L.P. : Lobule paracentral dont la partie
postérieure appartient à la zone sensitive.
généralement beaucoup plus volumineuse que la circonvolution centrale antérieure. Ce fait ne doit guère surprendre. On retrouve ici, entre la partie sensitive et la partie motrice de la sphère tactile, la même différence que celle qui existe au point de vue de leur importance numérique entre les fibres des racines antérieures et les fibres des racines postérieures des nerfs spinaux.
Ces dernières sont, en effet, trois fois plus nombreuses. Il ne peut donc paraître étrange que la zone de projection corticale des fibres centripètes l'emporte en importance sur la zone de projection des fibres centrifuges.
Physiologie.
On ne sait pas encore d'une façon précise comment les différents modes de sensibilité s'y trouvent localisés. Tout ce que l'on sait, c'est que, dans les recherches faites chez l'homme dans les cas de mise à découvert des circonvolutions centrales, l'excitation d'un point quelconque de l'écorce cérébrale, au niveau de la circonvolution centrale postérieure, provoque la sensation de paresthésie dans le côté opposé du corps, de même que la destruction de l'écorce est suivie d'anesthésie cutanée. Cette anesthésie intéresserait surtout la sensibilité tactile et musculaire.
Il est plus (jue probable que, dans la circonvolution centrale postérieure, on rencontre, au point de vue de la sensibilité cutanée, un mode de répartition identique à celui que nous avons signalé pour la motilité dans la circonvolution centrale antérieure,
— Sgô —
I"lG. 322.
Subdivision de la zone sensitive en zone pour — la tête.
I le membre supérieur, .•.•. le tronc, = le membre intérieur.
c'est-à-dire que là aussi on trouverait superposées, de haut en bas, des zones corticales en rapport avec la sensibilité consciente du membre inférieur, du tronc, du membre supérieur et de la face (fig. 322).
Ces zones corticales sensibles de la circonvolution centrale postérieure seraient placées en regard des zones corticales motrices correspondantes de la circonvolution centrale antérieure.
Et de même que, dans les diverses zones corticales motrices, il existe des centres corticaux plus étroits en rapport avec les mouvements des différents segments de membre (mouvements de la main se passant dans l'articulation du poignet, mouvements de l'avant-bras se passant dans l'articulation du coude, mouvements du bras se passant dans l'articulation de l'épaule, etc.), de même dans la circonvolution centrale postérieure il y a probablement lieu d'admettre l'existence de centres corticaux plus restreints où arrivent les impressions de sensibilité qui se sont produites sur la surface cutanée des mêmes segments des membres (main, avant-bras, bras, etc). C'est ce qui résulte au moins d'un cas clinique que nous avons eu l'occasion d'observer il y a quelques années.
A la suite d'un traumatisme ayant porté sur la partie supérieure du crâne, à droite de la ligne médiane, un malade a présenté des troubles de la motilité dans le membre inférieur gauche consistant en diminution de la motilité volontaire avec exagération du réflexe rotulien, clonus du pied et signe de Babinski. Le malade présentait en outre de l'anesthésie cutanée de tout le membre inférieur jusqu'au niveau d'une ligne horizontale passant par le milieu de la cuisse. Au premier abord cette anesthésie cutanée en imposait pour une anesthésie hystérique. Mais l'homme présentait une solution de continuité dans l'os pariétal, d'environ trois centimètres de diamètre, dans le voisinage immédiat de la ligne médiane. La radiographie a montré que la rondelle osseuse, taillée comme à l'emporte-pièce, qui faisait défaut à ce niveau avait été enfoncée à l'intérieur de la boite crânienne et, d'après le repérage du sillon de Rolando, elle devait comprimer le quart
supérieur de la circonvolution centrale postérieure (fig. 323 et 324).
De là les troubles de motilité et de sensibilité dans la partie distale du membre inférieur du côté opposé. La localisation de la sensibilité cutanée dans la circonvolution centrale postérieure semble donc bien être une localisation segmentaire.
