‹ Les maladies professionnellesChapitre 5 sur 30 · I.E SATURNISME · texte numérisé non relu

I.E SATURNISME

phalite chronique qui n'est autre que le syndrome décrit sous le nom de paralysie ou pseudo-paralysie générale saturnine.

(( Ces légions du système nerveux central et des méninges produites par le plomb, précoces et si fréquentes que je les ai presque constamment rencontrées chez les saturnins, révèlent bien la gravité de l'intoxication saturnine, et ne sauraient être mieux comparées au double point de vue des manifestations cliniques et des lésions qu'au processus similaire que le virus syphilitique détermine dans les méninges et dans les centres nerveux. Ces lésions paraissent, il est vrai, moins profondes, moins graves, moins persistantes, moins progressives, dans le saturnisme que dans la syphilis; mais, de ce qu'elles engagent moins l'avenir des saturnins que celui des syphilitiques, en devons-nous pour cela négliger l'importance.^ Pouvons-nous logiquement considérer comme le plus salubre des métiers celui qui expose à ai point la sanlé de ceux qui l'exercent .^> (28) »

L'influence du plomb sur le système oculaire est moins connue et a été moins étudiée; mais il semble pourtant qu'il est maintenant établi que le plomb peut atteindre les différents nerfs de l'appareil de la vision et provoquer des troubles très graves de la vue allant même parfois jusqu'à la cécité complète.

L'éminent professeur L. Lewin de Berlin s'est tout particulièrement occupé de cette grave question et dans une très remarquable étude des intoxictions industrielles, présentée à la troisième assemblée générale de l'Association internationale pour la protection légale des travailleurs tenue à Baie en septembre 1904, il montre la répercussion néfaste de l'intoxication saturnine sur les facultés visuelles des ouvriers travaillant le plomb ou ses composés (29).

(28) D' Ernest Mosny, Conférence du Trocadcro. Rapport Breton n* 799 Annexe I, page 663.

(29) D' Lkwin, Contribution à Vétude des intoxications industrielles. — Bulletin de Vinsipeciion du travail, 1904, page 365.

Parlant des lésions oculaires provoquées qar les poisons et par ticulièrement par le plomb, il dit notamment :

« Les faits de cet ordre, dont je me suis occupé depuis plusieurs années de moitié avec M. le médecin-major docteur Guillery et que nous livrerons bientôt à la publicité, emplissent des volumes.

« Dans ce domaine aussi, on rencontre des choses d'une tristesse infiniel Là aussi, on voit, au pis aller, des hommes, des femmes, des jeunes filles payer leur travail dangereux, d'une durée le plus souvent excessive et sans une rénmnération spéciale, de la perte partielle de leur portion congrue des joies de l'existence, autrement dit, de la cécité, tandis que d'autres ont leurs facultés visuelles frappées de défectuosités permanentes et que beaucoup souffrent longtemps avant que le dommage causé se trouve réparé, m

Et plus loin, tout en constatant que la plupart des cas de troubles visuels causés par le plomb ne sont pas relevés et échappent par suite à la statistique, M. Lewin donne quelques chif fres qui montrent clairement qu'ici encore ce sont les ouvriers peintres les plus frappés :

<( Combien d'ouvriers du plomb éprouvent-ils, du fait de leur occupation, des altérations de leur appareil visuel ?

« Qu'aucune des diverses branches professionnelles tributaires du plomb ne laisse les ouvriers indemnes à cet égard, cela ressort des relevés ci-après, faits sur 130 troubles visuels occasionnés par le plomb et pour lesquels la profession spéciale des malades était connue :

Peintres, hommes et femmes 34

Enduiseurs 12

Vernisseurs 4

Ouvriers du plomb 7

Cérusiers et cérusières 20

Ouvriers du minium 5

LE SATURNISME 121

Broyeurs de couleurs 2

Plombiers pour canalisations 4

Fondeurs et tondeuses de caractères 5

Soudeur en plomb 1

Ouvrier des mines de plomb 1

Ouvriers des fonderies de plomb 4

Ouvriers en plomb de chasse 1

Fondeur d etain 1

Compositeurs 6

Ouvriers en accumulateurs 2

Serruriers 2

Câbleurs 2

Ouvriers en jalousies 1

Potiers-vernisseurs 2

Emailleuse 1

Peintres femmes sur poteries 2

Coloriste femme 1

Ouvrière en cartes à jouer 1

Ouvrière en papier de luxe 1

Ouvrière lithographe 1

Tisseurs 1

Couseuse 1

Teinturiers 3

Empaqueteuse de chocolat (papier d'étain) 1

Total'. 130 cas

« Ce relevé montre en fait ce qu'on pouvait déjà inférer a priori, savoir précisément que le plomb, sous n'importe quelle forme, peut attaquer les yeux, à supposer qu'une certaine prédisposition — la malechance individuelle — existe chez le sujet.

« A ma connaissance, il y a 167 cas semblables où la maladie d'yeux des ouvriers du plomb est exactement décrite : un ensemde documents qui, malgré le peu d'étendue, s'élève hautement contre tous ceux qui sont aveugles en présence de telles atteintes au bien du peuple, ou ne possèdent pas un savoir assez grand pour mesurer toute leur portée. »

El montrant toute la gravité de ce côté particulièrement douloureux de la question du saturnisme, le professeur Lewin ter mine cette partie de son étude par les fortes paroles suivantes ;

(( Les troubles oculaires par le fait du plomb constituent un aspect, et non des moindres, de l'action de ce métal danf?ereux, autre individu 1 absorbant dans srm organisme. Chacun de ses perfide, qui attaque sans distinction les ouvriers, ainsi que tout effets est déplorable, mais les troubles de la faculté visuelle, jus qu'à la cécité, représentent celle des affections saturnines cjui abat le plus l'esprit des malades, alors même qu'intervient, après des semaines et des mois, la guérison complète ou partielle. Il me sera permis de me refuser à donner une description plus approfondie de l'infortune fondant sur ceux auquels le plomb ravit en fièrement la lumière, comme c'a été, par exemple, le cas pour des jeunes filles occupées à la fabrication de la céruse ou dans les fonderies de caractères. Quiconque, même s'il ne possède plus que l'état rudimenlaire des sentiments humains, doit forcéme»it être saisi par un tel malheur, dont je ne voudrais point être l'auteur indirect. »

Le saturnisme prédispose à de nombreuses maladies.

