LA NEURASTHÉNIE
La neurasthénie, l'asthénie ou faiblesse nerveuse est un£ maladie générale du système nervgux, sans lésion anatomppatholoo;ique connue, consistant cliniquement en une faiblesse persistante et irritable des centres nerveux, due à un surmenage chroniquedes neurones ayant amené leur fatigue chronique allantjjusqu'à l'épuisement .
La fatigue de la cellule nerveuse est une conséquence directe de son fonctionnement. Sous ce rapport, les neurones obéissent à la loi commune qui régit toute vie cellulaire. DansJeg r.onditinn.s normales, tout accès de fatigue qui survient, soit dans l'individu tout entier, soit dans un de ses organes ou dans n'importe laquelle de ses cellules, est suivi d'une période de repos pendant laquelle s'opère le travail de restauration qui va ramener les conditions normales et permettre la continuation de la fonction. Une fatigue passagère est donc un phénomène physiologique.
On sait d'ailleurs par les observations faites sur les animaux que le fonctionnement de la cellule nerveuse s'accompagne de la turgescence du corps cellulaire, et de la dissolution d'une partie de la substance chromophile ou substance de réserve, accumulée dans son corps protoplasmatique. Pendant la période de repos, le corps cellulaire reprend son volume normal en même temps que se reforment les blocs chromophiles.
. Quand la fatigue est de longue durée, soit par excès de fonction, soit par absence de période de repos permettant la restauration, eiîi^evient pathologique et conduit inévitablement, non seulernênt à l'intoxication de la cellule nerveuse.par les produits de désassimilation qui s'y accumulent, mais encore à la chromolyse progressive pouvant aller jusqu'à l'achromatose .
De là l'état de fatigue chronique et d'épuisement des neurones. Or, les éléments nerveux fatigués et épuisés deviennent par le fait même plus excitables, le seuil de leur excitabilité s'abaisse, ils offrent moins de résistance à répondre aux excitations qui leur sont transmises. Tl se constitue ainsi un véritable cercle vicieux qui est cause de la prolongation indéfinie de l'état de fatigue, à moins qu'un état de repos prolongé ne survienne, soustrayant la
cellule à toute excitation du dehors, tout en lui permettant non seulement de se débarrasser des toxines provenant du métabolisme cellulaire, mais encore de reconstituer sa réserve en substance chromophile.
Enappliquant ces données au fonctionnement du système noiveux de l'homme, nous devons donc admettre que, pour empêcher la neurasthénie de survenir, il faudrait ne jamais dépasser les limites de la fatigue physiologique des cellules nerveuses. Or ces limites nou"s sont Inconnues.
De plus, ces limites varient considérablement d'un individu à l'autre. Tout dépend de la force de résistance que l'organisme possède de par lui-même, ainsi que de la nature et de Tintensité du travail qu'il est appelé à exécuter. A côté d'individus qui, dès leur naissance, possèdent un système nerveux faiblement organisé, destiné à succomber rapidement aux causes d'épuisement qui viendront l'assaillir, il y en a d'autres solidement constitués dont les neurones sont en état de faire face à toutes les exigences de la vie moderne. Or, les conditions sociales actuelles ne tiennent pas compte de ces différences profondes dans la constitution organique des différents individus. La lutte pour la vie est la même pour tous. Tous ceux qui appartiennent à une classe sociale déterminée doivent subir la même éducation, surmonter les mêmes difficultés, fournir le même travail afin d'arriver à se créer une place au soleil. Il n'est guère étrange que dans cette même lutte, entreprise par des individus à constitution organique différente, il doive se produire de nombreuses défaillances.
Les premiers qui succomberont seront les épuisés constitutionnels, les neurasthéniques héréditaires ou dégénératifs, non pas que ch^TTEûx la neurasthénie leur revienne par voie d'hérédité, mais bien que la neurasthénie est leur sort fatal par voie de défaut de résistance.
