‹ Les maladies nerveuses; cours professé à l'Université de LouvainChapitre 46 sur 66 · IO · texte numérisé non relu

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avec le centre somatique représenté par la circonvolution centrale postérieure (centre de projection^, seront d'autant plus rapprochés de cette dernière que les actes associatifs qui s'y localisent seront plus simples. Ces centres psychiques simples, voisins du centre somatique, seront en même temps ceux qui seront développés les premiers dans l'évolution éducative ou intellectuelle de l'individu. Ces vues sur les localisations corticales des images motrices et des images tactiles sont encore en grande partie théoriques. Elles ne sont que l'application à la zone motrice, zone somatique de motilité, et à la zone tactile, zone somatique de sensibilité, des connaissances plus précises actuellement acquises au point de vue des localisations centripètes et centrifuges de la fonction du langage.

Le langage, dans son sens le plus large, comprend tous les actes qui permettent à l'homme de communiquer avec ses semblables : parole parlée, parole écrite, langage musical, langage digital (optique pour les sourds-muets, tactile pour ceux qui sont à la fois sourds, muets et aveugles). On peut même y faire rentrer le langage par gestes des nègres (pantomimie) et la mimique.

Tous ces moyens de communication des individus entre eux sont des fonctions de l'écorce du cerveau gauche chez les droitiers et du cerveau droit chez les gauchers, fonctions lentement acquises par l'éducation et par l'exercice.

La parole parlée et la parole écrite sont cependant, chez l'immense majorité des individus, les plus importants de ces moyens.

Parole parlée.

Pour communiquer ave c

sessemblablesaumovendela

parole parlée, l'individu doit :

1° entendre les mots qui

lui sont adressés ;

2^ comprendre le sens conventionnel de ces mots et

3° pouvoir à son tour exprjprimer ses idées par des mots.

1° U au dition des mots comme son ou comme bruit se fait dans la sphère auditive des deux hémisphères cérébraux, qui représente ainsi le centre auditif cortical primaire (fig. 336);

2° Le souvenir du sens conventionnel des mots entendus. c£qnP! l'on a^ppelle encore les images auditives des mots, se localise exclusivement dans un seul hémisphère — le gauche chez-le droitier — et cela dans le voisinage immédiat du centre auditif primaire, en

Fig. 336.

Sphère auditive ou centre auditif

cortical primaire.

arrière de la sphère auditive, c'est-à-dire dans l'écorce qui recouvre le tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure (fig. 337). Là se trouve donc pour les mots le centre auditif corticat secondaire, centre psychique ou intellectuel des mots entendus, qui ne peut se développeii aue par l'exercice et grâce à l'existence du centre auditif cortical primaire .

Il existe de même, dans

une région voisine de l'écorce , un centre cortical destiné à conserver le souvenir de la valeur absolue et relative des, chiffres, de la valeur des sons, des tons de la musique, etc. Ces centres des images auditives des lettres, des mots, des chiffres, des tons, etc., sont donc pour la sphère auditive ce que les centres des images tactiles (circonvolutions pariétales) seraient pour la partie sensible de

Zone corticale du langage.

Les parties noires représentent les centres corticaux primaires auditifs (circonvolution temporale supérieure) et moteurs pour la parole et 1 écriture (circonvolution centra'e antérieure).

Les parties pointillées représentent les centres corticaux secondaires : en arrière de la sphère auditive le centre des images auditives des mots ou centre auditif cortical secondaire ; au devant du quart inférieur de la circonvolution centrale antérieure, le centre de la parole ou centre moteur cortical 1 U' - + t'I secondaire du langage articulé.

La faculté de reconnaître par l'ouïe le sens des mots, des lettres, des chiffres, etc., peut être désignée sous le nom de gnosie auditive, faculté complexe, variable d'un individu à l'autre et que l'on peut subdiviser en facultés distinctes plus simples : gnosie auditive littérale, verbale, musicale, etc. ;

3° Pour articuler des mots, nous devons pouvoir mettre en mouvement les muscles des lèvres, des joues, de la langue, du pharynx et du larynx, même les muscles abaisseurs et élévateurs du maxillaire inférieur qui ont tous leur centre cortical dans le quart inférieur de la circonvolution^centrale antérieure. C'est là le centre moteur cortical primaire ou centre somatique du langage articulé.

