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dans le péritoine, de fines poussières de charbon de bois; les leucocytes gorgés de charbon sont immobilisés et incapables d’englober les bactéries. Un simple traumatisme suffit à mettre les tissus en état de moindre résistance; mais les diverses espèces présentent à cet égard des degrés différents de réceptivité. La mortification des tissus, la présence d’un épanchement sanguin, les fractures sous-cutanées réalisent les conditions les plus favorables à la culture des spores tétaniques. L’attrition d'un muscle, « qui réalise simultanément la mortification des fibres et une infiltration hémorragique », permet d'obtenir l'infection chez Le cobaye ; l’inoculation des spores dans le muscle contus provoque un tétanos mortel, alors que le dépôt dans un muscle sain n’est suivi d'aucun accident.
La germination de la spore tétanique est favorisée par lacs de ciation de microbes étrangers. L'adjonction aux spores du bacille de Nicolaïer d'une culture du Microbacillus prodigiosus (1/2 e. e.) assure l’évolution chez le cobaye. Si l’on introduit les spores dans des plaies exposées aux souillures extérieures, le tétanos éclate après © à 10 jours et l’on retrouve à la fois dans le pus des bacilles tétaniques et plusieurs espèces de micro-organismes (Vaillard et Vincent). Le rôle des microbes associés est encore démontré par diverses constatations. « Une terre est sûrement tétanigène; inoculée aux animaux, elle provoque toujours le tétanos. Si on la chauffe à une témpérature qui, sans amoindrir la vitalité des spores tétaniques, suffit cependant à détruire la plupart des autres microbes, ou à les affaiblir assez pour les rendre inactifs, elle perd sa virulence. Mais si à cette terre devenue inactive on restitue certaines espèces microbiennes qu’elle contenait auparavant (abstraction faite du bacille tétanique), on lui restitue du même coup son pouvoir tétanigène.... Ces résultats parlent d'eux-mêmes. Si la terre chauffée à 85° cesse d’être virulente, la cause n’en est pas que les spores tétaniques ont été ou détruites, ou altérées, puisque cette terre redevient tétanigène dès qu'on la fait agir dans. certaines conditions. L’explication est ailleurs ; elle réside dans ce fait que la chaleur, en respectant les germes spécifiques, a éliminé la, plupart des autres microbes et supprimé l'activité pathogène de ceux qui ont résisté; les cultures établissent que la proportion des germes revivifiables est minime dans cette terre soumise au chauffage. C’est bien, ‘en effet, parce que les microbes adventices ont fait défaut que la terre chauffée s’est montrée incapable de produire une lésion locale et le tétanos, puisqu'il a suffi de
restituer ces microbes à la terre inactive pour lui rendre aussitôt sa virulence primitive. De là cette conclusion : dans la pathogénie du tétanos consécutif à l’inoculation de la terre, les bactéries que. celle-ci renferme, en outre de l’agent spécifique, jouent un rôle de premier ordre. Ces bactéries produisent des lésions constantes, à la faveur desquelles les spores tétaniques peuvent végéter; leur concours est indispensable, et, lorsqu'il vient à faire défaut, les spores: ne germent pas, le tétanos ne se produit point. » (Vaillard et Rouget.)
L'intervention des microbes associés est directement démontrable dans le tétanos accidentel. Le pus recueilli dans la plaie d'inoculation, déposé sous la peau du cobaye, provoque un tétanos mortel ; chauffé à 70° pendant dix ou quinze minutes, il devient: inactif. Cette température n’altère en rien les propriétés des spores: tétaniques, mais elle détruit la plupart des espèces microbiennes coexistantes. Si l'on cultive isolément chacun des microbes: contenus dans une plaie tétanigène, « on trouve constamment telle ou telle bactérie qui, jointe à une faible dose de spores chauffées à 80°, permet de donner sûrement le tétanos au cobaye. Inoculée seule, la culture de cette bactérie ne détermine pas la maladie: agissant seules, les spores tétaniques ne donnent pas le tétanos ; l'association de la première aux secondes suffit pour le provoquer. » (Vaillard et Rouget.)
Les données expérimentales qui précèdent permettent d'interpréter nombre de faits d'observation. Les plaies contuses, avec écrasement et dilacération des tissus, la mortification résultant des brûlures, de la cautérisation par les acides, de la congélation, sont. favorables à l'infection tétanique en raison de la moindre résis-. tance des tissus traumatisés. Les plaies anfractueuses et profondes (piqûres, blessures de guerre), les trajets fistuleux sous-cutanés LES sétons), les plaies de castration, la cicatrice ombilicale, .… sont placés encore dans des conditions favorables à l’infec-. tion, si les traumatismes sont exposés à des souillures graves ou répétées. Ru
Des foyers tétanigènes évoluent dans des plaies superficielles et insignifiantes quant à leur étendue. Les conditions nécessaires à l'infection sont réalisées si le bacille cultive en symbiose sous * une croûte protectrice. Le tétanos éclate parfois alors que la cicatrisation est achevée et le foyer est difficile à retrouver ou passe inaperçu. Les connaissances acquises démontrent aussi l’efficacité d’une antisepsie rigoureuse ; si les spores tétaniques ne sont pas.
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détruites en général par les antiseptiques, en raison de leur extrême résistance, les microbes qui les accompagnent sont tués; privées de leurs alliés occasionnels, les spores sont incapables de cultiver et deviennent la proie des phagocytes.
