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Les organismes exposés à la contagion se défendent victorieusement pendant un temps plus ou moins long. Des animaux adultes et vigoureux, introduits dans des étables gravement infectées, sont trouvés indemnes par l'épreuve de la tuberculine, après trois et dix mois. On s'explique ainsi que la tuberculose soit d'autant plus fréquente que les animaux sont plus âgés, et les chiffres rapportés par Bang sont encore démonstratifs à cet égard. La statistique porte sur un total de 293 880 bovidés éprouvés par la tuberculine : le pourcentage des malades est le suivant :
Au-dessous 6 mois 1 an 1/2 2 ans 1/2 Plus de de 6 mois. à T an 1/2,° 1à 2 ans 1/2. à 5 ans. ÿ ans. 11.6 27 37 43.7 47.5
(1) Reynolds publie des statistiques, recueillies dans le Minnesota, montrant que la fréquence de la tuberculose est doublée ou triplée dans les étables mal entretenues et mal aérées.
REYNoLDs. State works with infectious diseases of animals.The Journal of compar.
Medicine, 1900, p. 353.
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La contagion est peu à craindre dans les pâturages; les produits virulents répandus ne sont repris qu'en petites quantités et de loin eniloin; de plus, le virus est placé dans de mauvaises conditions de conservation. La fréquence extrême de la tuberculose chez certaines races de montagne s'explique par l’entassement des animaux, pendant les mois d'hiver, dans des abris étroits, où ils vivent, sans air et sans lumière, dans des conditions de promiscuité absolue. 2h
Les modes indirects de la contagion sont exceptionnels, en raison de cette condition nécessaire à l'infection : la répétition des contacts virulents. L'introduction et le séjour d'animaux sains dans des locaux précédemment habités par des malades et gravement souillés par eux peut être cependant une condilion suffisante. Les bacilles se conservent dans certains milieux à l'abri de la lumière; quelques sujets trouveront dans leur voisinage, notamment dans les couches superficielles du sol, une source permanente de virus.
L'alimentation des veaux par du lait virulent provoque lévolution; l’envahissement de la mamelle est heureusement exceptionnel et la statistique montre que la tuberculose du veau de lait est très rare.
Le passage d’une étable à une autre est assuré par le commerce des malades ; en bien des cas, un animal affecté sème la contagion dans dix ou quinze élables avant d’être abattu. La diffusion à de grandes distances est réalisée par le même mode; des régions indemnes sont envahies à la suite de l'importation d'animaux affectés, destinés au croisement. Le bétail de Durham, infecté depuis près d'un siècle, a porté la maladie dans le Nivernais, en Danemark, en Suède, aux États-Unis, au Chili, au Japon...
Mourox ET Cnèvre. — La tuberculose est observée sur des animaux qui séjournent pendant un long temps dans des étables renfermant des vaches tuberculeuses et qui reçoivent des débris alimentaires souillés. La contagion s'exerce de la même façon de la chèvre à la chèvre (Moussu).
CnevaL. — L'’infection est réalisée par des modes analogues aux précédents. Dans plusieurs observations, l'histoire des malades montre qu'ils cohabitaient avec des vaches tuberculeuses et dans un voisinage immédiat (Robert, Rüder....). La transmission du cheval au cheval n’est pas mentionnée; elle doit être considérée comme possible dans certaines formes (1).
(1) Dopheide, de Steinfurt, rapporte un cas de transmission d’une femme tuberculeuse à un cheval. Rapports prussiens. Archiv für Thierheilk, t. XXVI, 1900, p. 553.
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Mac Fadyean signale l'infection du cheval par le lait de vache, souvent employé en Angleterre dans la thérapeutique; il attribue à cette particularité la fréquence relative de la tuberculose du cheval dans la Grande-Bretagne. Bang rapporte le même fait en Danemark, où les jeunes chevaux reçoivent du lait de vache pendant la période de préparation à la vente.
Porc. — La tuberculose du pore procède à la fois de la fonARIOR et de l'alimentation par des matières virulentes. La diffusion s'opère avec facilité dans une porcherie envahie, par RING des litières et des aliments.
L'alimentation par du lait ou des résidus de laiteric est l’occasion habituelle de l'infection. La tuberculose du porc, d’une fréquence extrême dans les pays de grande industrie laitière (Danemark, Prusse, Saxe), est à peu près inconnue dans ceux où les animaux sont nourris avec des grains (1). (V. Prophylaxie). L'utilisation des débris d’abattoirs et d'ateliers d’équarrissage est aussi une occasion de contamination. La transmission de l’homme au porc est plusieurs fois mentionnée (2).
Ciex et Cnar. — La tuberculose est souvent d’origine alimentaire ; un seul repas infectant peut provoquer l’évolution si le virus est ingéré à dose massive (lait, viscères tuberculeux..….). Les ani-
(1) En Danemark, on compte jusqu’à 15 pour 100 de porcs tuberculeux; à Danzig, les porcs élevés dans les laiteries fournissent 60 et 70 pour 100 de tuberculeux. Dans l’ouest des États-Unis, où les pores reçoivent exclusivement des grains, on trouve, en 1894-1895, 579 tuberculeux sur 13616 539 porcs examinés, soit une proportion insignifiante de 0,0094 pour 1000.
(2) Clausen publie des observations de transmission très probable de l’homme aux porcs entretenus dans l’hospice de Husum qui abrite plusieurs phtisiques.
Meyer rencontre, en quelques jours, six cas de tuberculose du cordon testiculaire ; dans quatre, il n’existe pas d’autres foyers et l’infection paraît liée à une inoculation locale. Tempel, Jahn et Hohmuth rapportent à une infection par le chàtireur une tuberculose primitive du cordon et du sac testiculaire. L’inoculation se produirait par le- couteau, que l'opérateur place entre ses dents, ou par contact direct, lors de l’arrachement du testicule avec les dents. Dans une nouvelle observation de Tempel, quatre porcs opérés par un châtreur affecté de tuberculose du larynx présentent des lésions tuberculeuses du cordon. Enfin Michael publie un autre cas chez un porc provenant d’une exploitation où les porcelets châtrés sont pansés avec la salive.
CLAUSEN. Beitrag zur Uebertragung der T. vom Menschen auf das Schwein. Zeitschrift für Fleisch- und Milchhyg., t. XIT,1902, p.115. — MEyER. /impftuberkulose bei Schweinen. Berliner thierärztl. Wochenschr., 1902, p. 574. — TEmpeL. Beitrag zur Uebertragungsmôüglichkeit der T. vom Menschen auf dus Schwein. Zeitschrift für Fleischund Milchhyg., t. XII, 1902, p. 11. — Jaux. Lin Fall von T. bei Schwein, ausgehend von der Kastrationsnarbe. Id., id., p. 149. — TEmPpEL. Weiterer Beilrag…. Id., id., p. 251. — Micnarz. Tuberculose von der Castrationswunde ausgehend. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1902, p. 516. |
maux sont aussi contaminés par l’homme; de nombreuses observations démontrent la contagion au chien et au chat, commensaux de personnes phtisiques. L'’inoculation par la voie génitale est admise par Jensen qui relève des tuberculoses primitives de l’utérus et du testicule consécutives à un coït infectant (?).
Oiseaux. — La contagion est facilitée par le mode d'alimentation des sujets. La tuberculose, importée dans une basse-cour par un animal affecté, envahit en peu de temps tout l'élevage. Les déjections intestinales, riches en bacilles, sont répandues sur les sols, dans les eaux, et reprises à chaque instant par les volailles saines. La contagion s'opère avec la même certitude chez les oiseaux de volière. |
La transmission de l'homme aux oiseaux est bien établie; elle s'opère de préférence à certaines espèces, comme le perroquet. On peut admettre que l'infection des poules par lingestion des crachats tuberculeux est possible sous certaines conditions de virulence ou de réceptivité individuelle que l’expérimentation ne sait pas encore discerner; après un ou plusieurs passages à travers l'organisme des oiseaux, le bacille humain acclimaté passe sans difficulté d’un animal à un autre.
Modes de la pénétration du virus. — La peau intacte ne se prête pas à l'absorption du virus. L'’inoculation dans les couches superficielles du derme est encore peu favorable; Chauveau n’a jamais pu infecter le veau par ce procédé; les petites nodosités qui se forment parfois au niveau des piqûres disparaissent sans laisser de trace.
L'inoculation dans le tissu conjonctif sous-cutané a des effets différents suivant la réceptivité du réactif et la qualité du virus. Chez le bœuf (1), un abcès se développe au point d’inoculation:; il s'ouvre après quinze à vingt jours et la plaie ulcéreuse consécutive s'étend pendant quelque temps. L’infection progresse lentement par la voie lymphatique et les ganglions situés sur le trajet sont successivement envahis. En d'autres cas, les lésions restent localisées; le foyer primitif se cicatrise et la guérison est complète. Chez les solipèdes, le pore, le mouton et la chèvre, une nodosité apparaît au niveau du point de pénétration; elle se résorbe peu à peu ou s’abcède et la guérison ne tarde guère. Cependant ces
(1) G. Coin. Sur la transmission de la tuberculose aux grands ruminants. Acad. de méd., 15 décembre 1884.
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résultats ne sont pas absolus; Pütz a obtenu l’infection du cheval et du porc. L'inoculation sous-cutanée au lapin donne des résultats variables suivant l’origine et la quantité du virus; on provoque soit une simple tumeur locale, qui s’abcède et se transforme en une plaie ulcéreuse, soit une infection généralisée qui tue en 50 à 60 jours. Le cobaye est très sensible à l’inoculation du virus des mammifères; un noyau inflammatoire ou un abcès se développent au point d’inoculation; après dix à quinze jours, les ganglions voisins sont tuméfiés, indurés ou abcédés. La généralisation est rapide; les animaux sacrifiés vers le trentième jour présentent une tuberculisation intense des ganglions, de l’épiploon, de la rate et, à un moindre degré, du foie et du poumon. La mort arrive après trente à soixante jours.
L'infection accidentelle consécutive à une inoculation sur la peau est plusieurs fois signalée. Chez le bœuf, des lymphangites tuberculeuses périphériques ont été rapportées à une inoculation locale. Mischkine (1) attribue à l’effraction cutanée un foyer unique de tuberculose dans un ganglion de l’épaule. Lydtin mentionne l’envahissement des tissus à la suite de l’inoculation à la queue d'une lymphe péripneumonique recueillie dans un poumon tuberculeux. Chez le cheval, Johne (2) observe une tuberculose primitive des ganglions préthoraciques; l'animal, logé dans une étable, présentait une tumeur d'inoculation à la pointe de l'épaule. Chez les oiseaux, certaines déterminations externes paraissent liées à une infection locale.