Et comme si tout cela n'était pas suffisant, l'action irritante des poussières plombiques sur les poumons prépare, de plus, admirablement le terrain pour le développement de lepouvanlable tvd:>erculose (pii frappe 20 % au moins des victimes di plomb.

Nous lisons à ce sujet dans l'intéressant ouvrage publié par K' Ministère du Commerce, Les Poisons industriels :

(( Outre ces accidents, produits directs de l'intoxication, la présence du plomb dans l'organisme facilite l'envahissemenl microbien et le développement d'autres maladies. C'est ainsi que les plaies chez les saturnins se compliquent facilement de lymphangite, d'érysipèle; d'autre part, les trauinatismes peu-

LE SATURNISME

vent provoquer les manifestations d'une intoxication restée jusqu'alors à l'étal latent. L'intoxieation plombique, en aggravant les mauvaises conditions de santé, l'insuffisance nutritive, la débilité, l'épuisement, prépare le terrain à la phtisie et en «facilite la marche.

(( C'est ce que démontrent de nombreuses statistiques, celle de Hirt notamment, qui, le premier, a signalé la fréquence plus grande de la phtisie chez les ouvriers vivant au milieu de poussières plombiques que chez ceux soumis à l'action du fer et du cuivre; ces derniers ne donnent que 12 % de phtisiques tandis que les autres en fournissent 21 %.

(( C'est encore ce que montrent des statistiques anglaises établissant que la phtisie, assez rare chez les ouvriers des mines de charbon et de fer, est au contraire très commune chez les ou vriers des mines de plomb. »

Nous avons vu plus haut, au sujet de l'absorption des poussières plombiques par les voies respiratoires, que le docteur Laborde avait démontré l'altération des organes respiratoires par les poussières de céruse; parlant de cette altération des poumons dans une conférence de 1901 (30), il disait :

(( Si j'y insiste, c'est. qu'elles sont, je le répète, l'expression d'une action irritative locale, en quelque sorte mécanique, de la poussière toxique, qui ne me semble pas avoir été, jusqu'à présent, appréciée dans toute sa vraie réalité, et par suite dans ses conséquences et son rôle pathogénique, relativement aux affections consécutives des poumons et du cœur (affections cardio pulmonaires) chez les peintres en bâtiment, notamment et en particulier la tuberculose qui trouve là, sans nul doute, un terrain de préparation et d'évolution des plus propices; car il ne faut pas oublier, à ce propos, et j'aurai l'occasion de le redire, que 20 % au moins des empoisonnés par la céruse payent leur tribut de mortalité à la tuberculose. »

(30) Conférence du docteur Laborde, du 13 janvier 1901, au grand ampliithéâtre de l'Ecole de médecine. Rapport Breton, n* 515, p. 55.

Le docteur Layet affirme également l'influence considérable du saturnisme sur le développement de la tuberculose :

(( On parle beaucoup, dit-il, de tuberculose aujourd'hui e\ tout le monde a entendu parler de son fameux bacille. Ce mot bacille vient d'un mot grec /SaoiXe , qui veut dire à la fois sceptre ou soliveau. Eh bien, messieurs, devant l'hygiène sociale, le bacille de la tuberculose doit rester soliveau. Il ne deviendra sceptre que pour des organismes déchus, amoindris dans leur résistance vitale et incapables de réagir contre les agressions des agents infectieux. Donnez largement, en fait d'hygiène administrative, de l'eau, de l'air, de la lumière, la somme de bien-être qu'il faut donner à chacun; — donnez lar gement, en fait d'hygiène morale, la volonté et l'énergie de bie;i penser et de bien agir; — supprimez, en fait d'hygiène industrielle, tous ces poisons qui sapent l'organisme du travailleur, et le laissent sans force et comme épuisé devant le premier bacille venu. Les saturnins payent un important tribut à la tuberculose. Hirt, en Allemagne, en a depuis longtemps signalé la fréquence chez eux. Il y a plus de vingt ans que Leudet en France a montré son développement rapide chez les saturnins chroniques et son évolution plus rapide encore vers une termi naison funeste. »

Les lumineuses statistiques du Docteur J. Bertillon que nous avons publiées dans notre rapport sur l'emploi des composés du plomb (31) viennent confirmer ces affirmations et montrent l'action du plomb sur le développement de la tuberculose.

D'ailleurs, par une dégénérescence, une anémie générale, l'empoisonnement par la céruse prédispose à toutes les mala dies; son action sur les globules rouges du sang est particulière ment caractéristique.

(( Un homme en étal normal de santé, écrit M. le docteur Layet, a dans son sang, pour assurer le maintien de sa vie,

(31) Rapport Breton, p. i71.

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envii'JH '1.500.000 globules rouges par inilliincUc cube de sang. Ces globules, véritables pourvoyeurs préposés à la subsistance, au renouvellement et à l'énergie fonctionnelle des moindres de nos éléments organiques, vont prendre à l'air qu'on respire, en passant par les poumons, l'oxygène nécessaire à l'accomplissement de tous les actes nutritifs.

(( Eh bien, messieurs, chez un ouvrier empoisonné par le plomb, le nombre de ces globules sanguins, s'abaisse plus ou moins rapidement suivant le degré de résistance constitutionnelle de l'individu, et peut tomber au bout de quelques années à moins de la moitié de son chiffre normal physiologique. Cette déglobulation du sang, assez rapide parfois au début de l'intoxication, paraît du reste en rapport avec la durée du même travail professionnel et l'action lente du poison. Ainsi, par exemple, d'après les recherches de Malassez, un peintre qui au début possède i. 500. 000 globules, au bout de cinq ans de profession il n'en a plus que 3.700.000, au bout de vingt ans il n'en a plus que 2.600.000, au bout de trente ans son nombre est descendu 5 2.200.000. Pour lui permettre de pourvoir à ses besoins organiques, à la réparation intime de ses tissus, pour lui permettre de réagir contre les risques d'une maladie, cet homme n'a plus que la moitié de ses globules sanguins. Non seulement les globules ont diminué en nombre, mais ils sont déchus dans leur3 qualités physiques et par là beaucoup moins favorables aux échanges qui constituent la base des phénomènes vitaux (32). ))

Cette action anémiante du plomb et de ses composés sur l'or ganisme est d'ailleurs connue et admise depuis longtemps; dès 1808, les célèbres chimistes Fourcroy, Rerthollet et Vauquelin disaient dans un rapport fait à l'Institut national :

(( Il est cependant prouvé que beaucoup de maladies, dont il est souvent difficile d'assigner les causes, peuvent être occasionnées par les émanations du plomb, toujours nuisibles à la santé. »

(32) Docteur Layet. conférence de Bordeaux, rapport supplémentaire Breton n° 941, annexe 24, page 321.