L'apparition du tétanos en dehors d’une plaie appréciablé est maintes fois signalée et, jusqu’en ces derniers temps, l’on oppose au tétanos traumatique un tétanos rhumatismal, d’origine indéterminée. L'analyse des conditions multiples de l'infection permet d'interpréter la genèse du « tétanos sans plaie ». Le traumatisme initial siège, non seulement sur la peau, mais aussi sur les muqueuses (bouche, pharynx, pituitaire, vagin), en des points difficilement explorables. Les recherches de Vaillard et Rouget montrent que les spores tétaniques conservent en quelques cas leur vitalité dans les leucocytes ; transportées avec ceux-ci en différents territoires, elles pourront trouver un terrain favorable, cultiver et constituer un foyer tétanigène; la migration et le développement seront favorisés par des circonstances multiples diminuant la . résistance d’un tissu (contusion musculaire, foyer de pneumonie, lésion du foie, refroidissement). Des cultures du bacille ont été retrouvées au niveau des bronches, du poumon, du foie... Kelesi rapporte un exemple de tétanos chez le cheval, à la suite de l’évolution d’un abcès dans le foie (1).
Les spores tétaniques déposées dans les tissus et placées dans des conditions qui permettent leur germination donnent des bacilles qui cultivent sur place. Au contraire de ce que l’on observe dans les autres maladies virulentes, les microbes ne dépassent point le foyer, souvent très restreint, du traumatisme d’inoculation. Ils sécrètent sur place un poison extrêmement actif auquel sont dus tous les accidents constatés (2).
(1) CARBONE et PERRERO. Ueber die Aetiologie des rheumatischen Tetanus. Centralbl]. für Bakter., t. XVIII, 1895, p. 193. — KEeLEs1. Tétanos après un abcès du pes Veterinarius, 1895.
(2) Brieger (1887) attribue d’abord la toxicité à des ptomaïnes pa PE toxine, spasmotoæine) qu’il obtient à l’état de chloroplatinates; Kitasato et Weyl (1890) isolent un chlorhydrate de tétanine. Des études ultérieures montrent que le poison tétanique n’a rien de commun avec les ptomaïnes signalées. Knud Faber (1890) établit que la toxicité est détruite par un chauffage à 65° et que la toxine se rapproche des enzymes ou ferments inorganisés par l’ensemble de ses propriétés. Brieger et Fränkel (1890) concluent à la présence d’une matière albuminoïde (toxalbumine); Tizzoni et Mme Cattani formulent la même opinion et. rapprochent le poison des zymases ou ferments solubles. Les travaux de Vaillard et Vincent (1891) montrent que la toxicité est due à une substance diastasique, analogue à la toxine. diphtérique. D’après Madsen (1899), les cultures renferment deux toxines différentes : la tétanospasmine et la tétanolysine.
La « toxine » tétanique est produite non seulement dans l’organisme, mais encore dans les milieux de cultures et ses propriétés peuvent être directement étudiées. La culture en bouillon possède une toxicité considérable après 18 à 20 jours: filtrée sur porcelaine et inoculée au lapin, au cobaye, à la souris, le liquide détermine un tétanos typique, mortel, ne différant en rien de celui qui est provoqué par l'injection des cultures vivantes.
Le tissu conjonctif sous-cutané et surtout le tissu musculaire constituent des voies sûres pour l'introduction du virus. Une dose très faible de culture en bouillon (1/10 à 1/2 centimètre cube) suffit à donner au cheval un tétanos mortel; le cobaye et la souris sont infectés avec 1/200° ou 1/1000° de centimètre cube. L’inoculation expérimentale est facile au niveau d'une plaie cutanée: on donne le tétanos au cobaye en laissant tomber deux ou trois gouttes de culture sur le derme mis à nu. Dans tous les cas, le tétanos provoqué débute dans les régions voisines du point inoculé, pour s'étendre ensuite ou se généraliser. Suivant l’activité des cultures, la dose injectée ou la résistance des animaux, l'affection tue en 24 à 48 heures ou se prolonge pendant 10 à 350 jours, pour se terminer par la guérison ou par la mort. « Il existe généralement une relation entre la durée de l’incubation et la gravité des accidents; plus la première est courte, plus aussi le tétanos est intense et rapidement mortel; lorsque, au contraire, l’apparition des accidents est tardive, l’évolution devient plus lente et n’entraîne la mort qu'après 6 à 10 jours chez le cobaye et le lapin. » (Vaillard et Vincent.) Le tétanos reste limité à un groupe musculaire si la dose injectée est faible, et la guérison s'opère.
La toxine tétanique introduite dans les voies digestives à doses massives ne produit aucun accident; elle paraît être détruite au contact des sucs digestifs (1).
Le dépôt d’une trace de culture dans les séreuses est suivi d’un tétanos généralisé d'emblée. L’inoculation dans les veines a les mêmes conséquences. L’injection sous la dure-mère crânienne pro-
(1) D’après Ransom, la toxine n’est pas altérée dans son passage et elle est rejetée per anum; au contraire, Nencki, Sieber et Schoumow-Simanowski ne retrouvent point la toxine dans l'urine et dans les excréments ; ils démontrent sa destrüction par la bile, le suc pancréatique et surtout par le mélange des deux sécrétions.
Ransom. Das Schicksal des Tetanusgiftes Pack seiner intestinalen Einverleibung in den Meerschweinchenorganismus. Deutsche medicin. Wochenschrift, 1898. — NEnNcxi, SIEBER et ScHouMow-Simanowski. Die Entgiftung der Toæine durch die Verdauungssäfte. Centralblatt für Bakteriol., t. XXIII, 1898, p. 840 et 880.
“bre ‘::TÉTANOS.
duit un tétanos d'abord céphalique (trismus, opisthotonos, ocelusion des paupières, rictus), puis généralisé.