M^is cet appareil neuro-musculaire ne nous permet que

£ro-

duction des sons. Pour articuler des mots nous devons avoir appris par l'exercice, pour chacun d'entre eux, les mouvements nécessaires à son articulation ; nous devons surtout avoir gardé le souvenir du mot lui-même, souvenir beaucoup plus important que celui de la faconde l'articuler. Tous ces souvenirs, souvenirs des mouvements d'articulation et souvenirs des mots à articuler, ce que l'on a appelé

d'une manière générale les images ?notriccs d'articulation (comprenant en réalité les images des mots et les images des mouvements nécessaires pour les articuler), s'amassent dans la partie postérieure de la circonvolution frontale inférieure gauche, c'est-à-dire le pied et la partie voisine du cap de la circonvolution de Broca. Cette zone de l'écorce représente donc le centre moteur cortical secondaire, centre psychique ou intellectuel du langage articulé.

T .^faculté du langage articulé^ faculté acquise par l'exercice, variable d'un individu à l'autre. et^ chez le même individu, variable aussi d'une époque à l'autre de sa vie, a reçu le nom de phasie.

On admet que les deux centres du langage articulé, celui des images auditives, qui nous fait comprendre le sens des mots entendus et celui des images motrices d'articulation, qui nous rnet en état d'articuler des mots, doivent être, dans l'acte du langage, en connexion intime l'un avec l'autre par des fibres d'association reliant le tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure à la partie postérieure de la circonvolution frontale inférieure.

Cecjui prouve bien que ces considérations ne sont pas théoriques, mais correspondent à l'état réel du fonctionnement cérébral, c'est le fait surprenant qu'une lésion destructive limitée au tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure gauche (chez le droitier) entraîne sur-le-champ la perte complète de la compréhension des mots, par destruction des images auditives correspondantes, alors que l'ouïe est absolument intacte. Un malade atteint d'une telle lésion entend donc les mots comme des sons, mais il§ ont perdu toute valeur conventionnelle. C'est comme s'il entendait une langue étrangère. Ce déficit intellectuel est connu sous le nom de surdité verbale ; on pourrait l'appeler encore apwsip. nudjtive veihaJx ou surdité psychique pour les mots par lésion du centre psychique correspondant qui^ pour ce motif, a reçu encore le nom de centre de la surdité verbale.

La surdité pour le sens des mots peut exister avec la conservation intégrale de l'ouïe pour la valeur des chiffres, la valeur des notes musicales, etc. Nous devons conclure de là que, dans le centre auditif psvchique ou centre auditif cortical secondaire, il y a des localisations distinctes pour les images des mots, des chiffres, des notes de la musique, peut-être même pour les images auditives des mots appartenant à des langues différentes.

Iljy a^donc et il doit y avoir des formes différentes de surdité psychique ou d'agnosie auditive (verbale, littérale, musicale, etc.), de même qu'il y a des formes différentes d'agnosie tactile. Tout dépend du siège et de l'étendue de la lésion survenue dans le centre

auditif psychique dont le tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure ne représente que la partie en rapport avec les lettres et les mots.

La même chose survient du côté moteur. Une lésion destructive de la partie postérieure de la circonvolution de Brocaestsuivie de la perte complète de la faculté du langage articulé. malgré la persistance de ja^jnotilité volontaire dans tous les muscles du langage. C'est V aphasie motrice ou aphasie de Broca par lésion du centre moteur cortical^ secondaire ; on pourrait l'appeler encore paralysie phasiqne psychique par destruction du centre psychique moteur correspondant.

L'aphasie motrice est toute différente de Vaiiarthrie, ou perte du langage par paralysie des muscles consécutive à une lésion bilatérale, soit du quart inférieur de la circonvolution centrale antérieui'e, soit des voies nerveuses qui relient ce centre cortical aux noyaux moteurs du bulbe et du pont de Varole et ceux-ci aux mnsrles périphéviqnp.s .

