‹ Les maladies microbiennes des animauxChapitre 79 sur 107 · HIS · texte numérisé non relu

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générale, la lenteur de la mastication et une légère déviation de la queue, rejetée sur le côté. Après 1 à 2 jours, les signes sont évidents; la tête et l’encolure sont étendues, immobiles ; les oreilles

Sont rigides, dirigées en arrière et en haut; l’œil est enfoncé et recouvert par le corps clignotant; les naseaux et le mufle sont tirés en arrière; le trismus ne permet qu’un écartement limité des mâchoires; la langue est rigide et dure. Le tronc se déplace tout d'une pièce; la queue est relevée ou rejetée de côté; la marche est pénible; les membres, à peine soulevés, sont portés en abduction.

Les phénomènes d’excitation sont peu marqués ou manquent tout à fait. Le trismus complet ou la contracture du pharynx rendent impossibles la déglutition des aliments et la rumination: il existe du météorisme, de la réplétion du feuillet et de la constipation.

La durée de l’évolution est variable. Dans les formes graves, la tétanisation s'étend aux muscles du thorax et de l'abdomen: la respiration est dyspnéique, bruyante; la température dépasse 41° et les malades succombent, par asphyxie, en 5 à 9 jours. Dans les formes à marche lente, les contractures s'établissent peu à peu et le trismus n’est complet qu'après 10 à 14 jours (Hering). La guérison est obtenue dans 50 pour 100 des cas environ; elle n’est complète qu'après une convalescence de 20 à 30 jours. Comme chez le cheval, le pronostic est basé sur la rapidité de l’envahissement, la localisation des contractures et l'intensité du trismus.

c) Tétanos du mouton et de la chèvre (1) — La maladie débute par la raideur de certaines régions, notamment du train postérieur. Après un ou deux jours, les muscles de la croupe et de la fesse sont tendus, durs, peu sensibles; les membres postérieurs sont écartés; la queue est raide, relevée ou ramenée sur le côté; la marche est pénible; les articulations des membres ne fléchissent pas; il semble que le malade « marche sur des échasses ». L'appétit est conservé; la température est normale. Deux à trois jours plus tard, les muscles du dos et des membres antérieurs sont atteints: l'animal, immobilisé, semble fixé sur quatre colonnes rigides ; les muscles du thorax, de l’encolure et de la face, se contractent à leur tour. Le trismus empêche la préhension des aliments ; la respiration est courte, pénible et bruyante; on compte 120 à 130 pulsations par minute; la température dépasse 42°.

Le tétanos débute en quelques cas par les muscles des mâchoires

(4) May. Das Schaf.…. t. IT, 1868, p. 280. — MüLrer. Starrkrampf bei Schafen. OEsterr. Vierteljahrschr.,t. XLVI, 1876, p. 146.

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et de la face; comme dans la forme précédente, il progresse d'avant en arrière, pour envahir toutes les régions.

L'évolution est complète en 6 à 8 jours en moyenne; la plupart des animaux succombent en 2 ou 3 jours; d’autres survivent 10 à 14 jours; on signale un tétanos chronique chez les agneaux (May). La généralisation des contractures et la mort sont observées chez 90 à 95 pour 100 des malades.

d) Tétanos du porc (1). — Les contractures débutent en diverses

régions (mâchoires, dos, membres) et s'étendent assez rapidement. Le malade reste couché: les membres, immobilisés en extension forcée, ne peuvent être fléchis; la tête est portée en arrière par la contracture des muscles de la région cervicale supérieure; la colonne dorso-lombaire est incurvée en haut (opisthotonos) ou en bas (emprosthotonos); le trismus est souvent incomplet. Des crises sont observées, comme chez. le cheval; sous l'influence d’une excitation quelconque, la tension des muscles s’exagère; le malade fait entendre des grognements plaintifs; la respiration devient dyspnéique et râlante. Les accidents s’atténuent si le malade est laissé dans le calme et dans l’obscurité.