Une anesthésie segmentaire, qui est généralement considérée comme étant de nature hystérique, peut donc être également de nature organique lorsqu'elle est la conséquence d'une lésion limitée de la circonvolution centrale postérieure. Pour que cette anesthésie segmentaire puisse toutefois se produire, il faut que la partie correspondante de la circonvolution centrale postérieure soit lésée dans toute sa largeur.
11 résulte, en effet, d'observations cliniques relevées par Muskens que, dans certainscas de lésion corticale au niveau de la circonvolution centrale postérieure, on peut observer de l'anesthésie cutanée à type radicîdaire. Nous devons conclure de là que, dans chacun des centres sefrmentaires de
Fig. 323.
la circonvolution centrale postérieure (centres de l'épaule, du bras, de l'avant-bras et de la main pour le membre supérieur; de la fesse, de lacuisse,de la jambe et du pied pour le membre inférieur),
— SgS —
il y a des centres secondaires en rapport avec la distribution cutanée de chaque racine postérieure. Les anesthésies à type segmentaire seraient produites par des lésions transversales de la circonvolution centrale postérieure, tandis que les anesthésies à type radiculaire seraient la conséquence physiologique de lésions longitudinales de cette même circonvolution.
La localisation segmentaire de la sensibilité cutanée dans la circonvolution centrale postérieure n'est que le corollaire de la localisation segmentaire de la motilité dans la circonvolution centrale antérieure.
Si les observations de Muskens se confirment sur la localisation corticale radiculaire de la sensibilité, nous devons admettre par analogie une localisation corticale également radiculaire pour la motilité. Rien ne s'oppose à admettre, en effet, que si une lésion transversale d'une partie de la circonvolution centrale antérieure peut entraîner la paralysie des muscles d'un segment de membre, une lésion longitudinale, intéressant partiellement plusieurs centres segmentaires, puisse être suivie d'une paralysie radiculaire.
Nous retrouverions ainsi dans l'écorce cérébrale, pour la motilité et pour la sensibilité, la double localisation, segmentaire et radiculaire, que l'on observe dans la moelle.
Physiologie pathologique.
Il résulte de ces considérations que toute lésion irritative survenant dans une région quelconque de la circonvolution centrale postérieure se traduira cliniquement au dehors soit par de la paresthésie, soit par des douleurs dans la zone cutanée correspondante. Ce sont les doideiirs d'origine corticale c^\ie nous avons un jour observées d'une façon typique, dans toute l'étendue du membre supérieur, chez un malade atteint d'épilepsie jacksonienne due à un kyste de l'arachnoïde comprimant la partie moyenne des deux circonvolutions centrales.
Toute lésion destructive de la circonvolution centrale postérieure sera suivie de déficit du côté de la sensibilité tactile et musculaire, accompagné de perte du sens stéréognosiqiie, c'est-à-dire la faculté de reconnaître, les yeux fermés, la forme et la nature des objets pris en main.
La sensibilité à la douleur et à la température peut cependant persister et cela pour des motifs qui, dans l'état actuel de la science, nous échappent encore complètement.
FiG. 325.
Sphère auditive.
Sphère auditive.
Anatomie.
La sphère auditive correspond à la partie moyenne de la circonvolution temporale supérieure (fig. 325). C'est le centre cortical où vont se terminer les fibres de la voie acoustique centrale qui proviennent du corps ge nouille interne, ou fibres diencéphalo-corticales.
Physiologie.
La sphère auditive est donc la partie de l'écorce cérébrale où se fait la perception consciente de toutes les excitations recueillies pour les cellules neuro-épithéliales de l'organe de Corti.
Physiologie pathologique.
Les lésions irritatives de cette partie de l'écorce doivent produire des hallucinations auditives. C'est plus que probablement une lésion irritative à ce niveau qui produit Vaura auditive, que l'on observe quelquefois comme signe avant-coureur d'une crise d'épilepsie essentielle.
Les lésions destructives de l'écorce cérébrale à ce niveau doivent j p entraîner de la surdité uni-
latérale ou bilatérale.
Sphère visuelle.
Anatomie.
