‹ Les maladies nerveuses; cours professé à l'Université de LouvainChapitre 59 sur 66 · I II · texte numérisé non relu

I II

Contracture hystérique.

FiG. 401,

fications survenues dans le fonctionnement des zones d'asso-

ciation de l'écorce cérébrale. C'est une psychonévrose, c'est^, à-dire une affection cérébrale sans lésions anatomo-pathologiques susceptibles d'être mises en évidence, une véritable psychose fonctionnelle.

Étiologie.

L'hystérie est excessivement fréquente. Son apparition chez un sujet donné est due à des causes prédisposmites ou endogènes et à des causes occasionnelles ou exo frênes. Bien que l'on doive admettre que tout individu, quel qu'il soit, est susceptible de p résenter des symptômes hystériques à un moment donné de s a vie — il suffit pour cela que la cause déterminante soit sufftsamment efficace, — et cela parce que nous sommes tous plus ou

moins prédisposés à l'hystérie, on peut cependant subdiviser les

individus en trois (groupes : ceuxchez lesquels l'hystérie est fatale ou presque fatale puisqu'elle leur est transmise par hérédité directe, ceux chez lesquels l'hystérie est hautement probable et ne demande que la cause occasionnelle appropriée p o ur la faire éclater et ceux qui, résistant à tous les chocs physiques et moraux qui les assaillent, restent indemnes toute leur vie de toute manifestation hystérique, pour autant du moins que ces manifestations nous sont connues. Il résulte de là que, si la prédisposition à l'hystérie est fréquente, elle n'est cependant pas indispensable, l'hystérie pouvant éclater chez l'individu le mieux constitué et, en apparence du moins, le plus résistant au point de vue de son système nerveux,

CausesprédisposanteSj^

La cause prédisposante la plus efficace est Vhéyédité, non seulement l'hérédité directe en ce sens que les enfants nés d'une mère hystérique sont beaucoup plus prédisposés que les autres, mais encore l'hérédité indirecte en ce sens que la tare névropathique des parents intervient dans une large part dans l'éclosion des phénomènes hystériques dans la vie des enfants. ^ Cetteinfluence héréditaire est beaucoup plus efficace sur les ^filles que sur les garçons. C'est là peut-être un des motifs pour lesquels l'hystérie est généralement plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Mais la rareté relative de l'hystérie chez l'homme, admise il y a vingt ou trente ans, a perdu beaucoup de crédit depuis que, à la suite de la loi sur les accidents, on a vu éclore chez l'homme ces nombreux cas d'hystérie traumatique.

Ces faits tendent bien à prouver que l'hystérie guette tous les individus et que les émotions inhérentes à la vie de la femrne expliquent sa plus grande fréquence chez celle-ci.

Une deuxième cause prédisposante est Và^e. On peut voir survenir l'hystérie à tout âge. Toutefois, on admet généralement que clans au moins Jes trois quarts des cas l'hystérie débutg. entre l'âge de i5 à 23 ans. EUe est rare avant làge de 5 ou 6 ans^ beaucoup plus rare encore après Tàge de 45 ou de 5o anp.

Causes déterminantes .

Ces causes sont excessivement variées. Tous les chocs d'ordre moral et d'ordre physique de même que tous les états morbides

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Crise de grande hystérie.

aig^us ou chroniques capables d'affaiblir l'organisme peuvent, chez des sujets prédisposés ou non, déterminer l'apparition soit de l'hystérie elle-même, soit le plus souvent d'une manifestation hystérique.

Les plus importantes de ces causes sont :

1° les émotions morales : frayeur, chagrins, ébranlements psychiques de toute nature, etc. ;

2° le traumatisme faisant éclore le plus souvent soit de l'hystérie traumatique. soit de la névrose traumatique ;

3° les intoxications chroniques dont les plus fréquentes sont : l'intoxication par le plomb, l'alcool, le mercure, le sulfurée de carbone, l'oxyde de carbone, etc. ;

4° toutes les maladies infectieuses.

Sy mptomatologie .