La mort survient après un temps qui varie entre 2 ou 5 jours et plusieurs semaines. La guérison est obtenue dans un quart des cas environ. TA

e) Tétanos du chien. — Le tétanos reste ordinairement localisé à une région. Les muscles des mâchoires, de la face et de la région cervicale, sont atteints de préférence. Le trismus est incomplet le plus souvent et l'alimentation reste possible; les commissures des lèvres sont soulevées et tirées en arrière; les oreilles sont dressées, immobiles et rapprochées; la peau du front est plissée. Si les muscles cervicaux sont affectés, la tête est maintenue haute et en extension; le malade, incapable de fléchir l’encolure, prend un aspect tout spécial. En quelques cas, les muscles du dos et des lombes sont affectés; ces régions sont dures, indolores; la colonne vertébrale est redressée (orthotonos) ou incurvée en haut (opisthotonos) ; la queue est relevée et rigide. Le tétanos des membres est exprimé par la contracture permanente des masses musculaires; les divers rayons sont portés en extension forcée. Les symptômes généraux sont peu marqués ou nuls.

Le tétanos généralisé, plus rarement observé, est décelé par des symptômes analogues à ceux qui sont observés chez le porc. Les

(1) SENDRAIL. Du tétanos chez le porc. Revue vétérin., 1893, p. 302 (avec bibliogr.).

impressions sensorielles ou les attouchements provoquent des paroxysmes.

La mort survient par asphyxie, dès les premiers jours, ou par inanition, après 10 à 15 jours, si le trismus est complet. 50 pour 100 des malades guérissent; la résolution est exceptionnelle dans le tétanos généralisé.

TM TESIÔNS:

Il n'existe aucune lésion spécifique connue; les troubles sont les conséquences, plus ou moins directes, de l’intoxication des centres nerveux.

Les cadavres conservent, pendant les quelques heures qui suivent la mort, une température égale ou supérieure à celle des derniers instants de la vie (1). Chez le cheval, la température, prise dans le rectum ou dans les masses musculaires, s'élève de 42° à 43° et 45° pendant 5 à 6 heures, pour diminuer rapidement ensuite.

Les centres nerveux ne présentent pas d’altération constante. Les viscères sont congestionnés; les séreuses montrent quelques ecchymoses. Le myocarde est souvent friable et cuit. Les muscles contracturés sont le siège de ruptures fibrillaires, avec reliquats hémorragiques ; en certaines régions, le tissu est ramoili et de teinte ocreuse; l'analyse histologique décèle des dégénérescences granuleuse ou vitreuse, avec disparition de la striation normale.

Des lésions d’asphyxie, de pneumonie gangreneuse et d’infections secondaires, sont souvent suraJoutées.

HIT. — Dracxosric.

D'une façon générale, et pour toutes les espèces, le diagnostic est aisément porté. La contracture permanente des groupes musculaires est presque univoque chez le cheval; l'immobilisation de la tête et de l’encolure, la raideur du tronc, le trismus, la position des oreilles, la saillie du corps clignotant, le soulèvement de la queue. donnent au malade un aspect caractéristique. Chez les autres espèces, des manifestations bruyantes permettent presque toujours

(4) Cette particularité, relevée par Wunderlich chez l'homme, est signalée chez le cheval par Bayer, Lustig, Friedberger….

Voy. LusriG. Temperatur-Messungen bei Starrkrampf. Jahresbericht der Kônigl. Thierarzneischule in Hannover pro 1874, p. 22.

de reconnaître la maladie au premier examen. Les indications du diagnostic différentiel varient suivant l’espèce considérée.

a) Cheval. — Le tétanos ne pourra être confondu avec les lésions articulaires ou musculaires entraînant l'immobilisation des régions (entorses cervicale ou dorso-lombaire, arthrite temporo-maxillaire, myosites...). La fourbure, accusée au début par la raideur des mouvements, est exprimée par des attitudes spéciales et par des signes locaux évidents. La rage ne provoque point de contractures persistantes; les accès de fureur sont tout différents des paroxysmes tétaniques.

