PIROPLASMOSES
La mort est le résultat d’une anémie extrême et des intoxications résultant à la fois de la destruction globulaire et de la pullulation parasitaire (1).
La réparation globulaire s’opère lentement dans la dote ee des formes graves: elle est rapide au contraire dans les formes atténuées. Pendant la période de réparation, le sang contient, avec de petites hématies, des globules volumineux, renfermant des granulations fines et nombreuses, se colorant fortement par le bleu.
L'apparition des « globules géants pointillés » est un indice de guérison; on ne trouve plus à ce moment que de rares hématozoaires (2).
Le piroplasme ne disparaît que longtemps après la guérison; des globules parasités sont trouvés dans le sang pendant plusieurs mois, à des intervalles plus ou moins éloignés. Cette persistance explique les rechutes observées.
Des infections secondaires sont fréquentes au cours ou pendant les dernières périodes de l’évolution. Nicolle et Adil-bey ont établi l'extrême réceptivité des bœufs « malariques » pour la peste bovine (V. PesTe BovinE). Diverses septicémies, la pasteurellose en particulier, se greffent volontiers sur la piroplasmose; enfin, les infections agoniques sont habituelles. |
Résistance du virus. — Le sang garde sa virulence pendant un temps très variable (1 à 10 jours), suivant le moment de l’évolution où il est recueilli et suivant la température ambiante.
‘ Les parasites ne sont pas altérés après 72 heures de séjour dans la glacière (Smith et Kilborne). Lignières et Nocard ont reproduit la mala-
die par l’inoculation de sang expédié de Buenos-Ayres en France et con-
servé pendant tout le voyage dans la glacière du paquebot, à une température variant entre + 1° et + 5°.
Immunisation, — L'immunité consécutive à une première atteinte de En s'établit très lentement. Des rechutes se produisent quelques semaines après la guérison apparente, en l’ab-
(1) Nicolle et Adil-bey constatent la grande toxicité du sang au cours de l’infection aiguë; 1 c. €. tue le cobaye injecté dans le péritoine. Lignières observe le même fait; il tue le lapin, en quelques secondes, par l'injection de 5 à 5 c. c. dans la veine de l'oreille.
(2) Smith et Kilborne ont montré que le pointillé globulaire n’est point parasitaire et qu’on l’obtient chez des bœufs sains soumis à des saignées répétées; il caractérise le stade d’anémie correspondant à 2 à 3 millions de globules rouges. Lignières a obtenu le pointillé, chez le mouton, par le même procédé.
Les « globules géants » donnent l’impression de leucocytes chargées de prans lations pigmentaires. (?)
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sence de toute cause appréciable, et des circonstances diverses provoquent la réapparition des piroplasmes (1). Smith et Kilborne constatent qu'une évolution grave ou plusieurs atteintes légères assurent une résistance appréciable, tandis qu’une seule atteinte légère n'empêche pas l'animal de succomber après une ou deux années à une nouvelle invasion.
. Les résultats de Lignières (2) tendent à montrer qu'il existe diverses variétés de piroplasmes et que l’immunisation pour l’une d’entre elles n'implique pas une égale résistance à l'égard des autres. Ainsi, une atteinte légère du mal de brou ou de la tristeza sont immunisantes contre les piroplasmes des mêmes affections ; mais une atteinte grave du mal de brou ne prémunit pas contre le parasite de la tristeza. La variation paraît même s'exercer dans une même région : des bœufs vaccinés contre une variété de la tristeza ne présenteront qu'une résistance insuffisante à une variété voisine.
« Ceci nous explique que les bovidés nés et élevés dans une région infectée, très dangereuse pour les animaux importés, puissent devenir malades quand on les change de place, alors même qu'ils se dirigent vers des localités moins infectées. »
Le problème de l’immunisation consiste à provoquer une série d'infections bénignes successives ou à obtenir une infection latente prolongée, avec rechutes légères (3).