126 LES MALADIES PKOFESSIO.NNELLES

La descendance du saturnin.

L'empoisonnement par le plomb est une des nombreuses causes (Je la dépopulation dont souffre particulièrement notre pays, et ^ l'influence néfasle du saturnisme sur la procréation est incontestable. Le nombre d'avortemenls, d'accouchements prématurés, d'enfants morts-nés ou mourant en bas-âge qui incombent au plomb est considérable.

Dès 1860, Constantin Paul publia sur celte question un travail de la plus haute importance et qui a été depuis très fréquemment cité.

Nous y voyons en effet que sur 123 grossesses, le père et la mère étant saturnins, Constantin Paul a pu constater 64 avortenients, 4 accouchements prématurés, 5 mort-nés, 29 décès dès la première année. D'autre part, sur 43 grossesses survenues à des femmes intoxiquées par le plomb, il a noté 32 fausses couches, 3 morts-nés, 2 enfants vivants mais très chétifs. Enfin, sur 1.000 grossesses, chez des femmes travaillant dans le plomb, Tardieu accuse 609 avortements.

L'intoxication du fœtus par hérédité a lieu également lorsque le père seul est saturnin, bien que la présence du plomb dans le corps du fœtus n'ait été constatée que rarement. Ainsi, sur l il grossesses survenues dans ces conditions, Constantin Paul a compté 82 avortements, 4 naissances avant terme, 5 morts-nés; et sur les 50 enfants vivants, 20 sont morts dans le courant de la |)remière année et 15 autres, de un à trois ans.

Le même auteur a constaté que les femmes normalement conformées avortaient ou T)ienaient à l)ien leur grossesse suivant (pi'elles travaillaient ou avaient cessé de travailler le plomb. Une d'elles, qui avait fait 5 fausses couches consécutives, accoucha d'un bel enfant après avoir quitté sa profession.

On a, d'autre part, constaté en Angleterre une grande morta lilé des enfants en bas âge, surtout i)ar les maladies nerveuses, dans la population des potiers du Straffordshire où la propo»'lion des décès [)ar consomption et atfeclions cérébrales est à peu

LE SATURNISME 127

près quatre l'ois plus considérable que pour le reste de l'Angleterre, et celle par les convulsions deux fois plus grande.

Enfin, d'après de nombreuses obseavations recueillies à la Salpètrière et à Bicètre, par M. Roques, et ayant porté sur plusieurs familles, les enfants nés de pères intoxiqués par le plomb « même non alcooliques » sont très fréquemment frappés do maladies mentales, idiotie, imbécillité, épilepsie, etc.; et les enfants nés de ces pères pendant l'intoxication seraient les seuls dégénérés de la famille.

Voici d'ailleurs la conclusion qu'il tire lui-même de ses tra- A^iux : a Des faits que j'ai observés, je crois pouvoir conclure que l'intoxication saturnine lente, chez le père ou chez la mère, non seulement provoque des fausses couches, amène une grande mortalité des enfants, surtout dans les premières semaines de la vie, mais encore peut déterminer chez eux des convulsions, l'idiotie, l'imbécillité, l'épilepsie ».

a L'intoxication saturnine, dit Budin (Traité de Vart des accouchemenls, t. III, p. 50), alors même qu'elle est légère, soit chez le père, soit surtout chez la mère, est désastreuse pour le produit de la conception »; d'après la statistique de Rennert (Arch. /. Gyn., Bd, XVHI, 1881, p. 109), les cas dans lesquels le père et la mère sont atteints ont fourni pour 19 enfants : 1 mort-nè et 17 macrocéphales, dont 13 ont succombé de bonne heure ; ceux dans lesquels la mère seule est atteinte ont donné pour 27 enfants : 6 mort-nés, 17 macrocéphales dont 3 ont succombé; parmi les 4 derniers, 2 encore sont morts; quand le père seul est malade, on trouve pour 33 enfants, 19 macrocéphales dont 12 sont morts, et parmi les 24 autres, 2 morts en bas âge » (33).

(( Dans ses études sur la dégénérescence héréditaire et l'idiotie, Bourneville place au premier rang des professions exercées par les parents de dégénérés, celle de peintre de bâtiment. Sur 87 cas se rapportant à des professions insalubres, 51 reviennent à celles où l'on manipule le blanc de céruse, alors que la syphilis ne fournit que 19 cas » (34).

(33) D' F. Heim, Manifestalion nerveuse du Saturnisme.

(34) D' G. Meillère, Le Saturnisme, 1903.

128 LE SATURNISxME

Legrand et Winter en 1889, Porak en 1894, Palein, ont décelé la présence du plomb dans les organes de fœtus soumis indirectement à l'intoxication saturnine par l'intermédiaire de la mère. Après avoir rappelé ces constatations, le D'" iMeillcTC ajoute dans son ouvrage Le Salurnianie : u Nous avons constamment observé des faits analogues chez les nombreux animaux (jue nous avons intoxiqués au cours de nos recherches. Nos recherches ont également porté sur des placentas humains et sur des fœtus. » Toujours il trouva des doses appréciables de plomb dans les organes des fœtus.

En 1890, le D"" Balland, élève du professeur Pinard, se livra, sur cette intéressante question, à une série de recherches et d'ex périences du plus grand intérêt.

Par injections hypodermiques d'acétate neutre de plomb et par ingestion de céruse, il lit absorber des doses journalières de plomb à dix cobayes pleines et obtint les résultats suivants :

Cinq avortements; une mort de femelle pleine; deux mises à bas normales et deux morts d'infection.

Dans les quatre avortements, les fœtus presque à terme étaient très petits; les cobayes nés vivants étaient très chétifs et pesaient à peine 25 grammes. Un des cobayes conservé est toujours resté plus petit et plus chétif que des cobayes sains et nés en même temps que lui. Des analyses décelèrent la présence du plomb dans les organes des fœtus.