La méningite cérébro-spinale, accompagnée de contractions toniques - des masséters et des muscles de la nuque, simule d’assez près le tétanos. Elle est différenciée par l’état comateux des malades, les accès de « vertige » et les paralysies envahissantes.

b) Bœuf. — La méningite cérébro-spinale est dénoncée par des contractures limitées (région cervicale supérieure).

L'éclainpsie présente quelque analogie avec le tétanos puerpéral ; les crises convulsives et le caractère temporaire des contractions toniques suffisent à assurer le diagnostic.

c) Mouton et chèvre. — La présence de nombreux cœnures, dissémi-:

nés sous les méninges, entraîne des accidents simulant plutôt l’épilepsie que le tétanos; le « tournis » est facilement reconnu. Dans la méningite cérébro-spinale, les contractures sont inconstantes et localisées aux muscles de la nuque; il existe des troubles cérébraux, des mouvements -continuels des mâchoires et des paralysies envahissantes.

Chez la chèvre, l’éclampsie est exprimée, comme chez la vache, par des accès de convulsions épileptiformes.

d) Porc. — Les contractures toniques, étendues à divers groupes musculaires, sont pathognomoniques.

e) Ghien. — Le tétanos est différencié de la rage mue par la contrac-

ture des masséters, le rictus des lèvres, le port des oreilles, dressées et rapprochées. L'immobilisation de la mâchoire inférieure (lésion articulaire, corps étrangers entre les molaires) a pour conséquence l’écartement des maxillaires; elle ne peut être confondue avec le trismus tétanique.

L’empoisonnement par la strychnine provoque des contractions cloniques des muscles. Le rhumatisme musculaire occasionne seulement l’impotence fonctionnelle et les régions envahies sont douloureuses. Il existe dans l’éclampsie de la chienne, des crises épileptiformes; les contractures toniques de certains muscles coïncident avec des contractions cloniques en d’autres régions.

de 4 D EL

ÉTIOLOGIE. 507 Matières virulentes. — Dans le tétanos traumatique, les

bacilles sont rencontrés à la fois dans le pus et dans le tissu conjonctf voisin de la plaie d’inoculation. Dans le tétanos puerpéral, la virulence est étendue au contenu de l'utérus et au mucus vaginal. |

En règle générale, la virulence reste limitée au foyer de culture initial. Pendant la vie, le bacille n’est jamais rencontré dans le sang, ni dans les viscères; les recherches de Sanchez Toledo et Veillon (1) montrent qu'il peut envahir la grande circulation et les parenchymes pendant l’agonie et après la mort. La virulence des centres nerveux est aussi exceptionnelle.

Réceptivité. — La réceptivité est fonction à la fois de l'aptitude des organismes à la culture du bacille et de la sensibilité de leurs cellules nerveuses à la toxine tétanique. Les solipèdes se placent au premier rang des animaux domestiques quant à leur aptitude spécifique ; l’inoculation de 6 milligrammes d’une toxine sèche très active tue le cheval à coup sûr (Nocard).

Le bœuf est moins sensible à l’action du virus ou de la toxine. Il supporte aisément des doses de toxine dix fois supérieures à la dose toujours mortelle pour le cheval.

Le mouton et le porc sont également peu sensibles à la toxine.

Le chien est encore plus résistant; il faut, pour le tétaniser sûrement, lui injecter 5 à 6 centimètres cubes d’une toxine dont un demi-centimètre cube tue un cheval de 450 kilogrammes.

Parmi les petits animaux, la souris blanche et le cobaye sont les plus sensibles à la fois aux produits virulents tétanigènes et à la toxine. Le lapin est beaucoup moins susceptible; il n'est tétanisé que par une dose cent fois supérieure à celle qui est active chez le cobaye.

Les oiséaux présentent une extrême résistance; le pigeon et surtout la poule supportent sans réagir des quantités considérables de cultures toxiques.

La grenouille est sensible au bacille et à la toxine; 1l n’est point

. (4) SAxcHEz ToLepo et VEILLON. Recherches microbiologiques et expérimentales sur le télanos. Archives de médecine expérim., 1890, p. 709.

nécessaire d'élever la température de l’eau pour obtenir l'évolution (Marie); la grenouille grise est plus susceptible à la toxine que la grenouille verte (1).