La sphère visuelle, c'està dire la projection corticale de la rétine, se trouve sur la face interne de chaque lobe occipital, dans la partie de l'écorce qui entoure la fissure calcarine (fig. 326). C'est là le centre cortical où vont se terminer les fibres de la voie optique centrale provenant du corps genouillé externe et de la couche optique, fibres optiques diencéphalo-corticales faisant suite aux fibres rétino-diencéphali(]ues renfermées dans la bandelette optique.
Fig. 226.
Face interne.
Sphère vi.suelle au niveau du lobe occipital.
A la sphère visuelle se rattache intimement l'étude des voies optiques dans leur ensemble.
Voies optiques. On peut subdiviser les voies qui relient la rétine à la sphère visuelle de l'écorce en une partie extra- cérébrale et une partie intra-cérébrale.
A. La. partie extra-cérébrale relie les globes oculaires aux masses grises diencéphaliques ; elle comprend les rétines, les deux nerfs optiques avec le chiasma et les bandelettes optiques se terminant dans les tubercules quadrijumeaux supérieurs, les corps genouillés externes et la partie postérieure des deux couches optiques.
Le nerj optique est formé exclusivement de fibres rétiniennes. Celles-ci conservent dans le nerf la même situation relative que leurs cellules d'origine dans la rétine, c'est-à-dire que les fibres centrales proviennent des cellules ganglionnaires qui avoisinent la macula, tandis que les fibres périphériques sont les prolongements cylindraxiles des cellules ganglionnaires des zones périphériques. Une mise hors de fonction des fibres centrales se traduira donc cliniquement par de l'insensibilité à la lumière au niveau de la macula et des parties voisines, d'où la présence d'une tache noire au centre du champ visuel appelée scotome ; tandis que la mise hors de fonction des fibres périphériques du nerf optique se manifestera par un rétrécissement concentrique du champ visuel de l'œil correspondant.
Le nerf optique est libre dans la cavité orbitaire. Il occupe le centre du cône musculaire formé par les quatre muscles droits. Sur toute l'étendue de son trajet intra-orbitaire il est entouré par une gaine conjonctive très épaisse, prolongement de la dure-mère, qui, au niveau du globe, va se continuer avec les couches superficielles de la sclérotique. Entre le nerf optique proprement dit, c'est-à-dire le faisceau de fibres rétiniennes, et la face profonde de la gaine durale, il existe une mince lame conjonctive, gaine arachnoïdienne limitant autour du nerf un prolongement des espaces sous-arachnoïdiens occupé par le liquide encéphalorachidien.
La partie intracranienne du nerf optique, depuis le trou optique jusqu'au chiasma, est simplement entourée par une lame de l'arachnoïde.
Ces dispositions anatomiques expliquent pourquoi, dans les cas de tumeur cérébrale comprimant les organes de la base, ou bien dans les cas de tumeur du cervelet, du pont de Varole ou de la toile choroïdienne du quatrième ventricule oblitérant ce dernier et amenant ainsi une accumulation de liquide encéphalo-rachidien
dans les ventricules du cerveau et les espaces sous-arachnoïdiens, la tension du liquide dans la gaine du nerf optique puisse amener
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gaine durale
arachnoïde
espace sous-arachnoïdien
Papille de stase et dilatation de la gaine du nerf optique dans un cas de tumeur cérébrale.
du gonflement de la papille (papille de stase) (fig. 327), des hémorrhagies rétiniennes et consécutivement l'atrophie du nerf, par obstacle à la circulation en retour de la rétine et par constriction directe des fibres.
Dans le chiasma optique les fibres de chaque nerf subissent un entrecroisement partiel. Les fibres de la partie nasale de la rétine s'entrecroisent pour aller occuper la partie interne de la bandelette optique du côté opposé, tandis que les fibres de la partie temporale de la rétine passent dans la partie externe de la bandelette optique du côté correspondant (fig. 328).
