) considèrent l'injection sous-conjonctivale comme l’un des procédés les plus certains de l'infection.

L'’injection intra-musculaire d’une forte dose de virus constitue un procédé très sûr (Helman); avec une dilution de matière nerveuse, Galtier (3) réalise l'infection par ce mode chez 122 cobayes sur

(1) HELMAN. Action du virus rabique..…. Annales de l’Institut Pasteur, t. III, 1889, p. 15.

(2) SzpiLMANN. Bericht über die Thätigkeit der Station für diagnostische Lyssa-Impfungen,.… OEsterr. Monatsschrift für Thierheïlkunde, 1900, p. 1 et 49.

(3) GALTIER. Deuxième note sur la rage. Journal dé médecine vétérinaire, 1898,

ÉTIOLOGIE. L65

126 inoculés (97 pour 100) et chez 47 lapins sur 52 (90 pour 100).

Les voies digestives ne se prêtent guère à la contamination. Les premiers résullats de Gohier, transmettant la rage à deux chiens sur trois par l'ingestion de la viande de chevaux et de brebis cnragés, doivent être attribués à une faute d’expérimentation. Les recherches entreprises depuis, dans les conditions les plus certaines et les plus variées, n’ont donné que des résultats négatifs; Delafond, Renault, Reynal, Bourrel, font ingérer sans succès à des chiens, à des moutons, à des chevaux, la viande et la bave d'animaux enragés; Nocard fait ingérer à un renard le cerveau et la moelle de six autres renards et de plusieurs chiens morts de rage furieuse, sans que l’animal en soit incommodé. Seul, Galtier obtient la transmission au lapin, trois fois sur trente, par l'ingeslion d'émulsions de moelles virulentes ; il transmet la rage quatre fois sur trente au lapin, par le badigeonnage de la muqueuse buccale avec la même matière. La pénétration s’opérerait dès les premières voies, au niveau d’une solution de continuité de la muqueuse; les éraillures, les piqûres de la bouche ou du pharynx expliquent les quelques résultats positifs obtenus.

Une inoculation par les muqueuses de l'estomac ou de l'intestin est improbable. Le suc gastrique détruit assez vite la virulence : d'après Virschikowski (1),les émulsions de moelles virulentes sont stérilisées en 5 heures, à des températures de 16 à 36°, par le mélange d’une solution d’acide chlorhydrique à 3 pour 1000 avec un extrait glycériné des glandes à pepsine de l'estomac du lapin, du bœuf, du cheval, du mouton et du rat. La virulence est éprouvée par l’inoculation intra-cranienne au lapin (2).

Le périloine ne constitue pas une voie des plus sûres; tantôt la rage apparaît, tantôt les inoculés résistent et possèdent l’immunité (V. Immunisation). L'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil est l’un des modes les plus certains de la transmission à toutes Îles espèces.

L'injection directe dans les centres nerveux est réalisée par différents procédés. Le dépôt dans les méninges cérébrales est indiqué dès 1881, par Pasteur et Roux, comme un moyen de

(1) Virscaixkowsxi. Action du suc gastrique sur le virus rabique. Archives de médecine vétérin. russes, 1891,

(2) Le contenu de l’estomac peut être néanmoins virulent si la salive a été déglulie depuis peu; cette virulence est’constante chez les animaux abattus pendant les premières périodes de la maladie, alors que la déglutition est encore facile. Des vétérinaires ont contracté la rage à la suite d’une inoculation par le contenu stomacal, pendant l’autopsie.

Nocarp et LECLAINCHE.— 5° édit. — II. 90

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contamination d’une certitude absolue. La dilution de moelle virulente est introduite sous la dure-mère, après trépanation du crâne. Une seconde méthode consiste en l'introduction du virus en plein cerveau, après simple perforation du crâne à l'aide d'un foreltrépan (Leclainche et Morel) ou par le trou occipital (Galli Valerio). Lebell (1) injecte dans la moelle, en faisant passer l’aiguille entre la première et la deuxième vertèbre lombaire. Les procédés sont également sûrs et ils réduisent au minimum la période d’incubation.

