PIROPLASMOSES
L'année suivante, Smith publie ses premières recherches sur la fièvre du Texas; il trouve dans les globules rouges un microorganisme arrondi ou un peu allongé, prenant les couleurs d'aniline, mais non cultivable et qui paraît être un hématozoaire.
Babes (1) précise, en 1890, les indications concernant le parasite ; 1l reconnaît que, par exception, le sang d’un animal malade ou mort peut transmettre la maladie au bœuf et au lapin. Peu après, Salmon (2) rapproche le parasite de Smith de celui de la malaria.
En 1893, Smith et Kilborne (5) font connaître, dans un travail magistral, les résultats de recherches poursuivies pendant plusieurs années sur l’étiologie de la fièvre du Texas. « La maladie est caractérisée par une destruction des globules rouges, due à un protozoaire parasite. Le bétail entretenu dans les territoires infectés peut héberger le parasite, bien qu'il présente les apparences de la santé. La transmission expérimentale est obtenue par l’inoculation du sang infecté. La contagion accidentelle s'opère par l'intermédiaire des tiques parasites du bétail, grâce à la persistance de la virulence chez les jeunes nés des tiques infectées. Une atteinte grave ou deux atteintes légères paraissent assurer l’immunité dans tous les cas. Le mouton, le lapin, le cobaye et le pigeon sont réfractaires. Le diagnostic est possible pendant la vie, par l'examen direct du sang. »
R. Koch (4) étudie la piroplasmose du bœuf dans l'Afrique orientale allemande (Dar-es-Salam); ses observations et ses expériences confirment sur tous les points les résultats de Smith et Kilborne. Nicolle et Adil-bey (5) rencontrent la « malaria » à Constantinople, sur des vaches laitières provenant de la Crimée; ils apportent une nouvelle contribution à l’étude expérimentale de la maladie. Lignières (6) fait de nombreuses observations sur la « tristeza » de la République Argentine, obtient le développement du parasite en milieu artificiel et crée un nouveau procédé d’immunisation.
Dès ce moment, la maladie est reconnue sur tous les points du globe et la plupart des « hémoglobinuries endémiques » lui sont rapportées.
(1) BABES. Ueber die seuchenhafte Hämoglobinurie des Rindes. Verhandlungen des Xt* internat. medicinischen Congresses, 1890, €. IT, 3° Abtheïl., p. 104 Expériences relatives à la transmissibilité de l’'hémoglobinurie aux animaux. C. R. de l'Académie des sciences, t. CX, 1890, p. 975.
(2) SALMON. Some recent researches in the disease of the domesticated animals.
Journal of compar. Medicin, 1890, p. 539.
(3) Smirx et KILBORNE. /nvestigations into the nature, causation and prevention of Texas or Southern cattle fever. U. S. Department of agriculture, Bulletin n° 1,1 vol,
(4) Kocx. Reise-Berichte über Rinderpest,... Teæas-Fieber,..…. Berlin, 1898.
(5) NICOLLE et ADIL-BEY. Première note sur la malaria des bovidés. Annales de l’Institut Pasteur, 1899, p. 337. Deuxième note. Id., 1902, p. 291.
{6) LIGNIÈRES. La tristeza ou malaria bovine dans la République Argentine. 1 vol., Buenos-Ayres, 1900.
PIROPLASMOSE DU BŒUF. 535
Krogius et von Hellens (1) étudient l'affection en Finlande; Sanfehce et Loi (2) démontrent la nature piroplasmique de l « ematinuria » de Sardaigne; Pound (5) reconnait la même origine à la « Red water » du Queensland; Celli et Santori (4) décèlent les hématozoaires dans la malaria des vaches suisses, lombardes et hollandaises, importées dans l’'Agro romano.
En ces dernières années, de nombreux travaux sont consacrés à la piroplasmose du bœuf. Les recherches poursuivies aux États-Unis tendent à l'obtention de méthodes prophylactiques pratiquement utilisables. Lignières trouve, en France, une forme qu'il tend à différencier de la fièvre du Texas et de la tristeza: Jackschath, Ziemann, Krôning, Nevermann (5) en Allemagne... Kossel et Weber en Finlande, Kragerüd (6) en Norvège... publient des observations concernant la pathologie de l'affection ou la morphologie du parasite (7).
Parasitologie (8). — Le parasite, Piroplasma bigeminum, est un protozoaire, voisin des amibes et des coccidies.
Dans le sang de la grande circulation, les microbes sont presque tous inclus dans les globules rouges; dans les réseaux capillaires, surtout dans la rate, on trouve aussi des éléments libres dans le plasma sanguin. .
Le Piroplasma bigeminum revêt dans le sang deux aspects principaux. La forme type estreprésentée par des éléments piriformes, presque toujours associés par deux dans une hématie, mesurant 2 nu 1/2
(1) Krocius et von HELLENS. Sur l'hématozoaire de l'hémoglobinurie du bœuf. Archives de médecine expérim., 1894, p. 555.
