PIROPLASMOSES
tions dans lesquelles la présence du piroplasme est démontrée (1).
Les premières constatations tendaient à démontrer l'identité des parasites rencontrés dans les divers foyers. Koch signale cependant quelques particularités morphologiques, dans les examens pratiqués au Dar-es-Salam. Les formes rondes, signalées par Smith et Kilborne dans les évolutions chroniques de la fièvre du Texas, ne sont jamais décelées:; par contre, on voit, dans les types graves, des formes en bâtonnets qui pourraient être prises pour des bacilles: les éléments sont souvent recourbés et simulent parfois un anneau; ils sont aussi renflés vers la partie moyenne et pourvus d’un double contour: il existe tous les intermédiaires entre ces aspects et les éléments en poire, de telle sorte qu'on peut penser qu’elles représentent les formes jeunes du parasite.
Lignières(2) remarque quelques différences entre l'hématozoaire de la « tristeza » et celui du « mal de brou » de France. Dans celui-ci, le « parasite est plus souvent sous la forme ronde dans le sang du malade et il se place de préférence à la périphérie du globule. »
En Finlande, Kossel et Weber(3) trouvent des piroplasmes identiques à ceux des États-Unis, de l'Argentine, de la Roumanie et de l'Italie, mais un peu différents des formes décrites par Koch dans l’est africain. Les parasites de Finlande sont épais; les éléments doubles, en poire, ne sont pas aussi gros que ceux d'Afrique; d'autre part, les formes Jeunes, en bâtonnets ou en crochets, manquent tout à fait et ce sont des éléments en poire qui sont trouvés dans les cas à marche rapide.
Il est possible que des études plus complètes permettent de recon-
(1) Il n’est guère douteux qu'il existe en France des formes d’hématurie ou d’hémoglobinurie indépendantes de la piroplasmose et les caractéristiques cliniques ne permettent pas de les différencier. Pour nous conformer à cette direction, nous
‘ ne retenons pas les observations de Mathis, bien qu’il s’agisse très probablement
d’une infection piroplasmique. L'auteur parle, en 1896, d’un « microcoque particulier », probablement semblable à celui de Babes; mais il cherche aussi la cause de la maladie dans la flore des prairies et dans le suc des renoncules. Il n’en est pas moins certain que de nombreuses observations d’hémoglobinurie ou de « mal de brou » appartiennent à la piroplasmose.
La protéose de Sardaigne, étudiée par Perroncito, comprend sans doute des infections multiples et l’on ne saurait établir une corrélation avec la piroplasmose qu’en ce qui concerne l’hématinurie, de Manca.
Des recherches très simples permettront de classer à l'avenir les maladies observées; il est à espérer que la répartition géographique des piroplasmoses sera bientôt connue en France, comme elle l’est déjà en d’autres pays.
MaTuis. Étude sur l’hémoglobinémie dans l'espèce bovine. Journal de médecine vétérin., 1896, p. 398. — PErRONcITO. Sulle malattie del bestiume e pit particolarmente della proteosi in Sardegna. Broch. Turin, 1890.
(2) LiGNIÈRES. Sur l’hémoglobinurie bovine observée en France. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1900, p. 917.
(3) KosseL et WEBER. Ueber die Häümoglobinurie der Rinder in Finland. Arbeiten aus dem Kaïserl. Gesundheitsamte, t. XVII, 1900, p. 460.
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uaitre plusieurs espèces de piroplasmes pathogènes chez le bœuf; mais on ne saurait établir ces distinctions à l'heure actuelle et l’on doit con-
. fondre dans une même description toutes les infections piroplasmiques connues (1).
ÆEpidémiologie. — La piroplasmose est constatée en France, par Lignières ; « le foyer endémique est à Dimont, à huit kilomètres de Maubeuge; mais on rencontre des malades dans les communes environnantes ». Il est certain qu'il existe en France de nombreux pays à piroplasmose.
En Belgique, Liénaux (2) trouve les parasites chez un bouvillon affecté d’une forme d’hématurie fréquente dans l’Ardenne.
En Allemagne, la maladie est signalée à l’état endémique dans la Poméranie (Jackschath); des foyers limités sont retrouvés en divers points.
En Finlande, « l'hémoglobinurie est enzootique dans le centre et dans le sud. Elle est surtout fréquente dans les communes situées entre les villes de Nyslott, Kuopio et Joensun. La maladie gagne de proche en proche, en se répandant, d'année en année, d’un village à un autre ». (Krogius et von Hellens).