La neurasthénie héréditaire surviendra donc chez les individus à tare névropathique. dont les parents souffrent déjà de psychopathies variées, et possèdent eux-mêmes un système nerveux prédisposé aux affections nerveuses, ou bien chez les individus nés de parents dont le système nerveux a été affaibli par l'alcoolisme, la syphilis et autres affections constitutionnelles graves. Le système nerveux de ces prédisposés est incapable de résister aux causes les plus bénignes d'épuisement de la vie active moderne, ils succomberont plus ou moins vite d'après leur degré de résistance.
A côté de ces individus héréditairement prédisposés, il en est
beaucoup d'autres dont l'hérédité paraît normale et qui, exposés à un travail incessant, ou plus souvent encore soumis plus que les autres aux contrariétés et aux vicissitudes de la vie, voient également survenir de la fatigue chronique de leurs centres nerveux, entraînant à sa suite tous les symptômes de l'asthénie. Ils rentrent dans le vaste groupe de la neurasthénie acquise. L'intensité de leurs symptômes neurasthéniques sera évidemment en rapport avec la résistance originale de leurs centres nerveux, et avec les excitations de toutes sortes auxquelles ils auront été appelés à faire face.
Enfin on peut rencontrer des individus atteints d'affections chroniques graves des poumons, du cœur, des reins, etc., affections qui entraînent de par elles-mêmes de vives préoccupations au point de vue de la santé de ces malades, de leur avenir, des conditions sociales dans lesquelles ils seront appelés à vivre. Il n'est guère étrange que dans ces conditions certains de ces malades puissent présenter certains troubles nerveux caractéristiques d'un épuisement chronique. Ils appartiennent à la neurasthénie symptomatique.
Au point de vue de l'étiologie, on peut donc subdiviser la neurasthénie en neurasthénie symptomatique d'une affection organique chronique quelle qu'elle soit, et en neurasthénie essentielle ou idiopathique . Celle-ci est peut-être due à des causes internes prédisposantes ou endogènes, ou à des causes externes occasionnelles ou exogènes. Les causes externes ou occasionnelles interviennent inévitablement dans toute neurasthénie essentielle. Mais là où les causes externes semblent avoir eu une action exclusive, ou du moins une action prédominante, on parle de neurasthénie acquise ou de neurasthénie simple^ tandis que là où les causes exte-rnes n'ont été que la cause occasionnelle, la cause principale résidant dans l'absence de résistance originelle des centres nerveux, on parle de neurasthénie héréditaire ou neurasthénie dégénérative.
Cette subdivision a la plus haute importance au point de vue pratique, tant au point de vue du pronostic qu'à celui du traitement. 11 est évident que la neurasthénie héréditaire doit être la plus grave, et que le meilleur traitement à lui opposer devrait être un traitement prophylactique, auquel on soumettrait les individus à système nerveux affaibli, afin de les prémunir contre les ejxcitations sans nombre de la vie moderne.
La neurasthénie acquise aura une gravité variable suivant la part plus ou moins grande des prédispositions héréditaires ou
individuelles. Moins il y aura de faiblesse constitutionnelle, plus il y aura de chances de guérison radicale.
Deux grands facteurs dominent donc l'étiologie de la neurasthénie : l'hérédité neuro-arthritique et le surmenage cérébral déterminé soit par un excès de travail intellectuel sans repos suffisant, soit par des passions dépressives amenant un surmenage dans la sphère des facultés affectives par les deuils, les chagrins, les revers de fortune, les remords, etc.
L'hérédité neuro-arthritique ou l'affaiblissement des centres nerveux existant, il suffira quelquefois d'une cause déterminante, anodine en soi, pour faire éclater la maladie. Parmi ces causes déterminantes, les plus communes sont les émotions morales vives, le traumatisme, les intoxications et les infections.
Symptomatologie.
La neurasthénie se traduit cliniquement par des troubles siibjectifs nonTBreux, variés, diversement associés que l'on divise en deu2ç groupes principaux : les symptômes fondamentaux ou essentÀels et les symptômes accessoires. Onjes appelle quelquefois encore par analogie avec ce qui s'observe dans l'hystérie : les stigmates de la neurasthénie appartenant à Vétat neurasthénique et les accidents neurasthéniques.
Les symptômes fondamentaux comprennent : la céphalée, Vasthénie neuro-musculaire, la rachial^ie, la dyspepsie par atonie gastro-intestinale, Vinsomnie et la dépression cérébrale .