On comprend que l'aphasie motrice puisse exister seule, par lésion du centre de Broca. sans trouble aucun du côté de la compréhension des mots. Il n'en est pas de même de la surdité verbale qui est toujours accompagnée de certains troubles moteurs d'articulation, malgré l'intégrité complète de la circonvolution frontale inférieure. Les troubles du langage articulé qui accompagnent la surdité verbale ont reçu le nom de paraphasie. Il y a une par aphasie verbale, consistant dans l'emploi des mots les uns pour les autres, et une par aphasie littérale, consistant dans l'altération des mots euxmêmes. La paraphasie verbale et la paraphasie littérale combinées donnent naissance à un langage incompréhensible désigné sous Je nom de jargonaphasie. Ces troubles paraphasiques peuvent aller jusqu'à V aphasie complète, ainsi que nous avons eu l'occasion de l'observer dans un cas de surdité verbale par abcès du lobe temporal gauche. Et ce qui prouve bien que, dans ce cas, l'aphasie était une conséquencede lasurditéverbale, c'est qu'aprèsouverturede l'abcès la parole est revenue en même temps que la surdité verbale s'atténuait. C'était là une véritable aphasie sensitive.

Ces troubles paraphasiques ne sont qu'un épiphénomène de la surdité verbale. Pour les expliquer, on dit généralement que le malade atteint de surdité verbale se trouve dans l'impossibilité de contrôler par lui-même la vaj^eur des mots qu'il prononce et la façon dont il les prononce, de là les lapsus nombreux qui rendent son langage inintelligible. Mais cette explication n'est pas satisfaisante. La surdité verbale à elle^seule n'explique pas la paraphasie. Ce qui le prouve, c'est que la paraphasie n'exit>te pas chez les

sourds. Iles^évident qu'un malade atteint de surdité absolue fsurdité somatique). par lésion bilatérale de la sphère auditive ou par lésion des voies nerveuses qui y aboutissent, est également atteint de surdité verbale (surdité psychique). Si la surdité est congénitale, le.centre psychique des images auditives des mots n'a pas pu se développer, comme cela existe chez les sourds muets. Si la surdité est acquise, le centre des images auditives s'est développé^ et ce qui prouve bien que dans ce cas, après la lésion du centre somatique ou centre auditif primaire, les images sont conservées dans le centre psychique ou centre auditif secondaire, c'est que si on parvient à éveiller ces images d'une façon indirecte, par la vue des rnouvements des lèvres pendant l'articulation des mots par exemple, le malade atteint de surdité acquise parlera et cela, chose curieuse, sans paraphasie aucune.

On peut conclure de là que le centre psychique moteur des lettres et des mots dépend, au moins dans une certaine mesure, du centre psychique auditif correspondant. Dans les conditions ordinaires de la vie, le centre auditif psychique des lettres et des mots guide, donc en quelque sorte le centre psychique moteur. Dès que cette direction fait défaut, le centre psychique moteur des mots continjie à fonctionner, mais, dépourvu de tout guide, il trébuche à chaque instant. De là de la paraphasie à des degrés variables pouvant aller jusqu'à l'aphasie, phénomènes que l'on peut considérer, au moins jusqu'à un certain degré, comme les manifestations d'une véritable ataxie phasiqiie.

Cette influence du centre psychique auditif sur le centre psychique moteur co rrespondant ne doit pas surprendre, puisque la phasie, ou faculté d'articuler les lettres et les mots, n'a pu se développer que grâce à la gnosie auditive, ou faculté de conserver le souvenir du sens des lettres et des mots. C'est ce qui explique peut-être pourquoi les sourds, par lésion congénitale des sphères auditives et absence de développement du centre auditif psychiqu e , sont toujours 77iuets par absence de développement du centre de Broca qui en est la conséquence.

L j£hâsie, ou la perte de la faculté d'articuler des mots, peut donc avoir une double origine : il y a une aphasie motrice sans surdité verbale, par lésion du centre de Broca ; et une aphasie sensitive accompagnée de surdité verbale par lésion du centre auditif psychique, malgré l'intégrité du centre de Broca. Il en gst de même des troubles paraphasiques qui peuvent être dus soit à une lésion incomplète du centre de Broca sans surdité verbale (paraphasie motrice), soit à une lésion du centre

auditif psychique (paraphasie sensitive) accompagnant la surdité verbale.

Parole écrite.