D'autre part, M. Balland soumit au même traitement quotidien une chienne qui, la veille de la première absorption de plomb, étant parfaitement saine, avait mis bas sept petits. Ces petits qui ne reçurent d'autre nourriture que le lait de la mère se portèrent bien durant les premiers jours, puis s'anémièrent, dépérirent et parurent souffrants ; quelques-uns même furent atteints de paraplégie et restèrent toujours très anémiques. Deux d'entre eux furent sacrifiés 25 jours après leur naissance et l'analyse révéla la présence dans leurs viscères de iO à 45 milligrammes de plomb pour l'un d'eux et de 5 à 10 pour l'autre. Cette expérience démontre donc clairement la transmission au nour-

LE SATURNISME

risson, par rinlermédiaire du lait, d'une partie du plomb absorbé par la mère.

M. Balland expose ensuite une série d'observations faites sur des ouvrières typographes travaillant dans une imprimerie « assez bien aérée et dans des conditions suffisantes d'hygiène ». Les 56 grossesses de 13 de ces ouvrières se terminèrent comm« suit :

31 accouchements à terme.

9 accouchements prématurés.

26 avortements.

1 enfant mort-né.

17 morts quelque temps après la naissance. 12 enfants vivants.

Une autre série d'observations faites dans le service du professeur Pinard à la clinique Baudelocque sur 30 ouvrières manipulant le plomb ou ses composés, donna au D'" Balland les résultats suivants :

Grossesses 82

Accouchements à terme. . . .' 24

Accouchements prématurés 48

Avortements 10

Mort-nés 8

Enfants morts quelque temps après 20

Enfants vivants 44

Réunissant toutes ses observations, le D'" Balland nous montre finalement que 138 grossesses d'ouvrières soumises à l'intoxication saturnine donnent ces lamentables résultats :

Accouchements à terme 45

Accouchements prématurés 57 ) q^

Avortements 36

Enfants morts 37

Mort-nés 9

Enfants vivants 56

Très justement M. Balland fait remarquer que le nombre des «nfants morts et des mort-nés doit être augmenté du nombre des

avortements; ce qui donne finalement 82 morts pour 56 vivants. De plus, la conséquence immédiate de l'intoxication saturnine est de donner lieu à un nombre d'accouchements prématurés et' d'avortements équivalant aux deux tiers du nombre total. Telles sont les conséquences cliniques du saturnisme sur la marche de la grossesse .

(( Quant aux enfants, ajoute plus loin M. Balland, ceux qui naissent vivants sont en ei^énéral débilités et faibles, comme l'étaient nos jeunes cobayes.

(( Cette débilité est-elle due à l'anémie de la mère, retentissant sur le produit de la conception?

(( Cette hypothèse est insuffisante. La recherche toxicologique chez des fœtus nous ayant permis de retrouver du plomb dans leurs organes, nous permet de dire qu'ils sont directement touchés par l'intoxication maternelle (35). ))

Enfin le D^ Balland trouva environ un demi-milligramme de plomb dans 115 grammes de lait provenant d'une femme atteinte de saturnisme, ce qui, avec l'expérience des jeunes chiens signalée plus haut, lui permet d'affirmer que lorsque l'intoxication saturnine laisse évoluer la grossesse jusqu'à la fin l'intoxication de l'enfant continue à se faire par le lait maternel.

Voici d'ailleurs les conclusions que M. le D' Balland donne à ses très remarquables recterches :

(( 1° Le saturnisme produit de nombreux avortements ou des accouchements prématurés dont les enfants ne sont pas viables; les femmes qui accouchent à terme ne donnent le jour qu'à des enfants faibles d'un poids très inférieur à la normale et qui meurent dans les premiers mois ou les premières années. La transmission du poison se fait par l'intermédiaire du placenta;

« 2° Une mère saturnine donne avec son lait à son nourrisson une intoxication lente et progressive par le plomb qu'il peut contenir (36). »

(35) D' Balland, Influence du saturnisme sw la marche de la grossesse, le produit de la conception et Vallaitement, 1896, page 83.

(36) D' Balland, Influence du saturnisme sut la marche de la grossesse^ page 90.

LE SATURNISME 131

Dans son étude déjà citée sur les intoxications industrielles, le professeur L. Lewin, de Berlin, donne sur l'influence du saturnisme sur la procréation, les renseignements les plus intéressants et démontre a l'importance toxicologique, grosse de conséquences, qui revient au plomb, lequel peut atteindre sensiblement le peuple, non seulemeni dans sa force de travail, mais aussi dans sa procréation (37) ».

Le professeur Lewin rappelle d'abord que l'action du plomb sur l'appareil sexuel est connue depuis longtemps :

(( Déjà l'antiquité romaine connaissait ce fait que le plomb est en état après avoir pénétré fréquemment dans le corps humain, de provoquer une action paralysante sur l'appareil sexuel. Même, les médecins faisaient porter aux malades souffrant d'accidents inflammatoires des parties sexuelles des plaques de plomb; plus tard, dans le cours de la pratique médicale, on administra pour cette fin le plomb à l'intérieur. Maintes observations analogues ont été faites en l'espèce, dans la suite des siècles, chez des individus chroniquement intoxiqués par le plomb, de propos délibéré ou involontairement, et, qui plus est, on alla jusqu'à méditer sur les conditions mécaniques de production d'une pareille action, et on admit la possibilité que le sel de Saturne, ingéré par exemple dans du vin, atrophiait directement les corpuscules séminaux de l'homme. ))

Souvent môme, cette influence du plomb a été utilisée pour provoquer des avortements criminels :

(( Ce nest guère précisément, que dans ces vingt dernières années, que des faits survenus en Angleterre et en Allemagne ont enseigné avec quelle fréquence on absorbe, en vue d'un avortement criminel, des préparations plombiques. Ainsi, un seul

(37) D' Lewin, Contribution à Vétude des Inloxications induslrielles. Bulletin de Vitispection du travail, 1904, page 365.

médecin de Slettin a constaté en l'espace de six années environ, sur 300 manœuvres de ce genre, 18 pratiquées au moyen du plomb, dont quatre dans l'intervalle de seulement six semaines. La nature de la préparation plombique paraît sans importance pour le succès final. On l'a vu venir après l'ingestion aussi bien , de céruse que de litharge ou de diachylon. »

Très justement, il fait remarquer que, si l'ingestion à doses massives de plomb provoque de tels résultats, risquant souvent d'emporter celle qui se livre à ces pratiques coupables, l'ingestion lente, accidentelle, s'accomplissant sur un long espace de temps, de petites, mais multiples, doses de plomb, doit donner des résultats analogues sans mettre la mère en danger de mort immédiate.