La culture filtrée tue le cobaye à la dose de 1/1000° de c. c. Ja souris est tuée avec 1/100000° de c. c.; le cheval mp. à l'injection 1/10° de c. c. L'’exsiccation du liquide, dans le vide, donne un résidu pulvérulent qui renferme la toxine; la poudre conserve son activité pendant plus d’une année, dans le vide, à l'abri de la lumière et de la chaleur. L’inoculation sous-cutanée de 1/10000° de milligramme de poudre suffit à tuer la souris; 1/100° de milligramme tue le cobaye; une dose de 6 milligrammes tue sûrement un cheval du poids de 450 à 500 kilogramies (1). La toxine est sensible à la chaleur; la toxicité est fortement atténuée après un chauffage de 40 minutes à 60° ou de 20 minutes à 62°; elle a disparu après 30 minutes à une température de 65°. La toxine perd peu à peu son activité en présence de l’air; la lumière solaire active cette action. À
Les toxines sécrétées dans l'organisme, au niveau du foyer de culture, sont résorbées et portent leur action sur le système neuromusculaire. Les conditions de l'absorption sont à peinesoupçonnées. L'injection de la toxine sous la peau, dans les muscles ou dans les veines, ne produit pas d'accidents immédiats. La durée de la période d’incubation varie en raison du mode de la pénétration, de la dose inoculée, de l'énergie du poison et surtout de l'espèce considérée; elle est comprise entre 12 et 24 heures chez le cobaye, 24 et 48 heures chez le lapin et chez le chien, 5 et 7 jours, en moyenne, chez le cheval. Chez l’homme, les accidents débutent, dans un cas, quatre jours après l’inoculation accidentelle (Nicolas). Les ‘contractures apparaissent brusquement; elles se généralisent très vite et tuent parfois en quelques heures.
Les procédés de l’évolution laissaient prévoir que le poison agit directement sur les centres nerveux et que l’incubation représente le temps nécessaire à l’apport du poison et à l’intoxication de la cellule nerveuse. L'intervention des centres dans la production des accidents est démontrée par ce fait que la destruction de la moelle ou la section des troncs nerveux supprime les contractures et les spasmes dans les régions soustraites à l’innervation.
Le poison sécrété arrive aux centres nerveux par deux voies : une partie pénètre dans le sang, où elle séjourne pendant quelque temps;
(1) Il est évident que la poudre obtenue renferme des matières diverses et que la
toxine n’entre que pour une faible part dans sa DORE On voit quel degré:
d'activité possède le poison tétanique.
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une autre suit le trajet des filets nerveux et gagne la moelle épi-
nière (1). La toxine se fixe sur la cellule nerveuse grâce à une affinité spéciale (2). Roux et Borrel (5) provoquent un « stands cérébral » par l'introduction de la toxine dans le cerveau. « La fixation quas immédiate du poison tétanique sur les éléments nerveux permet de limiter l’action de celui-ci à un groupe déterminé de cellules, en le portant directement à leur contact. On obtient alors une MAC dont les symptômes dépendent des fonctions du territoire intoxiqué. La toxine injectée en plein cerveau provoque, chez le lapin et chez
Je cobaye, une maladie caractérisée par une excitation extraordi-
naire, par des crises convulsives intermittentes, des troubles moteurs et de la polyurie, qui ne rappellent en rien le tétanos ordinaire. Dans ces conditions, le poison n’agit plus sur la moelle
épinière, mais sur les centres psychiques et sur les régions motrices du cerveau, qüi réagissent à leur façon, et nous voyons évoluer une
maladie expérimentale à symptômes variables suivant l'étendue de la région intéressée. » Les premières manifestations apparaissent 8 à 12 heures après l’inoculation; les animaux succombent si la dose de toxine est un peu forte; les bts faibles donnent un tétanos guérissable, avec tendance à se cacher, petits accès épileptiformes passagers et amaigrissement; les accidents persistent pendant un mois et plus.
Ainsi la pathogénie du tétanos, si longtemps mystérieuse, se
réduit à des phénomènes très simples d'intoxication spécifique. Le
poison sécrélé par le bacille au point de pénétration se fixe sur la cellule nerveuse grâce à une affinité chimique particulière, tandis que les autres éléments oo restent indifférents. On pres-
(1) Marie. Recherches sur la toxine tétanique. Annales de lInstitut Pasteur, 1897, p- 591.
‘() Wassermann et Takaki réalisent la fixation de Ja toxine in vitro; un mélange de substance cérébrale broyée et de toxine, soumis à l’action de la turbine, perd sa toxicité. La toxine n’est point détruite, comme le croyait Wassermann; élle est
immobilisée par sa fixation sur la matière nerveuse (Roux et Borrel). Les recherches
de Metchnikoff établissent que l'effet de la toxine est empêché en ces conditions
‘par une intervention de lorganisme ; l'injection du mélange sous la peau, dans le muscle ou dans le péritoine, amène une réaction leucocytaire considérable; les
phagocytes se chargent de la toxine qui subit probablement une sorte de digestion
dans leur intérieur.
Voy. MercaniKorr. Recherches sur l'influence de l'organisme sur les toxines. Annales
-de l'Institut Pasteur, 1898, p. 81. Toxine tétanique et leucocuytes. Id., 1898, p. 263. —
Danisz. Contribution à l'étude de l’action de la toxine télanique sur la substance
nerveuse. Id., 1899, p. 156.
(3) Roux et BorreL. Tétanos cérébral et immunité contre le létanos. Annales de
l'Institut Pasteur, 1898, p. 225.
sent l'intérêt de ces données; la notion de l’affinité spécifique des toxines pour certains éléments anatomiques permet de pénétrer dans leur intimité les phénomènes de la virulence et de les suivre jusqu’à la phase ultime des simples combinaisons chimiques.
Résistance du virus (1). — Les bacilles sont presque toujours sporulés et la résistance du virus est indiquée par celle de la spore.
La résistance des spores est considérable; les germes enfouis dans la profondeur des sols, à l’abri de l’air et de la lumière, conservent leurs propriétés pendant des années et sans doute indéfiniment. Ils sont modifiés d'autant plus vite en présence de l'air que des conditions accessoires favorisent l'oxydation. En milieu obscur, une culture sporulée en bouillon, soumise à la dessiccation, est gravement altérée après 17 à 20 jours d’aération; à quelques exceptions près, les spores ne donnent plus que des bacilles asporogènes inactifs. La lumière favorise puissamment la destruction des germes; les spores sont détruites en 1 à 2 mois à la lumière diffuse; elles donnent des bacilles asporogènes inactifs après 6 jours d’insolation (juillet) et elles sont tuées après 12 jours dans les mêmes conditions. Les terres ou les poussières tétanigènes perdent assez vite leurs propriétés en présence de l'air et de la lumière diffuse ; on peut prévoir qu'il existe des degrés divers dans la virulence des germes provenant des milieux extérieurs, suivant les conditions de leur développement et de leur conservation.