Différents procédés ont été expérimentés déjà. On a utilisé : a) l'infection des animaux jeunes et peu sensibles, par l’inoculation de sang virulent ou par l’infestation avec des tiques parasitées ; b) l'inoculation de sang parasité recueilli sur des animaux guéris depuis peu; c) la culture dans le sang défibriné des malades; d) la sérothérapie.
I. INFECTION DES ANIMAUX JEUNES. — «) Les animaux âgés de moins d’un an résistent bien à l’inoculation du sang virulent sous la peau. La méthode ne confère cependant une immunité solide et durable que si l'on a provoqué une évolution assez grave; la plupart des traités possèdent une résistance passagère et insuffisante; ils succombent ou sont
(1) Chez un bœuf inoculé depuis un an et demi guéri en apparence, Nicolle et Adil-bey voient les hématozoaires reparaître à la suite d'une inoculation du virus de la peste bovine.
(2) Licnières: Nouvelle contribution à l'étude de la tristeza ou piroplasmose bovine. Recueil de médecine vétérin., 1901, p. 478.
(5) D’après Lignières, le Larasitise latent prolongé est une condition d’immunisation durable; dès que la culture devient possible, une petite invasion piroplasmique s'opère et celle-ci crée à nouveau l’immunité. « De sorte que l’état réfractaire est, en réalité, la conséquence d’immunités successives. »
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gravement atteints s'ils sont exposés, après une ou deux années, à une inoculation d’épreuve ou à la contagion naturelle.
b) L'infestation des jeunes par des tiques parasitées (1) donne de meilleurs résultats. On opère un premier dépôt d’un petit nombre de parasites (25 à 50 par exemple); l'infection est décelée par de la fièvre et par une destruction des hématies. Quand les accidents ont disparu, on réinfeste les animaux avec 200 à 400 tiques, pour compléter l'immunisation. L'état réfractaire s'établit lentement;, il n’est complet qu'après plusieurs mois. Pendant toute la durée du traitement, les veaux doivent être . bien nourris et placés dans de bonnes conditions hygiéniques; les écarts de régime, le refroidissement, l'insolation,.… exposent à une évolution mortelle.
Il. INOGULATION DU SANG DES CONVALESCENTS. — L’inoculation du sang d’un animal guéri depuis peu de la piroplasmose ou provenant des localités infectées en permanence donne, en général, une maladie bénigne qui confère une certaine immunité. La méthode a été utilisée en Australie et aux États-Unis.
Le degré de l'immunité conférée, varie suivant l'intensité de l’évolu- ,
tion provoquée. Or, la virulence du sang est des plus variables et 1l est impossible de la prévoir. On court le risque de déterminer des accidents graves et mortels, ou de ne produire, au contraire, qu’une infection très légère et insuffisante pour assurer la protection (V. Prophylaæxie).
III. INOCULATION D'UN virus AFFAIBLI. — Lignières (2) emploie une culture du piroplasme dans le sang défibriné des malades; mais ilna donné jusqu'ici que de vagues indications sur la méthode suivie. Il s'agirait d'un « virus atténué », capable de conférer l’immunité sans provoquer de troubles appréciables; pourtant l’immunité n’est acquise qu’à la condition d'une légère infection, démontrée par l'apparition de globules parasités.
« On obtient chez les bovidés, par des inoculations en séries, un sang dont la richesse en hématozoaires est à peu près constante; d'autre part le Piroplasma bigeminum ne passe pas brusquement de la vie à la mort, mais peut subir des atténuations de virulence pendant lesquelles son inoculation confère l’immunité. » (V. Prophylaxie). |
IV. SÉROTHÉRAPIE. — Le sérum des animaux réfractaires n’a pas de propriétés immunisantes (Schrœæder, Lignières, Connaway et Francis..….). Les inoculations virulentes aux sujets rendus réfractaires par des infections légères répétées n’exercent aucune influence. « On peut injecter des litres et des litres de sang virulent sans déterminer d’accidents.
(1) CoNNAwAY et Francis. Teæas fever. American veterin. Review, t. XXIV, 1900. p.99. — FrRANGIS. Texas fever. Second report. Texas agricultural experiment slalions, Bullelin n° 65, 1902.
