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MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE

délai habituel de 15 à 18 jours : Calabrese (1) constate des périodes d'incubation variant entre 7 et 55 jours; celles de 11 à 14 jours ne sont point rares. Les herbivores peuvent fournir un virus renforcé: Calabrese tue le lapin en 8 jours avec le bulbe d'un mouton mort en 20 Jours de rage accidentelle.

Les variations dans la virulence peuvent être reproduites expérimentalement par les passages à travers certains organismes ou encore par laction de la dessiccation et de la chaleur.

I. ACTION DES PASSAGES SUR LES ANIMAUX. — Le passage du virus par certains organismes en modifie les propriétés dans le sens de l’atténuation ou de l’exaltation. |

En 1884, Pasteur, Chamberland et Roux montrent que la virulence rabique est atténuée. par les passages chez le singe. « Si l’on passe du chien au singe, et ultérieurement de singe à singe, la virulence du virus rabique s’affaiblit à chaque passage. Lorsque la virulence a été diminuée par ces passages de singe à singe, si le virus est ensuite reporté sur le chien, sur le lapin, sur le cobaye, il reste encore atténué. En d’autres termes, la virulence ne revient pas de prime saut à la virulence du chien à rage des rues. L’atténuation, dans ces conditions, peut être amenée facilement, par un petit nombre de passages de singe à singe, jusqu’au point de ne jamais donner la rage au chien par des inoculations hyÿpodermiques. L’inoculation par la trépanation, méthode si infaillible pour la communication de la rage, peut même ne produire aucun résultat, en créant néanmoins, pour l'animal, un état réfractaire à la rage. » Alors qu'après un premier passage sur le singe, le virus tue encore le lapin en 15 jours environ, le sixième singe donne un virus qui tue le lapin en 50 jours seulement.

« La virulence s’exalte quand on passe de lapin à lapin ou de cobaye à cobaye. Lorsque la virulence est exaltée et fixée au maximum sur le lapin, elle passe exaltée sur le chien et elle s’y montre beaucoup plus intense que la virulence du virus rabique du chien à rage des rues » (Pasteur, Chamberland et Roux). Ces passages successifs de lapin à lapin, par inoculations intra-craniennes, ont pour effet de diminuer graduellement la période de l’incubation. Après une centaine de passages, la durée de l’incubation, qui était primitivement de 15 à 16 jours, est tombée à 6 ou 7 jours; à partir de ce moment, on n'observe plus de variation; le virus est dit fixe; il conserve indéfiniment les mêmes propriétés. »

L'activité du virus diminue à l'égard des mammifères après un seul passage chez les oiseaux (Gibier). L'infection du lapin est encore pos-

(1) CaALABRESE. Sur l'existence dans la nature d'un virus rabique renforcé. Annales de l’Institut Pasteur, 1896, p. 97.

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sible, mais elle est incertaine; parfois aussi, on observe une augmentation très marquée dans la période d’incubation. Le virus affaibli récupère ses propriétés par des passages en série chez le lapin (Kraus et Clairmont).

D’autres organismes réalisent l’exaltation de la virulence. Après 7 ou 8 passages successifs du renard au renard, on obtient un virus qui tue régulièrement en 6 jours (Nocard). Le passage à travers l'organisme du chat (de Blasi et Russo Travali) produit aussi une exaltation de la virulence. Le virus des rues, qui tue le chat en 7 à 12 jours, par inoculation intra-cranienne, se renforce après un premier passage; il tue ensuite en » à 6 jours, quel que soit le nombre des passages. Reporté chez le lapin et chez le chien. il détermine la mort en 6 jours également (1).

IT. ACTION DE LA DESSICCATION. — La dessiccation exerce sur le virus rabique une action atténuatrice, démontrée, en 1885, par Pasteur, Chamberland et Roux.

Des moelles de lapins tués par le virus fixe sont suspendues, avec des

précautions d’asepsie parfaite, dans des flacons contenant de la potasse et maintenus à la température de 25°. En ces conditions, la virulence des moelles diminue graduellement; après 5 ou 6 jours, elles ne donnent plus la rage aux animaux, même si on les inocule sous la dure-mère. Il est possible d'obtenir une série de virus d'énergie décroissante, depuis le virus fixe, de beaucoup plus actif que celui de la rage des rues, jusqu’à la virulence moindre, incapable de tuer dans quelque condition que ce soit.

Le mécanisme complexe de l’atténuation est lié à l’action combinée de la dessiccation, de l'oxygène de l'air et de la chaleur. Les moelles restent virulentes pendant 28 à 30 jours dans le vide, dans l'hydrogène et dans l’acide carbonique, à 25°. La virulence disparaît rapidement (en 48 heures à 55°) si l’on augmente la température du milieu; au contraire, elle persiste longtemps si la température est abaissée (2).