Chaque bandelette optique est donc formée d'un faisceau externe de fibres directes, provenant de la moitié temporale de la rétine correspondante, et d'un faisceau interne de fibres croisées provenant de la moitié nasale de la
MAI.ADIKS NEUVELSKS 21)
FiG. 3 28.
Schéma montrant la constitution du chiasma optique et des bandelettes optitiues.
rétine du côté opposé. 11 résulte de là que la mise hors de fonction de toutes les fibres d'une bandelette optique entraînera à sa suite la mise hors de fonction, c'est-à-dire l'insensibilité à la lumière, des moitiés correspondantes des deux rétines. C'est ce qu'on appelle de Vhémiopie homonyme. Cet état anatomique se traduira cliniquement par une obnubilation de la moitié opposée du champ visuel des deux yeux, ou de Vhémianopsie homonyme. Cette hémianopsie sera droite, c'est-à-dire intéressera la moitié droite du champ visuel, dans une lésion de la bandelette optique du côté gauche ayant entraîné de Vhémiopie gauche. Ce sera une hémianopsie gauche, quand la lésion intéressera la bandelette optique droite.
Un fait digne de remarque c'est que, dans l'hémianopsie homonyme droite ou gauche, le point de fixation des deux rétines, c'est-àdire la macula, reste sensible. Il en résulte que l'acuité visuelle reste normale et que très souvent le malade ignore l'existence de l'hémianopsie. Ce fait ne peut s'expliquer qu'en admettant, pour les fibres maculaires, un entrecroisement incomplet, de telle sorte que chaque macula enverrait des fibres dans les deux bandelettes.
De la structure anatomique du chiasma optique il résulteque les fibres croisées ou nasales des deux rétines occupent exclusivement l'angle antérieur, le corps et l'angle postérieur du chiasma, tandis que les fibres temporales ou directes occupent l'angle latéral.
Il suit de là que les lésions du chiasma et surtout celles qui atteignent son angle postérieur avec les parties internes des deux bandelettes intéresseront les fibres croisées, mettant hors de fonction la partie nasale des deux rétines. Cette hémiopie binasale, donc hétéronyme, se traduira cliniquement par de Vhémianopsie bitemporale. C'est ce que l'on verra survenir dans le cas de tumeur de la région hypothalamique, principalement de l'hypophyse qui, augmentant de volume, comprimera les fibres postérieures du chiasma et les fibres internes des bandelettes.
Une hémianopsie nasale unilatérale, par mise hors de fonction de la moitié temporale d'une seule rétine, ne peut être due qu'à une lésion de l'angle externe du chiasma ou de la moitié externe d'une bandelette. Ce fait explique l'excessive rareté des hémianopsies binasales, qui ne peuvent être la conséquence que d'une lésion bilatérale intéressant, de chaque côté, les fibres externes ou directes du chiasma tout en respectant toutes les fibres croisées.
B. La partie intra-cérébrale des voies optiques est formée par l'ensemble des fibres nerveuses qui relient les tubercules quadrijumeaux supérieurs, les corps genouillés externes et les couches
optiques aux autres parties de l'axe nerveux et principalement à la sphère visuelle du lobe occipital.
Les fibres rétiniennes qui se terminent dans les tubercules quadrijumeaux supérieurs ne servent pas à la vision consciente, puisque ces tubercules sont en connexion avec l'écorce cérébrale. Elles interviennent plus que probablement dans le mécanisme du réflexe pupillaire à la lumière. Elles interviennent encore, au moins dans une certaine mesure, dans le mécanisme des mouvements involontaires de dé-
fense ou de protection rétinienne qui suivent une irritation lumineuse un peu trop intense, tels que mouvements de déplacement des globes oculaires, de fermeture de la fente palpébrale, même d'écartement de la tête. Il a été établi, en effet, que de chaque tubercule quadrijumeau supérieur part un faisceau de fibres nerveuses qui s'entrecroise au devant de l'aqueduc de Sylvius pour descendre, à travers le tronc cérébral, jusqu'à la partie supérieure du bulbe (fig. 329).