Les spores tétaniques comptent parmi les plus résistantes à l’action de la chaleur. Chauffées en vase clos et en milieu humide, elles ne sont pas altérées par une température de 80° pendant 6 heures, de 90° pendant 2 heures, de 100° pendant 3 à 5 minutes. La destruction est assurée en 8 à 10 minutes à 100° et en 5 minutes à 115°.
La virulence n’est pas altérée dans les matières animales en putréfaction; la spore peut même trouver dans ces milieux des conditions favorables à sa germination. Le pus et les tissus envahis conservent la virulence pendant plusieurs mois.
L'action des antiseptiques est incomplètement étudiée. Les spores ne sont pas tuées par l’acide phénique à 5 pour 100 après 10 heures, par ie chloroforme après 2 jours (Kitasato), par le sublimé à 1 pour 1000 après 3 heures. D’après Tizzoni et Me Cattani, la virulence est détruite par le nitrate d'argent à 1 pour 100 en { minute, à 1 pour 1000 en 5 minutes, en quelques minutes par le sublimé à 1 pour 1000, l'acide phénique à 5 pour 100, la créoline à 5 pour 100, l’eau iodée, le permanganate
(1) KirasaTo. Loc. cit. — VaizLaRD et ViNGENT. Loc. cit., p.71. — Tizzont et MME CarT- TANI. Ueber die Widerstandsfähigkeit der Tetanusbacillen.…. Archiv für experim. Pathol., t. XX VIII, 1891, p. 41. — SANFELICE. Della influenza degli agenti fisico-chimici sugli
anaërobi patogeni del terreno. Annali HS Istituto d’Igiene sperim. et Centralbl. für Bakter.,t. XVI, 1894, p. 258.
IMMUNISATION. 521
de potasse à 1 pour 100. L'iodoforme laisse la spore intacte. Les matières immergées dans la glycérine et dans l'huile d'olives conservent leur virulence pendant plus de 17 mois (Trevisan).
Modifications de la virulence. Immunisation. — La virulence du bacille est fonction à la fois de son aptitude à pulluler dans un milieu donné et de l’activité des toxines qu'il fournit. Il existe des différences marquées dans les propriétés des bacilles recueillis dans les organismes infectés ou dans les sols; les conditions multiples qui agissent sur la spore sommeillante ou sur le bacille en voie de germination déterminent une série indéfinie de modifications. Si l’on ne possède point de procédés d’atténuation expérimentale de la virulence tétanique, on peut néanmoins obtenir limmunisation des organismes par diverses méthodes.
Dès 1890, Behring et Kitasato rendent le lapin réfractaire. Les animaux reçoivent, sous la peau, une culture virulente et, aussitôt après, 3 c. c. d'une solution à 1 pour 100 de trichlorure d’iode; on pratique pendant les jours suivants, à des intervalles de 24% heures, quatre nouvelles injections de la solution iodée. Après 45 à 25 jours, les lapins traités supportent 2 à 3 c. c. de culture virulente; ils ne présentent qu'un tétanos passager local et résistent ensuite à l’inoculation de 5 c. c. d’un bouillon très virulent. La méthode ne réussit que chez 40 pour 100 des traités; elle échoue chez le cobaye et chez la souris. L’immunité conférée a disparu après deux mois.
Les procédés actuels de l’immunisation comportent l’utilisation des cultures du bacille, des toxines et des sérums antitoxiques.
I. IMMUNISATION PAR LES CULTURES. — L’inoculation de petites doses de cultures tétaniques permet de réaliser l’immunisation. Tizzoni et M°° Cattani vaccinent le pigeon et le chien par ce procédé. Vaillard (1) crée l’état réfractaire, chez le lapin, « par l’inoculation plusieurs fois répétée, dans le tissu conjonctif de la queue ou du tronc, de quantités d’abord très faibles de culture additionnée d'acide lactique ». Cette méthode « que l’on pourrait appeler vaccinalion microbienne, par opposition à la vaccination purement chimique », est loin d’être générale dans son application. « Si elle réussit chez le lapin, elle devient plus dangereuse chez le cobaye et le rat; des cobayes cependant ont pu être ainsi rendus réfractaires. »
(4) VarzzarD. Sur quelques points concernant l’immunité contre le tétanos. Annales de l'Institut Pasteur, 1892, p. 224. :
Brieger, Kitasato et Wassermann (1) indiquent un procédé qui permet d'obtenir des cultures dépourvues de toxicité et douées de propriétés vaccinantes. Le bacille ensemencé dans l'extrait de thymus ne donne ni spores, ni toxine. L’inoculation des cultures confère l'immunité au lapin et à la souris.
IL. IMMUNISATION PAR LES TOxINES. — L’accoutumance au poison tétanique est réalisée par les injections à doses “PORAAUSS de cultures filtrées dont la toxicité reste entière. « Chez le lapin, ce mode d’immunisation est facile si l’on Ace avec ménagement. Après un certain nombre d'inoculations sous-cutanées de toxine non modifiée, d’abord à doses très faibles, puis lentement progressives, on voit apparaître la propriété antitoxique du sang; dès lors les inoculations vaccinantes peuvent être plus rapidement augmentées pour atteindre 50 et 40 c. c. d’une culture filtrée dont 1/2 c. c. donne au lapin un tétanos mortel. » Le procédé comporte plus de difficultés chez le cobaye, mais il est également applicable (Vaillard) (2).