La pénétration au niveau des muqueuses extérieures ne s'opère sans doute qu’à la suite d’un traumatisme superficiel ou d’un catarrhe ayant déterminé une desquamation épithéliale. Cornil et Dobroklonsky (5) provoquent la tuberculisation de l'utérus, chez le cobaye, par l'injection de cultures dans le vagin intact. L'inoculation directe, pendant le coït, est rendue probable par les quelques exemples de tuberculose primitive des organes génitaux: Eber décrit, chez le taureau, un cas de tuberculose du pénis qui ne peut être rapporté qu'à une inoculation coîïtale; Frank con-
(1) MIscHkiNnE. Un cas de tuberculose primaire du tissu sous-cutané chez une vache. Archives des sciences vétér., 1896, p. 519 (en russe). (2) Jouxe. Primäre Tuberculose der Bugdrüsen,.…. Sächs. Veterinärbericht, 1895,
(3) Corxir. et DoBROKLONSKY. Sur la tuberculose des muqueuses... Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p. 259 et 265. — DoprokLoxsky. L'infec-
tion tuberculeuse peut-elle pénétrer dans l'organisme par les organes sexuels? Revue de la tuberculose, 1895, p. 195.
state, chez plusieurs vaches, une tuberculose du vagin consécutive à une infection directe par un taureau affecté de Mbérénoss du pénis... Des faits analogues sont plusieurs fois relevés chez le chien. |
L'infection par les voies digestives joue un rôle considérable dans l'étiologie des tuberculoses animales: elle est réalisée expérimentalement chez la plupart des espèces. L'ingestion de matières virulentes provenant du bœuf assure l'infection chez les bovidés jeunes (Chauveau, Gerlach...); des observations nombreuses montrent que les veaux sont contaminés par l’ingestion du lait virulent. L'infection expérimentale est plus difficile à réaliser chez le cheval; cependant l’envahissement primitif des ganglions mésentériques et rétro-pharyngiens, la fréquence des localisations abdominales démontrent le rôle de l’inoculation intestinale. L'infection du porc (Gerlach...) est obtenue sans difficulté par l'ingestion de matières virulentes: chez lui, la tuberculose accidentelle est presque toujours d’origine alimentaire. Chez le chien et chez le chat, l'infection par les voies digestives joue encore un rôle prépondérant; Viseur (1874) contamine quatre chats en les nourrissant de viscères tuberculeux provenant du bœuf; Nocard montre que l’on obtient à coup sûr la tuberculisation des chats jeunes par l'ingestion de lait virulent: l'observation établit le rôle fréquent de lingestion dans l'infection accidentelle. Enfin la tuberculose des oiseaux de basse-cour procède toujours d’une contamination par les voies digestives.
La transmission par ingestion virulente n'est pas constante. Dans les expériences de Nocard et Rossignol, une vache sur quatre résiste à l’ingestion de matières organiques ou de cultures virulentes. Les trois autres ne présentent que des lésions très discrètes et difficiles à découvrir. Le cheval, le chien, le mouton... résistent souvent à l'ingestion de doses massives de virus. Chez des sujets plus sensibles, comme le porc, il faut encore une dose massive pour provoquer la maladie; dans une expérience de Peuch, un porcelet consomme impunément quatre litres et demi d'un lait tuberculeux qui, injecté dans le péritoine du lapin, tue à la dose de quelques centimètres cubes. Les réactifs les plus sûrs, comme le lapin et le cobaye, échappent aux effets d'un virus affaibli ou ingéré en faible quantité. Knuth (1) éprouve un même lait par ingestion et par inoculation; 22 cobayes ingèrent de à centi-
(1) KnuTH. Loc. cit., p. 168.
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grammes à 9500 grammes ; 50 autres sont inoculés dans le péritoine avec 1 dix-milligramme à 10 grammes du liquide: tous les inoculés succombent, tandis que les animaux ayant ingéré plus de 15 grammes de lait sont seuls infectés. Bang montre qu'un lait tuberculeux chauffé à 70 degrés, pendant cinq minutes, est ingéré sans danger, en quantité considérable, par le lapin et le cobaye, alors qu'il tue les mêmes animaux s'il est injecté sous la peau ou dans le péritoine. Dans les recherches de Bollinger et de Gebhardt (1) le cobaye, le lapin, le chat, résistent pendant plusieurs semaines à l’ingestion d’une dilution à 1 : 50 ou à 5 : 100 d’un lait virulent qui tue les animaux qui l’ingèrent sans mélange. Le cobaye résiste parfois à l’ingestion de 2 c. c. de crachats tuberculeux dilués dans dix volumes d’eau. D’après Cadéac{2), l'infection du cobaye est certaine quand il ingère un gramme au minimum de produits tuberculeux moyennement riches en bacilles (poumon de bœuf); dans ces conditions, l’ingestion est un moyen aussi sûr que l’inoculation. « L’infection est incertaine, latente, c'est une tuberculose incomplète qui se développe, qu la dose ingérée ne dépasse pas 50 centigrammes. »
Le virus pénètre par divers points de la muqueuse digestive Certaines tuberculoses de la langue, les tuberculoses des amygdales, des ganglions sous-glossiens et pharyngiens..…, procèdent à coup sûr d’une inoculation locale. D’après Cadéac, la muqueuse bucco-pharyngienne est la principale voie d'infection dans la tuberculose par ingestion, chez le cobaye; les bacilles pénètrent par le pharynx, où l’on rencontre des ulcérations spécifiques; ils envahissent ensuite les ganglions. La tuberculisation des ganglions cervicaux est signalée dans les mêmes conditions chez le veau (Chauveau), le lapin (Orth), le chat (Viseur) et le porc (Toussaint). L’envahissement des amygdales et des ganglions sous-glossiens ou pharyngiens est à peu près constant chez les porcs tuberculeux (3).
L’estomac est peu favorable à l implantation des microbes; toutefois le suc gastrique ne détruit pas le virus. Straus et Wurtz[4 )
(1) GEeBuarpT. Exp. Untersuchungen über den Eïinfluss der Verdünnung auf die Wirksamkeit des tuberculüsen Giftes. Archiv für pathol. anat., t. CXIX, 1889, p. 127.
(2) CaADÉAC. Transmission de la tuberculose par les voies digestives. Journal de médecine vétérin., 1894, p. 725.
(5) STRÔSE. Beobachtungen über die Infectionspforten und die Verbreitungswege der Tuberculose beim Schweine. Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1897. p. 239.
(4) Srraus et WurTz. De l'action du sue gastrique sur le bacille de la tuberculose. Premier Congrès de la tuberculose, 1888, Comptes rendus, p. 550.
montrent que les bacilles ne sont nullement altérés après un contact in vitro de six heures avec le suc gastrique du chien. Cadéac et Bournay (1) retrouvent les bacilles virulents, dans l’estomac du chien, douze heures après l'ingestion de fragments de poumons tuberculeux. Chez le bœuf, la pénétration ne s'opère pas au niveau de la panse; Colin n'obtient pas l'infection en faisant ingérer au taureau des fragments volumineux de tissus virulents; par contre, Johne constate une inoculation primitive accidentelle sur le feuillet.
L'intestin constitue la principale voie de pénétration; les bacilles s'introduisent au niveau des organes lymphoïdes, même en l'absence d’une lésion épithéliale. La porte d'entrée est décelée, au niveau de l'intestin grêle, par des ulcérations de la muqueuse, et, plus souvent, par la tuberculisation des ganglions mésentériques qui bordent le canal.
Les altérations primitives du gros intestin sont exceptionnelles. Cadéac réalise l'infection, chez trois lapins, pat l'injection d’un liquide (?) virulent dans le rectum.
Les voies respiratoires constituent une autre porte d’entrée pour le bacille de Koch. Villemin, Tappeiner, Thaon, Weichselbaum.… obtiennent des tuberculoses du poumon chez le chien, la chèvre, le lapin, le cobaye, par l’inhalation de poussières virulentes ou de pulvérisations liquides. Le rôle de ce mode de pénétration dans la contagion naturelle varie suivant les espèces considérées et suivant le genre de vie des individus. Dans les locaux habités par des personnes phtisiques, les poussières de l'air renferment des bacilles virulents (Cornet, Cadéac et Malet...); Straus (2) retrouve les microbes sur la pituitaire des individus sains qui séjournent longuement dans les milieux infectés. D'autre part, des particules liquides virulentes sont projetées pendant la toux par les individus tuberculeux (Flügge) ; les mêmes constatations sont faites chez les vaches tuberculeuses; les matières projetées peuvent rester en suspension dans l’atmosphère et être reprises par les cohabitants (3).
Chez le bœuf, l’appareil respiratoire constitue la voie la plus ordinaire et la plus efficace de l'infection tuberculeuse. Dans les
(1) CaDÉAC et Bourxay. Rôle microbicide des sucs digestifs sur le bacille de Koch. Société de biologie, 10 juin 1893. |
(2) SrRAUS. Sur la présence du bacille de la tuberculose dans les cavilés nasales de l'homme sain. Archives de médec. expérim., t. VI, 1894, p. 633.
(5) Mazyck RAVEXEL. The dissemination of lubercle bacilli by cows in coughing a possible source of contagion. The Journal of compar. Medicine, 1901, p. 15.
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expériences de Nocard et Rossignol, quatre vaches adultes sont infectées par l’inhalation de poussières virulentes, sèches et impalpables (5 c. c.), et de pulvérisations d’une émulsion tuberculeuse (100 c. c.). Chez le cheval, l'infection directe par le poumon est démontrée par des observations précises (Johne, Schindelka, Schortmann...). Le chien est souvent inoculé par le poumon; les expériences de Tappeiner et de Weichselbaum établissent la quasicertitude de l'infection après inhalation de poussières virulentes (crachats desséchés). |
Les bacilles inhalés avec les poussières sont arrêtés en grande partie avant d’arriver dans les bronches; 1ls restent accolés sur la pituitaire ou sur la muqueuse du larynx, pour être rejetés avec le mucus sécrété. D'après Cadéac et Malet (1), les poussières tuberculeuses un peu volumineuses ne déterminent que très rarement l'infection chez le lapin (deux fois sur 46 expériences) ; au contraire, la pulvérisation de liquides virulents dans l'air inhalé donne des résultats positifs constants. La pénétration a lieu par la muqueuse des culs-de-sac alvéolaires; elle est favorisée par toutes les conditions qui altèrent l'intégrité anatomique ou fonctionnelle de la membrane; les inflammations aiguës ou chroniques (bronchites et broncho-pneumonie) sont nettement prédisposantes.
