PATHOGÉNIE DES MALADIES PAR CARENEE
Vilamines et symbiotes
Nous avons vu que tous les auteurs sont d'aceord pour rejeter les diverses théories parasitaires ou microbiennes dont nous nous sommes occupés à propos de l'étude étiologique des maladies par carence et qu'ils admettent que ces affections sont liées à l'absence dans l’alimentaion d’une substance ou de plusieurs substances particulières, indispensables aux échanges nutritifs. Restait done à déterminer la nature intime de ces substances mysté-, rieuses, douées d'un pouvoir surprenant puisque à dose infinilésimale elles suffisaient aux besoins du métabolisme cellulaire, comme nous l'a montré l'expérience d'Hopkins sur de jeunes rats.
La vilamine de Funk. — Théorie de l’avitaminose
De tout temps, le fait suivant, confirmé par les recherches expérimentales, avait frappé les observateurs : l’alimentalion exclusive par le riz poli engendre les accidents béribériques ; l’ingestion du paddi c’est-à-dire des parties
de la graine éliminées par le polissage, non seulement prévient l’éclosion de ces accidents mais encore les fail cesser. De là l'idée toute naturelle Ge s'adresser au paddi pour tenter de rechercher et d'isoler cette substance douée d'un pouvoir à la fois préventif et curatif dont on soupeonnait l'existence.
Déjà Eykman avait extrait de la balle de paddi un corps soluble dans l'eau et l'alcool, dialysable et possédant un pouvoir curatif.
Mais c’est surtout Casimir Funk qui, en 1911, devait pousser très loin les recherches chimiques. La méthode suivie par lui fut une méthode de fractionnement. 11 part de 50 kilogrammes de balle de paddi qu'il traite par l’alcool froid en partie saturé d’acide chlorhydrique : les matières albuminoïdes, l’amidon, les substances minérales sont ainsi éliminées. Les alcools d'extraction sont ensuite réunis, évaporés par le vide, puis le résidu est traité par l’eau bouillante : les graisses se séparentalors. La solution aqueuse est traitée par l'acide phospholungstique ; le précipité obtenu est soumis à l’action de a baryte ; on élimine l'excés de baryte et on reprend par l'alcool pour éliminer les sels de potasse. La choline provenant de l'hydrolyse acide subie au début par les lécithines est précipitée par le bichlorure d'hydrargyre. Le filtrat est enfin traité par l'azotate d'argent. On trouve finalement dans le résidu unebase pyrimidique nouvelle, cristallisable dans l'alcool, fondant à 233 degrés et dont la formule brute est :
C1 H°° N° (ol
Par ce procédé, assez compliqué comme on vient de s’en rendre comple, le rendement est très faible : de
50 kilogrammes de balle de paddi on n'obtient que 0 gr.40 2e
de la substance recherchée. Mais, pour Funk et Vedder, une grande partie de la base isolée se décompose au cours de la préparation car le composé est non saturé.
Cette substance nommée vitamine par Funk est douée de propriétés curatives intenses : quelques milligramnies amènent la disparition rapide des accidents chez l’animal. Chez l'homme, des résultats encourageants sont également obtenus avec elle par Vedder et Williams.
Pour Funk, cette vitamine se trouve chez les végétaux en partie libre,en partie combinée. Ses caractères de solubilité la font retrouver avec les phosphatides dans les extraits alcooliques des issus animaux. Mac Lean la trouve dans les eaux de lavage des phosphatides du rein de cheval. Isolée soit de la balle de paddi, soit des levures, soit des tissus animaux, la vitamine présente les mêmes caractères chimiques et thérapeutiques (Edie, Moore, Simpson et Webster.
Aux clartés de cette découverte chimique il devenait plus aisé d'interpréter les phénomènes de carence. Pour Funk, l'animal possède dans l'intimité de ses lissus des. réserves de vilamines dont le taux doit rester constant, grâce à l'apport alimentaire. Que les vitamines viennent à manquer dans l'alimentation de l'animal, ce dernier empruntera celles-ci aux réserves de ses masses musculaires d’abord puis du tissu nerveux, d’où des désordres graves. C'est à l’ensemble des troubles qui s'ensuivent que Funk a donné le nom d'avitaminoses.
D'autres corps présentent d'ailleurs certaines propriétés de la vitamine et amènent des amélioralions passagères : telles sont l'allantoïde que l’on rencontre au cours dela préparation de la vitamine, l'hydantoïde el la paraxanthine.
La vitamine de Funk n'est pas l'origine de toutes les manifestations des maladies par carence ; ainsi la vitamine antiscorbutique, dont on est d'ailleurs réduit pour l'instant à supposer l'existence, ne serait pas la même que la vitamine antibéribérique.