La race paraît avoir quelque influence sur la réceptivité. Nocard constate que les chevaux hongrois et galiciens sont plus sensibles que les normands et les danois à la toxine tétanique. L'âge ne modifie en rien l'aptitude. |

Une atteinte antérieure ne confère aucune immunité; les sujets qui ont résisté au tétanos expérimental succombent aussi sûrement et aussi vite que les animaux neufs, s’ils sont soumis à une infection nouvelle (Sanchez Toledo et Veillon).

Modes de l'infection. — Le bacille de Nicolaïer est très répandu dans le milieu extérieur. Il est présent dans les sols, les eaux, les poussières des rues et des habitations, sur les végétaux souillés par des particules terreuses. Le microbe traverse le tube digestif des animaux sans être altéré; il est retrouvé constamment dans le contenu intestinal et dans les excréments(2); les germes existent en abondance dans les sols des écuries et des étables, les fumiers et tous les milieux souillés par les déjections animales (cours des fermes, sol des rues, jardins, terres cultivées). Certains sols marécageux sont d’une richesse extrême en éléments virulents (3). Il est vraisemblable que, sous des conditions indéterminées de température, d'humidité et de milieu, le bacille

(1) CoLLiNa. Ricerche sul tetano nella rana. Riforma medica, 1898, p. 75.

(2) Sanchez Toledo et Veillon décèlent la présence du bacille dans les excréments du cheval et de la vache, par l'inoculation sous la peau du lapin. Par la même méthode, Molinari trouve tétanigènes presque toujours les excréments du bœuf, du cheval, de l'âne, du porc, du chat, du lapin, du lièvre, de la poule, de l'oie, du canard; ceux de l’homme, de la grenouille et des poissons ne donnent jamais le tétanos. Les fèces ne sont pas tétanigènes chez le veau et chez l’agneau qui portent une muselière de cuir empêchant l’ingestion des fourrages et des particules terreuses.

Il existe dans l'intestin de l’homme des formes identiques au bacille tétanique, mais dépourvues de virulence.

SANCHEZ TOLEDO et VEILLON. Loc. cit. p. 740. — MoziNari. Sulla provenienza dei germi del tetano. Giorn. della R. Soc. d'Igiene, 1898, p. 36. — Pizzinft /} bacillo del tetano nelle feci dell uomo. Rivista d’igiene e sanità pubbl., 1898, p. 170. — TAVEL. Ueher den Pseudotetanusbacillus des Darmes. Centralblatt für Bakteriol., t. XXII, 1898, p. 538.

(3) Les flèches préparées par les naturels des Nouvelles-Hébrides sont trempées dans une terre de marais extrêmement riche en spores tétaniques et septiques. Les blessures provoquent l’évolution de la gangrène gazeuse ou du tétanos.

Le Danrec. Poison des flèches aux Nouvelles-Hébrides. Annales de l’Institut Pasteur, 1889, p. 716, et 1892, p. 851.

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pullule à l’état de saprophyte à certains moments, les spores assurant la survivance des générations créées, dès que les circon- : stances deviennent détavorables.

L'inégale répartition des germes tétaniques permet d'interpréter la fréquence exceptionnelle du tétanos en certaines régions. La maladie est commune dans les Antilles et au Sénégal: à Saint- Domingue (Wagenfeld) et à la Nouvelle-Calédonie, elle est considérée comme une complication habituelle de la castration du cheval; en Espagne, en Algérie, en Égypte, le tétanos de castration est encore très fréquent. De nombreux faits d'observation démontrent qu'il est, dans tous les pays, des « localités à tétanos ». Dieudonné constate 26 cas de tétanos du cheval en quatre années, chez des animaux entretenus dans les localités marécageuses des bords de la Seille. IL est, dans les environs de Paris, des « régions à tétanos » (Saint-Denis, Noisy-le-Sec, Aubervilliers). Pendant 15 ans, un seul vétérinaire d’Aubervilliers, M. Coret, a vu de 50 à 40 chevaux tétaniques chaque année. En certains pays, le tétanos ombilical emporte jusqu’à 50 pour 100 des poulains nouveau-nés; il a reçu le nom significatif de « maladie de 1. jours DE