Le chauffage gradué des cultures fillrées détermine un affaiblissement proportionnel de la toxine; on obtient l’immunisation du lapin par l'introduction dans le sang de cultures soumises à des températures décroissantes de 60°, 55°, 50°, puis de cultures non modifiées employées à doses croissantes (5 à 20-30 c. c.). L'immunité ainsi conférée est durable ; le sang des vaccinés conserve, pendant plus de huit mois, un haut pouvoir antitoxique. Le même résultat est obtenu chez le cobaye; l’état réfractaire persiste pendant une année au moins et les femelles le transmettent aux des- .cendants (Vaillard) (3 5). ;
L'addition in vitro à la toxine de certaines substances atténue ou neutralise ses effets et l'inoculation du mélange permet d'obtenir l'immunisation des organismes sous certaines conditions. L'inoculation de doses croissantes de toxine tétanique, additionnée de trichlorure d’iode, immunise le lapin, le mouton et le cheval (Behring et Kitasato); celte méthode est plus sûre que l'inoculation successive de la toxine et de la solution iodée (4). L’ex-
(1) BRIEGER, KITASATO et WASsERMANN. Ueber Immunilüt und GS Zeitschrift für Hygiene, t. XII, 1892, p. 187.
(2) VarzLarD. Sur quelques points concernänt l’immunité contre le tétanos.: Annales de l’Institut Pasteur, 1892, p. 224.
(3) VAILLARD. Sur Rene contre le tétanos. C. R. de la Société de biologie, 1891, p. 147.
G&) Dans la méthode primitive de Behring et Kitasato, limmunisation résulte
‘une modification de la toxine dans l’organisme, analogue à celle qui est obtenue
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trait de thymus jouit, comme le irichlorure d'iode, du pouvoir de transformer la culture toxique en culture vaccinante (Brieger, Kitasato et Wassermann); on crée l'état réfractaire chez le lapin et chez la souris par les inoculations du mélange. D’après Tizzoni et Mme Cattani, l’eau chlorée agit de la même facon; l'acide phénique, en solution aqueuse à 5 pour 100, détruit la toxicité en trois heures, tandis que les solutions plus faibles (5 à 4 pour 100) n’agissent pas après vingt-quatre heures de contact. L’iode a des propriétés identiques (E. Roux); ïl neutralise ou modifie instantanément le poison létanique. « Si à 1/2 c. ce. d’une culture filtrée, dont 1/6000° de c. c. suffit pour tuer un cobaye adulte, on ajoute un volume égal d’eau iodée à 1/500, on peut, immédiatement après, injecter la totalité du mélange sous la peau d’un jeune cobaye, sans déterminer le moindre symptôme tétanique. De même, aucun accident ne succède à l'injection dans les veines du lapin de quantités relativement grandes de cultures filtrées, addi- -tionnées d’eau 1odée. Après quelques injections de ce genre, comportant des doses croissantes de culture, les animaux acquièrent l'immunité. » (Vaillard.) Le rat est immunisé par le même procédé. Chez le cheval, cette méthode permet de créer rapidement l’état réfractaire. « Beaucoup d’autres agents modifient le poison tétanique ; la chaleur, l’acide carbonique sous pression, le permanganate de potasse, etc. diminuent son activité et peuvent servir à préparer des liquides vaccinaux; mais aucun n’est d’un maniement aussi facile que l’iode et ne donne de meilleurs résultats » (Roux et Vaillard) (1). |
IIT. SÉROTHÉRAPIE. — Les premières constatations de Behring et Kitasato montrent que le sérum des lapins immunisés détruit la toxine tétanique, non seulement in vitro, mais encore dans l’organisme. Quelques mois plus tard, Tizzoni et Mme Cattani (2) obliennent des sérums immunisants pour le chien et la souris blanche, avec le chien et le pigeon traités par la méthode de Behring- Kitasato: par contre, le lapin et le cobaye ne sont pas protégés. Le sérum n’est pas curatif; injecté quelques heures après la pénétration du poison et avant l'apparition des phénomènes tétaniques, il n'empêche pas l'évolution.
in vitro. On ne confère pas l’immunité si l’on injectela solution iodée avant la toxine. (4) Roux. De l’immunité. Annales de l'Institut Pasteur, 1891, p. 517. — VAILLARD.
L'immunité contre le télanos. Id., 1892, p. 226.
2 (2) Trzzonr et MME CATTANI. D ‘eber Fe Art, einem Thiere die Immunilüt gegen UE
nus zu übertragen. Centralbl. für Bakteriol, t. IX, 1891, p. 189.
d'A UE le SRE
Les recherches de Vaillard(1) établissent que le sang d’un animal réfractaire au tétanos, comme la poule, est sans action sur le poison tétanique, tandis qu'il devient antitoxique si l’on injecte dans le péritoine une dose massive de culture filtrée. Elles démontrent que, contrairement à l’opinion de Behring, l’état réfractaire n'implique pas nécessairement la propriété antitoxique du sérum ; « celle-ci apparaît comme un attribut artificiel, contingent, lié à la pénétration dans l’organisme des substances toxiques élaborées par le bacille ». |
Schuetz (2) immunise le cheval et le mouton par la méthode de Behring. Les expériences, réalisées avec la collaboration de Koch. Behring et Kitasato,. montrent que les animaux immunisés supportent des toxines d'activité croissante ou des doses croissantes d'une même toxine; les propriétés immunisantes du sérum augmentent proportionnellement à la quantité du‘ poison injecté.
Behring (5) en Allemagne, Roux et Vaillard(4) en France, Tizzoni et Mme Cattani(5) en Italie, préparent des sérums doués d’un pouvoir antitoxique considérable. Rouxet Vaillard emploient la méthode suivante : La toxine est fournie par des cultures tétaniques en bouillon peptonisé, âgées de 4 à 5 semaines; le liquide, filtré sur terre poreuse, tue la souris à la dose de 1/4000° de centimètre cube. On injecte, sous la peau des animaux, des doses croissantes de toxine additionnée de la solution iodée de Gram. Plus le sujet est sensible au tétanos, plus on prolonge les injections de toxine iodée. Dès que la résistance est assez marquée, on injecte des doses croissantes de toxine pure, d’abord sous la peau, puis dans les veines ou dans le péritoine (jusqu’à 100-120 c. c. chez le lapin; 250 c. c. chez le cheval; 300 c. c. chez la vache). On obtient ainsi, avec le cheval, un sérum dont l’activité dépasse 1 pour 10000000 000 (6).