La « rôdsyge » (maladie rouge) est commune en Norvège, surtout vers le littoral. En 1895, Kragerüd décèle les hématozoaires dans 120 examens de sang provenant de bovidés atteints.
L'Italie est envahie en de nombreuses régions (3). La « malaria du bœuf » sévit en permanence dans la campagne de Rome, où elle décime les animaux importés; elle est retrouvée par Sanfelice et Loi en Sardaigne, où elle sévit de temps immémorial.
En Jrlande, Nocard observe le piroplasme dans le sang d’une vache atteinte d’une forme grave de « red water ».
En Portugal, l'hémoglobinurie enzootique, connue sous le nom de « Rost » en diverses localités, relève encore de la piroplasmose (4).
(1) Lignières tend à admettre « une relation entre la nature des tiques et celle des parasites qu’elles inoculent..….. En France, le parasite inoculateur est un ixode vrai, tandis qu’on a affaire en. Argentine au Rhipicéphale. Jusqu'ici, partout où p j'ai trouvé l’Zxodes reduvivus, j'ai observé un hématozoaire du même type que celui trouvé dans le mal de brou. Au contraire, avec les Rhipicéphales, jai rencontré des hématozoaires identiques à celui de la tristeza. »
Les résultats de Kossel et Weber sont défavorables à cette hypothèse. En Finlande, la piroplasmose est inoculée par des ixodes vrais et cependant les parasites sont identiques à ceux de la fièvre du Texas ou de la tristeza.
(2) Lrénaux. À propos de l'observation d'un cas de piroplasmose ou hémoglobinurie du bœuf en Belgique. Annales de médecine vétérin., 1902, p. 412.
(3) Metaxà décrit l'affection sous le nom de « mal di milza ». « La malaria si conosce in ci che il bue è attonito e stupefatto, lascia il mangiare, rende le orine turbidissime o quindi sanguigne, e talvolta bolsa e tosse. Trovasi nei cadaveri la milza enormemente voluminosa e pesante, ma non già nera e guasta e in istato di sfacelo, come nel carbone, col quale convien guardasi dal confonderla ».
(4) BerrencourT. Acerca da eliologia do ferrujäo (hemoglobinuria dos bovideos). Archivos de medicina, t. II. Anal. in Centralblatt für Bakteriol., t. XXV, 1899, p. 524.
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En Roumanie, la maladie est endémique dans les parties basses et marécageuses voisines du Danube. « Elle éclate chaque été dans certains endroits, d'où elle se propage dans un rayon limité, où elle fait des ravages terribles. Dans certaines années, 30 000 à 50 000 bœufs vigoureux y succombent, tandis que les vaches résistent ordinairement et que les veaux sont tout à fait réfractaires. » (Babes).
L'Afrique paraît être envahie sur tous les points. Dans le nord, la piroplasmose est décelée en Algérie, où elle paraît causer des dommages considérables (1). En Tunisie, elle sévit avec la même gravité dans les régions de la Medjerda, de Béja Mateur, de Bizerte et du cap Bon (2). Le sud est aussi gravement infecté (3). La maladie sévit depuis des siècles sur la côte orientale; elle est endémique dans l'Afrique allemande et portugaise (Koch). La « red water » est connue des Européens dansle Natal, depuis 1870 ; elle était endémique, avant cette époque, dans le Zoulouland et le Souaziland. Dans le Transvaal, tous les districts situés au sud du Limpopo entretiennent la maladie. Dès 1873, l'affection est importée dans l'Orange et l'État du Cap, par des convois provenant du Natal.
L'Amérique est éprouvée au même degré. La maladie est signalée au Mexique dès le xvi° siècle; une légende populaire l’attribue à l’importation de bétail espagnol (fièvre espagnole). Elle passe dans les territoires voisins du golfe du Mexique et le Texas est envahi de temps immémorial; en 1796, la « Texas fever » gagne la Pensylvanie, avec un convoi de bœufs provenant de la Caroline du sud. La partie sud du Missouri est atteinte en 1850; 50 à 90 pour 100 des animaux succombent. En 1868, du bétail expédié du Texas apporte la contagion dans l'Illinois et l'Indiana qui éprouvent des pertes énormes. De ce nouveau foyer,
elle gagne les États de l'est et s'implante dans le New-York. Pendant ces vingt dernières années, la peste du sud (Southern cattle plague) tend à envahir peu à peu les Etats du nord, malgré tous les efforts du service sanitaire. En 1899, les publications officielles déclarent infectés en totalité la Caroline du sud, la Georgie, la Floride, l'Alabama, le
(1) Il est certain que le mal de brou ou férulose d'Algérie, étudié par Simorre, Chauvrat, Brémond, Delamotte et, plus récemment, par Bojoly, correspond à la piroplasmose. En 1901, Claude et Soulié décèlent les hématozoaires chez des vaches affectées, dans les environs d'Alger.