(2) SANFELICE et Lor. Sulla etiologia della ematinuria dei bovini in Sardegna. Il moderno Zooiatro, 1895, p. 544.
(3) Poux. Hunter. Tick fever. Annual reports for the years 1895-1896, 1898-1899.
(4) Cezzr et Sanrori. Die Rindermaluria in der Campagna von Rom. Centralblatt für Bakteriol., t. XXI, 1897, p.561.
(5) ZIEMANN. Ueber Malaria- und andere Blutparasiten.1 vol., Berlin, 1898 (avec fig. et photog.). — KrüNING. Ein Beitrag zu der heutigen Auffassung des Wesens und der Ursache der « essentiellen Hämoglobinurie » des Rindes. Zeitschrift für Veterinärkunde, 1901, p. 118. — NEvERMANN. Der Parasit des « Blutharnens » der Rinder. Berliner
thierärztl. Wochenschrift, 1901, p. 646.
(6) KracerüD. Hämoglobinurie beim Rinde. Zeitschrift für Thiermedicin, t. V, 1901,
4 (1) En 1894, la fièvre du Texas est constatée chez un bœuf faisant partie d’un convoi de 369 animaux, expédiés des États-Unis à Hambourg par le vapeur Prussia. Le sang et les viscères sont expédiés à l’Institut d'hygiène de Berlin où l'affection est étudiée.
Weisser et MaasseN. Zur Ætiologie des Texasfiebers. Arbeiten aus dem Kaiserl.
Gesundheitsamte, t. XI, 1895.
(8) Surru et KizBorne. Loc. cit. — Lavera et NicoLLe. Contribution à l'étude du
Pirosoma bigeminum. C. R. de la Société de biologie, 1899, p. 748. — LIGNIÈRES. Bloc.'cit.
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à 5 u 1/2 de long sur 0 u 8 à 1 x 20 de large ; les extrémités effilées des deux corps cohabitant sont soudées ou contiguës, mais il arrive aussi qu'ils sont indépendants, les terminaisons effilées se dirigeant en sens inverse. On trouve en outre des éléments sphériques ou ovalaires, mesurant 1 x à 2 u 1/2 de diamètre, isolés ou associés par deux dans une hématie.
Les parasites sont doués de mouvements amiboïdes. Ils se multiplient par division directe ; « il paraît probable que le foyer principal de la reproduction est dans la rate; les petits éléments se multiplient dans ce viscère et, grâce aux mouvements amiboïdes dont ils sont doués, ils pénètrent dans les hématies où ils subissent encore une division en deux, plus rarement en quatre. » (Laveran et Nicolle).
La coloration est obtenue avec la thionine phéniquée de Nicolle, après fixation par l’alcool-éther. Les hématies sont teintées en vert pâle, tandis que les parasites sont dessinés par une couleur bleu foncé, avec une partie centrale plus claire. Les noyaux sont colorés par la méthode de Laveran (1). Les parasites possèdent un caryo-
(1) a) Procédé de Laveran. — Le sang est desséché, en couche très mince, sur des lamelles couvre-objet, et fixé par l'alcool absolu (une heure). Les lamelles sont déposées dans des verres de montre flottant à la surface du mélange suivant, préparé au moment de s’en servir :
Bleu Borrél' AR EL NES SEE SEP REEIRERE Ac. c Solution aqueuse d’éosine à 1 pour 1000. . . . 4 — Eau -distiliôe 24," ORNE ER RTE ES CRTRRE 6 —
On mélange avec soin. Les solutions de bleu et d’éosine sont filtrées au moment où l’on fait le mélange et non après que le mélange a été fait. Après un séjour dans le liquide colorant, variant de 10 minutes à plusieurs heures suivant la nature de l’'hématozoaire, les lamelles sont lavées dans l’eau distillée et plongées, pendant une à deux minutes, dans une solution aqueuse de tannin à 5 pour 100; on lave de nouveau à l’eau distillée; on sèche et on monte dans le baume,
Le noyau des hématozoaires se colore en violet; le protoplasma reste incolore ou se colore en bleu; les hématies ont une teinte rose; leurs noyaux sont colorés en violet.
(Le bleu Borrel est ainsi obtenu : une solution de nitrate d'argent est traitée par une solution de soude; l’oxyde d’argent qui se précipite est lavé avec soin; dans le flacon qui contient l’oxyde d’argent, on verse une solution de bleu de méthylène; on agite; on laisse au contact pendant quelques jours, puis on décante).
b). — Le procédé de coloration de Laveran peut être avantageusement modifié ainsi qu'il suit :
Préparer à l’avance en trois flacons distincts :
1° Un mélange à parties égales de thionine phéniquée de Nicolle et de bleu Borrel (obtenu en ajoutant au précipité d’oxyde d’argent une solution aqueuse à 1 pour 100 de bleu de méthylène médicinal de la fabrique d’Hœchst).
. 2° Une solution aqueuse à 0,5 pour 1000 d’éosine de la fabrique d’Hœchst (marque Extra. B. À).