La céphalée consiste très souvent en une sensation de constriction ou de pesanteur, que beaucoup de malades comparent à la sensation que donne une coiffure trop lourde, de là le nom de casque neurasthénique. Cette céphalée n'envahit pas toujours toute la tête, mais elle peut être localisée au front, aux veux, à 1^ rarinR du nez, dans les régions temporales, à l'occiput ou à la nuque. Souvent même elle naît à la nuque pour s'étendre progressivement jusque dans la région frontale.
D'autres malades se plaignent de sensations à l'intérieur du crâne, lourdeur de la tête vague et profonde, sensation de vide, sensation d'un corps qui se déplace soit solide, soit liquide.
La céphalée peut être continue. Le plus souvent cependant elle survient au moment du réveil, etpersiste jusqu'au premier repas. La lecture, l'écriture, le travail intellectuel, une conversation, une émotion peut faire naître la céphalée ou aggraver celle qui existe.
\ ''asthénie neuro-musculaire est une sensation continuelle de
lassitude ou de fatigue généralisée, qui rend le malade impropre à toutjtravail et qui affecte profondément son moral. Elle existe souvent dès son réveil, s'atténue et peut même disparaître momentanément après les repas. Quelquefois, quand elle est moins prononcée, l'asthénie se manifeste par une fatigue rapide, à la suite du moindre travail. A l'examen objectif la motilité volontaire et la forme musculaire sont normales.
La rachialgie est^une douleur de nature variable qui survient soit sur toute la hauteur de^la colonne vertébrale, soit en des régions limitées : au niveau de l'apophyse proéminente et les vertèbres dorsales voisines {douleur interscapulaire), au niveau des apophyses lombaires ou bien, et le plus souvent, au niveau du sacrum [plaque sacrée).
La dyspepsie par atonie gastro-intestinale ou dyspepsie nerveuse peut se présenter sous les formes les plus diverses.
D ansjlesjcas légers, la digestio n se fait mal, elle est accompagnée de malaises, mais la nutrition générale reste bonne. L'appétit est conservé, la faim est normale, souvent exagérée: après le repas, le malade se sent bien, il est apte au travail. Cette sensation de bien-être dure une demi-heure ou une heure, puis les troubles surviennent, ils débutent généralement par une sensation de plénitude au niveau de l'épigastre avec ballonnement dn ventre, entraînant des palpitationSj__de__roppression, des bouffées de chaleur, des renvois. La tête devient lourde et je malade .se sent envahi par de la torpeur ou un état d'accablement. Ces malaises persistent pendant une ou deux heures pour finir avec la digestion .
Dans la forme grave, on voit survenir les mêmes troubles, à un degré plus accentué; de plus, la faim diminue, l'appétit se perd, aussi la nutrition souffre, les forces diminuent, le teint pâlit, l'amaigrissement survient, pouvant faire croire à l'existence d'une affection organique grave.
'L'insomnie est un des symptômes les plus fréquents et des plus tenaces, qui peut dominer à elle seule toute la symptomatologie. Le plus souvent le malade ne parvient pas à s'endormir, il se tourne et se retourne dans le lit, souvent même le quitte pour se promener daTîs la chambre. Si au bout de deux ou trois heures l'assoupissement survient, il ne dure "pas longtemps, il s'éveille ^]^ie"ntôt dans un état d'excitation ou d'angoisse^ qui l'empêche^de se rendormir. Très souvent aussi, les quelques heures d'assoupissement sont occupées par des rêves terrifiants, qui se terminent par un réveil brusque.
Dépression cérébrale. Les facultés intellectuelles ne sont jamais
réellement atteintes, aussi est-il rare de voir la neurasthénie se transformer en maladie mentale. Les malades se plaignent, toutefois, d'affaiblissement des facultés intellectuelles et déclarent même ressentir un amoindrissement de leur personnalité. C'est cette crainte insurmontable qu'ils ressentent de la folie, plus ou moins prochaine, qui les entraine à des idées tristes et hypocondriaques. Mais quand on les examine et qu'on les interroge au point de vue des facultés intellectuelles, on s'aperçoit bien vite que leur faculté de raisonner et de juger n'est en aucune façon atteinte.