(1) VAILLARD. Sur la propriété du sérum des animaux rendus réfractaires au tétanos. C. R. de la Société de biologie, 1891, p. 462. — L’immunilé contre le tétanos. Annales de l’Institut Pasteur, 1892, p. 224.
(2) SCHUETZ. Versuche zur Immunisirung von Schafen und Pferden gegen Tetanus. Zeitschrift für Hygiene, t. XI, 1892, p. 58.
(3) BEHRING. Die praktischen Ziele der Blutserumtherapie und die Immunisirungsmethoden..…. Broch., Leipzig, 1892.
(4) Roux et VarLLaRD. Contribution à l'étude du tétanos. Annales de l’Institut Pasteur, 1893, p. 65.
(5) T1zZoN1 et MME CATTANI. Vaccinazione del cavallo contro il tetano. La Riforma medica, 1895. N'uove esperienze sulla vaccinazione del cavallo contro il tetano. Gazetta degli ospedali, 1894. |
(6) Suivant la notation proposée par Behring et généralement acceptée, l’activité d’un sérum est mesurée par la quantité nécessaire pour immuniser un gramme
IMMUNISATION. 525
L'immunité persiste longtemps après la cessation des injections vaccinantes (plus de deux ans), tandis que le pouvoir antitoxique du sang décroît dès que l’on suspend les injections de toxine. La substance antitoxique existe dans le sérum seulement; le caillot n'en renferme pas. La sérosité des œdèmes passifs a les mêmes propriétés que le sérum. Le lait est riche aussi en antitoxine: Ehrlich attribue au lait le rôle principal dans la transmission dite « héréditaire » de l’immunité (1). L’humeur aqueuse, l'urine et la salive des animaux hyperimmunisés ne possèdent qu'un faible pouvoir antitoxique.
. Le sérum des animaux immunisés neutralise la toxine in vitro. Il renferme une substance antitoxique, d'autant plus abondante ou plus active que l’organisme a reçu plus de toxine; on obtient avec le cheval un sérum dont une partie rend inoffensives trente parties de toxine. Le mode d'action de l’antitoxine ne saurait être précisé à l'heure actuelle; on sait au moins que le mélange de la culture toxique et du sérum antitoxique est inoffensif pour les animaux dès qu’il est opéré. Tout se passe comme si la toxine et l’antitoxine se détruisaient mutuellement. Si l’on verse des quantités croissantes de toxine dans un volume donné de sérum, il arrive un moment où le pouvoir antitoxique de celui-c1 est dépassé ; le liquide contient de la toxine libre et donne le tétanos (Roux et Vaillard).
L'injection d'un sérum antitoxique à un animal sensible prévient sûrement le tétanos, même à doses extrêmement petites, lorsqu'il est injecté avant la toxine tétanique. Lorsque le sérum est injecté en même temps que la toxine, on observe toujours un tétanos local, même quand la quantité de sérum inJectée est très grande; lorsque le sérum est injecté après la toxine, mais avant l'apparition de tout symptôme tétanique, il y a toujours un tétanos local; la dose de sérum nécessaire pour empêcher la mort est d'autant plus forte que celui-ci est injecté plus tard après l'infection ; après un certain temps écoulé, variable avec les animaux, la prévention n’est plus possible, même avec de grandes quantités de sérum...
« Lorsque l'infection est produite par le bacille tétanique pullu-
de souris. Un sérum est actif au dix-millionième ou à 1 pour 10000000, alors que 1 gramme de ce sérum suffit à immuniser 10 000 kilogrammes de souris, ou, autrement dit, alors qu’une souris de 20 grammes est rendue réfractaire par l'injection de deux millionièmes de centimètre cube.
(1) BrieGer et Enrzic. Beiträge zur Kenniniss der Milch immunisirter Thiere.
Hygien. Rundschau, 1895, p. 397.
lant dans les tissus, la prévention dépend encore de la quantité de sérum injecté et du temps écoulé entre le moment de l'infection et celui de l’intervention. Elle échoue le plus souvent quand les animaux sont inoculés de façon qu'ils aient un tétanos à marche rapide. Elle peut réussir dans des infections lentes et encore, dans ces cas, la prévention n’est pas toujours définitive si l'on n’enlève pas le foyer. La maladie qui paraissait enrayée peut reprendre son cours et la mort survenir après un temps très long. » (Roux et Vaillard.)
Les procédés de l’intoxication FRE et le mode d'action de l’antitoxine permettent de prévoir le peu d'efficacité de la sérothérapie dans le tétanos déclaré. L'’antitoxine assure la destruction de la toxine circulant dans l'organisme et de celle qui est produite à nouveau par le foyer tétanigène; mais à ce moment déjà le poison a eu tout le temps d'agir sur les cellules et l'antitoxine sera sans effet si la dose absorbée est suffisante pour entraîner la mort; elle ne peut rien contre un empoisonnement déjà réalisé. Sans affinité pour la cellule nerveuse, l’antitoxine injectée reste dans le sang; le contrepoison n'arrive pas au poison et les deux substances, pourtant si rapprochées, ne se rencontrent pas (Roux et Borrel). Les recherches de Nocard{1) montrent que, chez le cheval, l'injection intra-veineuse du sérum antitétanique, pratiquée dès l’apparition des prodromes du tétanos, est impuissante à en enrayer la marche, quelle que soit la dose injectée.