Toute une série d'observations, faites tant sur l'homme que sur des animaux, a d'ailleurs formellement démontré la réalité de ce fait :

(( Depuis le premier tiers du siècle précédent, on a montré, avec preuves sûres à l'appui, que le plomb, pris par intervalles, peut léser l'appareil de la génération chez les animaux et les gens, chez l'homme et la fenmie. Des fonderies de plomb du Harz, où se pratique surtout la désargentation, des faits ont été. à l'époque, rapportés, qui sont à même de prouver la justesse de cette observation mieux que les expériences les moins attaquables. On a relevé que des vaches, des brebis et des chèvres qui se nourrissaient du fourrage croissant dans le voisinage de ces plomberies, étaient atteintes d'hémalurie et avortaient. Les habitants des plombières ou des alentours immédiats achetaientils des chèvres pleines, elles metlaient bas, sans doute, encore une fois ou l'autre en temps normal, mais devenaient par la suite infécondes et le restaient lt)ule leur vie, ou puur le moins pendant leur séjour au dedans ou à proximité des fonderies. Dans les environs, on ne peut non plus éle\cr et laisser courir de la volaille. Oies et canards, sous l'influence du plomb, font souvent des œufs clairs. Chez les cerfs des forets de cette contré*?là, on a souvent trouvé des interruptions dans la formation de leurs ramures cl de leurs parlios sexuelles.

LE SATURNISME

c( Des oL:?ervalioiis de tous points semblables ont été faiL':;s près des mines de plomb en Ecosse. Là aussi, on fut frappé, à côté d'autres symptômes, surtout des troubles dans la conception et dans la délivrance à terme chez la femme.

(( Des femmes, et même celles vivant dans des conditions extérieures plus heureuses, étaient sujettes, quand elles demeuraient un certain temps au dedans ou près des plomberies, fréquemment et, pour finir, habituellement à des fausses couches.

Malheureusement, on ne poursuivit pas suffisamment cette étude et l'ignorance de ce grave problème social coûta la vie à bien des êtres humains :

(( Tandis que la a médecine rationnelle » ne pouvait pas se plonger assez avant dans des essais, pas très significatifs pratiquement, avec des poisons administrés à des animaux, des hécatombes de vies humaines en germe étaient sacrifiées aux poisons que la mère avait absorbés dans les exploitations; des milliers d'enfants de parents frappés de dépérissement par le poison étaient engendrés pour ne passer qu'une existence courte, le plus souvent misérable; des centaines et des milliers d'hommes et de femmes payaient la possibilité de se nourrir par leur travail de la perte de la santé et, très fréquemment, des joies des parents. La science aurait trouvé, si l'on avait suivi avec soii) les phases successives des affections en cause, mainte occasion d'enrichir son bagage, et on aurait concurremment, en mettant à nu l'œuvre du mal, sauvé de l'infortune plusieurs générations d'hommes. Fort peu de tout cela a été fait. »

Rappelant les observations de Tardieu et de Constantin Paul, M. Lewin affirme à son tour non seulement l'influence du saturnisme chez la femme, mais également l'action certaine du saturnisme de l'homme sur le produit de la conception :

« Il apparut alors, sans objections possibles, que la grossesse peut souffrir des troubles aussi bien quand la mère elle-même travaille avec du plomb que dans l'hypothèse d'une maladie du plomb seulement chez l'hommme qui a accompli l'acte de la

l.'U LES MALADIES PROFESSIONNELLES

génération. On a pu établir que, dans de telles conditions, il se montre :

« 1° Des hémorragies de l'utérus chez les femmes dont la menstruation est arrêtée et qui doivent être regardées comme étant enceintes ;

(( 2° Des fausses couches dans le troisième mois, jusqu'au sixième ;

(( 3^ Des accouchements avant terme d'enfants morts ou mourant bientôt ;

« 4° Une mortalité des enfants engendrés, dans les trois premières années de la vie, supérieure à la moyenne ordinaire. »

Le professeur Lewin montre ensuite qu'il suffit souvent de supprimer la cause d'intoxication pour supprimer les troubles de la procréation. 11 cite notamment le cas de femmes avortant maintes fois par suite de l'absorption de plomb dissous dans des eaux de nature spéciale traversant des conduites de plomb ; après la substitution de tuyaux en fer aux anciennes conduites en plomb, les symptômes d'empoisonnement disparurent et les enfants vinrent à terme.

11 donne ensuite des chiffres singulièrement significatifs ; c'est ainsi que quatre femmes, appelées à manipuler le plomb ou ses composés, eurent quinze grossesses qui se terminèrent d(.' la manière suivante :

Fausses couches 10

Accouchements avant terme 2

Mort-né 1

Décès dans les 24 heures 1

Enfant vivant 1

Souvent on voit des femmes accoucher d'enfants normaux avant de travailler dans une industrie comportant l'emploi du plomb et ne plus pouvoir donner le jour à un enfant vivant dès qu'elles manipulent cette terrible substance.

Cinq femmes ayant eu neuf couches normales avant d'être atteintes par le saturnisme et par consé((uent bien constituées.

LE SATURNISME

virent après les atteintes du plomb leurs grossesses se dénouer de la pitoyable façon suivante :

Fausses couches 26

Accouchement avant terme 1

Mort-nés 2

Décès dans la première année 4

Enfants en vie 2

Souvent, si l'ouvrière quitte sa terrible profession, elle peut de nouveau enfanter normalement. Une femme qui, durant sa période de travail dans l'industrie du plomb, eut cinq fausses couches sur cinq grossesses, accoucha normalement d'un enfant bien constitué après son départ de l'usine.

Deux autres femmes qui avaient eu des enfants bien portants, durant une période oii elles restèrent éloignées de l'usine, avortèrent, la première quatre fois, la seconde deux fois après la reprise de leur travail meurtrier.

Et le professeur Lewin indique formellement qu'il suffit que seul le procréateur soit saturnin pour provoquer des résultats analogues :

« Des phénomènes absolument semblables à ceux qu'on vient de noter chez des ouvrières du plomb, se produisent quand le procréateujr seul est saturnin. La faible vitalité des enfants engendrés les emporte souvent très tôt. ))

11 cite notamment le cas d'une femme, mariée à un peintre saturnin, qui accoucha onze fois et ne put conserver qu'un seul enfant vivant; trois moururent dans la première année de leur existence, deux dans la seconde et cinq dans la troisième; elle eut en outre une fausse couche de six mois.