Pour communiquer avec ses semblables au moyen de la parole écrite l'individu doit :

1° voir les mots écrits ou imprimés ;

2° comprendre leur sens conventionnel et

3° pouvoir à son tour exprimer ses idées par l'écriture :

1° L'image de la lettre et du mot, comme l'image d'un objet quelconque, se proj ette dans la sphère visuelle des deux hémisphères. C'est 1 à le centre visuel cortical priniaire (fig. 338) ;

2° Le souvenir que les lettres laissent dans l'écorce cérébrale et qui nous permet

Fig. 338.

ou centre visuel cortical primaire.

de les reconnaître, de même La sphère visuelle sur la face interne du lobe occipital

que le souvenir du sens des mots formés par l'assemblage des lettres^ ce que l'on di.'p'pe.Wç.lesima^esvisiiellesdes lettres et des mots, se localisent exclusivement dans un seul hémisphère. Cette localisation se fait en dehors du cent re visuel cortical primaire , dans la partie de l'écorce du lobe pariétal, connue sous le nom de pli courbe, contournant l'extrémité postérieure du sillon temporal supérieur ou sillon parallèle ifig. 339).

Des centres corticaux analogues doivent exister pour les images visuelles des chi ffres,des notesde la musique, des objets, des personnes, en un mot pour tout ce qui a jamais frappé les rétines. Dans le pli courbe se trouve donc^ pour les lettres et les mots, le centre visuel cortical secondaire, centre psychique ou intellectuel qui ne peut se

i^ IG. .09.

Zone corticale du lan<:;a<je.

Les parties noires représentent les centres corticaux primaires auditifs (circonvolution temporale supérieure) et moteurs pour la j^arole et l'écriture (circonvolution centrale antérieure)

Les parties pointillées représentent les centres corticaux secondaires : au niveau du pli courbe le centre des images visuelles des mots ou centre visuel cortical secondaire; au niveau du pied de la circonvolution frontale moyenne, le centre de l'écriture ou centre moteur cortical secondaire du langage écrit.

dévelo£per gue^ par rexercice, grâce à l'existence du centre visuel cortical primaire localisé dans la sphère visuelle, ainsi que de toutes lesvoies nerveuses d'origine rétinienne qui y aboutissent.

La facultéde reconnaître par la vue les lettres, les chiffres, les notes de musique, le sens conventionnel des mots écrits ou imprimés constitue la gnosie visuelle, faculté complexe qui se compose de multiples gnosies visuelles partielles, telles que gnosie visuelle littérale, verbale, musicale, gnosie visuelle des chiffres, des objets, des personnes ^ etc. ;

3° Pour écrire des lettres et des mots nous devons pouvoir mettre en mouvement les muscles du membre supérieur droit qui ont leur centre cortical dans la partie moyenne de la circonvolution centrale antérieure. T. à se trouve donc ce que l'on peut appeler le centre moteur cortical primaire ou centre somatique de l'écriture (fig. 339).

Les souvenirs des mouvements nécessaires pour écrire j^eslettres et les mots, et surtout les images graphiques elles-mêmes des lettres et des Tnnts^^j^p qjje l'on pppelle^djine manière générale les images motrices graphiques, ont leur centre de localisation dans la partie du lobe frontal voisine de la circonvolution motrice, c'est-à-dire la partie postérieure et inférieure de la circonvolution frontale moyenne gauche. Cette zone de Técorce représente le centre moteur -cortical secondaire, centre psychique ou intellectuel de l'écriture.

La faculté du langage écrit, faculté acquise, variable d'un individu à l'autre, porte le nom de graphie.

On admet que les deux centres du langage écrit, celui des images visuelles, qui nous fait comprendre le sens des mots vus, et celui des images motrices qui nous met en état d'écrire des mots, doivent être en connexion étroite l'un avec l'autre au moyen de fibres d'association reliant le pli courbe au pied de la circonvolution frontale moyenne.

Ce qui prouve encore une fois que ces considérations sur je mécanisme cérébral du langage écrit ne sont pas des vues abstraites, mais correspondent à la réalité, c'est qu'une lésign limitée au pied de la circonvolution frontale moyenne gauche produit de Vagraphie, tandis qu'une lésion destructive survenue au niveau du pli courbe entraine de la cécité verbale ou alexie (in^BQ^' sibilité de lire), que l'on pourrait désigner encore sous le nom de agnosie visuelle verbale ou cécité psychique pour les lettres et les mots par lésion du centre psychique correspondant. Dans ces conditions le malade voit les lettres et les mots comme des figures dont il ne <:omprend plus la valeur conventionnelle.