Il en est autrement si l’antitoxine est portée directement au sein des centres nerveux qu'elle doit protéger. Chez le cobaye et chez le lapin, rendus tétaniques par l'injection de toxine dans les muscles . ou par l'insertion d’échardes tétanigènes, l'injection intra-cérébrale de'quelques gouttes d’antitoxine dans les hémisphères (2) « protège la moelle supérieure, alors que la moelle inférieure est déjà atteinte par le poison; elle ne défait pas les lésions accomplies; les contractures établies au moment de l'intervention persistent longtemps. Aussi l'injection intra-cérébrale ne sauve pas tous les animaux tétaniques; si l’empoisonnement des parties supérieures de la moelle est fait, la mort ne sera pas évitée. Il y a un temps après lequel l’antitoxine ne peut rien, quelle que soit la façon dont elle
(1) Nocarp. Sur la sérothérapie du télanos. Bulletin de l’Acad. de médecine, 1897, p: 89.
(2) Roux et Borrel ont montré l’innocuité des injections faites en plein cerveau chez le cobâye et chez le lapin. Les cobayes bo ELCRL aisément huit ER en deux piqûres et les lapins 1/2 centimètre cube.
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est employée. L'injection intra-crânienne augmente la période d'’intervention efficace » (Roux et Borrel).
Traitement.
Le traitement vise un double but : éviter l’agoravation de l’intoxication résultant de l’arrivée au contact de la cellule nerveuse de toxines nouvellement sécrétées; permettre au malade de résister à l’intoxication existante et en combattre les effets.
a) La première des indications est réalisée par la destruction du foyer lélanigène et par les injections de sérum antitoxique.
L'excision ou la cautérisation des tissus envahis par le bacille sont à recommander si l'intervention n’exige pas de délabrements considérables et si elle ne doit point provoquer une douleur vive ou persistante. L’amputation de la région est possible en quelques cas (cicatrice du tronçon de la queue...); une excision et un grattage superficiels seront suffisants en d’autres (plaies cutanées.) ; la cautérisation actuelle et les caustiques chimiques devront être préférés pour les plaies profondes ou étendues. L'intervention chirurgicale a des inconvénients assez graves; l'excitation résultant des manœuvres nécessaires à la contention et les défenses des malades déterminent des paroxysmes qui se renouvellent lors du pansement des plaies. D'autre part, on est rarement certain d’avoir détruit en entier le foyer d'intoxication et l'opération ne dispense pas de recourir à la seconde méthode, seule capable de détruire la toxine qui circule dans le sang.
Les injections de sérum antitoxique permettent d'éviter une intoxication nouvelle de la cellule nerveuse. Incapable d'arriver jusqu’à la cellule intoxiquée pour neutraliser le poison, l’antitoxine
a cet avantage de détruire la toxine qui circule dans l’organisme et
celle qui continue à être sécrétée. Les indications et les effets de la médication peuvent être exactement prévus. Si, au moment de
l'intervention, la dose de toxine absorbée et fixée est suffisante pour
entraîner la mort, la sérothérapie ne donnera aucun résultat; 1l est des formes de tétanos qui sont mortelles d'emblée et l’on s'explique comment le sérum est inactif dans le traitement du « tétanos
aigu », même si l’on intervient au début. Les recherches expéri-
mentales de Nocard montrent que l'injection intra-veineuse du
sérum antitélanique, à quelque dose que ce soit, n'enraye pas l’évolution alors qu'elle est pratiquée dès l'apparition des premiers
symptômes, ou même 24 heures avant celle-ci. La sérothérapie
donnera au contraire quelque résultat dans les formes à évolution lente, entretenues et aggravées par de nouveaux apports de toxine dans les centres. |
Les statistiques tendent à montrer que le traitement par le sérum antitoxique est supérieur aux autres médications dans le tétanos du cheval. Dieckerhoff (1) réunit 928 observations; le taux de la mortalité, qui était de 80 à 90 pour 100, tombe à moins de 50 pour 100. On doit intervenir aussitôt que possible; chaque heure perdue compromet le résultat. La première injection du sérum est faite dans la jugulaire ou sous la peau, avec 50 c.c.; on injecte ensuite, chaque jour, 20 c. c. Il est à remarquer que l’évolution aiguë est la plus ordinaire chez le cheval. La sérothérapie curative donnerait sans doute des résultats meilleurs chez le bœuf et peut-être aussi chez le mouton.
b) Le traitement des tétaniques comporte surtout dés indications
hygiéniques. Le malade est laissé en liberté dans un local obscur, à l'abri du bruit ‘et de toute cause d’excitation. Il recoit des aliments de facile mastication (fourrages verts, grains cuits...) ou des liquides (barbotages, thé de foin...). Si le trismus est complet, on a recours aux lavements alimentaires, renouvelés cinq ou six fois par jour (lait, bouillon de viande..….).
Parmi les nombreuses médications conseillées, les hypnotiques et les calmants sont seuls indiqués. On prescrit de préférence le chloral, donné par la voie rectale, en solution au vingtième; on formule ainsi :
ChHIOrALA SP GTR ETS - 20 grammes.
CAL ER A ARR EEE 300 ou 400 grammes.
Pour un lavement, à répéter trois ou quatre fois par jour.
La belladone peut être associée au chloral; on emploie l'extrait aqueux, à la dose de 2 à 4 grammes, en électuaire ou, associé à la vaseline, en applications sur les masséters contracturés (2).
(1) DieckerHoOrr. Zur Behandlung des Starrkrampfs bei Pferden mit Tetanus-Antitoxin. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1897, p. 301.
(2) Nous ne signalons que pour mémoire le traitement dit de Baccelli (injections sous-cutanées d'acide phénique à 3 pour 100). Muzio (1897) sur le chien, Courmont et Doyon (1899), puis Cioffi (1901) sur le lapin, Josias sur la chèvre, Guillaumin sur le cheval, ne modifient en rien les effets de la toxine tétanique par les injections phéniquées à quelque dose que ce soit.