Il est à remarquer que la dessiccation ne produit pas un virus « atténué » dans le sens restreint aujourd’hui adopté, puisque ses propriétés ne sont nullement transmissibles par passages successifs. Les animaux qui succombent à l’inoculation intra-cranienne d’un virus insuffisamment modifié meurent avec la plus courte période d’incubation et leurs centres nerveux possèdent la virulence maxima.

IT. ACTION DE LA CHALEUR. — En 189%, Puscariu et Vesesco (3) montrent que le chauffage entre 50 et 60° détermine un affaiblissement croissant de la virulence, accusé par une survie des animaux inoculés. Les

(4) DE BLast et Russo Travazi. La rage expérimentale chez le chat. Annales de l’Institut Pasteur, t. VIII, 1894, p. 338.

(2) VrALA. Sur les causes de l’atténuation des moelles rabiques. Annales de l’Institut. Pasteur, t. V, 1891, p. 695.

(3) Puscariu et VESEsco, Essais de vaccination antirabique. Annales de l’Institut Pasteur, 1895, p. 21.

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inoculations successives de moelles chauffées à des températures comprises entre 30 et 60° permettent de conférer l'immunité. Le procédé est. d’une application difficile (1). L'émulsion chauffée à 52 pendant une demi-heure est à peine atténuée et tue le lapin en 9 jours, tandis que le chauffage à 55° pendant 10 minutes affaiblit gravement ou annihile la virulence. De plus, les effets du chauffage varient suivant les virus employés.

Immunisation. — L’immunisation des organismes à l'égard de la rage est obtenue par des méthodes applicables à toutes les espèces ou spéciales à quelques-unes seulement. Les procédés peuvent être ainsi classés :

) dans les veines.

b) dans le péritoine.

a) parlepassagechezlesinge.

: ! a 1° Inoculations de virus normal ;

2 Inoculations de virus modifiés | b) par la dessiccation. | c) par le chauffage.

5° Inoculations de virus dilués.

4° Inoculations de dilutions stérilisées.

D° Sérothérapie.

I. INOCULATION INTRA-VEINEUSE. — L'injection intra-veineuse de virus rabique constitue un mode d'immunisation à l'égard de certaines espèces. En 1881, Galtier annonce avoir injecté sept fois de la salive rabique dans la jugulaire du mouton, sans avoir jamais obtenu la rage; un des moutons, inoculé ensuite avec la bave d’un chien enragé, paraît avoir l’immunité. Dans une seconde note, le même expérimentateur relate 7 expériences analogues, portant sur 9 moutons et 1 cheval; il conclut que les injections de salive rabique dans les veines du mouton ne font pas apparaître la rage et qu’elles paraissent conférer l’immunité.

En 1884, Nocard et Roux (2) entreprennent des recherches sur le même sujet; ils injectent dans la jugulaire une dilution de ma- | tière nerveuse virulente et pratiquent l’inoculation d’épreuve avec le même produit, dans la chambre antérieure de l’œil. On évite ainsi les incertitudes résultant de l'emploi de la salive et celles qui sont inhérentes à l’inoculation sous-cutanée. Les résultats confirment ceux de Galtier; ils permettent d'instituer un traitement simple et efficace des animaux mordus.

(1) Oucuaxorr. Contribution à l'étude du virus fixe atténué au moyen du chauffage. Archives russes des sciences biologiques, t. VIII, 1900, p. 133.

(2) Nocarp et Roux. Vaccination des ruminants contre la rage. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, 1888, p. 541.

L'injection intra-veineuse pratiquée chez le mouton, la chèvre, le bœuf et même le cheval confère une immunité assez solide pour que les animaux résistent ensuite à l’inoculation intra-oculaire de la moelle rabique et, par conséquent, aux morsures les plus graves. Chez les ruminants, la méthode empêche l'évolution de la rage si la vaccination est pratiquée 24 heures après l’inoculation dans la chambre antérieure de l’œil. La sévérité de cette dernière épreuve permet de prévoir que les suites d’une inoculation accidentelle seront sûrement prévenues, si le traitement est appliqué 2 ou 5 jours après la morsure. L’immunisation après morsure est moins sûre chez le cheval. Dans les expériences de Nocard, l'injection intra-veineuse pratiquée 24 heures après l’inoculation intra-oculaire ne sauve que 2 chevaux sur 4. Trois chevaux traités par Conte, plusieurs jours après la morsure, succombent après une. longue incubation (V. Traitement).

