L'ÉPILEPSIE
Uépilepsie Qst une maladie qui se caractérise, dans les cas typiques, ^ar des crises consistant essentiellement en perte complète de connaissance accompagnée de convulsions pTus ou moms généralisées. C'est ce qu'on appelle encore le complexus symptomatique épileptJQM ■
Ainsi entendue, l'épilepsie n'est qu'un symptôrqe, c'est-à-dire l'expression clinique d'un grand nqmbre d"affections cérébrales à. étiolo^ie excessivement variable.
Il existe, en effet, non pas une épilepsje, mais des épilepsies. On peut les subdiviser, en se basant uniquement sur leurs manifestations cliniques, en épilepsies partielles et en épilepsies génér alise es.
Les épilepsies partielles sont, dans l'immense majorité des cas, au point de vue étiologique, des épilepsiej organiques ou symptomatiques dues à une grosse lésion irritative, dn-er.te mi indirecte^ d'nn point limité de l'écorce grise qui recouvre la circonvolution centrale antérieure. Elles forment par leur ensemble un groupe nettement délimité connu sous le nom d'épilepsie jacksonienne. On l'appelle quelquefois encore épile^e cortij:a[e ; jpais cette expression nous parait impropre puisque, dans l'état actuel de nos connaissances de physiologie cérébrale, toute épilepsie doit avoir une origine corticale /.VNous avons étudié les caractères cliniques de ces épilepsies jacksoniennes à l'occasion des tumeurs cérébrales intéressant la zone corticale motrice.
Les épilepsies généralisées forment par leur ensemble ce qu'on appelle les épilepsies vraies^ Ce sont les seules dont nous ayons, à nous occuper en ce moment. On 2gut les subdiviser en deijx grands groupes : les épilepsies organiques ou syniptomatigiies et V épHe^Sîe__gmidjK ou idiopathiqiie.
Les épilepsies généralisées symptomatiques comprennent les épilepsies organiques proprement dites, les épilepsies précoces et ^es épilepsiesjardives .
On considère comme épilepsies organiques proprement dites les épilepsies généralisées dues à une lésion traumatique du crâne, du cerveau ou des méninges, ainsi cjue les épilepsies qui accom-
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pagnent les maladies organiques à loyer du cerveau (^tumeur, abcès, hémorrhagie, embolie, encéphalite, parasite, etc.) ou les maladies des méninges (méningite aiguë, méningite chronique, Wste).
Les t'f>ilt'f'sics f^rà'OLrs ou cpilef^sics de^cnfance sont généralement accompagnées d'un degré plus ou moins marqué d'affaiblissement intellectuel pouvant conduire à l'imbécillité ou à l'idiotie, l^eaucoup de ces épilepsies sont dues à des lésions graves : anomalie congénitale du cerveau porencéphalie, k\'ste), traumatisme grave au moment de l'accouchement, encéphalite, hémorrhagie méningée ou cérébrale, thrombose, etc. Elles accompagnent souvent l'hémiplégie cérébrale infantile. Plus le début de ces épilepsies est précoce et plus aussi les facultés intellectuelles peuvent être atteintes.
Les épilepsies tardives sont toutes les épilepsies qui débutent aprèsTàge dg^ ou 40 ans. Elles comprennent :
a. Les épilepsies associées à des maladies dégénératives du cœur et des vaisseaux (artériosclérose, endartérite syphilitique) ;
/). Lesépilepsies toxiques dont les plus fréquentes sont dues à l'intoxication par l'alcool et par le plomb ;
c. L'épilepsie qui peut survenir dans certaines psychoses démentielles telles que la parah^sie générale;
d. L'épilepsie qui survient dans l'urémie, dans l'éclampgie puerpérale, etc.
Ouand toutes ces épilepsiessont écartées, il reste une formed'épilepsie généralisée sans lésions connues que l'on désigne sous le nom d'épilepsie génuine, d'épilepsie essentielle, d'épilepsie idiopathiqiie et qui survient généralement vers l'époijue^de la puberté sans cause déterminante apparente. Il est évident que, dans l'avenir, ce groupe d'épilepsies idiopathiques ira en se rétrécissant au fur et à mesure que, grâce à la perfection de nos moyens d'investigation, la cause organique de ces épilepsies pourra être mise en évidence ; car on tend à admettre de plus en plus que l'épilepsie, quelle que soit son origine, est toujours une maladie de l'encéphale consistant en une lésion irritative d'une partie plus ou moins étendue de la couche corticale grise.