C'est le faisceau tecto-bulbaire dont les fibres constituantes se mettent en connexion avec les noyaux d'origine des nerfs moteurs oculaires, avec le noyau du facial et peut-être avec les cellules du noyau magno-cellulaire supérieur éparpillées dans la formation réticulaire du mésencéphale et du pont de Varole et d'où naissent les fibres réticulo-spinales.
Avant de se terminer dans les masses grises diencéphaliques, la bandelette optique abandonne un faisceau de fibres nerveuses qui contourne d'arrière en avant le tronc cérébral sous le nom de faisceau pédonculaire transverse, pour se terminer dans la moitié ventrale de la partie supérieure du mésencéphale où se trouve le noyau rouge.
Fig. 329.
Schéma montrant l'origine et le trajet des fibres du faisceau tecto-bulbaire.
Les voies réflexes optiques sont donc importantes et nombreuses.
Les fibres rétiniennes qui se terminent dans le corps genouillé interne et dans la couche optique servent seules à la vision consciente. Ces deux masses grises, en effet, ne donnent origine qu'à des fibres ascendantes qui passent par la partie postérieure du bras postérieur de la capsule interne, contournent la corne occipitale du ventricule latéral sous le nom de fibres de la radiation optique, pour se terminer dans l'écorce grise qui entoure la fissure calcarine.
Physiologie pathologique.
Les fibres visuelles diencéphalo-corticales ne sont que la continuation vers l'écorce cérébrale des fibres de la bandelette optique, après le départ des fibres servant aux voies réflexes. Il résulte de là qu'une lésion destructive soit des fibres de la radiation optique, soit de la sphère visuelle elle-même, doit se traduire cliniquement
FiG. 33o.
Oeil gauche. Oeil droit,
Hémianopsie homonyme droite par lésion traumatique du lobe occipital gauche.
par de Vhémianopsie homonyme (fig. 33o\ absolument comme une lésion basale intéressant l'une ou l'autre des bandelettes optiques. Mais, tandis que l'hémianopsie due à une lésion de la bandelette est accompagnée d'abolition du réflexe piipillaire à la lumière, lorsque le faisceau lumineux tombe sur la partie insensible de la rétine; on verra ce réflexe persister dans l'hémianopsie cérébrale.
Les lésions irritatives de la sphère visuelle produiront des hallucinations visuelles.
Zones d'association.
Les zones d'association sont plus que probablement les régions de l'écorce auxquelles sont dévolues les fonctions psychiques. Elles forment un vaste territoire correspondant environ aux deux tiers de toute l'étendue de la couche corticale grise (fig. 33i).
Il est impossible, dans l'état actuel de la science, de faire une localisation même approximative des facultés intellectuelles. L'intelligence dans son ensemble est d'ailleurs la résultante de plusieurs activités intellectuelles distinctes, dont quelques-unes
FiG. 33i.
Les régions pointillées sont les parties de l'écorce pourvues de fibres de projection. Les régions claires sont les parties de l'écorce dépourvues de fibres de projection
(d'après Flechsig).
seulement ont pu recevoir une localisation précise. Ce sont celles qui interviennent dans le mécanisme du langage et dont les localisations corticales forment par leur ensemble ce cjue l'on appelle la zone corticale du langage.
Il y a, entre les fonctions dévolues aux zones de projection proprement dites et celles dévolues aux zones d'association, une différence fondamentale qu'il convient, avant tout, de bien mettre en évidence
Les fonctions de motilité et de sensibilité qui appartiennent aux zones de projection sont des fonctions communes aux deux hétnisphères ; de plus, ce sont des fonctions inhérentes en quelque sorte à la constitution anatomique des centres nerveux et qui sont la conséquence logique et inévitable des connexions établies par les fibres ascendantes et descendantes. Nous savons, en effet, que, dès que les connexions ascendantes existent entre la surface du corps où se fait l'excitation et la zone corticale où surgit la perception, toute excitation cutanée suffisamment intense doit produire une sensation consciente. De même, dès que les connexions anatomiques existent entre la circonvolution centrale antérieure et les muscles périphériques, toute excitation suffisamment intense partant de la zone motrice corticale ^oiV produire un mouvement. La perception consciente d'une part et la réaction motrice d'autre part disparaissent, sans laisser de trace, avec l'excitation qui en a été la cause initiale.