¥a de même qu'il peut y avoir diverses formes d'agnosie tactile

et d'agnosie auditive, il peut y avoir diverses formes d'agnosie visuelle : agnosië pour les lettres, pour les mots, pour les chiffres, Ip'^nntpc: dp la nrmdiqnp, les objets, les personnes, suivant le siège et l'étendue de la lésion corticale.

Un centre moteur psychique pour l'écriture, dont la destruction entraînerait de l'agraphie, n'est pas généralement admis par les auteurs. Nous çroj^nns cependant qu'il existe au même titre que le centre moteur psychique de la parole. Xous avons observé, en effet, un cas d'agraphie pure sans trouble aucun du côté de la parole articulée, sans surdité ni cécité verbale. Il s'agit d'un homme de 5o ans, huissier de son état, qui, occupé à rédiger un acte, s'est trouvé brusquement dans l'impossibilité de continuer l'ém^ure, ne^faisant plus que des jambages. Il présentait en même temps quelques légers troubles de la parole qui ont disparu lenternent. Un an après l'accident, la parole est facile, le malade comprend tout ce qu'il lit et tout ce qu'il entend, mais il est atteint d'agraphie totale pour les lettres et les mots, sans agraphie pour les chiffres. L'écriture spontanée et l'écriture sous dictée sont impossibles. Il est capable toutefois d'écrire son nom, celui de sa femme et du village qu'il habite. Il copie les caractères écrits, mais se trouve dans l'impossibilité de transformer en caractères écrits les mots imprimés. Ce dernier fait prouve bien que l'agraphie n'est pas due à la perte du souvenir des mouvements nécessaires pour écrire, mais bien à la perte du souvenir de la forme graphicjue des lettres et des mots, à la perte de leur représentation mentale.

L'agraphie motrice peut exister pour son compte, absolument comme l'aphasie motri ce .

La cécité verbale existe rarement seule. Elle se complique d'ordinaire de para^vaMiie, c'est-à-dire d'erreurs plus ou moins grossières dans l'écriture des mots. Il peut y avoir de la txifasfaphic littérale, de la paraf^raphie verbale, de la jar songer aphie et même de Va^ra^Jne complète ivêritahle ;^igraphip sensitive). Ces troubles paragraphiques ne sont qu'un épiphénomène deja^ cécité verbale, absolument comme les troubles paraphasiques qui dépendent de la surdité verbale. L'absence de contrôle du côté de la vue ne suflit pas pour expli(|uer les troubles paragraphiques. Ce qui le prouve, c'est que si je ferme les yeux, ou bien si j'écris dans l'obscurité complète, les troubles paragraphiques font totalement défaut^ Ici aussi il faut adjjiettre que, dans les conditions ordinaires, le centre psychique moteur est subordonné au centre psychique visue 1 . Abandonné à lui-même, soUvStrait à l'influence directrice du pli courbe, le centre psychique moteur se trompe dans les lettres et

MALADIES NERVRUSES. 27

les mots. Il V a de la paragraphie à des degrés variables, que l'on peut considérer comme de Vataxie graphique.

L'agraphie, ou la perte de la faculté d'écrire des lettres et des mots, peut donc, comme l'aphasie, avoir une double origine : il y a une agraphie motrice sans cécité verbale, probablement par lésion du pied de la circonvolution frontale moyenne, et il y a une ac[rat>hie sensitive accompagnée de cécité verbale, par lésion du centre visuel psychique des lettres et des mots. Nous avons observé tout récemment un cas typique d'agraphie complète avec cécité verbale chez un homme de 79 ans à la suite d'un léger ictus. Ce malade comprend tout ce qu'on lui dit ;^pas de surdité verbale), il présente un peu de paraphasie, surtout quand il donne une explication un peu longue, mais il ne reconnaît ni les lettres, ni les mots, ni les chiffres; de plus, il se trouve dans l'impossibilité absolue d'écrire son nom, d'écrire des lettres ou des chiffres, même de copier soit des mots écrits ou imprimés, soit des lettres ou des chiffres. Il reconnaît cependant les personnes et les objets et les dénomme exactement.

