CHAPITRE XXXIX
PIROPLASMOSES
On désigne sous le nom de piroplasmoses une série d'infections déterminées, chez diverses espèces animales, par un sporozoaire parasite des hématies, appartenant au genre Piroplasma.
Le rôle pathogène des protozoaires parasites du sang est classique depuis la belle découverte de l’hématozoaire du paludisme de l’homme par Laveran, en1880. On savait aussi que des formes voisines existent dans le sang de la grenouille, du lézard, de la tortue et des oiseaux et qu'elles déterminent chez ces animaux des accidents aigus ou chroniques et parfois la mort (1).
En 1888, Smith et Kilborne trouvent dans le sang des bœufs atteints de la « fièvre du Texas » des hématozoaires qui rappellent certains aspects de l’'hématozoaire du paludisme; ils démontrent peu après le rôle pathogène des parasites et les curieux procédés de l'infection naturelle. Les résultats des savants américains sont confirmés de toutes parts. La piroplasmose du bœuf est retrouvée sur tous les points du globe et des infections analogues sont décelées chez le mouton, le cheval, le chien...
Les piroplasmas rencontrés chez les diverses espèces domestiques se différencient nettement des parasites de la « malaria » de l’homme (2). D'autre part, les hématozoaires de chaque animal présentent quelques caractères spécifiques, et l’on distingue à l'heure
(1) Voir à ce sujet : LAVERAN et BLANCHARD. Les hémalozoaires de l’homme et des animaux, t. I, 1895 (avec bibliographie).
(2) Les hématozoaires pathogènes peuvent être ainsi classés :
Plasmodium malariæ. Fièvre quarte |
— vivaz. Fièvre lierce de l’homme.
Laverania præcox. Fièvre estivo-automnale Piroplasma bigeminum. Piroplasmose du bœuf.
— ovis. ; — du mouton.
— canis. — du chien,
— equi. — du cheval.
Proteosoma Grassii
Halleridium Danilewskyi MARS SIER NE
PIROPLASMOSE DU BŒUF. 533
actuelle quatre espèces de piroplasmas pathogènes spéciales au bœuf, au mouton, au cheval et au chien.
Les piroplasmas déterminent chez les divers mammifères des accidents analogues. Ils pénétrent dans les globules rouges, les détruisent et favorisent la dissolution de l’'hémoglobine. L’anémie, l’hémoglobinurie et l'ictère caractérisent l’évolution.
L'étiologie des piroplasmoses est des plus intéressantes. Chez le bœuf et chez le chien, les parasites sont toujours apportés par des ixodidés parasites et l’on peut prévoir des procédés analogues d'inoculation pour le cheval et le mouton (1). |
L'importance économique des piroplasmoses animales est considérable. Les « hémoglobinuries enzootiques » du bœuf, partout répandues, causent des pertes énormes en nombre de pays. Nous ne connaissons sans doute qu'une faible partie des infections piroplasmiques et chaque jour des formes nouvelles prennent place dans la nomenclature.
Nous étudions ici les piroplasmoses du bœuf, du mouton, du cheval et du chien.
$S {. — PIROPLASMOSE DU BŒUF.
Historique (2). — En 1888, Babes (5) étudie une hémoglobinurie du bœuf, enzootique en Roumanie, dans les localités marécageuses des ‘bords du Danube. L'analyse bactériologique démontre la présence constante dans le sang « d’une bactérie caractéristique, ronde, brillante, d’un diamètre de 0 & 5 environ. Ce microbe, qui ressemble au Gonococcus, forme aussi des diplococeci »; les parasites sont souvent logés dans les globules rouges; le bœuf n’est pas tué par l’inoculation du sang infecté, tandis que le rat, la souris et surtout le lapin sont sensibles au virus.
(1) Le rôle des tiques a été mis en pleine lumière, dès 1893, par Smith et Kilborne. Dès ce moment, l'hypothèse d’une inoculation de la malaria par quelque insecte armé, déjà émise par Laveran, devenait très probable. En 1898, Ronald Ross vérifie le rôle des moustiques dans la genèse de la malaria des oiseaux et réclame avec raison pour Laveran et pour Patrick Manson « l’honneur d’avoir édifié la théorie du moustique »; mais il n’est que juste de reconnaître aussi la part indirecte qui revient à Smith et Kilborne dans les magnifiques découvertes qui permettent déjà de combattre et de prévenir la malaria et la fièvre jaune. « Ce sont surtout les découvertes faites en étudiant la fièvre du Texas, dit Koch, qui ont servi la théorie des moustiques. »
(2) Consulter le Rapport de la Députation technique prussienne pour les services vétérinaires : Das Texasfieber, Archiv für Thierheïlkunde, t. XXVII, 1901, p. 41.
(3) Bages. Sur l’hémoglobinurie bactérienne du bœuf. C. R. de l'Académie des sciences, t. CVII, 1888, p. 692. Die Ætiologie der seuchenhaften Hümoglobinurie des Rindes. Archiv für pathol. Anatomie, t. CXV, 1889, p. 81.
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