Les fonctions intellectuelles, qui ont pour substratum anatomique \qs zones d' association, se localisent de préférence dans un seul hémisphère : l'hémisphère gauche chez le droitier et l'hémisphère droit chez le gaucher. De plus, elles nécessitent, pour pouvoir se manifester, non seulement l'existence des zones de projection et des connexions anatomiques centripètes et centrifuges qui les relient aux zones d'association, mais encore une éducation lentement acquise dans le cours du développement de chaque individu. Ce ne sont donc nullement des fonctions inhérentes à la constitution anatomique des centres nerveux, comme les fonctions de motilitéet desensibilité. Celles-ci sont les mémescheztousles individus, tandis que les fonctions intellectuelles sont éminemment variables d'un individu à l'autre. De plus, nous devons admettre que chaque excitation, arrivée jusque dans les zones d'association, y laisse une trace de son passage, qui constitue le souvenir, et dont l'intensité augmente avec la répétition de l'excitation.
Nous savons que, pendant les premières semaines de la vie extrautérine, il n'existe chez l'enfant, comme fibres myélinisées en rapport avec la sphère tactile et les régions corticales voisines, que les fibres ascendantes se terminant dans la circonvolution centrale postérieure et les fibres descendantes provenant de la circonvolution centrale antérieure. Ces connexions sont suffisantes pour qu'une excitation cutanée puisse arriver jusque dans l'écorce céré-
La zone motrice somatique.
ou centre moteur cortical primaire.
brale et y provoquer une sensation élémentaire, et pour qu'une réaction motrice puisse partir de la circonvolution centrale antérieure pour produire un mouvement.
L'enfant exécute donc des mouvements que nous pouvons considérer comme étant d'origine corticale, c'est-à-dire comme ayant leur point de départ dans le centre moteur cortical primaire (fig. 332). Mais ces mouvements sont incoordonnés et totalement dépourvus de but. Dans la suite, chaque mouvement appropriée un but devra être répété un grand nombre de fois avant qu'il puisse être exécuté d'une façon normale.
Chaque individu doit donc apprendre lentement et péniblement la façon dont il doit contracter les différents muscles qui interviennent dans l'exécution d'un mouvement déterminé, afin d'exécuter ce mouvement avec toute la perfection possible. Les souvenirs des contractions
musculaires nécessaires pour exécuter chacun des multiples mouvements appris par l'exercice, — ce que l'on a appelé, pour leur donner un nom, les images motrices des mouvements — et, à côté et au-dessus de cela, les souvenirs des actes eux-mêmes, — ce que l'on pourrait appeler les représentations mentales des
Les régions striées représentent les circonvolutions ^^^^^ ^ -^ . Pexercice —
centrales. ^^ '^
La région pointillée au devant de la circonvolution doivCUt Se loCaliscr quclqUC
centrale antérieure représente le centre moteur ^^.ït daUS l'éCOrCC cérébrale,
cortical secondaire ou la zone motrice psychique. ,^
1 out porte a croire, par analogie avec ce qui existe pour la localisation des différentes fonctions du langage, que ces souvenirs moteurs s'amassent dans le voisinage immédiat de la circonvolution centrale antérieure, c'est-à-dire la partie postérieure des circonvolutions frontales (fig. 333). Cette région de l'écorce représenterait donc le centre moteur cortical secondaire, centre psychique ou intellectuel de la motilité volontaire.
Fig. 3o3.
Grâce à tous ces souvenirs accumulés et conservés dans cette zone corticale, l'individu acquiert la faculté d'exécuter des mouvements appropriés à un but, faculté que l'on a désignée sous le nom de praxie.
