ETUDE CLINIQUE DES PRINCIPALES MALADIES PAR CARENCE
Lz SYNDROME DE LA CARENCE.
Vouloir à Fheure actuelle non seulement classer mais même énumérer les maladies par carence nous semble tout au moins prématuré ; aussi nous contenterons-nous de passer en revue les principales de ces maladies, celles pour lesquelles les auteurs sont à peu près unanimes à faire intervenir la notion de carence, laissant à Pavenir le soin d'établir si telle ou telle affection, à pathogénie encore obscure, doit se réclamer de ce groupe morbide.
Le béribéri.le scorbut et la maladie de Barlow, la pellagre, telles sont les affections où l'intervention de la carence ne fait plus de doute etque nous nous proposons de décrire et d'étudier, nous réservant surtout d’insister sur les ingénieuses théories pathogéniques auxquelles elles ont donné naissance.
BÉRIRÉRI. — Le béribéri est une maladie caractérisée au point de vue anatomique par des névrites périphériques et au point de vue clinique par des troubles de la sensibilité, de la motililé et de la trophieité.
Cette affection sévit dans l’Inde anglaise, en Conchin-
chine, en Malaisie, au Brésil. On a noté des cas de béribéri à Marseille, au début de la dernière guerre, chez des Indo-Chinois.
Au point de vue clinique, le béribéri. se présente sous trois formes : 1° la forme hydropique, caractérisée par des œdèmes ; 2 {a forme paralytique ; 3° une forme mixte. On trouve toujours au début de la maladie certains phénomènes prodromiques, un peu de faiblesse des jambes (Bhayree signifie faiblesse à Ceylan), de l'inaptitude au travail, une dyspnée plus où moins marquée, la sensation de constriction thoracique. Rarement, l'affection débute brusquement par de l'œdème ou de la paralysie.
a) Forme hydropique. — L'œdème débute toujours par les membres inférieurs. puis il envahit la face, le sternum et quelquefois tout le tissu eellulaire d'une façon plus ou moins rapide.
Dans la forme rapide, outre cel œdème généralisé, on constate presque toujours trois autres symptômes impor- .tants : 1° la sensation de constriction thoracique ‘corset béribérique) avec angoisse ; 2° la dyspnée, enfin 3 des vomissements rendant toute alimentation impossible. Le malade meurt asphyxié.
Dans la forme lenle, l'infiltration séreuse est moins marquée, la douleur épigastrique moins violente, La mort survient par l'extension de la paralysie aux muscles respiratoires. Dans les cas heureux, l’anasarque disparait peu à peu mais la faiblesse des jambes persiste très longtemps, le malade ne pouvant plus marcher sans son bàton (démarche en trépied de Le Dantec).
b) Forme paralytique. - Après les troubles prodromiques plus haut cités, survient de l’anesthésie cutanée dans certaines régions du corps, puis des fourmillements?
une sensation de morsure, des sensations bizarres de la muqueuse gustative. La paralysie surviéntalors, intéressant généralement les groupes museulaires en rapport avec les régions anesthésiées, avec symptômes de pseudotabes : signe de Westphall, signe de Romberg, signe de de l'escalier, etc.
Des troubles trophiques accompagnent fréquemment les paralysies du membre supérieur ; presque jamais d’hyperthermie ; l’excitabilité électrique est diminuée et, à la dernière période, abolie. |
c) Forme mitle. — Celte forme est constituée par l’association d’œdèmes et de paralysie.
Le béribéri a une durée essentiellement variable. La forme hydropique est plus grave que la forme sèche. mais celle-ci laisse souvent après elle des paralysies incura-
bles.
SCORBUT. — Le scorbut est une maladie apyrétique, caractérisée par du purpura hémorragique et par une gingivite spéciale dite scorbutique. Cette maladie sévit dans loutes les régions du globe, surtout dans les zones froides.
Au point de vue clinique, il faut distinguer une période de début, caractérisée par des symptômes généraux : courbalure, faiblesse générale. sentiment de tristesse, aspect terreux de la peau, des signes digestifs : anorexie, vomissements, diarrhée ; puis surviennent des œdèmes de la face et des paupières ainsi que des douleurs vagues qui finissent par se fixer dans certaines régions : genoux, région lombaire, épaules, douleurs quelquefois intenses.
Bientôt apparaissent des symptômes locaux : c'est une infiltration sanguine du derme au niveau des follicules
os te
pileux formant le piqueté scorbulique où pétéchies folliculaires, ce surtout sur les parties les plus velues. L'éruplion pétéchiale se faiten une seule fois et dure un à deux mois.
À cette période, le moindre trauma provoqué une infiltralion sanguine des mailles du derme. C'est à ce moment qu'apparaissent les lésions gingivales consistant en un liseré vineux sur le bord des gencives qui saignent au moindre contact, se ramollissent et s’ulcèrent,
Entin surviennent les hémorragies multiples au niveau de la peau, des muscles et des synoviales. Les os sont le siège d'’hémalomes sous-périostés formant des indurations caractéristiques, très douloureuses, rendant impossible le moindre mouvement (pseudo paralysie).
La résorption de ces épanchements sanguins est très lente. Les lésions des gencives sont à leur apogée et les dents « se meuvent comme les touches d’un clavier sous le doigt qui les explore » (Dupré). La chute des dents est finalement la conséquence de celte périostite alvéolo-dentaire. L'haleine est fétide, les urines sont diminuées.
La »ériode terminale où de cachexie séorbutique arrive enfin avec ses hémorragies se faisant par toutes les voies et ses lésions osseuses étendues: décollements épiphysaires, nécrose des maxillaires. Le malade meurt au milieu d'une adynamie extrême.
La marche de cette affection est lente, deux ou trois mois, maisla terminaison est fatale si on n'intervient pas. .… Le pronostic est bon si on intervient précocement. La convalescence est toujours longue.
SCORBUT INFANTILE. ». Celle affection qui n'esl qu une
variante de celle décrite précédemment a éte fort bien étudiée par Sir Barlow dont elle porte aussi le nom. Elle frappe les enfants en bas-âge. c'est à dire au dessous de deux ans, et même plus agés comme MM. Weill et Mouriquand l'ont noté chez des petits rapatriés du nord vers la fin de la guerre et qui avaient été soumis pendant plusieurs mois à un régime alimentaire des plus défectueux.
Le début est insidieux : l'enfant perd l'appétit, il devient grognon, ses chairs s’amollissent et présentent une
pâleur marquée.
Puis survient un phénomène caractéristique : c'est une pseudo-paralysie douloureuse, presque constante et permettant, à elle seule, de faire le diagnostic, limitée, en général, aux membres inférieurs (paraplégie). C’est la lésion de l'os (hémorragie) qui entraîne la douleur et l'immobilité des membres.
A ces douleurs s'ajoutent du gonflement et des déformations plus ou moins étendues, dues aux hématomes sous-périostés siégeant surtout au niveau des os longs. Parfois se produisent des décollements épiphysaires ou des fractures.
Presque toujours on note des ecchymoses gingivales el quelquefois des hémorragies diverses. Parfois, les urines sont rouges avec présence de cylindres et albuminurie persistante.
Le rachitisme accompagne souvent le scorbut infantile d'où les dénominations erronées de rachilisme aiqu, rachilisme hémorragique ; tous les auteurs sont, en effet, d'accord aujourd’hui pour affirmer que « la maladie de Barlow n’est pas une forme de rachitisme mais une forme infantile du scorbut. » (D. Vesval).
En général, la maladie de Barlow évolue sans fièvre :