L'inoculation dans les nerfs est beaucoup moins fidèle. Alors que Di Vestea et Zagari obtiennent toujours l'infection, chez le lapin et chez le chien, par l’inoculation du sciatique et du médian, Nocard et Roux échouent par l’inoculation du nerf plantaire, chez le cheval, l’âne et le mouton.

Les suites de l'injection intra-veineuse sont des plus intéressantes. Chez les ruminants et chez le cheval, l'injection de salive rabique (Galtier) ou d’une très fine émulsion de bulbe virulent (Nocard et Roux) ne donne pas la rage et confère l’immunité. Les résultals sont tout différents chez le lapin et chez le chien; l’inoculation détermine parfois la rage et ceux des animaux qui résistent n’ont acquis aucune immunité. Une méthode de traitement de la rage, après morsure, est basée sur les propriétés immunisantes de l’injection intra-veineuse chez certains herbivores (V. Trailement).

Pathogénie. — L'étude de la pathogénie de la rage, encore incomplète, est assez avancée pour permettre d’esquisser les modes de l'infection.

Le virus déposé après effraction en un point quelconque des téguments, dans un milieu favorable, peut être rapidement absorbé. D'après les expériences de Renault, l'absorption s'effectue parfois en à à 10 minutes; Galtier voit la rage se déclarer chez des lapins inoculés à la pointe de l'oreille, la région étant amputée une demi-heure ou 20 minutes après l’insertion; en quelques cas, la cautérisation pratiquée après 5 à 10 minutes n'empêche pas \'éclosion de la rage. Bombicci, puis Calabrese (2), constatent que le virus inoculé dans l'humeur aqueuse a diffusé au delà du bulbe en 24 à 56 heures. Après l’inoculation intra-cutanée, il s'opère par-

(1) LEBELL. Ein neuer Vorgang bei der Inokulation von Tieren mit Rabies-Virus. Centralblatt für Bakteriologie, t. XXVI, 1899, p. 221.

(2) CALABRESE. Sulla inoculazione del virus rabbica nella camera anteriore dell occhio... Napoli, 1896.

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fois une destruction sur place du virus, à la suite d’une pullulation de microbes étrangers, ou peut-être d'une action toxique du milieu, et l’inoculation reste sans effet.

Ainsi que l'avait théoriquement affirmé Duboué (de Pau), dès

1879 (1), c'est par les nerfs que s'opère le transport du virus,

de la périphérie aux centres nerveux. D’après Di Vestea et Zagari, le virus de la rage, déposé dans les nerfs, atteint les centres en cultivant le long de la substance propre du nerf. Arrivé au cerveau ou à la moelle, après avoir suivi le nerf jusqu'à ses racines, le virus progresse en cultivant de proche en proche. Si le point d'arrivée dans les centres est situé dans les parties posté-

rieures de la moelle, comme dans le cas d’une inoculation par le

sciatique, la section de Ia moelle en avant empêche l’envahissement du cerveau et du bulbe; réciproquement, lors de pénétration par les nerfs craniens, la section limite la virulence aux parties antérieures (2). Les modes de la progression du virus dans les cordons nerveux sont peu connus; la virulence des nerfs provenant de la région mordue peut être rapportée, dans certains cas, à un envahissement centrifuge, consécutif à l'infection des centres. Cette virulence est d’ailleurs inconstante, soit que le virus ait

disparu après son passage, soit qu'il ait pris une autre voie pour

gagner le cerveau et la moelle.

La propagation de l'infection par la voie nerveuse n’est pas exclusive. La rapidité de l'absorption dans certaines circonstances montre que la voie sanguine peut servir au transport. La rage se déclare toujours, chez le lapin, si l’on inocule une grande quantité de virus dans une veine de l'oreille, malgré l'amputation immédiate (Pasteur). La voie lymphatique paraît jouer aussi un rôle dans le transport du virus, à la suite de l’inoculation intra-péritonéale notamment (de Blasi et Russo Travali). Dans ce cas, comme lors de pénétration par les veines, l'infection des centres nerveux s'opère irrégulièrement, souvent par plusieurs points à la fois.