(2) LiGniÈRes. La Tristeza. Bulletin de la Société centr. de médecine vétérinaire, 1900, p. 875. | |
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Cependant, le sérum des animaux ainsi traités ne manifeste aucun pouvoir préventif ou curatif. » (Nicolle et Adil-bey.)
Traitement
Les médications conseillées jusqu'ici (arsenic, sels de quinine,
calomel, acide phénique...) paraissent sans effet. Kragerüd recom-
mande le traitement suivant : au début, injections de sérum physiologique (1 à 2 litres), si l’anémie est extrême; on prescrit ensuite les injections intra-veineuses avec les solutions de protargol ou de formol à 1 pour 100, et l’on donne, jusqu'à la disparition de l’hémo-
olobinurie :
Acide phénique. AR STE NÉS TE
da 10 gr.
NE A PSE 7e N, RAT RE de Eau distillée. . RS SÉRIE
Une cuillerée à bouche, dans un breuvage, toutes les heures.
L'hygiène des malades a une haute importance. La marche et
les excitations de toute nature aggravent les symptômes ou provo-
quent la mort. Les animaux sont laissés au repos absolu, dans un heu abrité; ils reçoivent des aliments de digestion facile et des fourrages verts de préférence.
Prophylaxie.
La prévention serait obtenue : a) par l'immunisation des animaux exposés; b) par des mesures sanitaires tendant à éviter l'extension ou l'importation de la maladie.
a) Immunisation. — Deux méthodes paraissent susceptibles d’être appliquées dans la pratique : l’inoculation du sang des animaux
convalescents ou provenant des régions infectées et la vaccination
par le procédé de Lignières.
I. INOCULATION DU SANG FAIBLEMENT PARASITÉ (1). — On a utilisé presque toujours le sang d'animaux provenant de régions gravement infectées, rendus réfractaires à une infection aiguë par des rechutes successives.
Il est difficile de prévoir l’activité du sang employé; elle varie pour
(1) ScurorpEer. Inoculation lo produce immunily from Texas fever in Northern cattle. 15% annual Report of the Bureau of animal industry for 1898. Washington, 1899, p. 275. — DaLrYMPLE, MorGAN et Dopson. Loc. cit. — Connaway et FRANCIS. Loc. cit. — Hurcueon. Loc. cit., p. 22.
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chaque animal et aussi sans doute pour chacune des prises effectuées. Schrœder apprécie la gravité de l'infection et la virulence probable du sang d’après le nombre des globules rouges et la marche de la température.
Les inoculations sont faites de préférence au printemps et à l'automne, sur des animaux âgés de 8 à 12 mois. On injecte de 1 à 5 et 10 centimètres cubes de sang, sous la peau (1). Le liquide est recueilli directement dans la jugulaire et inoculé aussitôt (Schræder) ou défibriné et additionné d’antiseptiques (solution saturée de tricrésol à 10 pour 100; . Connaway et Francis).
L'inoculation est suivie d'accidents peu graves, chez la plupart des inoculés. Après une période d’incubation de 8 jours environ, on note une raréfaction des hématies et de l’hyperthermie (fièvre primitive) qui persiste jusqu’au quinzième jour environ. Le nombre des globules rouges est réduit au quart du chiffre normal. Les accidents disparaissent vers le vingtième jour et le taux des globules remonte vite jus- ‘qu'au tiers environ. Vers le trentième jour en moyenne (25° au 55°), une nouvelle poussée fébrile se produit (fièvre secondaire), accompagnée d’une nouvelle raréfaction des hématies. (Connaway et Francis).
La méthode a été utilisée, avec d’assez bons résultats, aux États-Unis et en Australie. Dans le Queensland, 55000 bœufs sont inoculés avec très peu de pertes; de 17960 traités, exposés ensuite à l'infection par les tiques, 679 (soit 3,6 pour 100) succombent.
Il est évident que le procédé, empirique et incertain, expose à de graves mécomptes et'il ne semble pas que son utilisation soit très répandue (2).