C'est la crainte, l'appréhension qu'ils ont de voir survenir des troubles intellectuels qui domine toute la scène. Le fait d'ailleurs de se sentir malade est la caractéristique de la neurasthénie, car l'homme véritablement atteint d'affection mentale ne se sent pas malade, il veut être bien portant, car il lui manque toute sensation subjective d'une maladie quelconque. C'est la crainte de perdre la raison ou d'être sous la menace d'une affection grave, du côté des centres nerveux, qui rend le neurasthénique si préoccupé de sa propre personne, qui l'empêche de s'occuper de tout ce qui se passe autour de lui, qui le rend indifférent à ses affaires et à tout ce qui l'entoure.
De là vient Vaboulie ou l'affaiblissement de la volonté dont il a conscience, qu'il subit avec~pêine, maiscontre laquelle il se sent impuissant à réagir. De là encore la difficulté extrême pour se déterminer à exécuter les actes de sa profession, alors qu'il ne présente aucun symptôme d'épuisement musculaire. De là encore l'impossibilité de fixer l'attention sur un objet déterminé d'une façon quelque peu soutenue.
Cet état permanent d'angoisse concernant sa propre santé entraine le découragement, des obsessions, des phobies, des idées fixes. Ces malades sont, en apparence du moins et à les entendre, de véritables désespérés. Mais leur croyance à cet égard est cependant peu profonde. Ils se laissent facilement convaincre de l'inanité de leurs craintes, de sorte qu'on peut les réconforter aisément, au moins pour quelque temps.
Cet état mental se reflète sur leur humeur ordinaire. Ils sont irritables à l'extrême et se mettent en colère pour des riens.~Xe symptôme fondamental dejajieurasthénie est d'ailleurs Xdifatbl^je irritable, c'est-à-dire uneJjThabilité anormale associée à une fatigue anormale. Les moindres émotions provoquent des réactions cérébrales tout à fait disproportionnées, telles que la colère, l'angoisse, la mauvaise humeur. Le moindre bruit provoque une réaction
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motrice plus ou moins accompagnée d'angoisse. C'est encore grâce à cette irritabilité et à l'hypersensibilité qui l'accompagne, qu'ils deviennent conscients des phénomènes végétatifs qui se passent en eux.
Quant à la fatigue anormale, elle est cause de la sensation de lassitude générale dont ils se plaignent, et de leur incapacité d'exécuter n'importe quel travail physique ou intellectuel.
Symptômes jiçcessoir es . A côté des symptômes cardinaux que nous venons de décrire, on peutrencontrer d'autres manifestations neurasthéniques que l'on peut considérer comme étant les petits symptômes de la névrose.
~lZé~vértjge est un S3'mptôme fréquent. Il apparaît tantôt à jeun, tantôt après le repas au milieu des malaises caractéristiques de la crise de dyspepsie. Le plus souvent il s'agit d'une sensation passagère d'étourdissement, comme si le malade allait tomber ou comme si le sol disparaissait en dessous de lui. D'autres fois, le malade éprouve une obnubilation de la vue, accompagnée de bourdonnements d'oreille et de sensation de vide dans la tête. Quelquefois il lui semble que le sol se soulève ou s'abaisse. Cela dure quelques minutes, accompagné ou non de nausées, puis tout disparaît, laissant le malade dans un état d'accablement plus ou moins profond.
Comme symptômes moteurs, on peut voir survenir du tremblement surtout accentué dans les extrémités des membres supérieurs. Ce tremblement pourrait être confondu au premier abord avec celui de la maladie de Parkinson. Mais comme éléments permettant de faire le diagnostic différentiel, il y a à faire ressortir l'absence de contracture, qui est si caractéristique dans la paralysie agitante, et l'exagération des réflexes tendineux qui ne s'observe jamais dans cette dernière affection.
Comme troubles de la sensibilité, on peut observer : \J hypërcsTliésie localisée en une région variable__dji rorps ^ et des /)flrg577;g57gFvariées Jourmjllements, engnnrdissement, sensations de brûlure, démangeaisons, etc.