Sept femmes non intoxiquées, mais mariées à des ouvriers manipulant le plomb ou ses composés, ont eu trente-deux grossesses qui se sont terminées par :

11 avortements ; 1 mort-né ; 8 enfants morts dans la première année ;

136 LES MALADIES PROFESSIONÎSELLES

4 enfants morts dans la deuxième année ;

5 enfants morts dans la troisième année ;

1 enfant mort ultérieurement ;

2 enfants vivants.

Sur trente-deux grossesses, le père seul étant saturnin, il n'était donc resté finalement que deux enfants en vie.

Une autre statistique, portant sur sept femmes de peintres saturnins, montre que, sur trente et une grossesses, onze se sont terminées par la mise au monde d'enfants mort-nés et par une fausse couche. Une de ces femmes avait eu sept enfants vivants avant que son mari n'exerçât son dangereux métier.

D'autres exemples ont montré que si le mari abandonne le métier, la disposition morbide de la femme à l'avortement peut disparaître de nouveau.

(( Il est arrivé qu une femme de peintre, mariée depuis deux ans et sûrement saturnine tout en n'étant pas elle-même en contact avec du plonnb, a avorté quatre fois pour ensuite accoucher normalement, une fois que le mari avait pris une autre occupation. »

Le professeur Lewin déclare d'ailleurs que les effets funestes du plomb sur les organes générateurs, peuvent se faire sentir même si lintoxication de la mère ou du père est légère et même si les symptômes de celle intoxication consistent simplement dans l'existence du liséré saturnin.

Pour donner une notion exacte de l'étendue des ravages du plomb M. Lewin donne encore les chiffres suivants :

Sous I influence du plomb 123 grossesses donnèrent :

64 avortements ;

4 naissances avant terme ;

5 enfants mort-nés ;

20 décès dans la première année de la vie ;

8 décès dans la deuxième année de la vie ;

7 décès dans la troisième année de la vie ;

1 décès ultérieurement ; 14 enfants vivants.

LE SATURNISME

Après toute une série d'autres exemples, également des pins typiques, le professeur Lewin démontre enfin que, non seulement il est hors de doute que u la semence ou l'œuf, selon le cas, peut devenir fonctionnellement malade sous l'influence du plomb absorbé par les parenls », mais encore que le plomb absorbé par la mère passe en partie dans le fœtus. Il cite à ce sujet plusieurs constatations qui ne font que compléter celles que nous avons déjà signalées plus haut.

En terminant, ie professeur Levvin établit toute l'importance sociale de ces terribles conséquences du travail du plomb :

«Des remarques critiques complémentaires au sujet des faits écrits précédemment ne me semblent point nécessaires, attendu que leur portée est évidente. Ces faits dénoncent le mal qui frappe les familles et en même temps l'Etat. C'est une calamité qui n'emporte pas, à la manière d'une guerre, un bloc de milliers d'hommes en très peu de temps, mais qui, par une action insensible mais continue, ne laisse point parvenir jusqu'à leur entier développement nombre de milliers d'être animés, ou bien leur permet de se développer d'une manière telle que force est de les regarder comme des individus inférieurs ou des nonvaleurs pesant plutôt sur l'Etat dans sa marche en avant que lui fournissant les énergies nécessaires à sa conservation. »

Puisqu'on s'est plu à nier le caractère international de la campagne contre le plomb et particulièrement contre la céruse; puisqu on a prétendu qu'il n'y avait qu'en France que les hygiénistes dénonçaient les ravages de ce poison et réclamaient sa prohibition, nous croyons intéressant d'insister particulièrement sur les opinions émises à ce sujet par les savants étrangers.

Nous venons de voir ce que pense le professeur Lewin de Berlin, de l'influence du plomb sur la procréation ; nous allons maintenant donner, sur cette même question, l'opinion d'un savant anglais très compétent en cette matière, M. Thomas Oliver, médecin-expert près des comités du blanc de céruse et des

niéliers dangereux institués par le Ministère anglais de l'Intérieur, professeur de physiologie à l'Université de Durham et médecin à rinfirmerie royale de Newcastle.

Dans son remarquable ouvrage : Métiers dangereux, il expose longuement tous les méfaits du plomb en général et de la céruse en particulier, et, montrant l'influence spécialement néfaste de ce poison sur la femme, il ajoute :

(( C'est surtout sur les femmes enceintes que le métal exerce ses plus pernicieux effets. L'action abortive du plomb est audessus de toute discussion. Le fait est connu que certaines femmes de la basse classe prennent, quand elles sont enceintes, des pilules de diachylum contenant une petite quantité de plomb, dans le but de produire une fausse couche. Quand une femme travaillant au blanc de céruse devient enceinte, il lui est absolument impossible d'aller jusqu'à terme si elle continue à travailler. Ordinairement elle avorte, mais si extraordinairement elle va à terme, ou bien l'enfant est mort-né, ou il meurt peu après sa naissance de convulsions. Dans le foie et les reins d'enfant mort-né de cérusier que j'ai soumis au professeur Betson pour analyses chimiques, il a été trouvé de petites quantités de plomb.

(( L'analyse chimique, par conséquent, confirme les expé riences cliniques en ce qui concerne les causes de la mort de ces enfants. »

Relativement à l'influence pernicieuse du plomb sur la maternité, il donne ensuite toute une série d'observations personnelles dont voici quelques-unes :

(( M""^ H..., âgée de 35 ans, travaillait dans une fabrique de blanc de céruse depuis six ans avant lesquels elle avait eu quatre enfants nés à terme. Depuis qu'elle allait à la fabrique de céruse elle avait eu neuf fausses coucher de suite sans avoir un enfant vivant. M™® M..., Agée de trente ans, avait eu sept «nfants et trois fausses couches. Les deux derniers enfants étaient nés et toutes les fausses couches s'étaient produites après son entrée à l'usine. M°° F..., a eu trois fausses couches depuis

LE SATLIUMSME 139

qu'elle travaille au plomb. M'"'' K..., âgée de 24 ans, avait qua tre enfants vivants avant d'aller à la fabrique et deux après ; ensuite continuant ses occupations, elle avait eu six fausses couches de suite. Elle devint saturnine et fut confiée à mes soins à l'infirmerie pendant quelques mois pour paralysie et coliques. Elle fit une bonne cure et ne retourna plus à la fabrique de plomb. A sa grossesse suivante elle accoucha à terme et eut un enfant vivant qui survécut. »

