II. Mode de distribution de Tanesthésie
A. AnestJiésics périiih'riciues.
Les anesthésies dues à une lésion du neurone périphérique se subdivisent :
1° en anesthésies périphériques proprentent dites dues à la lésion des fibres sensitives en un point quelconque de leur trajet depuis le ganglion spinal jusqu^ leur terminaison de la peau,^ et
2° en anesthésies radicidaires dues à une lésion des fibres de sensibilité au niveau des racines postérieures, c'èst-à-difê depuis le ganglion spinal jusqu'à la face dorsale de Fa moelle.
Dans les anesthésies périphériques proprement dites la distribution du déficit cutané correspond exactement à la zone de distribution anatomique du nerf atteint.
Dans les anesthésies radicidaires le déficit cutané est réparti suivant un mode de distribution tout à fait particulier. Les fibres des racines postérieures innervent, en effet, des zones cutanées qui se présentent sous forme de tranches horizontales au niveau du tronc (racines postérieures des nerfs cervicaux supérieurs et des nerfs dorsaux) et sous forme de bandes longitudinales au niveau des membres (racines postérieures des nerfs cervicaux inférieurs, des deux premiers nerfs dorsaux, des nerfs lombaires et des nerfs sacrés) (fig. 92 et 93).
Un fait digne d'être relevé c'est que la lésion àhine seule racine postérieure n'entraîne jamais d'anesthésie cutanée, mais bien tout au plus un léger degré d'hypoesthésie et cela selon qu'il a été établi, par des recherches expérimentales et par des observations cliniques, parce que chaque partie de la surface cutanée reçoit ses
es
Fig. g:
fibres de sensibilité d'au moins deux racines postérieures voisines.
B. Anesthésies centrales.
Les anesthésies centrales peuvent être des anesthésies dues à une lésion de la moelle ou des anesthésies dues à une lésion de l'encéphale.
a) A nesthésies dues à une lésion de la moelle.
Les anesthésies d'origine médullaire sont produites par une
lésion de la substance grise ou par une lésion de la substance blanche.
Quand l'anesthésie est due à une lésion de la substance grise, elle est presque toujours partielle et consiste généralement dans l'abolition de la sensibilité à la douleur et à la ternpérature avec conservation de la sensibilité tactile, ou thermoanalgésie. Ces troubles de la sensibilité cutanée ont été observés en tout premier lieu dans une maladie organique de la moelle épinière connue sous le nom de syringoniyélie, de là la dénomination de dissociation syringoniyéliqiie de la sensibilité attribuée à ces troubles.
Chose importante, ce trouble de la sensibilité cutanée a une distribution périphérique à type radiculaire.
Quand l'anesthésie est due à une lésion de la substance blanche elle peut être unila- 15 térale ou bilatérale, partielle ou totale. Elle est alors principalement la conséquence d'une mise hors de fonction des fibres de la périphérie du cordon latéral, fibres qui entrent dans la constitution du faisceau de Gowers et du faisceau de Flechsig.
La mise hors de fonction unilatérale des fibres du faisceau de Gowers [<:\\i\ sont des fibres croisées) produit de l'hémianesthésie du côté opposé (fig. 97). Cette hémianesthésie n'intéresse que la sensibilité à la douleur et à la température, c'est donc de la thermo-analgésie ou dissociation de la sensibilité identique à celle qui se produit dans la syringomyélie ; elle s'endistingue toutefois par son mode de
Zone de
sensibilité
normale.
Zone de
dissociation
syringo-
mj'élique.
Zone de
sensibilité
normale.
FiG. 94.
Schéma montrant la zone de dissociation syringomyélique de la sensibilité dans un cas de syringomyélie vraie.
FiG. g5.
Syringomyélie unilatérale.
Syringomyélie bilatérale.
Zone
de
dissociation
syringo-
myélique.
FiG. 97.
Schéma montrant la zone de dissociation syringomyélique du côté gauche du corps dans un cas de lésion du faisceau de Gowers du côté droit (pseudosyringomyélie).
FiG. 98.
Zone de dissociation syringomyélique
par pseudo-syringomyélie.
distribution périphérique ^hémianesthésie remontant plus ou moins haut suivant le niveau auquel s'est produite la lésion médullaire) et par la persistance des réflexes dépendant de la zone cutanée anesthésiée.
Une lésion bilatérale du faisceau de Gowers, comme cela peut se produire au début d'une compression médullaire, se traduira cliniquement par la perte des deux modes de sensibilité cutanée dans toute la partie inférieure du corps.
Une lésion complète de toute la substance blanche de la moelle donnera de l'anesthésie cutanée complète.
La thermo-analgésie ou dissociation syringomyélique de la sensibilité peut donc survenir dans deux états anatomo-pathologiques complètement différents l'un de l'autre. C'est là un point important sur lequel il convient d'insister d'une façon toute particulière. Elle est le symptôme pathognomonique de la syringomyélie, affection organique de la moelle consistant essentiellement dans la formation de cavités tubulaires au beau milieu de la substance grise. Cette dissociation syringomyélique par syringomyélie vraie se produit dans ^^la moitié du corps correspondant à la lésion médullaire. Elle est ^ ho Jîio latérale. Elle a une distribution périphérique nettement radicidaire :" ' et s'accompagne de \ abolition de tous les réflexes qui ont leur point de départ dans la zone cutanée anesthésiée (fig. 94).
La thermo-analgésie peut être due également à une lésion de la périphérie du cordon latéral (fibres du faisceau de Gowers) avec intégrité complète de la substance grise. C'est la dissociation syringomyélique de la sensibilité par pseudo-syringomyélie qui se produit dans la moitié du corps opposée à la lésion médullaire Elle est hétérolatérale . Sa zone de distribution périphérique commence toujours par la région cutanée périanale innervée par les derniers nerfs sacrés et remonte plus ou m.oins haut suivant le niveau où la moelle est lésée. Elle est sans influence aucune sur l'état de réflexes ; ceux-ci persistent puisque tous les arcs nerveux réflexes périphériques sont conservés (fig. 97).
C'est ce qui résulte clairement de l'examen des schémas représentés par les fig. 94 et 97 qui montrent les deux espèces de lésion capables d'entraîner de la thermo-analgésie. C'est ce quemontrent encore les fig. 93, 96 et 98 dont les unes reproduisent la zone cutanée atteinte de thermo-analgésie unilatérale (fig. gS) ou bilatérale (fig. 96) dans deux cas de syringom3^élie vraie, tandis que l'autre reproduit la zone cutanée atteinte de thermo-analgésie dans un cas de compression du cordon latéral droit de la moelle épinière au niveau du deuxième segment dorsal (fig. 98).
b) Anesthésies dues à ime lésion de l' encéphale .
Les anesthésies dues à une lésion de l'encéphale — lésion intéressant sort^leg voies de sensibilité le long du tronc cérébral, soit les couches optiques, soil: les fibres thalamo-corticales reliant chaquejcouche optique à la circonvolution centrale postérieure — se traduisent cliniquement par deV hémianesthésie partielle ou totale : hémianesthésie partielle quand la lésion intéresse le faisceau de Gowers en un point de son trajet le long du bulbe ou du pont de Varole; hémianesthésie totale lorsque la lésion intéresse la couche optique ou les fibres cortico-thalamiques qui en proviennent.