L'inoculation directe dans le poumon est un mode très sévère. Pütz obtient une évolution tuberculeuse et la mort en six semaines chez un poulain d’un an par l'injection de 4 c. c. d’une émulsion de matière tuberculeuse d'origine humaine.
La mamelle est un excellent milieu de culture (2). La muqueuse des canaux excréteurs se défend mal contre le bacille de Koch et l'injection d’une dilution virulente par le canal du trayon assure l'infection chez la vache et chez la chèvre (Nocard). Des signes de mammite apparaissent 6 à 15 jours après l’inoculation; en même temps, la fièvre s'établit et la mort arrive après 50 jours environ. Les lésions sont localisées à la mamelle et aux ganglions voisins; les symptômes généraux et la mort doivent être rapportés à une intoxication tuberculeuse.
Des tuberculoses primitives de la mamelle sont plusieurs fois
(4) CapÉaAc et MALET. Recherches expérimentales sur la transmission de la tuberculose par les voies respiratoires. C. R. Acad. des sciences, t. CV, 1887, p. 1190.
(2) Nocarp. Mammite tuberculeuse expérimentale... Recueil de médecine vétérin., 1900, p. 721. — Nocarp et RossiGnoL. Rapport sur les expériences entreprises dans le but de déterminer. l'äge des lésions tuberculeuses. Bulletin de la Société de médec.
vétérin. pratique, 1901, p. 170.
constatées chez la vache (1) et chez la truie (2); l'infection s'opère par le canal du trayon, à la suite d’une souillure des litières (5). | |
L'injeclion intra-veineuse constitue le mode le plus sûr de linfection. Chez la vache, l'injection de 10 €. c. d’une émulsion tuberculeuse tue en quinze jours environ, avec des lésions miliaires généralisées (Nocard et Rossignol). Chez les solipèdes, l’inoculation à dose massive, dans la jugulaire, provoque le plus souvent une tuberculose miliaire du poumon, à évolution subaiguë; parfois aussi, les lésions se cicatrisent en partie et l’on rencontre seulement des amas de consistance fibreuse, disséminés dans les deux lobes. Le cheval est au moins aussi sensible au bacille d'origine aviaire qu'à celui qui provient des mammifères. Chez le mouton, la chèvre, le chien, l'évolution est plus ou moins rapide, suivant la résistance des individus, la quantité et la qualité du virus inoculé. Chez le lapin et chez le cobaye, l'injection intra-veineuse provoque, dans presque tous les milieux, poumon, foie, rate, moelle osseuse..., une éruption de fines granulations; parfois, la mort survient avant que les tubercules aient eu le temps de se constituer. La rate, le foie, la moelle des os sont farcis de follicules tuberculeux embryonnaires, très riches en bacilles. A l'œil nu, les organes paraissent hypertrophiés, gorgés de sang, très friables; l'examen le plus attentif n’y montre pas trace de tubercules. Après quelques passages, les animaux succombent, en quinze à vingt jours, à une véritable septicémie tuberculeuse, après avoir perdu le tiers ou la moitié de leur poids. Chez les oiseaux, l’inoculation du bacille aviaire provoque aussi une tuberculose généralisée à évolution rapide.
L’injection intra-périltonéale est encore un procédé très sûr; elle permet de tuberculiser des animaux placés sur la limite de la réceptivité pour un virus donné. Cadiot, Gilbert et Roger réalisent par ce mode l'infection de la chèvre. L'évolution est rapide chez le lapin et chez le cobaye; quinze à vingt jours après l’inoculation,
(1) Observ. de BANG. — CARSTEN HaARMs. Ein Fall von Eutertubereulose beim Rinde. Berlin. thierärztl. Wochenschr., 1892, p. 229. — EnruarpT. Tuberkulose. Schweizer- Archiv für Thierheïilk. 1896, p. 74. — Môgius. Primäre Euterluberkulose beim Rinde. Sächs. Veterinärbericht für 1896.
(2) VAN HARREvELT. Op zich zelf staande tuberculosis mammæ bij een varken. Tidjschrift voor Veeartsenijk., t. XXVI, 1899, p. 500. — LEBLanc. Les maladies des mamelles, 1 vol., 1901, p. 185.
(3) CoxTe (Observ. inédite) observe une mammite tuberculeuse primitive chez une vache entretenue sur une litière faite avec des paillasses d’hôpital.
ÉTIOLOGIE. 111
les ganglions, la rate, l'épiploon sont remplis de tubercules; la mort arrive après vingt-cinq à trente jours. La rate est volumineuse, d’abord infiltrée par un nombre considérable de fines granulations tuberculeuses, puis couverte de marbrures jaunâtres el irrégulières. Le foie présente des altérations analogues, mais moins accusées ; sa surface est bosselée, parsemée de bandes jaunes de tissu cirrhosé.
Les effels de l’inoculation dans la chambre antérieure de l'œil ont élé plusieurs fois étudiés depuis Cohnheim. L'inoculation au lapin du virus puisé sur l’homme ou sur les bovidés détermine une tuberculose lypique de l'iris, qui évolue en 25 jours en moyenne et, secondairement, une tuberculose miliaire aiguë généralisée (Baumgarten). |
L'injection dans les méninges cérébrales entraîne une méningite tuberculeuse chez le cobave et le lapin. Dans les expériences de Martin (1), le virus est injecté directement, à travers le trou occipital; le cobaye meurt après 9 à 15 jours et le lapin en 55 à 60 jours.
Pathogénie. — Le bacille introduit dans le tissu lymphatique sous-cutané où sous-muqueux provoque une réaction locale. Chez un individu très résistant, les microbes importés en petit nombre sont englobés par les phagocytes et entraînés avant d'avoir provoqué des modifications anatomiques appréciables (Zagari). Ils sont ensuile détruits ou immobilisés au niveau des ganglions voisins ou dans les autres parenchymes. Dans un organisme plus sensible, des lésions locales apparaissent. Une néoformation inflammatoire se développe sur place à la suite de l’inoculation intra-cutanée. L'inoculation intra-oculaire a pour conséquence une tuberculisstion primitive de l'iris. Les bacilles inoculés dans l'articulation du genou (2) envahissent en douze heures l’endothélium, les fentes lymphatiques et le tissu conjonctif; ils provoquent ensuite une éruption dans le tissu conjonctif péri-articulaire. Dans l'intestin grêle, « les follicules clos et les plaques de Peyer sont tuméfiés dix Jours après l’ingestion de quelques gouttes d'une culture virulente par le cobaye. Les tubercules bien développés dans les parois de l'intestin se rencontrent à partir du vingtième jour seulement après l’inoculation. Ces tubercules se trouvent
(1) MARTIN. Méningile tuberculeuse expérimentale. C. R. de la Soc. de biologie, 1898, p. 275.
(2) PawLowsky. Sur l’histoire du développement et du mode de propagation de la tuberculose des articulations. Annales de l'Institut Pasteur, t. VI, 1899, p. 116.
principalement au niveau des plaques de Peyer, directement sous la couche épithéliale; plus rarement, ils se trouvent autour des glandes de Lieberkühn, et plus rarement encore sur les villosités » (Dobroklonsky). |
Les conséquences de l'infection locale diffèrent suivant de nombreuses conditions. Dans un tissu peu apte à la pullulation et chez un organisme résistant, le virus peut cultiver sur place, sans généralisation ultérieure; tantôt le foyer primitif est isolé par un tissu néoformé imperméable, tantôt les lésions s'étendent lentement, dans un voisinage immédiat. Cette évolution est observée dans certains cas d’inoculation sous-cutanée chez le bœuf, chez le porc et chez l'homme. Il est probable que quelques bacilles sont entraînés hors du foyer de culture et gagnent les voies lymphatiques, mais ils sont détruils sans avoir causé d'accident.
Cette progression dans les voies lymphatiques est rapide chez des organismes plus sensibles et l'infection est étendue ou généralisée d'emblée. Les accidents locaux sont souvent insignifiants ou inappréciables et le virus absorbé cultive en des points éloignés. L'inoculation par la muqueuse pulmonaire déterminera, par
exemple. une tuberculisation des ganglions bronchiques ou de la. 9 D q
plèvre, le poumon restant indemne; une invasion par la muqueuse intestinale aura pour conséquence une tuberculose primitive du poumon ou du foie.
La circulation lymphatique joue un rôle prédominant et souvent exclusif dans l'extension des lésions tuberculeuses. Les bacilles
rencontrés dans le voisinage des lésions initiales sont entraînés
par les courants Ilymphatiques; ils arrivent, libres ou englobés dans
les leucocytes, jusque dans les ganglions voisins. En ce point, la
marche envahissante subit un temps d'arrêt; la défense tente un nouvel effort, parfois victorieux. Chez toutes les espèces, on rencontre des tuberculoses étroitement localisées à un viscère et aux voies lymphatiques efférentes; telles les tuberculoses de l'intestin et des ganglions mésentériques, du poumon et des ganglions médiastinaux et bronchiques. Sans doute le ganglion n’est pas un filtre parfait et quelques bacilles le franchiront toujours; mais, peu nombreux et isolés, ils seront facilement détruits dans le reste du système ou dans les capillaires sanguins.
En d’autres cas, la barrière est franchie par de nombreux bacilles, et les nouveaux groupes ganglionnaires atteints jalonnent la route parcourue. Ici encore tous les degrés sont rencontrés quant à la rapidité de l'extension; tantôt, c’est par étapes successives que le
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virus progresse et il est arrêté momentanément par chacun des ganglions qu'il doit franchir; tantôt, au contraire, 1l traverse sans s'y arrêter les filtres ganglionnaires pour être déversé dans la grande circulation.