Mais les troubles paragraphiques ne sont pas uniquement la conséquence d'une lésion du pli courbe, de même que les troubles paraphasiques n'accompagnent pas exclusivement la surdité verbale. Nous avons observé un cas de surdité verbale pure, par abcès du lobe temporal gauche, accompagnée de paraphasie et de paragraphie. De même, le malade atteint de cécité psychique complète pour les lettres, les mots et les chiffres, sans surdité verbale, dont nous venons de parler, présentait, à côté d'une agraphie totale, de la paraphasie littérale et verbale très manifeste. Il faut conclure de là que le centre de la cécité verbale et le centre de la surdité verbale exercent une influence directrice à la fois sur le centre moteur psychique de l'écriture et sur le centre moteur psychique de la parole.

D'ailleurs des troubles paraphasiques et paragraphiques d'origine sensitive peuvent exister, même sans surdité verbale et sans cécité verbale, par lésion du lobe occipital. Il faut, en effet, ne pas oublier que dans le pli courbe ne se localisent que les images visuelles des lettres et des mots. Quant aux images visuelles des chiffres, des notes de musique, des objets et des personnes, elles doivent se localiser ailleurs dans une partie de l'écorce plus ou moins voisine de la sphère visuelle. Nous avons observé tout récemment une malade de 46 ans qui a présenté brusquement des troubles paraphasiques intenses, au point que, au premier abord, nous croyions à de l'apliasie motrice. Il y avait absence de cécité verbale et de surdité verbale ; l'examen du champ visuel a révélé l'existence d'une hémianopsie en cadran supérieure droite. Celle-ci ne pouvait donc être que la conséquence

d'une lésion de la sphère visuelle gauche. Et, à moins de conclure à l'existence chez cette malade d'une double lésion survenue au même moment, l'une expliquant l'hémianopsie et l'autre, les troubles paraphasiques — ce qui serait tout à fait étrange, — nous devons bien admettre qu'une lésion unique du lobe occipital peut produire de l'hémianopsie en cadran, de la paraphasie et même de la paragraphie. D'ailleurs le malade dont nous avons reproduit le champ visuel (fig. 328), qui était atteint d'hémianopsie droite par suite d'une lésion traumatique du lobe occipital gauche, a présenté également pendant quelque temps des troubles paraphasiques qui se sont lentement amendés, malgré l'absence de cécité verbale et de surdité verbale.

Tous les troubles du langage, intéressant à un degré quelconque soit le langage parlé, soit le langage écrit, ont été désignés sous le nom générique à' aphasie .

Les aphasies sont donc multiples. On les subdivise généralement en^deux grands groupes : les aphasies centripètes ou sensorielles et les aphasies centrifugées ou motrices.

Les aphasies sensorielles comprennent : la surdité verbale, J a cécité verbale et l'aphasie sensorielle totale ou aphasie de ^Vernicke .

Les aphasies motrices comprennent : l'aphasie, l'agraphie et l'aphasie motrice totale.

"Ce^ont là les aphasies simples, toujours dues à une lésion limitée de la zone corticale du langage .

A côté de ces formes typiques, il existe encore de nombreuses autres formes d'aphasie qui résultent de la combinaison, à des degrés variables, des aphasies simples. Ces aphasies complexes peuvent être totales ou partielles.

Dans Vaphasie totale il y a destruction de toute la zone corticale du langage. On observera donc de la cécité verbale, de la suDlilé verbale, de l'aphasie et de l'agraphie. Toute communication parlée ou écrite a disparu.

Les aphasies complexes partielles dépendent inévitablement du nombre de centres corticaux lésés et de l'importance de la lésion. Il y a donc là les formes les plus diverses.

Comme tous les centres corticaux du langage sont reliés entre eux, reliés à la sphère auditive et à la sphère visuelle, de même (ju'aux centres moteurs primaires de la circonvolution centrale antérieure, on peut aisément comprendre que toute aphasie n'est pas due inévitablement à une lésion corticale, mais qu'elle peut aussi être la conséquence d'nne lésion sous-corticaleir\\éxtss'3in\. les fibres d'association.

Il est impossible de passer en revue toutes les formes possibles d'aphasie. Ce qui montre clairement jusqu'où peut aller la locali-

sation corticale de cette fonction complexe qui constitue le langage, c'est qu'on peut observer des cas cliniques étranges, auxquels Brissaud a donné le nom d'aphasie d'intonation et dont nous avons eu l'occasion d'observer un cas typique.