~T7ôûbles sensoriels. Du côté de la jzMT^n signale les mouches volantes et surtout Vasthénopie, rnnsistarit dans ce fait que la vue esT^vîte^atiguée, le malade éprouve une sensation de tension douloureuse dans les globes oculaires, suivie bientôt de laconfusion des images visuelles.
Du côté de l'o/z/g, H y a hypcracousie : le moindre bruit est ressenti douloureusement. De plus, beaucoup de malades se plaignent
de sentir les pulsations des artères, de bourdonnements et de tintements.
Du côté des organes génitaux on observe la perte de l'appétit sexuel, les pollutions fréquentes, l'impuissance relatiye.
Du côté du sy sterne circulatoire, on si^g^nale comme symptôme presque constant des crises de palpitations ou accès de tachycardie, quelquefois aussi de Varytlimte.
Tous les symptômes neurasthéniques, symptômes principaux et symptômes secondaires, peuvent se combiner de façon à produire des formes multiples de neurasthénie dont les plus communes sont les suivantes :
L a neurasthénie cérébro-spinale est la forme la plus fréquente, o n y rencontre tous les symptômes cérébro-spinaux et viscéraux.
La neurasthénie cérébrale ou cérébrasthénie s'observe surtout chez l'homme à la suite de surmenage intellectuel. On y rencontre •comme symptômes prédominants : la céphalée constrictive, l'insomnie, la dépression cérébrale se manifestant par l'aboulie, l'affaiblissement de la mémoire, les phobies et les préoccupations hypocondriaques.
La neurasthénie spinale ou niyélasthénie, appelée encore irritation spinale, est surtout caractérisée par la rachialgie, les douleurs thoraciques et abdominales, des douleurs lancinantes dans les membres inférieurs, la sensation de constriction à la base du thorax, l'impuissance génitale, tous symptômes que l'on rencontre également dans la période préataxique du tabès et qui peut donner aux malades instruits, enclins à lire des livres de médecine qu'ils ne comprennent pas, la crainte, l'obsession d'être atteints d'une maladie grave de la moelle épinière.
La neurasthénie dyspeptique est surtout caractérisée par la prédominance des symptômes gastriques et intestinaux.
La neurasthénie cardiaque dans laquelle les crises de tachycardie constitiient le symptôme qui frappe le plus vivement le malade et qui lui fait croire à l'existence d'une maladie grave du cœur surtout si les palpitations s'accompagnent quelque peu d'arythmie.
La neurasthénie génitale survient surtout chez des individus prédî5pDses~~qui se sont livrés à la masturbation et à des excès génésiques ou bien qui sont atteints d'une maladie des organes génito-urinaires. Au début l'affection se caractérise par des symptômes d'excitation due à l'irritabilité anormale des centres nerveux correspondants, de là des pollutions nocturnes fréquentes, du priapisme, de l'éjaculation hâtive, quelquefois même de la spermatorrhée.
Les malades éprouvent en même temps des sensations de brûlure dans le canal de Turèthre, se plaignent de douleurs dans la verge, le scrotum, la région périnéale. Toutes ces sensations les inquiètent, ils se soumettent à divers traitements locaux qui sont naturellement sans résultats, de là un découragement profond. Bientôt surviennent de la céphalée, de la rachialgie, de la dépression cérébrale. Les malades se croient épuisés par les pertes séminales, ils s'imaginent qu'ils sont incapables d'une érection suffisante, l'appétit sexuel disparait et l'impuissance purement psychique au début devient définitive : plus d'érection, plus d'éjaculation ou bien si elle survient elle est ou trop précoce ou trop tardive. La neurasthénie génitale est souvent incurable.
Neurasthénie héréditaire. De toutes les formes de neurasthénie, la neurasthénie endogène ou héréditaire est certainement la plus grave. Elle se caractérise par son apparition précoce, sa longue durée, la ténacité et la multiplicité des accidents, quelquefois aussi par des troubles mentaux. C'est ici que l'on rencontre les phobies les plus variées : V agoraphobie ou la peur de l'espace, la topophobie ou la peur de certains lieux, la claustrophobie (peur d'être b
enfermé) V anthropophobie , la pathophobie (peur des maladies, peur des microbes), la misophobie ou la peur de toucher les objets, etc.