Voy. sur ce point : MarTuis. Loc. cit., p. 408. — Bozozy. La férulose, variélé d'hémoglobinémie en Algérie. Journal de médecine vétérin., 1896, p. 574. — Moussu. Rapport sur la fièvre hémoglobinurique..….. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérin., 1898, p. 445. — CLAUDE et SOULIÉ. Contribution à l'étude de la piroplasmose bovine en Algérie. Id., 1901, p. 478.
(2) Duccoux. Contribution à l'étude de la jaunisse ou hémoglobinurie bovine en Tunisie. Id., 1901, p. 340.
(3) Kocun. Loc. cit. — TneiLer. Die Hüämoglobinurie des Rindes. Schweizer-Archiv für Thierheïilk., 1895, p. 3. — Hurcneon. Report of the colonial veterinary surgeon for 1899. Cap of good hope. Broch.. Cape Town, 1900, p. 10.
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Mississipi, la Louisiane, l’Arkansas, presque toute la Caroline du nord, plus de la moitié de la Virginie et une grande partie du Tennessee, du Territoire indien et du Texas.
La « tristeza » de l’Uruguay et de la République Argentine est idenüfiée, en 1897, à la « fièvre du Texas »(1). Dans le nord de l'Argentine, la mortalité du bétail importé atteint 60 et 80 pour 100; les pertes se chiffrent par millions de piastres en certaines années. Les documents fournis par Lignières montrent que les États du sud sont indemnes, tandis que tout le nord est envali en permanence. La limite des deux zones est marquée par une ligne qui relierait Buenos-Ayres, San Luis de Cordoba et Mendoza. Une zone mixte, intermédiaire et peu étendue, a pour centre la région du Rosario. La répartition est analogue dans l’Uruguay où les régions du sud sont aussi préservées.
En Australie, la « red water » ou « tick fever » est endémique dans le Queensland et dans la partie nord de l'Australie du sud; elle est étudiée par Pound, en 1895; mais elle était connue dans le Queensland dès 1885. La Nouvelle-Galles du sud est également infectée.
Étude clinique.
La piroplasmose évolue sous deux formes nettement distinctes, observées isolément ou simultanément dans une même région; on peut les désigner sous les noms de forme maligne et de forme bénigne.
a) Forme maligne. — La maladie débute par de la tristesse, de la fatigue, avec exagération de la soif et diminution de l'appétit; en même temps, la température s'élève, en moins de 24 heures, vers 41 et 42. Les muqueuses sont injectées, rouge vif. Après un ou deux jours, l’état général est aggravé ; la température est toujours élevée ; l'animal reste couché ou se tient immobile, la tête basse et
(1) SANARELLI, ARRECHAVALETA, SOLARI et Rivas. Informe sobre la enfermedad del ganado. Revista de la Associacion rural del Uruguay, 18 janvier 1897. — Srvori. Hemoglobinuria hematosporidica. Anales del Cireulo medico argentino, 6 mars 1897 (cités d’après Lignières).
(2) Les descriptions fournies dans les divers pays sont concordantes. Nous nous servons surtout ici des études de Smith et Kilborne, de Lignières et des vétérinaires allemands. Les renseignements très précis apportés par ceux-ci montrent que l’hémoglobinurie affecte, sous notre latitude, des expressions cliniques identiques à celles de la fièvre du Texas, de la tristeza ou de la red water.
Suirrx et Kizsorne. Loc. eit., p. 15. — LiGNiÈREs. Loc. cit, p. 8. — JACKSCHATH. Die « Malaria » der Rinder in Deutschland. Berliner thierärztl. Wochenschrift, 1900, p. 409 et 1901, p. 155. Centralblatt für Bakteriol., t. XXIX, 1901, p. 585.
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le regard fixe. Les déplacements sont pénibles et provoquent une fatigue extrême. L’appétit est supprimé. Les muqueuses pâlissent et prennent parfois une teinte jaune clair. On compte 110 à 120 pulsations par minute; la respiration est précipitée (jusqu'à 90 et 100 mouvements par minute.) On observe de la constipation, avec rejet d'excréments enrobés de mucosités sanguinolentes, ou, le plus souvent, un flux diarrhéique, rouillé ou chocolat foncé, accompagné d’épreintes et de mictions répétées. Les reins s'affaissent sous la moindre pression. L’avortement est à peu près constant.