Le virus arrivé dans les centres par quelque mode que ce soit cultive de proche en proche et envahit rapidement tous les territoires cérébraux et médullaires. Il est établi que le virus cultive dans les centres pendant un certain temps sans provoquer de trou-

(1) DuBoué. Physiologie pathologique et traitement rationnel de la rage. Paris, 18179. * (2) Dr VEsTEA et ZAGaRI. Sur la transmission de la rage par voie nerveuse. Annales de l'Institut Pasteur, t. III, 1889, p. 237. — Roux. Sur la présence du virus rabique dans les nerfs. Id., t. IT, 1888, p. 18, et t. IIT, 1889, p. 69.

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bles évidents. On peut retrouver le virus fixe, dans le bulbe et la moelle allongée du lapin, 4 jours] après l’inoculation intracranienne, alors que l'animal paraît en parfaite santé (Roux). Cette période de « rage latente » se traduit chez l’homme par des malaises d'ordres différents, qui précèdent parfois de très loin les symptômes bruyants caractéristiques. Chez le chien, le virus peut non seulement envahir les centres, mais encore diffuser jusque dans les glandes salivaires plusieurs jours avant l'apparition des premiers signes (Nocard et Roux).

Ces constatations permettent de prévoir que l'agent virulent exerce son action sur la cellule nerveuse par l'intermédiaire de « toxines », qui doivent être produites en assez grande quantité ou exercer une action prolongée avant de provoquer une réaction symptomatique (1). Les accidents diffèrent suivant que la culture et l’intoxication consécutive s’exercent en tel ou tel territoire cérébral ou médullaire; ils varient suivant les modes de l’ensemencement initial et de la diffusion dans les centres.

L'action exercée par les toxines sur les éléments nerveux ne saurait être exactement analysée avant que l’agent de la virulence soit connu dans sa forme et dans ses propriétés. Hôügyes (2) conclut de ses observations sur la rage du lapin que « l'agent infectieux porte d’abord son action sur les parties du système nerveux central (moelle allongée) qui dirigent la régulation de la température. Cette action peut être comparée à celle de certains alcaloïdes toxiques; elle amène d’abord de la surexcitation (fièvre), puis un épuisement (abaissement de la température). On peut regarder aussi la polyurie comme un signe constant de l'affection de la moelle allongée, vraisemblablement comme un trouble des centres du système vaso-moteur. » Les modifications des autres centres

(1) De Blasi et Russo Travali déterminent, chez le lapin, des paralysies et la mort, en injectant des émulsions de moelle virulente stérilisées par la filtration ou par la chaleur. A. Babes (1881) constate les mêmes faits; il étudie les propriétés chimiques de la substance toxique et la rapproche des enzymes. Galtier (1898) provoque des intoxications graves ou mortelles chez le mouton, la chèvre et le chien, en injectant des émulsions de matière nerveuse virulente, dans les veines ou dans les séreuses ; les accidents se produisent alors que les produits inoculés sont chauffés à 100 et 1050. Leclainche a constaté plusieurs fois des accidents analogues chez le cheval inoculé dans la jugulaire avec 20 à 50 centimètres cubes d'une dilution épaisse de « rage de passage ».

On ne saurait toutefois tirer aucune conclusion de ces faits avant de s'être assuré que la matière nerveuse provenant d'animaux sains ne possède point de propriétés toxiques.

(2) A. HôGyes. Le virus rabique des chiens des rues dans ses passages de lapin à lapin. Annales de l’Institut Pasteur, L. IT, 1888, p. 133.

nerveux sont consécutives; elles comprennent deux phases, l’une de surexcitation, parfois à peine perceptible, l’autre de paralysie. Chez le lapin, « ce sont les paralysies qui prévalent dès le début, comme dans les effets de certains alcaloïdes, où une faible dose produit d’abord une exaltation, puis une paralysie des fonctions des centres nerveux affectés, tandis qu’une forte dose amène d’emblée la paralysie ».