L'infection s'opère au niveau de traumatismes accidentels ou chirurgicaux, intéressant la peau ou les muqueuses. Les plaies les plus exposées sont celles qui sont souillées de terre, de boue, de fumier..., comme les traumatismes des extrémités des membres ou des régions reposant sur le sol pendant le décubitus (ombilic, queue)... Les piqüres, les fistules, les plaies contuses, les brûlures, les escarres cutanées (blessures par les harnais) ..……. sont encore très favorables; mais toutes les plaies suppurées, même superficielles et peu étendues, peuvent être le point de départ de l'infection. Chez le cheval, les traumatismes du pied (enclouure, clou de rue, bleime suppurée, javart) et des membres (chutes, genou couronné), les blessures produites par les instruments souillés de terre (soc de charrue, dents de herse) ou par les harnais sont l’origine habituelle du tétanos. Le séjour dans les plaies du corps étranger vulnérant est une circonstance favorisante; le « clou de rue » du cheval est le procédé type de l'infection tétanique. En quelques cas, le foyer s'établit au niveau d'une muqueuse; les plaies de la ou (irrégularités dentaires, carie) sont des portes d'entrée possibles. Quentin a rapporté un exemple de tétanos du cheval consécutif à l'implantation d'un clou dans une dent cariée. Les plaies des paupières, du

vagin et du rectum sont exposées aux souillures virulentes (1).

Les traumatismes chirurgicaux sont l’occasion de nombreux cas de tétanos. Les plaies opératoires sont infectées directement par les mains du chirurgien et par les instruments, ou secondairement par la .souillure des surfaces exposées. Des faits nombreux démontrent les dangers d’une inoculation directe par des instruments malpropres ou insuffisamment désinfectés ; les pinces, les sondes, gardent dans leurs cannelures des particules virulentes; les «casseaux » de bois, employés pour la castration, conservent plus facilement encore le virus. Certaines conditions de l'intervention chirurgicale rendent inévitable la souillure des plaies; les animaux sont couchés sur des lits de paille ou sur des fumiers; le champ opératoire est ensemencé par des corps étrangers (paille, terre, fumier) el des poussières qui renferment presque à coup sûr le bacille tétanique. Les plaies sont souvent laissées à découvert, exposées pendant tout le temps de la cicatrisation à des contacts dangereux. Chez toutes les espèces animales, la castration des mâles est l’origine la plus commune du tétanos chirurgical (2). Les procédés qui nécessitent le contact de corps étrangers et qui entrainent une lente morüfication des tissus (casseaux, fouettage des agneaux...) sont compliqués de préférence et de véritables enzooties sont observées dans ces conditions. L’ampu- -tation de la queue chez le cheval, suivie d’une cicatrisation lente du moignon, est une circonstance favorable. L'opération de la hernie ombilicale des poulains, par la cautérisation avec l'acide azotique, expose à la même complication, en raison de la souillure inévitable des escarres. La saignée au palais, pratiquée par les maréchaux et les empiriques avec la « corne de cerf », les sétons.….. provoquent aussi le tétanos chez le cheval. |

La maladie apparaît à la suite d'interventions insignifiantes, comme l'inoculation du claveau à l'oreille du mouton (Richter, Hertwig.., Jarmer). Des enzooties de tétanos sont signalées chez

(4) Bergamini observe un cas de tétanos du veau consécutif à une inoculation

par la muqueuse herniée du rectum.