Ce fait étant admis, il ne peut paraitre étrange que l'épilepsie généralisée, quelle qu'en soit la cause, présente presque toujours la même évolution clinique. La svmptomatologie de l'épilepsie est donc la même ou presque la même pour les différentes formes sous lesquelles elle peut se présenter.
L'épilepsie généralisée, svmptomatique ou idiopathique,
abstraction faite de l'épi lepsie symptomatique proprement dite toujours liée à une lésion connue, peut survenir à tout âge. Il y a cependant deux périodes de prédilection : l'une s'étend de la naissance à l'âge de 5 ou 6 ans. On l'observe dans environ 2 5 p. c. des cas. C'est Vépilepsie précoce; l'autre s'étend de l'âge de lo à làge de 22 ou 23 ans avec une prédominance particulière à l'époque de la puberté. C'est l'âge par excellence de Vépilepsie essetitielle ou idiopathiqite. On l'observe dans environ 5o p. c. des cas. Il résulte de là que les trois quarts au moins des épilepsies vraies débutent avant l'âge de 20 à 23 ans. Après l'âge de 3o ans, l'épilepsie devient plus rare. Elle constitue Vépilepsie tardive.
Beaucoup d'auteurs considèrent les convulsions des enfants comme étant de nature épileptique. Cette opinion n'est pas justifiée. L'épilepsie peut incontestablement survenir pendant les premières années et même les premières semaines de la vie, mais toute crise convulsive, locale ou généralisée, survenant dans le jeune âge ne peut pas être considérée comme une crise épileptique.
On sait, en effet, par expérience que l'enfant, pendant les deux premières années de la vie, est très sujet à des crises convulsives. C'est au point que le public parle couramment de convulsions occasionnées par la dentition. Il est d'observation courante que souvent chez l'enfant une indigestion un peu forte ou une brusque ascension de la température s'accompagnent soit de crise convulsive généralisée, soit de spasme tonique dans les membres, soit même de déviation conjuguée des yeux et quelquefois de la tète.
On rattache actuellement la plupart de ces crises convulsives survenant chez les enfants pendant les deux premières années de la vie et qui sont incontestablement de nature pathologique, à un état morbide particulier désigné sous le nom de spasrnopJiilie des enfants ou èclanipsie infantile. C'est là un groupement qui, dans l'état actuel de la science, est purement clinique. Il peut renfermer des cas incontestables d'épilepsie essentielle de même que des cas d'épilepsie symptomatique dont le diagnostic différentiel peut présenter les plus grandes difficultés. Mais ces cas sont en petit nombre. La plupart de ces accès de crises convulsives n'appartiennent pas à l'épilepsie proprement dite, mais à la spasmophilie. Ils sont susceptibles de guérison complète. C'est là, au point de vue pratique, le point le plus important.
Les symptômes convulsifs caractéristiques de la spasmophilie sont le spasme laryngé ou spasme de la glotte, les convulsions généralisées et des accès de tétanie plus ou moins identiques à ceux qui surviennent chez l'adulte soit par lésion destructive, soit
par extirpation des glandes parathyroïdiennes. Dès que l'un ou l'autre de ces symptômes existe, il est utile, au point de vue du diagnostic, de rechercher les symptômes latents de la spasmophilie dont l'existence permettra d'écarter le diagnostic d epilepsie. Ce sont : Vhyperexcitabilité électrique des muscles, Vhyperexcitabilité mécanique des nerfs moteurs et le phénomène de Trousseau.
Uhyperexcitabilîté électrique des muscles consiste dans ce fait que si. dans les conditions normales, la contraction à la fermeture du pôle positif n'a lieu qu'avec un courant de 8 à ro M. A., dans la spasmophilie manifeste cette contraction s'obtient avec un courant de 2 à 3 M. A. On admet qu'il y a état pathologique ou spasmophilie quand la contraction s'obtient avec un courant de moins de 5 M. A.