La praxie est une faculté excessivement complexe acquise par l'éducation et par l'exercice, variable à l'extrême d'un individu à l'autre, variable également chez le même individu aux différentes époques de sa vie. Pour s'en rendre compte, il suffit de penser aux multiples mouvements particuliers que chaque individu doit exécuter dans l'exercice de son métier et dont le nombre et
l'extrême précision varient au delà de toute limite, aux mouvements si variés et si délicats des musiciens, etc., et de se rappeler les difficultés que chacun de nous a dû surmonter pour apprendre à exécuter normalement n'importe quel exercice nouveau. On pourra ainsi se faire une idée approximative de l'extrême complexité et de l'immense variabilité de cette faculté motrice.
Dans la circonvolution centrale postérieure arrivent toutes les impressions de sensibilité superficielle et profonde provenant soit de la surface cutanée, soit de la profondeur des organes. Cette zone de l'écorce est le centre tactile cortical primaire de la sensibilité générale (fig. 334). Il est permis d'admettre que, chez l'enfant nouveau-né et pendant les premières semaines de la vie, les excitations cutanées arrivées dans l'écorce provoquent une sensation consciente qui ne dure qu'un instant pour s'évanouir avec l'excitation initiale. Dans la vie ultérieure, l'enfant garde insensiblement le souvenir des excitations perçues. Grâce à ces souvenirs il apprend à reconnaître les excitations, à les différencier, à les localiser. C'est bien la preuve que, d'une façon quelconque, les sensations ont laissé dans son cerveau une trace de leur passage, ce qu'on appelle, pour leur donner un nom, une image tactile ou un souvenir. Non seulement le cerveau garde le souvenir des sensations antérieures avec leur nature, leur intensité et leur siège, de telle sorte que, grâce à ces souvenirs, l'individu est en état de reconnaître, les yeux fermés, la forme extérieure et les qualités phy-
Fig. 334.
La zone sensitive somatique ou centre tactile
cortical primaire.
4og
siques des objets qu'il prend en mains; mais le cerveau garde également le souvenir de l'usage de chaque objet et du nom sous lequel l'individu a appris à le connaître.
Cette faculté de reconnaître par le tact, les yeux fermés, les objets venant en rapport avec la surface cutanée a reçu le nom de gnosie tactile. On la subdivise généralement en gnosie tactile stéréosiqiie (stéréognosie tactile) ou faculté de reconnaître la forme extérieure des objets ainsi que leurs qualités physiques, et en gnosie tactile symbolique (symbolognosie) ou faculté de reconnaître l'usage des objets et le nom sous lequel on les désigne.
La gnosie tactile, faculté sensible — comme la praxie, faculté
motrice — varied'un individu à l'autre commeelle varie chez le même individu aux différentes époques de sa vie.
La stéréognosie tactile et la symbolognosie tactile se localisent en dehors de la circonvolution centrale postérieure, centre tactile cortical primaire dont l'intégrité est indispensable pour que la gnosie tactile puisse se développer. La localisation se
centrale postérieure représente le centre tactile f^it plus qUC probablement cortical secondaire ou la zone tactile psychique. , , . . . ,
dans les parties voisines des circonvolutions pariétales (fig. 335). Cette partie de l'écorce deviendrait donc le centre tactile cortical secondaire, centre psychique ou intellectuel de la sensibilité cutanée.
Ce qui prouve qu'il doit y avoir un centre cortical indépendant pour les différentes formes de gnosie tactile, c'est qu'on peut observer des cas cliniques caractérisés par la perte soit de la gnosie tactile stéréosique (astéréognosie tactile), soit de la gnosie tactile symbolique (asymbolie tactile), avec conservation de toutes les sensibilités élémentaires.
Ce qui existe pour la sensibilité tactile doit exister également pour la sensibilité douloureuse, pour la sensibilité thermique et pour la sensibilité profonde. Les souvenirs de toutes les sensations perçues et les associations entre ces diverses sensations se localisent plus que probablement dans les circonvolutions pariétales.
Il est logique d'admettre, au moins à titre d'hypothèse, que les centres psychiques pariétaux (centres d'association), en rapport
Fig. 335.
Les régions striées représentent les circonvolutions
centrales. La région pointillée en arriére de la circonvolution