Chez les bovidés jeunes, « le tubercule inséré au flanc va envahir successivement le ganglion précrural, les prépelviens, les lombaires, la chaîne satellite de l'aorte postérieure, jusqu’à l’abouchement du canal thoracique ou du tronc lymphatique droit. À partir de ce moment seulement, les éléments tuberculeux arrivent dans le sang et se disséminent partout » (G. Colin). Chez le cobaye (1) inoculé à la cuisse, les ganglions inguinaux commencent à se luméfier vers le quinzième jour. « Vers le vingtième jour, les ganglions sous-lombaires du même côté se prennent à leur tour, tout le système lymphatique du côté opposé restant absolu-. ment sain. Entre le vingt-deuxième et le vingt-cinquième jour, les tubercules apparaissent dans la rate, en même temps que le ganglion rétrohépatique s’engorge à son tour. À partir de cette période, le virus traverse le diaphragme et sa dissémination ne conserve plus son caractère unilatéral ; les deux poumons et les ganglions bronchiques se tuberculisent indistinctement ; en deux mois environ, la tuberculisation est générale; elle apparaît aussi, à la longue, dans les ganglions sous-lombaires et inguinaux du côté opposé à l'inoculation. Si le cobaye est inoculé à la base de l'oreille, l'envahissement est descendant au lieu d’être ascendant, mais il conserve ses mêmes caractères de régularité. Le ganglion pré-auriculaire du côté inoculé se prend d’abord, puis le pré-scapulaire correspondant; enfin les poumons et les ganglions bronchiques. Tout le système lymphatique inférieur et le supérieur du côté opposé sont intacts. »
Cette régularité dans l’envahissement du système lymphatique n'est pas aussi nette dans tous les cas. Chez le lapin imoculé à la cuisse, avec du virus provenant de l’homme, la progression s’opère sans que le système lymphatique paraisse altéré; lorsque l'animal meurt, après deux ou trois mois, les ganglions abdominaux et ceux qui sont voisins du point d’inoculation sont imdemnes; la rate n’est pas envahie ou elle l’est beaucoup moins que le poumon et la plèvre. Le virus est transporté sans provoquer de réaction appréciable dans les organes Iymphatiques, peu sensibles à son action (2). En d’autres circonstances, l'invasion du système lym-
(1) ARLOING. Sur la différenciation expérimentale de.la scrofule et de la tuberculose humaine. Revue de médecine, 1888, p. 97. Divers modes d'évolution de la tuberculose expérimentale. Premier Congrès de la tuberculose, 1888, Comptes rendus, p. 321.
(2) L'absence d’altéralion des voies lymphatiques est insuffisante pour conclure à un transport de virus par la voie sanguine.
NocarD et LECLAINCHE. — 93° édit. — II. 8
phatique est bruyante et très rapide; les bacilles introduits en masse considérable dans le péritoine pénètrent en tous les points de la séreuse, pour cultiver sur place et envahir presque aussitôt les ganglions et la rate. |
Le rôle de la circulation sanguine dans la dissémination des lésions est démontré à la fois par l'observation et par les résultats expérimentaux.
Une immigration des bacilles dans le sang se produit à coup sûr pendant l'évolution de certaines lésions tuberculeuses. Il en est ainsi au niveau des dégénérescences qui atteignent les parois des vaisseaux (ulcérations, cavernes du poumon.….); il est probable aussi que les bacilles contenus dans les milieux lymphatiques peuvent traverser les parois des capillaires sous certaines conditions, notamment au niveau des foyers congestifs provoqués par la tuberculine. |
Des expériences précises montrent que les bacilles introduits dans les veines ne séjournent pas dans la grande circulation. Chez le lapin, la virulence du sang a disparu en moins de quatre heures à la suite de l'injection de 1 c. c. de culture virulente dans les veines (Nocard). Mac Fadyean (1) constate l’innocuité du sang, chez le cheval, vingt-quatre, vingt-neuf et quarante-huit heures après l'injection d’une culture virulente dans la jugulaire. Leclainche trouve le sang virulent pendant sept heures, après l’injection dans la jugulaire du cheval de 22 c. c. d’une culture très riche de tuberculose humaine; la virulence disparaît à partir de la vingt-quatrième heure.
Les voies sanguines jouent certainement un rôle dans l'extension des tuberculoses accidentelles; à certains moments, les bacilles déversés dans les vaisseaux sont lancés dans un terrain propice et deviennent l’origine de foyers nouveaux. Les poussées aiguës (granulie) observées au cours de l’évolution tuberculeuse sont liées à un transport des bacilles par les vaisseaux et à une abdication des tissus, incapables de résister à la pullulation. Des infections locales de même origine sont fréquentes au cours de la tuberculose chronique dans nombre de parenchymes (rate, rein, mamelle..…).
Transporté dans tout l'organisme par les voies lymphatiques et sanguines, le bacille passe en quelques cas de la mère au fœtus. Chez les animaux domestiques, la tuberculose fœtale est observée
(4) Mac Fapyean, The virulence of the blood and muscles in tuberculosis. The Journal of comp. Pathol. and Therap., t. V, 1892, p. 22.
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chez la vache seulement (1); les exemples rapportés sont aujourd’hui nombreux, mais la statistique montre que la transmission est tout à fait exceptionnelle et qu'elle est loin d'être assurée, même dans le cas de tuberculose généralisée de la mère et d’envahissement de l'utérus.
D'après les statistiques recueillies dans les abattoirs, portant sur des centaines de milliers d'animaux, le taux de la tuberculose du veau de boucherie est compris entre 1 et 5 pour 1000; or, celui-ci est très exposé à l'infection pendant les deux ou trois mois de sa vie économique, et, dans presque tous les cas, la répartition des lésions indique leur origine alimentaire. On peut objecter que la tuberculose congénitale reste parfois limitée en d’étroits foyers qui passent inaperçus. Les constatations de Bang et de Nocard permettent de répondre que les veaux nés de mères tuberculeuses, éprouvés par la tuberculine, sont presque toujours trouvés sains. La tuberculose du fœtus, bien que très souvent signalée, reste une trouvaille d’autopsie et la pluralité des observations s'explique par le nombre considérable des examens (2). Dans les conditions les plus défavorables, le taux de l'infection chez les veaux nés de vaches tuberculeuses ne dépasse pas 1 pour 100.
Les résultats expérimentaux confirment les données de l’observation. Koch, Leyden, Grancher, Nocard, Straus, Sanchez-Toledo, Vignal, Salvaneschi... n’ont jamais observé le passage au fœtus chez le cobaye. Gallier ne réussit que « dans un très petit nombre de cas » à déceler Ia virulence chez les « fœtus issus de tuberculeux ». Dans les expériences de Gaërtner (5), l'infection du fœtus est réalisée dans deux portées sur dix-huit, à la suite de l’inoculation intra-péritonéale à la souris; après l'injection intra-veineuse à la lapine, l'infection est obtenue chez 5 à 10 pour 100 des jeunes; on ne trouve jamais qu'un ou deux tuberculeux dans une portée; chez des souris inoculées par la voie trachéale et affectées secondairement de tuberculose généralisée, l'infection d’un ou plusieurs
(1) L’infection bacillaire du fœtus est aussi constatée chez la femme; elle paraît être beaucoup plus rare que chez la vache et elle ne joue qu’un rôle insignifiant dans l’étiologie de la tuberculose humaine.
Voir à ce sujet : Srraus. La tuberculose et son bacille, 1 vol., Paris, 1895. — Küss. De l'hérédité parasitaire de la tuberculose humaine. Thèse, Paris, 1898. — Mosny. Étude sur les origines ae la tuberculose. Revue de la tuberculose, 1898, p. 297.
(2) Dans certains abattoirs allemands, 60 à 80 pour 100 des vaches sont tuberculeuses; un très grand nombre sont sacrifiées à une période très avancée de la maladie.
— (3) GAERTNER. Ueber die Erblichkeit der Tuberculose. Zeitschrift für Hygiene,
t. XIII, 4892, p. 101.
fœtus est reconnue dans neuf portées sur dix-huit. Des expériences entreprises sur des canaris donnent des résultats analogues. L’infection par le mâle n’est constatée en aucun cas; l'infection de la mère est possible alors que les bacilles sont nombreux dans le sperme, mais le fœtus reste indemne. L’auteur conclut, tout à fait a priori, que, chez l’homme, le bacille tuberculeux passe souvent de la mère au fœtus (1).
La possibilité d'une infection directe de l’œuf par le sperme du mâle tuberculeux est des plus douteuses, encore que Johne, Bang, Siedamgrotzky.…. aient cité des exemples de veaux nés tuberculeux de vaches saines et de taureaux affectés.
Le passage du bacille s'effectue suivant des modes incomplètement déterminés à l'heure actuelle, mais sans doute assez variés (2).
Le plus souvent, la tuberculose du fœtus coïnçide avec la tuberculose de l'utérus. Celle-ci procède soit d’une invasion par la voie sanguine, avec formation de multiples foyers emboliques dans la couche musculaire et dans la muqueuse, soit d’un ensemencement en surface par la sérosité péritonéale virulente introduite par les trompes (3) ou, très rarement sans doute, par du sperme virulent.
(4) Les expériences de Hauser n’ont qu’une signification très restreinte. L'auteur provoque, chez le lapin et le cobaye, des tuberculoses aussi localisées que possible, par l’inoculation dans le poumon d’une émulsion pauvre en bacilles ou par l’insertion d'un tubercule dans la plèvre. Il ne constate en aucun cas le passage à 30 nouveau-nés (12 lapins et 18 cobayes). La conclusion que « l’hérédité du germe est négligeable dans les tuberculoses locales des ascendants » n’est même pas justifiée ; elle n’est vraie que pour certaines localisations et pour les espèces considérées.
FAtodU obtient 19 fœtus avec 5 cobayes inoculés : 10 nouveau-nés présentent des hyperplasies ganglionnaires de nature tuberculeuse (?) et un de la tuberculose miliaire du poumon.
HausEr. Zur Vererbung der Tuberculose. Deutsches Archiv für klinische Medicin, t. LXI, 1898, p. 22. — IxronTi. Contributo allo studio della tubercolosi..…. La Riforma velerinaria, 1899, p. 445.
(2) Voy. HAnN. Tuberculose congénitale et tuberculose héréditaire. (Revue générale et bibliogr.). Revue de la tuberculose, 1895, p. 41. — Küss. De l’hérédité parasitaire de La luberculose humaine. Thèse de Paris, 1898. — Mosny. Étude sur les origines de la tuberculose. Revue de la tuberculose, 1898, p. 297.
En ce qui concerne les tuberculoses animales en particulier : pe BruüIN. Metritis tuberculosa des Rindes und congenitale Tuberculose des Kalbes. Berliner thierärztl. Wochenschr., 1901, p. 384 (avec bibliogr.). — VorriN. Ueber congenitale Tuberculose. Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1901, p. 305 et 315.