U hperexcitabilité mécanique des nerfs moteurs se manifeste surtout par la contraction survenant dans le domaine du facial lors de la percussion du tronc de ce nerf ou de ses branches (phénomène du facial ou symptôme de Chvosteki. Un phénomène identique survient souvent lors de la percussion du nerf péronier ou sciatique poplité externe au niveau du col du péroné, percussion qui amène la flexion dorsale en même temps que l'abduction du pied sur la jambe (phénomène du péronier).
Quant au symptôme de Trousseau, il consiste en ce fait qu'une compression exercée sur les membres aftectés suffit à ramener la contracture.
L'alimentation artificielle est souvent la cause de ces crises convulsives caractéristiques de la spasmophilie. L'alimentation par le lait de vache parait jouer un rôle étiologique tellement important qu'il suffit quelquefois de retourner à l'allaitement maternel pour amener la guérison complète. Ce fait est tellement frappant que, appelé auprès d'un enfant de moins de deux ans atteint de crises convulsives, le premier devoir du médecin doit être de s'informer du mode d'alimentation : l'enfant prend-il exclusivement le sein ou bien est-il nourri par du lait de vache? Dans le premier cas, il s'agit plus que probablement d'épilepsie. Il en est de même quand les convulsions surviennent pendant les deux premiers mois de la vie. Si l'enfant est nourri artificiellement et s'il est âgé de plus de deux mois, il s'agit plus que probablement de spasmophilie. Pour confirmer le diagnostic, il est bon de faire un examen de l'excitabilité électrique des muscles et de l'excitabilité mécanique du nerf facial et du nerf péronier.
La spasmophilie semble donc être due essentiellement à une alimentation défectueuse. C'est là le motif pour lecjuel on l'ob-
serve fréquemment chez les enfants débiles et les enfants rachitiques.
Comme traitement de la spasmophilie on conseille l'allaitement maternel et, en cas d'impossibilité absolue, l'alimentation par des farineux et même l'huile de foie de morue, comme chez les rachitiques. Contre la crise convulsive, quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente, le meilleur traitement est l'hydrate de chloral en lavement à la dose de 5o centigrammes à i gramme une ou deux fois par jour.
Le pronostic de la spasmophilie doit toujours être réservé, d'abord à cause de la grande difficulté que l'on rencontre dans le diagnostic différentiel d'avec l'épilepsie proprement dite, ensuite parce que beaucoup de ces enfants, même atteints de spasmophilie (dont on ne connait pas exactement la nature), peuvent présenter plus tard un certain déficit du coté des facultés intellectuelles. Enfin, la clinique nous démontre que beaucoup d'épileptiques ont souffert de convulsions, c'est-à-dire de spasmophilie, dans leur jeune âge.
Uépilepsic essentielle ou idiopathique semble toujours avoir pour point de départ une irritabilité particulière anormale de l'écorce cérébrale. Cette irritabilité corticale est le plus souvent héréditaire ou congénitale. Dans un grand nombre de cas, toutefois, elle parait acquise, c'est-à-dire qu'elle ne se manifeste au dehors que sous l'influence d'une cause occasionnelle nettement déterminée. Mais, dans ces conditions encore, on peut se demander si la prédisposition héréditaire n'existait pas à l'état latent. Quoi qu'il en soit, les causes de l'épilepsie essentielle se laissent subdiviser en causes prédisposantes, congénitales ou endogènes et en causes déterminantes, acquises ou exogènes.
Étiologie.
Causes prédisposantes ou endogènes. On désigne par là non seulementles prédispositions héréditaires et les troubles miiiitifs que le germe a pu subir à cause des maladies toxi-infectieuses des parents{alcoolisme, syphilis, tuberculose, saturnisme, etc.). mais encore toutes les altérations qui ont pu survenir dans le cours de la vie intra-utérine et pendant l'accouchement. La plus importante de ces causes endogènes est Vhérédité. Cette hérédité peut être une hérédité similaire, directe, ou une hérédité de transformation, indirecte. L'hérédité similaire est la plus fréquente. On admet que 25 à 3o p. c. des enfants épilepticjues naissent soit de parents atteints de la même maladie, soit de parents ayant dans