Nous trouvons également dans l'ouvrage de M. Thomas Oliver cette très caractéristique statistique provenant de l'inspection des fabriques qui fonctionne en Angleterre dans des conditions bien meilleures que notre inspection du travail :

u Dans les poteries, miss Paterson et miss Deane, deux des inspectrices du Ministère de l'Intérieur (inspection des fabriques) (38) trouvèrent qu'en dehors des 77 femmes mariées signalées comme ayant souffert de l'empoisonnement saturnin pendant cette période (l'année finissant le 31 mars 1897), 15 n'avaient eu ni enfants ni fausses couchés, 8 avaient eu 21 enfants morts-nés, 35 avaient eu 90 fausses couches, et, parmi celles-ci, 15 n'avaient pas d'enfants vivants, 36 avaient eu 101 enfants vivants sur lesquels 61 étaient encore vivants. La grande majorité des 40 qui étaient morts avaient succombé aux convulsions dans l'enfance. )>

Le professeur Olivier affirme d'ailleurs également que « si le plomb exerce un effet préjudiciable sur les facultés reproductrices des femmes, il est aussi capable de diminuer la virilité des hommes. »

Naturellement, si le père et la mère sont l'un et l'autre soumis à l'intoxication saturnine, les conséquences sont encore plus déplorables. « Les enfants des femmes travaillant le plomb meurent presque invariablement de convulsions pendant les premiers douze mois. Si un enfant est issu de parents qui tous deux travaillent le plomb, il est chétif ou mort-né, ou encore meurt quelques heures après sa naissance. »

(38) Rapport annuel de l'Inspecteur en chef des fabriques, 1897, page 53.

Il indique ensuite que la mère absorbant du plomb communique à son nourrisson, par son lait, ce poison métallique qui continue ainsi à provoquer une lente et progressive altération de l'organisme de l'enfant. Il signale toutefois que le professeur Betson n'a pu révéler la présence du plomb dans le lail d'ouvrières nourrices manipulant ce poison.

Il y a quelques années, le docteur Galippe, de l'Académie de médecine, qui démontra d'une façon si éclatante l'innocuité des sels de cuivre, nous signala une observation toute récente relative à l'influence du plomb sur la descendance du saturnin.

En 1906, il eut l'occasion d'observer, à l'hôpital des Enfants malades, un jeune garçon de onze ans présentant un cas de dégénérescence nettement accusé, qu'il dut attribuer à l'intoxication saturnine du père.

(( Le père de cet enfant, nous dit-il, est peintre en bâtiment. Il ne semble pas avoir eu de coliques de plomb, mais il présente le liséré gingival caractéristique et a été atteint de paralysie radiale. Il est sobre, ne porte pas de trace de syphilis et nie, du reste, en avoir été atteint. Il n'offre pas d'anomalies dentaires. La mère est bien portante. Sa dentition non plus que sa santé n'offrent rien de particulier : elle a eu cinq enfants vivants; l'aîné, sujet de cette observation, n'a marché qu'à vingthuit mois. Dans les premières années de son existence, il ne présentait pas de déformation nasale et il a été opéré de végéta lions adénoïdes, que je considère du reste, ainsi que la hernie inguinale, comme des stigmates de dégénérescence surajoutés. Deuxième enfant : fille âgée de huit ans et demi, ne présentant rien de particulier. Troisième enfant : lille de trois ans. Quatrième enfant : fille âgée de deux ans, îie marche pas encore.

(( La mère de notre malade a perdu, en outre, un enfant de méningite. Cette femme a débuté dans la vie conjugale par une fausse couche de six mois et demi et par un accouchement avant terme, le huitième mois, d'un enfant vivant, mais qui n'a pas vécu.

LE SATURNISME 141

(( Comme nous l'avons dit, ni la syphilis, ni l'alcoolisme n'ont pu être dépistés chez les parents, 11 est donc infiniment probable que c'est à l'intoxication professionnelle du père, c'est-àdire au saturnisme, que l'on doit rapporter la dégénérescence f.lus ou moins grave observée chez les enfants qu'il a procréés. ))

Devant toutes ces constatations si concordantes et si démonstratives il semble vraiment bien difficile de contester sérieusement l'influence du plomb sur la procréation, et ceux qui avaient pu douter quelque peu de l'importance de cette action néfaste doivent naturellement se rendre à l'évidence.

Aussi est-il tout naturel que le professeur Brouardel qui, dans sa déposition devant la Commission de la Chambre, ne trouvait pas suffisamment établie cette influence particulière du plomb, ait été absolument convaincu de cette action par ses études ultérieures; il l'indiqua lui-même, dans sa nouvelle déposition devant la Commission sénatoriale, dans les termes suivants :

u Mais il y a un point sur lequel je veux insister, surtout parce que j'ai été un des derniers à me rallier à l'opinion que je vais vous indiquer. Maintenant, je suis absolument convaincu, tt je vous dirai pourquoi tout à l'heure. Ce point est celui-ci : l'individu atteint n'est pas frappé seulement dans ses moyens d'existence, dans sa vie ultérieure, il est frappé dans sa descendance, et les statistiques montrent (surtout celle de M. Balland, qui a rectifié ou plutôt comblé un certain nombre de lacunes qui existaient dans les premières statistiques de Constantin Paul) que le nombre de grossesses qui n'arrivent pas à terme, chez les femmes qui ont été frappées d'intoxication saturnine, sans même avoir eu de coliques de plomb, est très considérable, que les enfants qui naissent meurent très fréquemment dans les premiers mois de leur existence, et qu'en général, sur cent grossesses, à peine une vingtaine arrivent à produire, au bout d'un an, des individus vivants et bien constitués (39). »

(39) Rapport Treille sur les composés du plomb, Sénat, n° 135, p. 836.