(3) L'invasion bacillaire par les trompes paraît fréquente chez la vache. D 264 cas de tuberculose du péritoine, Lungwitz trouve l'utérus affecté chez 152 malades, soit une proportion de 57.9 pour 100, Il résulte d’ailleurs des expériences de Pinner et de Lode que, pendant la puberté, des courants liquides s’établissent de l’abdomen vers les trompes et l’utérus.
Lunewirz. Zur Tuberkulose des Uterus bei Rindern. Archiv für Thierheilk., t. XXIIL,
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Dans presque tous les cas (Nocard, Lungwitz, Schræder, Raneiro, Korevaar), les lésions procèdent de l'utérus; les bacilles pénètrent dans les capillaires de la veine ombilicale, après destruction du chorion. Dans deux cas de tuberculose fœtale, minutieusement étudiés chez la vache par Kockel et Lungwitz (1), l'infection procède de la muqueuse utérine, farcie de foyers tuberculeux; elle gagne les cotylédons dans le voisinage des membranes. En ce point, les bacilles infiltrent et détruisent le placenta maternel pour atteindre les villosités fœtales envahies à leur tour. Les grosses cellules qui revêtent les villosités constituent pour les bacilles une barrière difficile à franchir; on les trouve remplics de microbes, alors que les villosités n’en renferment que quelques-uns ou sont complètement libres.
Les bacilles qui pénètrent par la veine ombilicale sont entrainés en partie vers le foie et en partie, par le canal d’Arantius, dans la veine cave postérieure; ils gagnent successivement le cœur droit, le cœur gauche et l'aorte, par où quelques-uns peuvent revenir au placenta fœtal. Le foie reçoit le plus grand nombre des bacilles et l’on s'explique que les lésions restent localisées à ce niveau lors d'infection discrète; au contraire une invasion massive provoque une éruplion de granulie dans tous les viscères.
Dans quelques observations, le fœtus est trouvé tuberculeux tandis que l'utérus est indemne. On doit admettre un apport direct des bacilles dans le placenta maternel et ce mode a été démontré, chez la femme, (Schmorl et Kockel) dans deux cas de tuberculose miliaire aiguë. Il est vraisemblable aussi que les bacilles peuvent arriver dans l'utérus par les trompes, lors de tuberculose péritonéale, pour ensemencer le placenta ou pénétrer dans le liquide de l’amnios (2). Chez les ruminants, le placenta maternel et le placenta fœtal sont unis par un tissu lâche, peu perméable; le passage est rendu difficile et la tuberculose placentaire n'implique nullement l'infection du fœtus.
Le passage des bacilles est restreint aux cas tout exceptionnels d’une tuberculisation placentaire ou d’altérations mécaniques locales, déchirure des villosités choriales ou ruptures vasculaires du placenta maternel. Le fœtus est admirablement protégé contre
(1) KockEL et LuxGwirz. Ueber Placentartuberculose beim Rind und ihre Beziehung zur fütalen Tuberculose des Kalbes. Beitr. zur pathol. Anat. und allg. Pathol., &. XVI, 1894, p. 294. |
(2) Dans l’un des deux cas observés par Kockel et Lungwitz, le liquide de l’amnios renfermait les bacilles. Klepp admet que les microbes pénètrent dans les voies digestives du fœtus avec le liquide bacillifère de l’amnios et qu'il s’agit en réalité d'une tuberculose par ingestion. Ainsi s’expliquerait la localisation des lésions sur le système porte.
KzepP. Ueber angeborene Tuberkulose bei Käülbern. Zeitschr. für Fleisch- und Milchhyg., t. VI, 1896, p. 189.
l'infection et l’envahissement n’est possible que sous un ensemble de conditions rarement réalisé (1).
La présence du bacille de Koch dans un tissu ne constitue pas une condition suffisante de l’évolution tuberculeuse; en nombre de cas, les microbes sont détruits sur place avant qu’ils aient provoqué des troubles appréciables ou des modifications durables. La résistance est telle, en la plupart des tissus, que l’invasion par une faible quantité de bacilles ne détermine pas l'infection, et l’on s'explique la rareté relative des lésions généralisées chez certaines espèces. L'irruption d’une quantité considérable de bacilles dans la grande circulation ne provoque même pas des lésions véritablement généralisées; certains tissus résistent, d’autres ne sont atteints que par exception; pour une même espèce, tous les milieux organiques pourraient être classés quant à leur degré de résistance. Il résulte des recherches de Nocard (2 ) que, chez le lapin, la virulence des muscles a disparu en moins de six jours après l’inoculation intra-veineuse d’un centimètre cube d’une culture; celles de Mac Fadyean établissent que, dans les mêmes conditions, les muscles du cheval sont débarrassés du virus en moins de dix jours. D’autres parenchymes offrent un terrain favorable au bacille, mais la résistance opposée est encore appréciable chez certains animaux; chez le cheval, inoculé à dose massive dans les veines, l’éruption est souvent limitée au poumon; tous les autres organes restent indemnes, bien que la généralisation de l’ensemencement soit constatée. Chez des réactifs plus sensibles, comme le cobaye et le lapin, l'infection est très étendue; quelques tissus, comme les muscles, les LHC USE le cerveau et la moelle... restent seuls AUS
Des milieux peu exposés deviennent le siège de localisations tuberculeuses sous certaines conditions. Courmont et Dor obtiennent, chez le lapin, des arthrites tuberculeuses primitives, sans tuberculose viscérale, par l'injection intra-veineuse de bacilles aviaires fortement atténués (5).
(4) Charrin et Duclert ont montré que le passage des bacilles est facilité chez les femelles intoxiquées par la tuberculine. Il est probable qu’une action déprimante, exercée sur les cellules organiques, diminue leur résistance au bacille.
(2) Nocarp. Dangers provenant des animaux tuberculeux. Premier Congrès de la tuberculose, 1888. Comptes rendus, p, 59.
(3) Max Schüller (1880) provoque une arthrite tuberculeuse en pratiquant un traumatisme local chez le lapin infecté. Lannelongue et Achard ne réussissent point à obtenir des localisations au niveau de traumatismes divers chez 20 cobayes infectés. Ils remarquent, avec raison, que dans l’expérience de Max Schüller, le lapin
ÉTIOLOGIE. 119
L'observation démontre clairement le rôle de la résistance des milieux dans l'imminence de l'infection ou dans la rapidité de l'extension des lésions. Il existe des différences parfois considérables dans l’évolution chez des animaux inoculés avec un même virus et par un même mode. Les variations évolutives sont encore plus évidentes lors de contamination accidentelle; chez quelques sujets, les lésions, très limitées, se cicatrisent ou ne s'étendent que très peu, dans un voisinage immédiat; chez d’autres, l’envahissement s'opère lentement, par une diffusion continue ou par des poussées irrégulières ; chez d’autres enfin, l'évolution est aiguë et la plupart des parenchymes sont atteints.
Le bacille de Koch exerce sur les tissus une action spéciale qui aboutit à l'édification du tubercule (1). Les accidents varient quelque peu suivant le mode de la pénétration et suivant le tissu considéré.
Borrel étudie la genèse du tubercule pulmonaire chez le lapin inoculé dans les veines. Il se produit, quelques minutes seulement après la pénétration, une leucocytose polynucléaire intense, dans les capillaires et les vaisseaux du poumon. Les bacilles sont inclus pour la plupart dans les leucocytes ; ceux-ci sont libres dans les capillaires ou accumulés en foyers. Les leucocytes polynucléaires restent en partie contenus dans les vaisseaux, tandis que d’autres passent dans les alvéoles. En tous les points, ils sont tués par les bacilles qu'ils renferment et ils subissent une dégénérescence rapide; ils ont totalement disparu à partir du cinquième jour. Les bacilles libres vont provoquer la néoformation tuberculeuse, à la fois dans les vaisseaux et dans les alvéoles. Dans les vaisseaux, quarante-huit heures après l’inoculation, de grands leucocytes mononucléaires entourent les bacilles et les leucocytes polynucléaires en voie de désintégration; certains se fusionnent
est infecté avec une matière impure et que la nature tuberculeuse de la localisation n’est pas démontrée.
LANNELONGUE et ACHARD. Sur le traumatisme et la tuberculose. Comptes rendus de PAcad. des Sciences, t. CXXVIII, 1899, p. 1075.
(4) MeTcHNiIKOFF, Lecons sur la pathologie comparée de TRE 1892. — STRAUS. Sur l’histogenèse du tubercule. Revue de la tuberculose, t. I, 1895, p. 1 (avec bibliogr.). — CorniL. Sur les phénomènes de karyokinèse observés dans la tuberculose. Études sur la tuberculose, t. I, 1877, p. 4. — YERSIN. Étude sur le développement du tubercule expérimental. Annales de l’Institut Pasteur, t. IL 1888, p. 245. — BorREL.- Tuberculose pulmonaire expérimentale. Id., t. VII, 1895, p. 595. Tuberculose expérimentale du rein. Id., t. VIII, 1894, p. 65. — Josuxé. Moelle osseuse des tuberculeux et histogenèse du tubercule, 1 vol. Paris, 1898. — Cu. More et DALous. Contribution à l'étude de l’histogenèse du tubercule. Archives de médecine expérim., 1904, p. 295.
pour constituer des cellules géantes qui englobent à leur tour les bacilles. La granulation tuberculeuse, constituée au sein d’un capillaire dilaté, comprend, dans son centre, une ou plusieurs cellules géantes, et, à la périphérie, une accumulation de leucocytes mononucléaires qui se transformeront en cellules épithélioïdes. Le processus est comparable dans les alvéoles; mais ce sont les cellules à poussière qui jouent le rôle dévolu dans les capillaires aux leucocytes mononucléaires. Dès le cinquième jour, les tubercules embryonnaires sont visibles dans le poumon; ils forment un semis très fin de granulations, qui s'étendent progressivement en restant isolées. Peu à peu, les contours des capillaires compris dans les tubercules s’atténuent et disparaissent, tandis que le nombre des cellules épithélioïdes augmente. Les granulations s’accroissent du douzième au vingtième jour; la caséification consécutive des parties centrales marque le début de la généralisation des lésions.