Tous ces troubles mentaux présentent les caractères propres aux obsessions : l'irrésistibilité de l'idée, la conservation de la conscience, l'angoisse, le bien-être consécutif.
Ces états psychiques qui appartiennent en toute première ligne à la neurasthénie héréditaire peuvent apparaître toutefois dans le cours de la neurasthénie acquise.
Les symptômes de la neurasthénie, quelque variés qu'ils soient, appartiennent tous au groupe des symptômes subjectifs. Les symptômes objectifs ne font toutefois pas défaut, mais ceux-ci ne sont jamais la traduction au dehors d'une mise hors de fonction d'une partie quelconque de l'axe nerveux. Les symptômes de déficit si fréquents et si caractéristiques dans les affections organiques font toujours totalement défaut dans la neurasthénie. Les symptômes objectifs sont toujours la conséquence de l'irritabilité anormale des centres nerveux. Ils consistent essentiellement en exagération des réflexes tendineux, exagération de l'excitabilité mécanique des muscles, irritabilité anormale de l'innervation cardiaque, troubles vaso-moteurs et tremblement.
Marche, durée, terminaison.
Le début est généralement lent et insidieux, quelquefois aigu et brusque. La marche est chronique. L'affiection peut s'aggraver
d'année en année, ou bien elle peut rester stationnaire. Elle dure d'ordinaire plusieurs années, interrompue de temps en temps par des périodes de rémission ou de guérison complète de durée variable.
Pronostic.
Le pronostic est favorable^ d'autant plus que la constitution est plus forte et rhé'redité moins chargée. La forme la plus grave est la neurasthénie héréditaire. Les formes les plus favorables sont les neurasthénies acquises et parmi elles celle qui est due au surmenage intellectuel.
Le diagnostic doit se faire par exclusion. On doit d'abord bien se convaincre de ne pas se trouver en présence d'une affection organique de quelque nature qu'elle soit, d'autant plus que des symptômes neurasthéniques peuvent accompagner et accompagnent généralement les affections organiques chroniques surtout pulmonaires, cardiaques et rénales. Le médecin ne doit pas oublier que, au point de vue de son malade, il est beaucoup moins grave de prendre une neurasthénie réelle pour une affection organique et de la traiter comme telle que de ne pas reconnaître une affection organicue et de la traiter comme neurasthénie.
Quand toute idée d'affection organique a été écartée, il faut encore pensera la simple nervosité et ne porter le dia.g^nostic de neurasthénie que quand il existe certains symptômes fondamentaux.
Le diagnostic différentiel entre la neurasthénie et l'hystérie peut présenter de réelles difficultés. Ce qui doit servir de ligne de conduite dans ce diagnostic différentiel c'est que dans la neurasthénie on ne voit jamais survenir ni des symptômes de déficit, tels que anesthésie et paralysie, ni des symptômes d'excitation corticale telle que la contracture, symptômes qui sont, en quelque sorte, les stigmates de l'hystérie. Tous les symptômes de la neurasthénie, quels qu'ils soient, sont toujours la conséquence soit d'une irritabilité anormale, soit à'\xu& fatigue anormale des centres nerveux.
Les symptômes caractéristiques de l'irritabilité et de la fatigue nerveuses peuvent cependant présenter des analogies avec les symptômes que l'on voit survenir au début de certaines affections organiques. Un examen attentif permettra cependant aisément de poser un diagnostic rationnel.
Les plus importantes de ces maladies organicjues c|ui, au début , pourraient en imposer pour de la neurasthénie, sont :
I" la paralysie générale, mais ici le signe d'Argyll-Robertson,
l'inégalité pupillaire, le signe de Westphal, les troubles de la parole et peut-être une ébauche de conceptions délirantes lèveront tout doute ;
2° la tiimeurcérébrale , surtout à cause de la céphalée et des vertiges, mais quand il y a tumeur cérébrale la céphalée est violente, elle survient par crises, de plus elle s'accompagne de vomissements et de papille de stase ;
30 le tabès, et cela à cause des douleurs lancinantes, des fourmillements, du besoin fréquent d'uriner qui sont également des symptômes neurasthéniques.