Chez le chien, l'immunité est parfois conférée par les injections intra-veineuses de moelles rabiques de virulence graduée (Protopopoff) ou même par une seule injection d’un virus affaibli (Roux); toutefois, les résultats ne sont pas assez constants pour que la méthode puisse être utilisée. Helman attribue les variations spécifiques, quant aux suites de l'injection intra-veineuse, aux différences de structure des capillaires cérébraux et médullaires, ceux-ci permettant ou non l'irruption du virus dans la substance nerveuse. Le mécanisme de l’immunisation est incomplètement déterminé. Nocard constate que l’injection dans la carotide est toujours suivie de l’évolution de la rage; au contraire, l'injection dans l'artère crurale a les mêmes effets que l’inoculation dans la jugulaire. Il est probable que l’immunité est due à l'extrême dilution du virus, retenu en partie et peut-être modifié par son passage sur le filtre pulmonaire et lancé dans les centres nerveux en très faible quantité.

IT. INOCULATION INTRA-PÉRITONÉALE. — L'’injection d’une dilution: virulente de substance nerveuse produit des effets différents suivant les conditions de l'épreuve. Tandis que Protopopoff et Helman n'obtiennent pas l’évolution, Galtier, Di Vestea et Zagari tuent les inoculés. Les recherches de Marx (1) établissent que l’'immunité peut être conférée, au chien et au lapin, par une seule injection. d’une dilution de matière cérébrale virulente (5 c. c.) provenant du lapin tué avec le virus fixe. Le virus des rues ne procure au contraire aucune immunité. Les lapins traités par des injections de

(1) Marx. Beitrüge zur Lyssaimmunität Deutsche medicin. Wochenschrift, 1899, p. 671.

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petites doses ne sont pas immunisés. L'immunité s'établit peu à peu pour être complète 12 à 14 jours après l’inoculation; elle est à la fois durable et très solide; les animaux résistent à l’inoculation virulente sous la dure-mère après 6 et 11 mois.

Les différences dans les conséquences de l’inoculation paraissent liées aux précautions prises pour éviter la souillure des muscles de la paroi abdominale et la blessure de l'intestin pendant l’opéralion.

III. INOCULATIONS DU VIRUS AFFAIBLI PAR PASSAGE CHEZ LE SINGE. — L'atténuation, par l'organisme du singe, du virus des rues préalablement exalté par des passages chez le lapin permet d’obtenir une « échelle de virulence » étendue. Le 19 mai 1884, Pasteur annonce que les inoculations successives, sous la peau du chien, de virus d'activité croissante, ne déterminent aucun accident et qu'elles confèrent l'immunité contre l’inoculation de la rage la plus virulente. Les chiens vaccinés par ce procédé sont réfractaires aux différents modes de la contagion, naturelle ou expérimentale.

Cette méthode de vaccination présente cependant certains inconvénients et sa complexité eût été un obstacle à son utilisation immédiate.

IV. INOCULATIONS DU VIRUS DESSÉCHÉ. — En 1885, Pasteur. Chamberland et Roux font connaître les effets de la dessiccation sur les moelles virulentes; ils annoncent en même temps que les inoculations successives d’émulsions de moelles rabiques desséchées, en commençant par les plus atténuées, confèrent limmunité. 50 chiens, immunisés par ce procédé, se montrent réfractaires à tous les modes de l'infection, l’inoculation intra-cranienne y comprise.

La méthode est d’une efficacité certaine et d’une sécurité absolue en tant que procédé d’immunisation préventive; de plus, on peut l'employer un certain temps après l’inoculation virulente, l’immunité étant acquise avant la fin de la période d’incubation. Appliqué pour la première fois à l'homme dès le mois de juillet 1885, le traitement de la rage après morsure a subi victorieusement depuis les épreuves d’une pratique journalière.

Le traitement consiste en des inoculations quotidiennes de moelles desséchées. Les moelles sont broyées dans du bouillon stérilisé, légèrement alcalin, et réduites à l’état de fine émulsion, facile à faire pénétrer sous la peau. Les injections sont faites aux flancs, alternativement à droite et à gauche: On utilise d’abord une moelle de 14 jours, complètement inoffensive; on continue par celles de 15, 12 jours, et ainsi de

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suite jusqu’à la moelle de 3 jours qui complète l'immunité. Le dosage de la matière injectée a été empiriquement établi, après de nombreux tâtonnements. Les doses d'émulsion varient de 3 c. c. pour les moelles faibles à 1 c. c. pour les moelles fortes; la quantité de substance nerveuse sèche employée correspond à peu près à un centigramme pour chaque injection. Il est indiqué de répéter les injections d’une même moelle pendant le cours du traitement ; d'autre part, le nombre des inoculations et la durée du traitement varient suivant la gravité des morsures.

Pour les morsures peu graves et portant sur les membres, la formule du traitement adopté par l'Institut Pasteur de Paris estrésumée ci-après :

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Dans le cas de morsures à la tête, l'incubation de la maladie peut être très courte et 1l faut multiplier les injections pendant les premiers jours, pour gagner du temps. Le traitement est prolongé pendant 21 jours, d’après la formule suivante :

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