Les mêmes phénomènes sont retrouvés dans le rein (Borrel). « Le processus tuberculeux est toujours interstitiel; les seuls éléments actifs du tubercule sont des éléments lymphatiques; les éléments différenciés de l'organe, et l’épithélium rénal en particulier, ne jouent aucun rôle dans la formation des ltubercules. »
L'évolution est encore analogue dans le foie ou dans la rate (Yersin). Les bacilles s'arrêtent dans les capillaires et se multiplient sur place, déterminant un afflux de leucocytes qui dilatent les vaisseaux. À aucun moment, on ne reconnaît une multiplication caryocinétique ou une dégénérescence des cellules hépatiques. Vers la fin de la deuxième semaine, on rencontre des cellules géantes et une ceinture épithélioïde. Les animaux succombent avant que la caséification se soit produite.
Le mode de pénétration des bacilles ne modifie point les caractères essentiels de la réaction. Morel et Dalous étudient la formation du tubercule pulmonaire chez le lapin inoculé dans la trachée. Quelques heures après leur pénétration dans les cavités alvéolaires, les bacilles isolés sont ingérés par les cellules à poussière. Dès le 3° ou le 4° jour, on assiste à la formation de cellules géantes, résultant de la fusion d’un nombre variable de grands mononucléaires chargés de bacilles. Les amas bacillaires introduits ne sont point ingérés tout d’abord; ils sont entourés par une ceinture de polynucléaires, puis de grandes cellules mononucléaires se groupent autour du foyer, se fusionnent et donnent naissance à une cellule géante à noyaux multiples, qui englobe à
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la fois les bacilles et les leucocytes neutrophiles. Dès le cinquième jour, on reconnaît des follicules tuberculeux caractéristiques dans les alvéoles. Le processus est identique dans les bronchioles. En tous les points, le tubercule se forme exclusivement aux dépens des cellules lymphatiques ; les cellules épithéliales ne prennent aucune part à son édification.
Les cellules fixes des tissus ne jouent donc qu'un rôle de support passif, sans participer en rien à la néoformation tuberculeuse. Suivant l'expression de Metchnikoff, « le tubercule est composé d’une réunion de phagocytes d’origine mésodermique, qui affluent vers les endroits où se trouvent les bacilles, et les englobent (1) ».
L'extension des lésions tuberculeuses a lieu surtout par la voie lymphatique. Dans le poumon (Borrel), la réaction secondaire est indiquée, dès que commence la caséification des granulations primitives, par un énorme développement des voies Iymphatiques péribronchiques, périvasculaires et sous-pleurales. Les granulations tuberculeuses sont greffées sur la paroi des vaisseaux et dans les espaces lymphatiques. Les mêmes accidents sont constatés autour des bronches. Les alvéoles participent au processus; les cellules lymphatiques épanchées dans les cavités sont l'origine des pneumonies alvéolaires tuberculeuses.
Les bacilles exercent leur action sur les tissus par l'intermédiaire de poisons très résistants, intimement liés à la substance de la cellule bactérienne (2). En injectant dans les veines du lapin des
(1) Cette théorie phagocytaire du tubercule est repoussée par un grand nombre d’histologistes. Ceux-ci admettent, avec Baumgarten, que l'édification première du tubercule s’effectue aux dépens et par la prolifération des éléments fixes des tissus. Les lymphocytes mobiles ’ninfiltrent le nodule tuberculeux que tardivement, et leur immigration ne constitue qu’un phénomène d'importance secondaire. Dans le poumon et dans le rein, ce sont les épithéliums et les endothéliums qui prolifèrent, par voie de caryocinèse ; dans la rate et dans les ganglions, ce sont les cellules aplaties des cloisons qui se multiplient; dans le foie, ce sont les cellules hépatiques et, accessoirement, celles de l'endothélium des capillaires.
Broden étudie l’histogenèse du tubercule dans l’épiploon du chien et de la chèvre. « Les cellules endothéliales, auxquelles se joignent bientôt les cellules profondes, absorbent rapidement les bacilles. Elles deviennent turgescentes et entrent en division, fournissant un néoplasme qui constitue le tubercule. Ce néoplasme est plus ou moins infiltré, plus ou moins couvert de leucocytes polymorphes; mais ceux-ci conservent leur mobilité et leurs autres caractères et n’interviennent pour rien dans la constitution même de la granulation tuberculeuse. » Enfin, « la nodosité tuberculeuse s'accroît par division karyokinétique des éléments fixes ».
BroDEN. Recherches sur l’histogenèse du tubercule.….. Archives de médecine expér., 1899, p. 1:
(2) STRAUS ct GAMALEIA. Contribution à l'étude du poison tuberculeux. Arehives de
bacilles tuberculeux tués par un chauffage prolongé à 130°, on provoque des lésions identiques à celles qui sont déterminées par les cultures vivantes, la dégénérescence caséeuse y comprise; injectés dans le péritoine du lapin, du cobaye, du chien, les bacilles morts déterminent une péritonite tuberculeuse typique.
La caséification paraît due à l’action d'une substance grasse sécrétée par le bacille et soluble dans l’éther, le xylol, la benzine et le chloroforme. D’après Auclair (1), «la double évolution caséeuse et fibreuse du tubercule est commandée par la plus ou moins grande abondance de la substance caséifiante; quand la toxine est discrète, le centre seul est frappé irrémédiablement et la zone embryonnaire périphérique, légèrement irritée, enkyste, par une formation fibreuse, la partie centrale caséifiée ».
Certaines matières sont diffusées dans les organismes infectés; la nature de ces toxines et leur rôle dans la pathogénie sont à peine connus. Les expériences de Nocard, sur la production expérimentale de la mammite tuberculeuse, chez la vache et chez la chèvre, établissent que les « poisons tuberculeux » sont capables de provoquer à eux seuls de la fièvre et une cachexie progressive terminée à bref délai par la mort. (V. Modes de la pénétration du virus.)
Résistance du virus (2). — Le bacille de Koch résiste énergiquement à la plupart des causes de destruction; toutefois sa résistance varie suivant l’origine des microbes et suivant les matières auxquelles ils sont associés.
La dessiccation ne détruit que lentement le virus; des produits tuberculeux desséchés ou pulvérisés sont trouvés virulents pendant cent deux (Cadéac et Malet) et cent quatre-vingts jours (Schill et Fischer). Les crachats desséchés conservent leurs propriétés pendant neuf à dix mois à 25°, pendant deux mois à 50-35° (Pietro). La lumière solaire a une aclion plus marquée; le virus exposé en couche mince est rapidement
détruit (Koch); des linges de toile et des étoffes imprégnés de crachats
tuberculeux ,exposés à l’action directe du soleil, ont perdu leur virulence en 10 à 15 heures et les bacilles sont tués après 24 à 50 heures (Migneco). Dans les sols, le bacille persiste pendant longtemps dans les matières
médecine expérim., 1891, p. 705. — AucLaIR. Étude expérimentale sur les paisons du bacille tuberculeux. Thèse, Paris, 1897.
(1) AucLair. La dégénérescence caséeuse. Revue de la tuberculose, 1898, p. 97.
(2) VERSIN. Action de quelques antiseptiques et de la chaleur sur le bacille de la tuberculose. Annales de l’Institut Pasteur, t. IT, 1898, p.60. — Capkac et MALET. Recherches expérimentales sur la virulence des matières tuberculeuses desséchées, putréfiées et con-
gelées. Revue vétér., 1889, p. 1. — Recherches de Kocx, FoRSTER, GALTIER, VALLIN, .
GRANCHER et LEDOUx-LERARD, THOINOT, ARLOING, BONHOFF, PIETRO, MIGNECO, PER- RANDO....
ÉTIOLOGIE. 123
en putréfaction; Cadéae et Malet constatent la virulence dans des poumons enfouis depuis cent soixante-sept jours. Le virus n'est détruit dans l’eau que lentement; des cultures de tuberculose aviaire, mélangées à de l’eau de Seine stérilisée, sont encore virulentes après cimquantedeux jours à 8-12 et après soixante-dix jours à 15-20° (Chantemesse el Widal); de petits fragments de rate, immergés dans un bocal à une température de 3-8°, conservent leurs propriétés pendant dix-sept Jours (Galtier); des fragments de poumons, également immergés, sont encore virulents après cent vingt jours (Cadéac et Malet).
La résistance à la chaleur est moins considérable (1). Le bacille aviaire est tué en vingt minutes à 60°, en cinq à dix minutes à 70°; il n'est pas modifié après douze heures de chauffage à 50° (Bonhoff). Le bacille d’origine humaine est tué par la chaleur humide à 100° en une demi-minute; la virulence est atténuée après un chauffage à 60° pendant cinq minutes. Les cultures desséchées soumises à la chaleur sèche sont plus résistantes; leurs propriétés persistent, bien qu'affaiblies, après un chauffage à 100° pendant deux et trois heures (Grancher et Ledoux-Lebard).
Bang chauffe en bouillon des fragments de « pellicules », provenant de cultures sur bouillon glycériné; tous les tubes sont stérilisés après un chauffage de cinq minutes à 60 et 65°; l’action momentanée des mêmes températures stérilise la plupart dés tubes; le développement n’est que retardé après cinq minutes à 55°.
Dans les matières animales virulentes, fragments d'organes ou crachats, la destruction est facilitée ou retardée par diverses conditions, notamment par le degré d’acidité ou d’alcalinité des produits. Les expériences de Forster et de Man montrent que dans les pulpes d'organes, lés crachats, le lait... la virulence est détruite :
A 5950 en 4 heures. A 80° en 5 minutes.
— 609 — 1 heure. : — 900 — 2
— 659 —90 minutes. | — 959 —__ 1 minute.
Bang (1884) constate que des températures de 65 à 80° ne stérilisent pas le lait en tous les cas; il-faut atteindre 85° pour tuer les bacilles à coup sûr. Woodhead (1895) a des résultats semblables ; dans un cas seulement, un lait chauffé à 70° pendant onze à douze minutes infecte les cobayes inoculés dans le péritoine. Smith (1899), puis Beck (1900) trouvent encore virulents des laits chauffés à 85-1002; Smith attribue cette résistance à la présence des bacilles dans la couche desséchée à la
(1) BanG. Some experiments on the temperaiure necessary for killing tubercle bacilli in milk. The Journal of comp. Pathol. and Therap., t. XIV, 1901, p. 233. — DELÉPINE. How can the tuberculin test be utilised for the stamping out of bovine tuberculosis. Id., id., p. 255. — Banc. Ueber die Abtüdtung der Tuberkelbacillen bei Wärme. Zeitschrift für Thiermedicin. 1902, p. 81 (avec bibliogr.). l
12h TUBERCULOSE.
surface du liquide où ils échappent à l’action de la chaleur; d'autre part la température n’est pas constante dans toute la masse du liquide et des différences de 5° sont relevées suivant les couches éprouvées. Delépine (1901) trouve la crème encore virulente après chauffage à 85° pendant quinze minutes et à 70° pendant quarante-cinq minutes, il conclut à la nécessité de l’ébullition pour les laits infectés ou suspects. Dans une nouvelle série d’expériences, Bang observe à nouveau la stérilisation constante du lait provenant d’une mamelle tuberculeuse après chauffage à 65° pendant cinq minutes ou à 70° pendant un instant: le lait est chauffé en vase clos et on assure l'égalité de la température par l'agitation. (V. Transmission à l’homme; Prophylaæie.)