BerGamini. Tetano da emorroidi. Giorn. della R. Società veterin. italiana, 4898, p. 805.00

(2) Texier rapporte un exemple peu connu de « tétanos de castration » chez l'homme.Un individu se châtre lui-même avec des casseaux; il fait le pansement «avec une poignée de foin » et continue à travailler, Quinze jours après, il est pris de tétanos et meurt. | |

Texier. Observation de tétanos suite de castration chez l’homme. Recueil de médecine vétérin., 1855, p. 556, |

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le mouton et chez le bœuf, à la suite de l'application de trochisques de racine d’hellébore, employés comme préservatifs du charbon ou de la péripneumonie (Schlechter, Müller, Benzlen) (1); ces accidents sont encore fréquents en Belgique, dans le pays de Turnhout.

Une forme particulière est consécutive à la parturition (tétanos puerpéral), et de nombreuses observations sont relevées chez la vache. L'infection s'établit au niveau de plaies du vagin ou de l'utérus. Elle est consécutive aussi à la rétention du placenta et l'on peut admettre qu'une culture s'opère au sein des matières putrides contenues dans l'utérus (2).

Chez les nouveau-nés, le tétanos est dû aux souillures de la plaie ombilicale (félanos des nouveau-nés); il sévit sous une forme enzootique chez les poulains(3) et chez les agneaux; on le retrouve, chez le veau, comme une complication de l’omphalophlébite(4).

La contagion s'exerce suivant un mode particulier. Il est évident que le tétanos procède, dans la très grande majorité des cas, d’une infection directe par des bacilles d’origine saprophyte, entretenus dans le milieu extérieur. Il est clair aussi que certains procédés de la contagion indirecte peuvent intervenir, et ceux-ci sont d'autant plus intéressants à connaître qu'il est facile d’en éviter les dangers. Les harnais ou les objets de pansement, souillés au contact des plaies tétaniques, conservent indéfiniment la virulence; Olivier(5) rapporte la curieuse observation de trois ânes affectés successivement, en quatre années, par l’usage d’un même licou trop court et déterminant des blessures. La transmission du.tétanos par des instruments de chirurgie est maintes fois signalée; les aiguilles à sétons, les sondes cannelées, les pinces à castration sont des véhicules favorables. Les « casseaux »

(A) Voy. FRIEDBERGER. Starrkrampf der Wiederkater….. Deutsche Zeitschr. für Thiermed., t. X, 1885, p. 58.

(2) IL semble que, dans les derniers instants de la gestation, le fœtus puisse être infecté dans l'utérus, la mère restant indemne. Chez un veau né d’une mère bien portante, Rôder constate des signes de tétanos étendu aussitôt après la naissance, L'animal succombe en cinq jours.

(3) HARTMANN. Du tétanos des poulains nouveau-nés. Anal. in Revue vétérin., 1889,

É (4) Chez les enfants, le tétanos d’origine ombilicale est d’une fréquence extrême en certains pays. Le « trismus » tue jusqu’au tiers des nouveau-nés parmi les populations nègres, à Cayenne et à la Jamaïque; il sévit en Afrique, en Asie, dans l’'Amérique du Sud et en Australie.

(5) Ozrvier. Tétanos général sur un âne. Journal de médecine vétérin. pratique, 1829, p. 161.

interviennent plus sûrement encore; imprégnés de pus tétanigène, ils conservent leur virulence après avoir été bouillis ou immergés dans les solutions antiseptiques usuelles et ils déterminent une série d’inoculations. En quelques cas, cé sont des trochisques qui passent d’un animal à un autre, portant avec eux le virus.

Parmi les nombreuses causes occasionnelles signalées, l’influence du froid est affirmée par des observations nombreuses et précises. Il est possible que le refroidissement favorise l'infection ; mais son rôle et son mode d'action devront être déterminés avec des conditions de rigueur qui n'ont pas été remplies jusqu'ici.

Modes de la pénétration du virus. — Le bacille tétanique est introduit le plus souvent dans une plaie cutanée . Les conditions nécessaires à la pullulation expliquent la rareté relative de l'évolution et le danger de certains traumatismes (sétons, plaies de castration...).