IT. VacainATION DE LiGnières. — Les expériences réalisées à Buenos- Ayres(3) démontrent l’efficacité du procédé. Les vaccinés supportent sans réaction une inoculation virulente ou une infestation de tiques parasitées qui tuent les témoins.
(1) D’après Hunt, la quantité du sang injecté n’a aucune importance : « No definite evidence has been obtained that the reactionary fever produced by injection of recovered blood has any relation to the quantity injected. Experimental results have been quite conflicting. On the one hand, all manner of doses from 1/5 c. c. up to 500 ©. c. have occasionally caused death; on the other hand, all manner of doses up to 800 c. c. have been borne with impunity. » Connaway et Francis recommandent de tâter les animaux avec une dose de 1 c. c.; on augmente celle-ci si l'effet produit est nul ou insuffisant; une dose de 1 à 2 1/2 c. c. leur paraît toujours suffisante.
(2) Dalrymple, Morgan et Dodson obtiennent limmunisation avec les tiques gorgées de sang parasité, recueillies sur les bœufs affectés. On peut se servir des tiques « comme d’un vase pour le transport du sang ». Pour linoculation, on prend des tiques bien remplies, on les lave au sublimé, puis à l’eau bouillie, et on les broie dans un mortier, avec un peu d'eau. On injecte la partie liquide. Trois tiques suffisent pour Honie un bœuf.
(5) Voir les Rapports sur les expériences officielles faites à Buenos-Ayres. Recueil de médecine vétérin., p. 607, 675 et 798.
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L'application de la méthode aux troupeaux exposés soulève des difficultés qui ne sont pas toutes résolues; mais les résultats encourageants
obtenus à ce Jour permettent d'espérer qu'elles pourront être surmontées.
b) Mesures sanitaires. — I. — Les indications varient suivant les conditions de l'élevage. L'intervention sanitaire est très limitée dans les pays de grand élevage pastoral comme les États-Unis, la République Argentine ou l'Australie. La destruction des tiques dans les prairies est à peu près impossible; l'incendie des hautes herbes ne procure qu'une amélioration passagère (1). D'autre part, il est impossible de modifier le régime de l'élevage.
Les conditions sont différentes dans la plupart des pays d’Europe. Dès l’apparition de la maladie, les prairies ou les localités infectées doivent être évacuées ; les animaux sont, au besoin, entretenus à l’étable. On débarrasse en même temps les bovidés des tiques qui les infestent par des bains ou des applications antiparasitaires (2).
II. — La diffusion de la piroplasmose est assurée par le transport des animaux porteurs de tiques infectées. Les prairies qui reçoivent les malades sont ensemencées par les ixodes et de nouveaux foyers seront créés si les porte-germes trouvent des conditions favorables à leur reproduction.
. L'isolement des Moupeat et des zones infectées évite la diffusion, à cette condition qu’une zone neutre inhabitée soit ménagée autour des foyers afin d'éviter une extension par reptation. Il est cependant à craindre que des tiques plus ou moins gorgées soient transportées par divers animaux (35).
On peut prévoir que la surveillance sanitaire des importés ne donne aucune garantie puisque des sujets sains en apparence sont dangereux en réalité: L'obligation d'une quarantaine suffisante
. (1) Dalrymple, Morgan et Dodson indiquent la méthode suivante, théoriquement parfaite. Ils posent en principe que la tique éclot, sous la latitude de la Louisiane, d'avril au 4° juillet et que les jeunes ne vivent pas plus de 4 mois 1/2 sans nourriture. Il en résulte que les pâturages non fréquentés par le bétail sont purifiés le 15 novembre. Par des évacuations méthodiques, on arriverait à se débarrasser des tiques par la famine (?).
DacrymPLe, MorGan et Dopson. Cattle lick and Texas fever. Bulletin of the agricult. experim. Station Louisiana, 1899
(2) Kragerüd recommande les lavages à la brosse, avec : l'eau salée froide.
(5) Dans le Queensland, le système des zones d'isolement s’est montré insuffisant, en raison du transport des tiques par divers intermédiaires (marsupiaux, oiseaux, serpents...) et il a soulevé de vives réclamations de la part des propriétaires.
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