Le froid n’a aucune action; des fragments de tissus congelés à — 2 — 192 sont encore virulents après vingt à trente Jours (Galtier); dans l’eau, le virus résiste à cent vingt jours de congélation (Cadéac et Malet).
Les antiseptiques ont des effets différents suivant qu'ils agissent sur le bacille isolé ou sur diverses substances virulentes. Dans les expériences de Yersin, l’antiseptique agit directement sur le bacille aviaire ; les résultats sont les suivants #
Bacilles encore vivants Bacilles tués Antiseptiques. après : À après :
Acide phénique à 5 p. 100. .:. . : — 50 secondes. — lp AI0REIES EE — . 1 minute.
Alcooï absolu . . . . hs — > minutes.
Éther iodoformé à 1 p. 100. Sete — : — Éther. à » minutes. 10 -— Hichloisre de mercure "E 1 P. . 1000. D — 10 — Thymol à 3 p. 1000. AC 2 — 2 heures.
Eau saturée décrécsote Am on l'heure. — — de naphtol £.. 1 — — Acide salicylique à 2,5 p. 1000. 1 — 6 — Acide borique à 4"p im te 2 heures. —
La destruction du bacille est plus difficile dans les matières animales
virulentes. Le « suc tuberculeux humain » est encore virulent après vingt :
heures de mélange (à parties égales) avec les solutions suivantes : sublimé corrosif à 1 pour 10000, chlorure de sodium à saturation, acide phénique à 1 pour 10, acide salicylique à 1 pour 1000, iodure de potassium à 1 pour 4, permanganate de potasse à 1 pour 50 (Arloing).
En local clos, les cultures et les crachats sont stérilisés après vingtquatre heures d'exposition à l’acide sulfureux produit par la combustion de 60 grammes de soufre par mètre cube (Thoinot).
Modifications de la virulence. Immunisation. — Un affaiblissement dans la virulence du bacille est observé dans diverses conditions ; il se produit par le simple vieillissement des cultures.
ÉTIOLOGIE. 125
Les tentatives d'atténuation expérimentale n’ont donné Jusqu'ici aucun résultat. |
Les nombreux essais d’immunisation à l’égard de la tuberculose peuvent être groupés dans les paragraphes suivants : 1° inoculation de virus affaiblis ou non pathogènes par leur origine; 2° injection des toxines; 5° injection des sérums.
Ï. VIRUS AFFAIBLIS OU NON PATHOGÈNES. — Les suites de l’inoculation des produits scrofuleux (Arloing, Nocard) et les résultats obtenus par Gebhardt et Vyssokovitch, à la suite de l’inoculation d’un petit nombre de bacilles, permettaient d'espérer une accoutumance des organismes par la pénétration de doses croissantes de virus. Les recherches de Grancher et Ledoux-Lebard et celles de Straus montrent l'inefficacité du procédé. |
D'après Grancher et H. Martin, les inoculations successives au lapin de cultures aviaires vieillies, de virulence croissante, permettent de conférer une immunité partielle accusée par une longue survie de la plupart des animaux traités (un an et plus).
L'inoculation aux mammifères du bacille aviaire ou celle du bacille des mammifères aux oiseaux ne procurent pas l'immunité (Héricourt et Richet, chez le chien, Auclair, chez la poule...).
Behring (1) obtient cependant l’immunisation du bœuf par l’inoculation intra-veineuse d’un bacille humain entretenu depuis longtemps en cultures. L’injection à un veau de 5» à 7 mois de 1 milligramme d’une culture sur sérum, âgée de 4 à 6 semaines, permet à l'animal de supporter, un mois après, une dose 25 fois plus forte. Les expériences en cours ont pour objet la recherche d’une méthode pratique d’immunisation ; il n’est pas certain en effet que la première inoculation virulente soit toujours supportée et peut-être y aura-t-1l lieu de préparer les organismes par une inoculation de bacilles « vacuolaires »; d'autre part, on devra s’assurer que la seconde inoculation procure une immunité assez persistante et assez complète pour mettre les traités à l’abri de tous les modes de la contagion accidentelle.
II. Toxines. — L'inoculation des produits solubles fournis par le bacille est impuissante à assurer l’immunisation. Daremberg (1889), Héricourt et Richet (1890) confèrent une certaine résistance au lapin par les injections sous-culanées ou intra-veineuses de cultures stérilisées par le chauffage. Courmont et Dor (1890) obtiennent un résultat analogue par les inoculations au lapin de cultures dans l’eau glycérinée, filtrées sur le Chamberland. Ces résultats sont toutefois incomplets et incertains. Mafucei et Hammerschlag ne produisent aucun effet vaccinal avec des cultures stérilisées par le chauffage ou par le
(4) BeuriNG. Tuberculose. Beiträge zur experimentellen Therapie, 1902; Anal. in Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1902, p. 329.
La
vieillissement. La tuberculine est impuissante à procurer l’immunisation des organismes, dans quelque condition que ce soit (1). Les nouvelles tuberculines préparées par Koch paraissent aussi peu efficaces que l’ancien produit (2).
III. SÉROTHÉRAPIE. — Depuis les premiers essais de Héricourt et
Richet (1890), des dizaines de tentatives ont été faites dans le but
d'obtenir l’immunisation à l’aide du sérum d'animaux traités par des inoculations virulentes (bacille aviaire pour les mammifères et réciproquement) ou par des injections de toxines. Aucun résultat certain n’a été obtenu; quelques séries d'expériences donnent des espérances (survie des traités) qui s’évanouissent devant des tentatives nouvelles.
I n’y a pas lieu de discuter les effets de l’inoculation du sérum d’animaux prétendus réfractaires, comme l’âne, la chèvre ou le mouton. Ces procédés sont inefficaces et peut-être dangereux.
Traitement.
La tuberculose des animaux: a été considérée jusqu'ici comme une maladie incurable; en fait, les nombreuses médications préconisées se sont toujours montrées impuissantes. On peut prévoir cependant que des lésions récentes, décelées seulement par la tuberculine, seraient guéries ou enrayées dans leur marche par un traitement approprié. Des animaux ayant réagi une ou plusieurs fois à la tuberculine restent indifférents aux épreuves ultérieures, répétées à de longs intervalles.
La tuberculine entrera probablement un jour dans la thérapeutique. Elle pourra être utilisée dans certaines conditions (tuberculose récente, tuberculoses locales), lorsque ses effets sur
l'organisme infecté seront mieux connus: Son action si remar-
(1) Mac Fadyean publie le compte rendu de trois expériences tendant à démontrer :
la résistance à l'infection expérimentale des bovidés tuberculeux guéris à la suite d’inoculations répétées de tuberculine.
Mac FADYEAN. Experiments regarding the immunisation of cattle against Tuberculosis. The Journal of comp. Pathol. and Therap., t. XIV, 1901, p. 156.
(2) Une première tuberculine est obtenue par la macération des bacilles dans une solution de soude caustique à 1 pour 10 (Tuberculine alcaline =T A).
D’autres extraits sont préparés avec des corps bacillaires broyés, lavés et centrifugés. Le produit du premier lavage (Ober-Tuberkulin=TO) a des propriétés analogues à celles de la tuberculine ordinaire; les lavages et centrifugations ultérieurs donnent des liquides tout différents (Tuberculines résiduelles = T R) renfermant les substances immunisantes des cultures.
KocH. Ueber neue Tuberculinpräparate. Deutsche medicin. , Wochenschrift. 1897, p. 207. — BAUERMEISTER. Ueber die wichstigsten bis jetzt bekannten Tuberkuline, ihre Herstellung und ihre Unterschiede. Archiv für Thierheilk., t. XXVI, 1900, p. 301.
SR Re OT TA PP OL PE RS GET PRE NORME PR PAU PCA AT LA * » * ;
quable sur les lésions spécifiques permet de prévoir sa puissante efficacité.
Prophylaxie (1).
Les règles d’une prophylaxie certaine et efficace des tuberculoses animales sont faciles à préciser. La maladie peut être prévenue, chez toutes les espèces, par des mesures sanitaires exactement déterminées. |
Les modes de l'intervention sont discutés en ce qui concerne le bœuf seulement; pour les autres espèces, les indications préventives se réduisent à quelques précautions très simples.
a) Bœuîf. — La prophylaxie vise un double but : chasser la tuberculose des étables envahies; l'empêcher de pénétrer dans les étables saines ou assainies. |
L'emploi systématique de la tuberculine permet d'atteindre ce résultat à coup sûr. Des expériences directes et des milliers d’observations montrent que les inoculations sont inoffensives pour les animaux et qu'elles ne troublent en rien la lactation, la gestation et l’'engraissement (2). Il est indiqué de soumettre à la tuberculine tous les bovidés, quels que soient leur mode d'utilisation et leur état apparent de santé. Des exemples nombreux montrent que des étables considérées comme indemnes par les observateurs les plus attentifs renferment en réalité jusqu'à 20 et 50 pour 100 de tuberculeux (3).
(1) Voir, en outre des travaux cités dans nos précédentes éditions : Nocarp. La Prophylaæie de la tuberculose bovine. Congrès de Berlin, mai 1899, et Recueil de médecine vétérin., 1900, p. 21. — Rapports de BANG, MALM, SIEDAMGROTZKY, STUBBE.... au Congrès vétérin. de Bade, 1899. — PEArsoN et RAvENEL. T'uberculosis of cattle. Commonwealth of Pennsylvania department of agriculture, Bulletin n° 75, 1901.