La persistance et même l'exagération des réflexes rotuliens, l'égalité des pupilles et la persistance du réflexe pupillaire à la lumière permettront, en cas de doute, de faire le diagnostic de neurasthénie. A la rigueur, on pourra recourir à la ponction lombaire et à l'examen du liquide au point de vue de la lymphocytose et de la réaction de Wassermann.
Traitement.
Le traitement peut exercer une influence considérable sur la neurasthénie. Il se confond en grande partie avec celui de l'hystérie, mais il demande de la part du médecin beaucoup de
tact et dp la pafipnrp
T Q jvrnj2.h3davip ppt plutôt théorique que pratique. Elle consiste avant tout à éviter autant que possible le mariage entre personnes issues de familles névropathiques. Dans les familles névropathiques^lies-mêmes prédisposées à la neurasthénie dans leurs descendants, le jpédecin de famille doit intervenir dans la mesuje de ses moyens et surveiller d'une façon particulière l'éducation des enfants, leur prescrire un régime tonifiant, sans excitant d'aucune sorte, prêchant surtout l'abstinence complète d'alcool et de tabac, éviter les excès de travail intellectuel, prescrire une vie régui-rère, un sommeil prolongé, intervenir enfin dans le choix d'une profession afin d'écarter les candidats à la neurasthénie des carrières-libérales, nécessitant de longues années de surmenage intellectuel.
Quand la neurasthénie existe, qu'elle soit héréditaire ou acquise, le traitemenLcmisistêiaesseï^ : i" à supprimerai possijjle
les causes déterminantes ^2° à procurer au système nerveux le repos indispens^l5Te pour que la restauration des éléments nerveux puisse^ faire , en même temps qu'à faypxiser ja, nutrition généj;ale de l'individu en recourant à l'em^plpl judicieux de moyens physigues tels que les exercices de gymnastique, l'hydrothérapie,
le massage, l'électncité ; 3'^ à relever 1p moral Hn malaHp par nnp action suggestive iudicieusement conduite.
A~côté de ce traitement général, on sera encore bien souvent obligé de recourir à un traitement médicamenteux, mais celui-ci ne peut servir qu'à soutenir l'influence suggestive du médecin ou à combattre certains troubles déterminés. Il sera donc purement symptomatique et ne~sêra utilisé que pour les seuls symptômes pénibles pouvant retentir sur l'état général.
La suppression de la cause déterminante de la crise de neurasthénie est la première condition à réaliser. Ce traitement sera surtout efficace dans la neurasthénie acquise, soit par surmenage intellectuel, soit par des peines morales vives. En cas de surmenage, il faut éloigner le malade de ses travaux et de ses occu-
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pations habituelles et comme il lui faut du repos et qu'il faut le mettre à l'abri de toute excitation, le mieux serait de l'envoyer faire une cure dans un milieu calme et tranquille où, sous ladirection d'un médecin, il laissera son système nerveux lentement se tonifier et se restaurer. Il est donc inutile de l'envoyer dans une ville d'eaux à la mode ou de lui prescrire des déplacements compliqués, des voyages difficiles qui ne peuvent que l'irriter et^le fatiguer davantage .
Les voyages ne sont à recommander qu'aux neurasthéniques bien portants et, dans ces conditions, un voyage sur mer peut être très efficace. Quant aux neurasthéniques amaigris et anémiés, un séiour à la mer, dans une localité peu fréquentée, peut leur être de la plus grande utilité.
Les exercices__physiques ne doivent être prescrits que dans les formes légères, surtout dans la neurasthénie cérébrale; c'est le médecin qui, en chaque cas particulier, en réglera la forme et la durée, car un excès de travail physique peut être tout aussi nuisible qu'un excès de travail intellectuel.
Pour aider à la restauration des forces nerveuses, on peut recourir à V hydrothérapie sous forme de douches et de bains tièdes ou chauds dans les périodes d'excitation avec insomnie, sous forme d'hydrothérapie froide (enveloppements, lotions, douches en jet brisé suivies de frictions), dans les périodes de dépression.