GUILLAUMIN. Du traitement du tétanos…, avec recherches expérimentales sur la méthode de Baccelli. Thèse de Lyon, 1902, et Bulletin de la Société des sciences vétérin. de Lyon, 1902, p. 164.
Prophylaxie.
Les indications sont de deux ordres : éviter l'ensemencement ou la culture tétanigène dans les plaies accidentelles ou chirurgicales ; immuniser par la sérothérapie les sujets exposés. |
a) La connaissance des conditions étiogéniques du tétanos permet d'écarter certains modes de l'infection. La protection des plaies accidentelles (pansements, applications locales) empêche la souillure consécutive des surfaces; au niveau des plaies infectées d'emblée, une antisepsie rigoureuse évite l'infection en assurant la destruction des germes associés à la spore tétanique. Divers modes de l'infection chirurgicale sont éloignés par les méthodes les plus élémentaires de l’asepsie appliquée aux instruments (pinces, aiguilles à séton..….), aux appareils (casseaux, ligatures..….), ou aux mains du chirurgien.
En nombre de cas cependant, l’antisepsie est impuissante; la désinfection complète de certaines plaies (clou de rue, plaies fistuleuses..…) est impossible; l’asepsie chirurgicale est également irréalisable chez les animaux et la « cicatrisation sans pus » n’est obtenue qu’à grand peine et pour quelques opérations seulement. L'ubiquité du bacille tétanique, sa présence constante dans les déjections des herbivores rendent d'autre part l’ensemencement toujours imminent et la prophylaxie de l'infection des plaies est illusoire.
b) La prévention du tétanos chez les traumatisés est assurée avec certitude par la sérothérapie. Nocard (1) a recueilli les observations de 5088 animaux (dont 2708 chevaux) inoculés préventive-
ment, après une intervention chirurgicale ou après un traumatisme
accidentel. Un premier groupe comprend 2 500 animaux inoculés aussitôt après l’une des opérations ordinairement compliquées de tétanos (castration, amputation de la queue, hernie ombilicale.……) ; un second réunit près de 600 sujets traités un, deux, quatre jours et plus, après une blessure souillée (clou de rue, javart, plaie par dents de herse...). Sur ce total imposant, un seul cas de tétanos est constaté, sur un cheval traité seulement cinq Jours après la blessure (piqûre de maréchal); la maladie est d’ailleurs bénigne et la guérison est complète en douze jours. Pendant le temps qu'a duré
(1) Nocarp. Sur la sérothérapie du tétanos. Comptes rendus du Congrès de Moscou, 1897, t. VII, p. 244.
Nocarp et LECLAINCHE. — 3° édit. — IT. 34
l'expérience, les vétérinaires qui ont relevé les documents qui précèdent constataient 514 cas de tétanos (dont 220 chevaux) sur des animaux non traités. Les résultats sont d'autant plus probants que le traitement est appliqué en tous les cas dans des régions ou dans des milieux à tétanos ; un grand nombre des observations rapportées démontrent à l'évidence le rôle prophylactique de la sérothérapie. « Employé préventivement, le sérum antitétanique est d’une efficacité absolue. »
Une statistique de Labat (1) porte sur 705 solipèdes, blessés ou opérés en des conditions telles que le tétanos devait être redouté. Aucun des traités n’est infecté; parmi les quelques animaux non injectés, trois deviennent tétaniques. « Le sérum antitétanique a un effet préservatif certain. »
L'emploi du sérum, à titre préventif, n'a cessé de se répandre en ces dernières années ; la statistique suivante indique le nombre de doses (10 c. c.) fournies, pour l'usage vétérinaire, par l’Institut : Pasteur de.Paris :
Années. ; : Doses.
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La technique de l’inoculation est des plus simples. Le sérum est fourni, par l’Institut Pasteur de Paris, en flacons renfermant . 10 ou 20 c.c. de liquide ou en tubes contenant le sérum desséché (2). On injecte, sous la peau de l’encolure, 10 c. c. de sérum liquide pour le cheval et les bovidés adultes, 3 à 5 c. c. pour le mouton, la chèvre et le porc. Le sérum desséché est livré en tubes renfermant la quantité de matière sèche correspondant à 10 c. c. de liquide. On remplit le tube avec de l’eau bouillie refroidie (10 c. c.) et l’on injecte la solution. Le sérum desséché se conserve presque indéfiniment.
(1) LaBar. Sur l'emploi du sérum antitétanique. Revue vétérinaire, 1902, p. 580.
(2) Le sérum est fourni par le cheval traité par la méthode dé Roux et Vaillard (V. Sérothérapie). Le pouvoir antitoxique du sérum livré par l’Institut est environ de 1 000 000 000, c’est-à-dire qu'il suffit d'injecter à une souris une quantité de sérum égale à 1/1000000000° de son poids pour la préserver contre la dose mortelle de toxine. Le liquide conserve ses propriétés pendant plusieurs mois, s’il est tenu à l'abri de la lumière, dans un endroit à température peu élevée.
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L'immunité conférée persiste pendant deux à six semaines seulement ; il est donc indiqué, en général, de pratiquer deux injections successives, à dix ou douze jours d'intervalle. Chez les animaux porteurs de plaies persistantes, exposées à des infections renouvelées (sols, fumier.….), il est prudent de faire une troisième et même une quatrième injection.
L'emploi préventif du sérum ne dispense pas du traitement des plaies. Les surfaces souillées sont l’objet d'un nettoyage antiseptique rigoureux. Les corps étrangers sont enlevés avec soin; leur séjour dans les tissus pourrait provoquer une infection tardive, après la disparition de l’immunité passagère conférée par le sérum.
Toujours indiquée chez le cheval, à la suite d’un traumatisme habituellement tétanigène, accidentel ou chirurgical, la sérothérapie préventive s'impose, pour toutes les espèces, dans les « milieux à tétanos ». Le tétanos des nouveau-nés, le tétanos puerpéral sont justiciables de la même médication. L'infection sera évitée à coup sûr par une intervention aussi simple qu’efficace.
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