(2) Nocaro. Sur la tuberculine. Comptes rendus du III Congrès pour létude de la tuberculose, 1893, p. 145. — J. Law. Experiments with tuberculin on non-tuberculous cows. The veterin. Magazine, t. II, 1895, p. 67. — À. DE SCHWEINITZ. The effect of tuberculin injections upon the milk of healthy and diseased cow. U. S. Departm. of agric., Bulletin n° 13, 1896, p. 15. — E. Zscnoxke. Zur Tuberkulosebekämpfung. Archiv für Thierheilk., 1896, p. 97. — MüLcer. Einfluss der Tuberculinimpfung auf die Milchmenge der Kühe. Deutsche thierärztl. Wochenschr., 1896, p. 415.
(3) Un curieux exemple est rapporté par Mac Fadyean. En 1897, on décide de soumettre à la tuberculine les vaches entretenues dans l’étable royale de Windsor. Les quarante vaches, destinées à la production du lait, ont été choisies avec un soin extrême; elles sont entretenues dans des conditions luxueuses et toutes paraissent en excellente santé. La /tuberculine révèle que trente-six des animaux sont tuberculeux; tous sont abattus et l’on découvre chez tous des lésions, localisées surtout dans les ganglions bronchiques et médiastinaux.
Mac FapyEan. Results of the application of the tuberculin test to her Majesty’s dairy cows at Windsor. The Journal of compar. Pathol., t. XIT, 1899, p. 50.
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128 à UBERGULOSE.
Lesanimauxreconnus sains sont te des malades ; on leur affecte une étable spéciale, neuve ou désinfectée. À défaut, on peut diviser l'étable commune en deux compartiments, par une cloison pleine occupant toute la hauteur du local; chaque section doit avoir une entrée spéciale et posséder des ustensiles et un personnel distincts. Les veaux nés de vachés tuberculeuses peuvent être placés dans l’étable des animaux sains, à la condition d’être séparés des mères aussitôt après la naissance et d’être nourris avec du lait bouilli. Jusqu'à complète disparition de la tuberculose les sujets indemnes, les veaux y compris, seront soumis, tous les six mois, à l'épreuve de la tuberculine. Il est possible, en effet, que quelques sujets contaminés peu avant la première épreuve n'aient pas réagi
à celle-ci en raison de l'absence des lésions. La seconde épreuve
les dénoncera avant qu'ils soient devenus dangereux.
Les animaux condamnés par la tuberculine sont soumis à un examen clinique minutieux et divisés en deux lots : a) Ceux qui présentent un symptôme quelconque pouvant être rattaché à la tuberculose (toux fréquente, jetage ou expectoration, engorgement ou induration des ganglions ou des mamelles, signes stéthoscopiques, etc.) seront préparés pour la boucherie, de façon à s’en débarrasser au meilleur compte, le plus tôt possible. — b) Ceux qui ne présentent aucun symptôme extérieur peuvent être conservés ; ces animaux n’ont pour la plupart que des lésions peu accusées, parfois insignifiantes ; ils pourront continuer à être utilisés, sans grand danger, pour la production du travail ou du lait; on pourra même conserver les vaches pleines et garder leurs veaux en toute sécurité, à la condition de les isoler des mères dès leur naissance, de leur donnes une nourrice saine ou de les nourrir au Seau OU au biberon, avec du lait bouilli.
Dès que les malades ont quitté l’étable, on procède à une désinfection complète. Celle-ci comprend le nettoyage des sols et des parois, complété par un lavage à l’eau bouillante, à la brosse et au balai dur, de toutes les surfaces accessibles, puis l'irrigation avec des solutions antiseptiques. L’acide phénique, la créoline et le lysol en solution à 4 pour 100 sont de bons désinfectants ; leur action est considérablement accrue si l’on chauffe les solutions au moment de leur emploi. La désinfection est complétée par le dégagement de vapeurs sulfureuses dans les locaux hermétiquement clos (40 à 60 grammes de soufre par mètre cube). Il est bon de procéder à la réfection des sols en terre battue; les anfractuosités des parois, des murs de face ou de soutènement sont comblées àvec le ciment.
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La tuberculose étant chassée de l’étable, on doit l'empêcher d'y rentrer et la tuberculine permet d'éviter une infection nouvelle. Ici encore 1l faut considérer systématiquement comme suspect tout animal nouveau qui doit être introduit dans l'élevage, en dépit de sa provenance et de son état de santé apparent. La porte de l'étable ne doit lui être ouverte que lorsqu'il a subi l'épreuve critère de la tuberculine.
Les autres modes d'introduction de la tuberculose sont faciles à prévenir; ils sont spéciaux pour la plupart à certaines conditions de l'exploitation. La contagion d’une étable à une autre, voisine ou attenante, est empêchée par des mesures sanitaires fort simples (apport du virus par les eaux, les personnes...). Le séjour des animaux dans des cours contaminées par les déjections ou les fumiers et l'usage d’'abreuvoirs communs seront interdits. L’entretien prolongé dans les troupeaux renfermant des malades (troupeaux communaux) est encore une cause possible, mais peu efficiente, de la contagion. Enfin, l'accès habituel des étables sera défendu aux personnes tuberculeuses, capables de répandre des crachats virulents.
L'épreuve par la tuberculine devra être renouvelée de temps à autre dans les étables. Alors que l'effectif est nombreux, il est prudent de pratiquer chaque année les inoculations ; une nouvelle épreuve s'impose si les conditions de l’exploitation sont telles que des modes de contagion indirecte puissent être soupçonnés (pâturages communs, ete..…).
Si ces règles prophylactiques si simples pouvaient être partout appliquées, elles suffiraient à faire disparaître en quelques années la tuberculose du bœuf. On ne peut malheureusement espérer un pareil résultat. La nécessité d’une intervention des pouvoirs publics est reconnue par tous et les modes pratiques de cette intervention sont en ce moment discutés.
Deux systèmes sont en vigueur dans différents États. Dans l’un, la prévention obligatoire est assurée par des mesures sanitaires applicables aux animaux malades et contaminés; dans l’autre, la prévention libre est assurée par les propriétaires eux-mêmes et l’État n'intervient qu’en aidant ceux-ci par ses conseils et ses subventions.
à) Le système de la prévention obigatoire a été ou est expérimenté en Australie, aux Etats-Unis et en Belgique.
Dès 1885, le « Conseil de Santé » de l’État de Victoria demande que
NocarDp et LECLAINCHE. — 5° édit. — IT. 9
la tuberculose soit comprise parmi les maladies contagieuses visées par le « Stock Act » de 1870. A partir de 1887, on applique à la maladie les mêmes mesures qu'à la péripneumonie et l’Act de 1890 ordonne l’abatage des bovidés cliniquement tuberculeux; les suspects et les contaminés sont mis en quarantaine. Sous l'influence de ces dispositions, le taux de la tuberculose tombe de 7 pour 100 en 1885 à 4 pour 100 en 1896 (1).
Le Massachusetts ordonne, dès 1892, la création d'inspecteurs locaux et l’abatage des animaux tuberculeux, avec une indemnisation fixée à la moitié de la valeur (maximum 900 francs). La loi du 4 octobre 1894 prévoit l'épreuve par la tuberculine de tous les bovidés ; l’examen doit commencer sur la frontière de l’est et se poursuivre jusqu’à la frontière de l’ouest, La partie inspectée est séparée du reste de l'État par une ligne de quarantaine étendue du nord au sud; le bétail ne peut la franchir,
pour pénétrer dans la région assainie, sans être reconnu indemne. Les.
malades sont abattus et la viande est détruite. Ainsi qu'il était facile de le prévoir, on dépense des sommes considérables sans résultat appréciable et l’on soulève de bruyantes protestations..Après une année, on s’empresse d'abandonner celte coûteuse expérience (2). Le système actuel comporte la création d’inspecteurs locaux appointés par les villes pour la surveillance des étables; les animaux suspects sont isolés et tuberculinés ; les malades sont abattus sous indemnisation.
En Belgique, un arrêté du 50 octobre 1895 prévoit l’abatage immédiat des animaux « cliniquement tuberculeux » et celui des « cliniquement suspects » qui réagissent à la tuberculine (art. 12 et 15); les animaux simplement dénoncés par la tuberculine doivent être abattus dans le délai d’un an (art. 20). Ces mesures trop sévères ne purent être longtemps maintenues; un nouveau règlement, promulgué le 10 août 1897, atténue notablement les rigueurs anciennes. Désormais, l'épreuve par la tuberculine des animaux cliniquement suspects ou simplement contaminés n’est pratiquée qu'avec le consentement du propriétaire; l'abatage de ceux qui réagissent n’est soumis à aucune condition de délai, « aussi longtemps qu'ils ne présentent pas de signes cliniques de la tuberculose ». Une excellente disposition consiste en l’interdiction de la vente des animaux atteints ou suspects. Il n’est pas douteux que l'application de ces mesures donne d'excellents résultats et la campagne vaillamment entreprise par la Belgique constitue une expérience du plus haut intérêt.
b) La plupart des États ont reculé devant une intervention active qui
(1) PENTLAND. T'uberculosis in the state of Victoria. The veléduate Journal, t. LIT, 1901, p. 176.
(2) En mai 1897, la Commission reçoit l’ordre de cesser ses travaux, les Chambres ayant refusé ve crédits pour les indemnités; à ce moment, on avait abattu 9991 tètes de bétail dont 5246 tuberculeux:; les dépenses s’élevaient à 1 205 685 francs. En 1899, un nouveau crédit de 375 000 francs est alloué et les, IRspesteurs locaux : sont autorisés à prescrire à nouveau l’abatage.
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exige des sacrifices considérables. L'Allemagne, malgré sa puissante organisation sanitaire, n'a pas jugé possible d'entreprendre la lutte contre une affection qui ruine cependant son élevage; le ministère prussien s’est contenté de répandre une instruction populaire destinée à éclairer les agriculteurs sur les modes de la prophylaxie et sur son importance économique (1). D’autres pays, comme la Suède, le Danemark, la Norvège et la Suisse, encouragent la prévention en prenant à leur charge les frais de l'épreuve des animaux par la tuberculine.
En Danemark, la prophylaxie libre a pris une extension considérable, grâce aux efforts du professeur Bang et grâce aussi aux conditions spéciales des industries laitières. 293 880 bovidés sont éprouvés du 1 avril 1893 au 31 décembre 1899 (V. Epidémiologie). L'État n'intervient qu’en prenant à sa charge les frais de l'épreuve par la tuberculine.
Les documents concernant la tuberculination sont résumés dans le tableau ci-après :