Les recherches de Funk posent en somme le problème suivant : pour l'eau, les sels, les graisses et les hydrates de carbone. les besoins de l'organisme sont purement quantitatifs. Pour les substances albuminoïdes, certains acides aminés, tels que la lysine, sont indispensables à la nutrition, non en tant qu'éléments azotés, mais parce que contenant certains noyaux chimiques dont l’organisme ne saurait se passer.
Les expériences d'Osborne et Mendel { 1912- 1916) viendraient d’ailleurs à l'appui de cette AE : ces auteurs meltent des rats blanes au régime de la zéine et constatent que les animaux dépérissent. Si à la zéine on ajoute du tryptophane, sans augmenter la quantité totale de la ration alimentaire, les animaux restent indifférents et la courbe de poids se maintient en plaleau ; si à ces. deux substances on ajoute enfin de la Iysine, la ration restant encore la même au point de vue quantitatif, la . courbe de poids reprend son mouvement ascensionnel et les animaux se développent parfaitement.
. Ces substances albuminoïdes particulières, indispensables au développement des jeunes êlres, existent en abondance dans le lait et ont été groupées par Mac Collum et Davis, de l'Ecole américaine, sous le nom de facteurs accessoires de la croissante, vilamines de croissance. 1ls les divisent en deux catégories : celles du groupe A, solubles dans les graisses, que l'on trouve surtout dans les parties vertes des plantes et, chez les animaux, dans les masses adipeuses; celles du groupe B,
Le ERA solubles dans l'eau et l'alcool, abondantes dans le lait, les glandes (rein, foie, testicule, pancréas), dans les muscles, le jaune d'œuf,les éléments cellulaires des plantes et dans les graisses.
L'absence du facteur B dans l'alimentation provoque. rail la polynévrite chez les oiseaux (Funk) et chez le rat (Simmonds et Mac Collum).
L'absence du facteur À causerait Îa xérophtalmie, affection fréquente chez les japonais et nommée par eux hikan : elle se manifeste par de l'œdème des paupières, suivi de dessication de la conjonctive entraînant l'opacité de la cornée. Ces accidents que l’on retrouve chez le nourrisson privé d'aliments gras (régime des bouillons de légumes) guérit assez bien par l'huile de foie de morue.
Enfin la privation des deux facteurs À et B produit l'arrêt de croissance et l’athrepsie. k
Ces facteurs seraient également indispensables à la croissance des végétaux. Bottomley et Mockderidge étudient sous le nom d’auximones certaines substances extraites par l'alcool de la Lourbe de sphagnum, agent ferlilisant de premier ordre el jouissant comme-elle ‘des mêmes propriétés ; le résidu de la tourbe ainsi «extraite » n'a d’ailleurs plus aucune action sur la croissance des végélaux.
Ces auteurs pensent que les plantes fixent les auximones et nous les transmetlent sous le nom de vitamines. Par là nous touchons à un problème des plus intéressants. En effet d’où proviennent ces vitamines de croissance que lon trouve si abondamment dans le lait ? Sont-elles élaborées par l'organisme maternel ? Leur synthèse se fait elle au sein de la glande mammaire ? On serait tenté de le croire, mais les expériences de Mac
RL, NF RE
Collum, Simmonds et Pitz ont montré que les facteurs À et B ne passent dans le lait qu'autant qu'ils ont été fournis à la mère par son régime alimentaire : celle-ci est incapable de les fabriquer On est dès lors bien forcé d'admettre que les animaux ne peuvent trouver ces éléments indispensables que chez les végétaux. Mais à leur tour, les végétaux sont-ils capable de fabriquer de toutes pièces les vitamines ou leur viennent-elles du dehors et par quelle voie ? Pour Grimbert, les véritables créateurs des vilamines seraient les bactéries du sol. Le végétal ne sérail plus qu'un intermédiaire entre les bactéries du sol el les animaux.
Nous venons de voir en quoi consiste la théorie de l’'avitaminose de Funk ainsi que les diverses interprétalons qu'elle à suscilées. Quelle valeur doit on lui accorder ?
Sans doute on ne peut nier qu'on à généralisé un peu vite à toutes les maladies par carence l'application d'une théorie qai, primitivement, ne devrait trouver sa raison d'être que dans l'étude pathogénique du béribéri. La vitamine de Funk est une vitamine antibéribérique ; qu'il existe parallèlement une vitamine anliscorbutique et une vitamine antipellagreuse, on, peut le présumer, mais il faut avouer que ces substances ne sont pas encore nettement individualisées, Aussi ne pensons-nous pas qu'on puisse substituer le terme d'avilaminoses à celui de maladies par carence; cette dernière expression d'une compréhension plus vaste, 1! est vrai, et c'est
par là qu'elle pêche quelque peu, à l'avantage toul au
moins de ne pas préjuger de Îa nature de la substance déficiente.