La période comprise entre la pénétration du virus et l'apparition des premiers accidents varie d’après le mode et le lieu de la pénétration. Si l’on supprime, par l’inoculation directe dans les méninges, le transport du virus par les nerfs, on obtient une évolution certaine, après un délai minimum représentant le temps nécessaire à l’envahissement des centres et à la production des toxines. En ce cas, la période d’incubation est fixe pour un même virus et pour un même réactif. A la suite de l’inoculation intraoculaire, la durée de l’incubation varie déjà, en raison des conditions différentes de l’absorption et du transport. Enfin la pénétration par effraction tégumentaire reste stérile ou ne produit ses effets qu'après un temps indéterminé, fonction à la fois de la longueur du trajet à parcourir et de la rapidité de la progression.

La période d’incubation varie dans des limites étendues lors de contamination accidentelle.

Chez le chien et chez le chat, la durée moyenne est de 15 à 60 jours, les extrêmes étant de 8 jours et 1 an. Dans plus de la moitié des cas, la rage apparaît moins de 1 mois après la morsure ; dans les quatre cinquièmes environ, l’incubation ne dépasse pas 60 jours. Il est rare que la maladie survienne après 100 ou 120 jours.

Chez le cheval, la durée de l’incubation est, comme chez le chien, de 15 à 60 jours en moyenne; elle excède 3 mois dans 15 pour 100 des cas (Haubner). Dans quelques observations, l’incubation aurait atteint 10 (Piétrement), 14 (Boudin) ei 20 mois (Gotteswinter).

Chez le bœuf, la rage se déclare le plus souvent de 1 à 5 mois après la morsure. Elle se montre rarement du quatorzième au trentième jour ou après le centième Jour. La période maxima paraît être plus longue que pour les autres espèces ; on a vu la

rage apparaître après 20 mois (Leipert) et 23 mois (Kalt). Dans une observation de Szaboô, ia rage apparaît après 595 jours, chez une génisse mordue au mufle (1).

(1) Morro (Archiv für Thierheilk., 1885, p. 91) rapporte l’histoire d’une enzootie de

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Chez le mouton et la chèvre, l’incubation moyenne est de 15 à 50 jours. Dans un dixième des cas, elle atteint 60 à 70 jours.

Chez le porc, la période habituelle est aussi de 15 à 30 jours. Les chiffres extrêmes signalés sont de6 jours (?) et de 6 mois.

En résumé : c’est, en général, du quinzième au soixantième jour que la rage accidentelle apparait chez toutes les espèces domestiques ; pour toutes, le maximum d'incubation peut être fixé à 10 ou 12 mois, les te plus longues ne constituant que de rares exceptions.

En même temps qu'il cultive dans les centres nerveux, le virus diffuse en suivant le trajet des nerfs. Certains cordons périphériques sont trouvés virulents dans une partie de leur trajet, à partir de l'origine centrale. C’est grâce à cette diffusion centrifuge que le virus est apporté dans les parenchymes qui lui offrent un terrain favorable.

Les glandes salivaires, voisines des centres, sont envahies dès le début, avant même que les désordres cérébraux se traduisent par des signes appréciables (Nocard et Roux). Les autres glandes, telles que le pancréas et la mamelle, échappent le plus souvent, la mort survenant avant que le virus soit parvenu en ces points éloignés. En tous les autres milieux, le virus amené par les nerfs est sans doute détruit par une action bactéricide des tissus ou des humeurs.