La symptomatologie est excessivement variable. L'hystérie n'est pas une entité morbide proprement dite, c'est un mode particulier de réaction des centres psychiques, mode qui varie d'un indîvî3^uà l'autre, non seulement à cause de la constitution anato mique éminemment variable, mais encore à cause de l'éducatio n , des conditions sociales, du développement de son côté affectif, etc. Rien d'éjrange donc à ce que l'hystérie n'ait pas d'évolution uniforme. Les uns n'ont que des accidents transitoires, soit toujôUrs le même accident, soit des accidents variables ; les autres sont hystériques pendant toute leur vie. On peut dire que non seulement, il y a autant de formes d'hystérie qu'il y a d'hystériques, mais que, de plus, chaque hystérique peut présenter, successivement pendant une période plus ou moins longue, les formes et même les manifestations hystériques les plus variées . Car, à côté de malades qui présentent toujours le même accident, il y en a un beaucoup plus grand nombre chez lesquels la disparition ou la guérison d'un accident est suivie de l'apparition d'un autre. Une de nos malades, dans le cours de huit ans, n'a pas cessé un seul instant de présenter une manifestation h3^stérique. Chacune d'elles persistait pendant quelques mois, puis disparaissait pour faire place à une autre. Au début c'était de l'anesthésie du membre supérieur droit, avec brûlures faites par elles-mêmes, puis est survenue une contracture en flexion de l'avant-bras, sur le bras qui a résisté à tous les traitements pour disparaître un jour, après une émotion profonde.

Elle a eu alors successivement des crises, se renouvelant tous les jours à la même heure, un hoquet qui a persisté pendant six

mois, ne s'arrêtant que pendant le sommeil, de la paraplégie, de l'ascite volumineux, avec œdème des deux membres inférieurs, ayant augmenté son poids de 20 kilos au point que, à trois reprises différentes, on a voulu recourir à une ponction évacuatrice. Le tout a disparu par un traitement au vin diurétique de Trousseau, puis est survenue une contracture en adduction du membre inférieur droit, résistant à tout, même à l'injection intratronculaire d'alcool dans le nerf obturateur.

A la contracture des adducteurs s'est jointe la contracture en flexion de la jambe sur la cuisse, impossible à vaincre, même par la section sous-cutanée de tous les tendons, et le port prolongé d'un appareil plâtré. Au sortir de l'appareil, il est survenu de l'œdème du pied, avec une plaie gangreneuse de tout le dos du pied, qui a persisté pendant plus d'un an et qui, toujours envahissante, a nécessité à la fin, l'amputation, à cause de la température persistante, et de l'amaigrissement progressif. Depuis deux ans, à la suite de cette mutilation qui l'a profondément affectée, elle est libre de tout accident hystérique.

La symptomatologie de l'hystérie ne peut donc pas être la description de toiTs les symptômes que l'hystérie peut faire naître, et encore moins l'ordre de succession de ces symptômes ainsi que leur valeur relative. Car l'hystérie peut simuler n'importe quel symptôme de n'importe quelle affection organique, depuis le plu"^ anodin jusqu'au plus grave. Tous ces symptômes peuvent naitre, ^ disparaître et revenir sans cause apparente et sans ordre aucun. Tous ont la même valeur, car ils constituent tous des modes particuliers de réaction psychique.

Mais, si on ne peut pas décrire toute la symptomatologie, on doit faire ressortir ce qui, dans un cas donné, devant un accident isolé ou devant un ensemble de symptômes, peut faire reconnaître la nature hystérique ou, du moins, en faire soupçonner l'existence.

Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans l'appréciation des manifestations hystériques, c'est que, quelque graves qu'elles puksent paraître au premier abord, elles ne correspondent jamais à des lésions organiques du système nerveux, capables d'être mises en évidence. La meilleure preuve s'en trouve dans ce fait, que toute manifestation hystérique peut apparaître brusquement, sans cause apparente, et disparaître de la même façon. De plus, les manifestations hystériques sont toujours la conséquence d'un ébranlement psychique, plus ou moins intense. Enfin, chose importante à faire ressortir, le point de départ des troubles hystériques se trouve toujours dans les centres nerveux

supérieurs, les centres psychiques, c'est-à-dire les régions de la couche corticale du cerveau en rapport avec les facultés intellectuelles. L'hystérie est toujours une maladie ps3xhique; il résulte de là que tout phénomène hystérique, quel que soit l'organe où il se localise, est toujours d'origine cérébrale.