L’urine prend une coloration qui varie du rose vineux au rouge brun ou au brun noir (marc de café) ; elle ne renferme ni matières en suspension, ni globules rouges. L'ébullition donne un précipité floconneux brun, qui forme une couche d’écume à la surface; la quantité d’ nhkaitre varie, suivant la période de la maladie, entre Let 4 grammes par litre.
Le sang est décoloré et aqueux ; la modification est appréciable par l'examen direct, au niveau d’une incision cutanée. La coagulation n’est pas retardée, mais le sérum est rosé ou rouge.
La maladie se termine le plus souvent par la mort. En ce cas, le malade épuisé est incapable de se tenir debout; des tremblements secouent diverses régions. Un filet de bave s'écoule en permanence. Les muqueuses sont décolorées et jaunâtres. La température tombe au-dessous de la normale. La respiration est précipitée et irrégulière; le malade succombe après une agonie souvent très pénible, avec une angoisse asphyxique accusée par des efforts désespérés d'inspiration.
La guérison est annoncée par une amélioration rapide des sym- - ptômes généraux, avec retour partiel de l’appétit et abaissement réguler de la température. L’urine prend des teintes de plus en plus claires, pour redevenir normale après trois à quatre jours. Tous les symptômes aigus disparaissent en quelques jours; mais le malade reste amaigri et exsangue. La convalescence est toujours très longue; les muqueuses sont blanches ou jaunâtres; le poil est piqué; l'appétit reste capricieux; souvent, l'urine contient de l’albumine pendant plusieurs semaines. La guérison n’est complète qu'après deux à quatre mois (1).
(1) Jackschath résume ainsi les caractères de la maladie type :
1° Stadium prodromonum (1 à 2 jours) : fatigue, moindre appétit, soif; reste en arrière du troupeau.
2 Stadium acmes (2 à 5 jours) : hémoglobinurie, diarrhée profuse, excitation
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Des accidents nerveux sont signalés au cours de la crise hémo-
globinurique. Ils consistent en dela parésie du train postérieur, ou en des accès de fureur comparables à ceux de la rage. Certains malades sont frappés d’amaurose ; d’autres titubent ou tournent en manège; quelques-uns se précipitent en une course folle, sans souci des obstacles, puis 1ls tombent, comme foudroyés, et meurent peu après.
b) Formes bénignes. — La maladie évolue sous un type atténué chez les Jeunes animaux el quelquefois chez l’adulte.
L'infection est dénoncée par de la paresse, la diminution de l'appétit, l'accélération de larespiration et des battements du cœur, avec hyperthermie entre 40 et 41°. L'’urine n’est pas colorée (1). Les troubles persistent pendant six à huit jours, puis une amélioration rapide se produit. La convalescence dure peu; mais l'attaque laisse l'animal un peu anémié. En d’autres cas, les symptômes sont moins marqués encore; l'hyperthermie est faible ou nulle et les troubles généraux sont très légers. L'examen du sang dénonce seul la présence de quelques parasites dans les globules (2).
Les rechutes ne sont pas rares. Après un ou plusieurs mois, il survient une deuxième atteinte bénigne, ou, plus rarement, une évolution grave.
L'observation et l'expérience démontrent que ces formes bénignes
confèrent une certaine immunité.
IT —— LEsions.
Les tissus sous-cutanés sont pâles, lavés. Les muscles sont peu altérés. Les ganglions sont infiltrés et queiquefois friables, surtout dans le mésentère. Les séreuses sont normales ou un peu ecchymosées.
Dans l'abdomen, des œdèmes séro-sanguinolents ou gélatineux siègent au niveau des reins, de l'estomac, du hile du foie, du pancréas et du duodénum. La rateest toujours hypertrophiée; son poids
extrême, contractions fréquentes de la vessie et du rectum, forte sensibilité des reins à la pression. * 14
5° Stadium depressionis (2 à 3 jours) : asthénie croissante, constipation opiniâtre, muqueuses jaunâtres.
(1) Jamais on n’observe d'urine rouge (Lignières). The hæmoglobinuria is probably never present (Smith et Kilborne).
(2) Jackschath signale des crises passagères bénignes d’hémoglobinurie (un jour seulement), sans autres manifestations.