La transmission de la mère au fœtus est improbable. En dehors de quelques faits d'observation contestables, la transmission n’a été constatée qu’une seule fois, chez un laLus de lapin (?) (Perroncito et Carita). Les recherches de Zagari sur le même sujet ne donnent que des résultats négatifs; Galtier (1) ne constate pas la transmission au fœtus chez la brebis (8 obs.), la chèvre (3 obs.), la chienne (7 obs.), le lapin et le cobaye (50 obs.), Von Ràtz ne décèle pas le virus chez le fœtus d’une vache affectée.

Résistance du virus. — La dessiccation exerce une action puissante sur le virus de la rage. Dans les moelles de lapin placées dans l’air sec, à l’abri de la putréfaction, la virulence diminue graduellement, pour disparaître en 14 ou 15 jours (Pasteur); elle est détruite en 4 ou 5 jours si la pulpe nerveuse est exposée en couche mince, par l'imprégnation de papier à filtrer par exemple (Galtier). Dans un milieu

rene dans ün troupeau de 26 têtes ; 16 animaux sont pris du 22° au 144° jour; tandis qu’une génisse, âgée d’un an et demi, ne présente les en de la rage que 2 ans et 4 mois plus tard (?).

(1) GALTIER. Première note sur la rage. Journal de médecine vétérin., 1898, p. 69.

RÉSISTANCE DU VIRUS. k71

humide où dans l’eau, le virus se conserve pendant 20, 40 et, jusqu’à 88 jours (Frantzius), suivant les conditions de l'épreuve.

Le virus résiste mal à la chaleur; le chauffage à 40° pendant quelques heures (Babes), ou à 47-480 pendant 10 et même 5 minutes (Galer) lui fait perdre toute activité; une émulsion de moelle perd sa virulence en 24 heures à 45° et en moins d’une heure à 50° (Celli); la virulence est affaiblie après 5 minutes de chauffage à 58°; elle a disparu après 50 minutes à 60°, en quelques minutes à 65° et presque immédiatement à 70° (Babes et Talasescu).

Le froid n'altère pas la virulence; une température de — 60°, prolongée pendant plusieurs heures, n’exerce aucune action (Roux); une moelle conservée à — 4° pendant 34 mois tue le lapin après une incubation de 18 jours (Frothingham).

La lumière est un puissant neutralisant; à la lumière solaire, la virulence disparaît en 14 heures, alors que la température ne dépasse pas 30° (Celli). L'influence des hautes pressions est nulle; le virus est intact après 60 heures de séjour dans l’air comprimé a sept ou huit atmosphères (Celli) et après 24 heures dans l'acide carbonique comprimé à soixante atmosphères (Nocard et Roux).

La putréfaction des matières virulentes, à l'air ou dans le sol, ne détruit que lentement leurs propriétés (1). Galtier obtient la transmission par l’inoculation des centres nerveux provenant de cadavres entiers enfouis depuis 25 jours pour le lapin, 51 jours pour la brebis, 44 jours pour le chien; des cerveaux d'animaux enragés, abandonnés à l’air libre, entiers ou par fragments, à des températures variant de — 8° à + 8°, conservent leur virulence pendant plus d’un mois. Chez le loup, Mergel trouve la matière cérébrale virulente 14 jours après l’enfouissement. Russo Travali et Brancoleone constatent la virulence dans des cerveaux de lapins enfouis depuis 38 jours ou putréfiés à l'air depuis 21 jours. Von Ràtz conclut de ses recherches que la putréfaction des centres nerveux du lapin pendant 15 à 16 jours détermine seulement un affaiblissement de la virulence, indiqué par une plus longue période d’incubation (18 à 99 jours au lieu de 15 à 16 jours, après inoculation sous la dure-mère).

L'action des antiseptiques est assez bien étudiée. Il résulte des recherches de Babes et Talasescu que « le mélange de moelle filtrée sur papier Joseph avec 1 pour 1000 de sublimé ou 1 pour 100 d’acide phénique conserve sa virulence pendant plusieurs heures (2). Il la conserve encore pendant 15 à 30 minutes avec 5 pour 100 d’ acide phénique; il s’atténue au contraire en 15 minutes au contact de la solution de Gram. Les

(4) STEFAN von RATz. Die Widerstandsfähigkeit des Virus der Tollwut gegen Fäulmiss. Centralblatt für Bakteriol., t. XXVIT, 1900, p. 825 (avec bibliogr.).— W. Kemr- NER. Ueber die Art der Versendung tollwutverdächtigen Materials und die Resistenz des Wutvirus gegen Füulniss. Id., t. XXIX, 1901, p. 281.