Pour la facilité de la description, les phénomènes hystériques peuvent être divisés en deux grands groupes. Les uns sont constants ou presque constants, mais ils sont tellement discrets que le malade lui-même peut en ignorer l'existence. Un examen médical méthodiquement conduit parvient seul à les mettre en évidence. Cela est tellement frappant que quelques auteurs ne croient pas à l'existence véritable de ces phénomènes hystériques, et sont tentés d'admettre qu'ils naissent par suggestion inconsciente du médecin, au moment de l'examen médical. On les a désignés sous le nom de symptômes hystériques. Ils caractérisent ce qu'on appelle encore l'état hystérique.

Les autres symptômes sont intermittents ou transitoires. Ceux-ci n'échappent pas à la conscience du malade, et cela parce qu'ils sont bruyants et tenaces. Ils viennent accidentellement se surajouter à l'état hystérique. Ils constituent par leur ensemble ce qu'on a appelé encore les accidents hystériques. Si l'on veut faire un rapprochement, au point de vue clinique, entre l'hystérie et l'épilepsie, on peut dire qu'il y a un état hystérique sur lequel viennent se greffer des crises hystériques plus ou moins violentes, absolument comme il y a un état épileptique.

Ces deux groupes de symptômes ne doivent pas exister ensemble pour porter, dans un cas donné, le diagnostic d'hystérie. Les stigmates hystériques peuvent exister seuls, sans accident d'aucune sorte; dans ces conditions, l'hystérie peut être ignorée et du malade et du médecin. Quant aux accidents hystériques, s'il est d'observation courante qu'ils viennent généralement se surajouter à l'état hystérique, ils peuvent cependant survenir chez des personnes complètement dépourvues de stigmates.

La division des symptômes hystériques en symptômes constants ou stigmates, et symptômes essentiels ou accidents est plus théorique que pratique, d'autant plus qu'il est souvent difficile à dire si un phénomène hystérique donné doit être considéré comme un stigmate ou comme un accident. Nous estimons qu'il vaut mieux ne pas tenir compte de cette subdivision, et passer en revue les plus importantes des manifestations hystériques, en les groupant en manifestations d'ordre sensitif, sensoriel, moteur, viscéral et psychique.

Les manifestations hystériques, quelle que soit leur nature, ■consistent essentiellement, ou dans une exagération, ou dans un affaiblissement de la fonction normale, pouvant aller jusqu'à l'abolition complète. Nous pourrons donc dresser le tableau suivant :

Manifestations hystériques

d'ordre sensitif : anesthésie ou hypoesthésie, h3^peresthésie. d'ordre sensoriel : troubles du goût, de l'odorat, de l'ouïe,

de la vue.

d'ordre moteur : myasthénie, paralysies, contraction tonique

ou contracture, contractions cloniques ou

crises convulsives, d'ordre viscéral.

d'ordre trophique et vaso-moteur, d'ordre psychique : amnésie, aboulie, suggestibilité.

Manifestations d ordre sensitif.

A nesthésie .

L'anesthésie peut être variable de nature et à^étendue.

Nature de l'anesthésie. Elle peutjjitéresser isolément ou simultanément tous les modes de la sensibilité cutanée : le tact, la douleur et la température. Elle est donc ou partielle ou totale.

L'anesthésie cutanée totale consiste dans l'abolition de toute sensation consciente à la suite d'une excitation intéressant en un point quelconque soit la peau, soit les muqueuses des cavités voisines (conjonctive, nasale, bucco-pharingienne, linguale) .

L'anesthésie cutanée partielle est excessivement variable. Elle peut n'intéresser que la sensibilité à la douleur^ c'est V anesthésie ■douloureuse ou Vaîialgésie qui est une des formes les plus fréquenjtes.

Elle peut consister dans une abolition complète de la sensibilité à la douleur et à la température ou thermo-analgésie . avec conservation de la sensibilité tactile, simulant à s'y méprendre les troubles de la sensibilité cutanée connus sous le nom de dissociation syringomyélique caractéristique d'une affection organique soit de la substance grise (syringomyélie), soit de la substance blanche de la moelle épinière (syndrome de Brown-Séquard).

La perte isolée de la sensibilité à la température ou thermoanesthésie est excessivement rare.

Quant à la sensibilité tactile, elle est généralement quelque peu affaiblie, de telle sorte qu'un certain degré d' hypoesthésie tactile accompagne les autres troubles de la sensibilité cutanée.

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