Il s'agit d'un jeune homme de 24 ans qui, après un séjour de deux ans et demi au Congo, revient au pays. Il a souffert pendant quelque temps de maux de tête; quatre jours après son retour, il présente brusquement une difficulté extrême pour articuler les mots, le langage est devenu incompréhensible. Avec cela la marche devient un peu titubante, il a de la difficulté pour la mastication, la vue est quelque peu trouble. Au bout d'une huitaine de jours les symptômes alarmants disparaissent. Six mois plus tard, il persiste de la difficulté pour écrire et pour parler. Il n'y a pas d'agraphie, mais l'écriture est devenue enfantine, le malade écrit en déplaçant la main en totalité. Il lui est impossible d'écrire en faisant mouvoir uniquement les doigts; cependant l'examen objectif ne révèle rien de spécial et le malade est capable d'exécuter avec les doigts tous les mouvements commandés. Il n'y a pas d'aphasie, mais la tonalité de la voix a changé. Le malade dit tout ce qu'il veut dire, mais il parle le français avec un accent étranger. On dirait que les centres corticaux de la parole et de l'écriture qui se sont développés les premiers au début de son éducation intellectuelle (au voisinage immédiat du centre moteur primaire) se sont conservés : de là l'écriture enfantine et la parole hésitante ; et que ce sont les centres de perfectionnement de la parole et de l'écriture (situés peut-être plus en avant dans les deux circonvolutions frontales inférieures), dont le développement a été plus tardif, qui sont seuls lésés.

La dénomination rt^/z^s/V s'applique donc à des troubles excessivementvariables, troubles qui intéressent partiellement ou totalement le langage parlé ou le langage écrit et qui peuvent avoir leur siège dans une région très étendue de l'écorce cérébrale. Cette dénomination manque de précision , elle est trop générale et prête à confusion .

U aphasie à proprement parler devrait , non seulement être distincte de ragraphie,mais ne s'appliquer qu'à la seule perte du langage articulé; elle ne devrait donc comprendre ni la cécité verbale, ni la surdité verbale. Une revision dans la nomenclature s'impose. Il serait beaucoup plus logique et plus en rapport avec l'état actuel de nos connaissances de subdiviser les troubles du langage en :

I" troubles de compréhension pour les mots par l'ouïe et par la vue, et

2" troubles de transmission des mots par la parole et par l'écriture.

Les troubles de la compréhension des mots comprennent la cécité verbale et la surdité verbale.

Les troubles de la transmission des mots comprennent : Vaphasie et Vagraphie, de même que la pavaphasie et la paragraphie.

Uaphasie et l'agraphie peuvent être purement motrices. Elles sont dues alors à une lésion totale du centre moteur cortical secondaire (pied de la circonvolution frontale moyenne pour l'agraphie et de la circonvolution frontale inférieure pour l'aphasie).

U aphasie et ragraphie peuvent être ^pxxre.ment sensitives . Elles sont dues alors à une lésion du centre auditif cortical secondaire (tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure), ou du centre visuel cortical secondaire (pli courbe). Dans ces conditions elles accompagnent soit la surdité verbale, soit la cécité verbale.

Les troubles paraphasiques et paragraphiques sont d'origine motrice ou d'origine sensitive. Quand ils sont à^origine motrice, ils sont dus à une lésion partielle du centre moteur cortical secondaire correspondant. Ils remplacent alors l'aphasie motrice, ou l'agraphie motrice. Quand ils sont d'origine sensitive, ils sont dus soit à une lésion du centre de la surdité verbale ou de la cécité verbale, soit à une lésion du centre cortical secondaire de la vue en crénéral occupant une zone encore indéterminée du lobe occipital. Ils accompagnent alors la surdité verbale, la cécité verbale, ou l'hémianopsie.

On peut résumer cette classification des troubles du langage parlé et écrit dans le tableau suivant :

Symptômes.

Troubles ( Surdité verbale de j

compréhension ( Cécité verbale

Aphasie motrice

Troubles

de

transmission

Aphasie sensitive -(- Surdité verbale

Afjraphie motrice

Agraphie sensitive -|- Cécité verbale Paraphasie motric:e

Paragraphie motrice

Paraphasie et paragraphie sensitives -|- cécité verbale

-\- surdité verbale + hémianojisie.

Siège.

Tiers postérieur de la circonvolution temporale supérieure.

Pli courbe.

Pied de la circonvolution frontale intérieure.

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