(2) Les moelles immergées dans l’eau ou la glycérine ND URSCE de 0,5 p. 100 d'acide phénique conservent leur virulence.

L . x Læ 2. LA LE" ‘ L'OR » UE F1 st ‘\ hi LOS FR NÉ RUES ( Va |; L. A + kb vAat it409) Ce UM | A Nr PE. 4 , A TRS SE a ONE RON OS NEUTRE Cr de LÉSURE: RE el Ur à de PA PIE S PURE Er 4 are : A. - RE eee PASS NN RO RE J

acides minéraux forts tuent le virus presque immédiatement. » De Blasi

et Travali recherchent l’action de diverses substances sur l’émulsion de : bulbe: virulent ; on mélange 1 centimètre cube de moelle à 2 centimètres cubes du liquide; l’inoculation est pratiquée dans le péritoine du cobaye.

Détruisent la virulence :

Créoline.et-justdeGiironesess NU ARNNET SEnE e en 5 minutes.

Acide chlorhydrique à 5 p. 100; acide salicylique à 5 p. 100; sulfate de cuivre à 10 p. 100; nitrate

d'argent à 00/D:7100 PMR PATES RER NE en » — Sulfate de zinc à 1 p. 100; ammoniaque; nitrate

d'argent à 25 p. 100; acide sulfurique. . . . . . en 10 — Acide borique à np 100 ARRETE SET RTER en 15 — Permanganate de potasse à 1 p.100... : . . . ... en 20 — A'Cide phénique/205 DOUTE APE MEME en 50 — Acide DhOMaUt 40 DUNCAN ENCRe en 1 heure.

Neide phémoquers 2"p: ADO MEN, CANNES RENE en 2 heures.

Il résulte de ces constatations que l'acide phénique et le nitrate d’argent sont de mauvais antiseptiques pour le virus rabique; le jus de citron constitue au contraire un puissant neutralisant.

D'après Celli, la virulence est immédiatement détruite par l’émulsion de la substance nerveuse dans la solution de sublimé à 1 pour 1000; elle a disparu après 24 heures dans la solution d’hypermanganate de potasse à 2,5 pour 1000 et dans l'alcool à 50° et à 90°, après 5 jours seulement dans l'alcool à 25°. L'alcool à 15° n’altère pas la virulence après un contact de 7 jours.

L'eau saturée d’iode, la solution d'acide citrique à 6 pour 100, stérilisent en 10 minutes (Galtier). L’essence de térébenthine aurait aussi une action puissante, même en dilution étendue (H. Fol).

D'après Bôkaïi et Szilägyi, la solution faible de chlore (10 gouttes de la solution de chlore dans 10 grammes d’eau distillée) détruit la virulence de l’émulsion nerveuse en quelques instants; la solution de brome (20 gouttes d’eau bromée dans 10 grammes d’eau) a les mêmes effets; l'acide sulfurique à 2 pour 100, le permanganate de potasse à 1 pour 100, l'essence d’eucalyptus, assurent la stérilisation. Babes constate que le sublimé à 1 pour 1000 et l’acide phénique à 1 pour 100 stérilisent en 2 à 5 heures une émulsion de substance nerveuse.

Modifications de la virulence. — Les propriétés du virus de la rage accidentelle diffèrent non seulement d’une espèce à une autre, mais encore pour chaque individu. Le chat et le loup donnent un virus renforcé à l’égard du lapin. L’inoculation au lapin, dans l’œil ou dans les méninges, de la substance nerveuse des chiens morts de la « rage des rües » ne tue pas toujours dans le

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