La culture s'opère de la même façon au niveau des muqueuses blessées (bouche, rectum...). Thalheim (1) constate que, chez le cobaye, la muqueuse de la bouche se prête tout aussi bien que la peau à la pénétration des germes; les plaies du nez, infectées directement ou souillées par les poussières inhalées, sont aussi favorables. ,

Dans le tétanos puerpéral, l'infection s'établit le plus souvent dans les plaies profondes du vagin produites par les manœuvres de l’accouchement. En certains cas cependant, on ne trouve pas trace de traumatisme; 1l semble que les germes apportés du dehors trouvent un milieu convenable dans les matières putrides de l'utérus et que les toxines sont résorbées grâce aux conditions spéciales . des surfaces (cotylédons). La plaie ombilicale des nouveau-nés est encore une porte d'entrée possible.

Les voies digestives profondes sont peu aptes à l'absorption; on peut admettre que le bacille pénètre en des cas exceptionnels par l'intestin, pour cultiver en quelque parenchyme, grâce à son association avec d’autres microbes (abcès tétanigènes du foie ?). #4

D’après Thalheim, les voies respiratoires saines du cobaye sont réfractaires à la pénétration, mais l'infection est obtenue lorsqu’un catarrhe préexiste.

(1) THALHEIM. Zur Ætiologie des Tetanus. Zeitschrift für Hygiene, t. XXXIII, 1900, p.81:

D PR TL tre Ve nie ee NU RU RTC

Pathogénie (1). — Les exigences de la vie anaérobie du microbe sont telles que la culture ne peut s’opérer dans les plaies superficielles, exposées à l'air. Les plaies profondes (piqûres), anfractueuses, les trajets fistuleux (sétons, trochisques) sont au contraire des terrains favorables; d'autre part, les plaies les plus simples peuvent devenir tétanigènes si elles sont infectées et qu’une escarre protège le foyer de culture.

Le dépôt des germes dans un milieu désoxygéné ne suffit point pour assurer la culture du bacille tétanique. Les recherches de Vaillard montrent que si l’on inocule des animaux très sensibles, comme le cobaye ou le lapin, avec 1/4 ou 1/5 de c. c. d’une culture riche en bacilles sporulés, débarrassée des toxines, on ne provoque aucun accident. Les spores injectées sont ingérées par les phagocytes. Six heures après l’inoculation, les leucocytes abondent au point de pénétration; presque tous contiennent des spores, dont le nombre varie de 1 à 50 et plus ; après 24 heures, l’exsudat est plus riche encore en leucocytes et la proportion des spores libres atteint à peine la moitié du nombre total; après 48 heures, toutes les spores sont englobées. Les spores ingérées subissent une dégénérescence rapide; après 5 ou 6 jours, elles sont presque entièrement digérées par les phagocytes; cependant, soit en raison de leur résistance particulière ou d’une énergie moindre de la cellule, quelques spores restent intactes dans le protoplasma cellulaire pendant trois mois et plus (Vaillard et Rouget).

La destruction des spores cesse d’être assurée dès que la dé. fense phagocytaire est entravée. Additionnée d'acide lactique (1/4 de c.c. d’une solution à 1 p.100) ou de triméthylamine (4 gouttes), la culture dépourvue de toxine provoque un tétanos généralisé chez le cobaye et tue en trois jours, à la dose de 1/15 de c. c. (Vaillard et Vincent). L’ analyse des phénomènes démontre que les agents chimiques agissent par leurs propriétés chimiotactiques négatives, en éloignant les phagocytes et en protégeant les spores contre leurs attaques. Le même résultat est obtenu par des moyens purement mécaniques, comme la protection des spores par une membrane isolante. L’infection est assurée encore si l’on paralyse les phagocytes par des injections préalables, dans les veines et

: 4):VArLLARD. Sur l’inoculation aux animaux du bacille télanique dépourvu de toxine. GC. R. de la Société de biologie, 1891, p. 623. — VAILLARD et VINCENT. Contribution à l'étude du tétanos. Annales de l’Institut Pasteur, 1891, p. 1. — VAïLLARD et RouGEr: Contribution à l'étude du tétanos. Id., 1899, p. 384. — BiNoT. Étude expérimentale sur le tétanos. Paris, 1899.

Nocarp et LECLAINCHE. — 9° édit. — IT.

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