Dans sa très remarquable conférence de Bordeaux, le docteur Layet affirme lui aussi sa conviction dans des termes particulièrement chaleureux : après avoir exposé les différentes affections déterminées par le saturnisme, il ajoute (-iO) :

(( En voilà bien assez, n'est-ce pas, Messieurs ? et il semble bien que ce bilan pathologique de l'ouvrier empoisonné par le plomb ne laisse rien à désirer. Eh bien ! il y a plus encore. El ici nous touchons à l'un des côtés les plus poignants de l'hygiène sociale. L'ouvrier saturnin n'est pas seulement atteint par le poison dans sa propre individualité, il l'est aussi dans sa descendance. Je sais bien que c'est surtout la femme qui travaille le plomb, qui a été plus particulièrement l'objet des observations faites à ce sujet, que les troubles des fonctions menstruelles, les avortements successifs, les accouchements prématurés soni le triste apanage des ouvrières intoxiquées. Mais l'homme, le père, doit-il compter pour rien dans la mort-natalité, la débilité congénitale, la mortalité prématurée, l'idiotie, l'imbécillité, les accidents méningitiques et épilepti formes qui sont, pour les produits de la conception, la funeste conséquence de l'empoisonnement des parents ? Ne le croyez pas. Messieurs; car la part du père, telle que les statistiques le démontrent, est déjà bien suffisamment grande. Et par là, vous voyez combien, au point de vue social, toute mesure qui tend à faire disparaître un poison industriel devient pour l'avenir une garantie pour la sécurité nationale.

(( Au surplus, voici des faits bien probants de statistique. Kn relevant, comme l'a fait M. Baliand dans un travail intitulé : Saturnisme et Grossesse, paru en 1896, 230 grossesses chez les femmes intoxiquées, on voit qu'il y a 42 0/0 d'avortements, 26 0/0 d'accouchements prématurés et seulement 32 0/0 d'accouchements à terme. Sur les enfants nés vivants et viables, 27 0/0 seulement ont survécu, 6 0/0 sont venus mort-nés, 26 0/0 ont.

(40) Conférence de M. le docteur Layet. faite à Bordeaux, le 15 janvier 10(l3. sous la présidence de M. le professeur de Nohiaz. Rapport Breton, n' 'Jil, annexe XXIV, p. .321.

LE SATURNISME 143

succombé quelques temps après leur naissance, on voit que la grossesse n'a été fructueuse que 27 fois sur 100.

(( D'un autre côté, Kennert, cherchant à établir des degrés dans la gravité du pronostic suivant que le père et la mère sont atteints simultanément ou séparément, arrive aux conclusions suivantes : L'intoxication saturnine retentit sur le produit 94 fois sur 100 quand les deux parents sont affectés; 92 fois sur 100 quand la mère seule est intéressée, et 63 fois sur 100 quand c'est le père seul. En fait de résultat, je n'en connais point pour ma part de plus démonstratif. ))

De son côté le docteur Pédebidou, rapporteur du projet de loi au Sénat, disait avec force dans son rapport :

(( Le saturnisme est donc un danger pour l'avenir de notre pays; c'est un facteur puissant de la dépopulation; bien mieux il constitue un des pourvoyeurs les plus actifs des asiles d'aliénés; il contribue ainsi à ag-g-raver la lourde charge que les pauvres êtres victimes d'une implacable hérédité, font peser sur la masse des citoyens (41). »

M. le D^ A. Marie, médecin en chef de l'asile de Villejuif, mis au courant par nous du résultat positif de nos expériences sur la production des émanations toxiques de céruse (42), réalisa dans son laboratoire de psychologie pathologique de l'Ecole des Hautes Etudes une très intéressante expérience qui, tout en démontrant une fois de plus la production de ces émanations toxiques de céruse, établit l'action nocive de ce produit sur le développement du fœtus et de l'embryon.

Comme pour les expériences du docteur Féré sur l'action des vapeurs d'alcool, ce furent des œufs de poule qui furent soumis durant leur incubation, aux émanations plombiques. Voici d'ail-

(41) Rapport supplémentaire Pédebidou sur les composés du plomb, Sénat, n' 282, page 73.

(42) Voir l'exposé de ces expériences, page 88.

leurs comment fut disposée l'expérience et les résultats qu'ellft donna :

Une couveuse artificielle du type Voitelier à thermosiphon fut intérieurement divisée en quatre parties par une double cloison de verre luté.

Dans les quatre compartiments ainsi établis furent répartis 24 œufs de poule fécondés, datant de pontes concordantes de la même espèce (Houdan),

Dans les compartiments 1 et 2 furent placés respectivement 5 œufs au-dessous desquels on avait disposé de la céruse, en poudre dans l'un, en pâte dans l'autre. Les œufs étaient directement placés sur la couche de poudre de céruse, mais maintenu;» à une petite distance de la pâte par une toile métallique.

Le compartiment 3 reçut 5 autres œufs disposés directement sur une couche de poudre de blanc de zinc.

Dans le compartiment i, 9 œufs ont été laissés comme témoins.

Après 20 jours de marche de la couveuse les compartiments 1 et 2 contenant le plomb ont donné respectivement 4 arrêts précoces de développement des œufs (dont 1 sans trace d'essor) et 2 arrêts entre le 15^ et le 16^ jour, soit 10 arrêts, dont 8 très précoces.

Les œufs disposés sur l'oxyde de zinc n'ont présenté que 2 arrêts semblablement retardés et 2 œufs normalement éclos. Les œufs témoins ont donné 2 éclosions normales, 2 retardées et 5 arrêts.

Il y a lieu de remarquer que le cloisonnement dans vme même couveuse est resté incomplet par le haut, les émanations plombiques refluaient fatalement à certain degré sur les œufs témoins; néanmoins les œufs au contact direct du plomb (poudre ou pâte) ont donné le déchet maximum.

L'opération de contrôle en couveuses séparées est indiquée; mais ce premier résultat suffit à montrer une action prédominante du plomb sur l'arrêt d'incubation des œufs et permet au D' A. Marie de tirer la conclusion suivante :

« Les poussins avortés ont été examinés au point de vue des malformations dégénératives sans que nous ayons pu en relever

LE SATURNISME 145

de comparables à celles que notre regretté maître, M. le D"^ Féré, obtenait par ce même procédé d'expérimentation avec les vapeurs d'alcool; mais ici il s'agit de vapeurs métalliques dont l'action est évidemment différente, bien que tout aussi nocive pour le développement du fœtus et de l'embryon. »

Pour terminer sur ce point, nous tenons à rappeler la très intéressante observation du professeur Pinard, que nous tenons du docteur Mouchotte, chef de clinique de Baudelocque et élève de l'éminent professeur Pinard dont on connaît les admirables travaux sur la puériculture.

En 1903, M. le professeur Pinard, dans une leçon clinique, attirait l'attention de ses élèves sur l'influence du saturnisme ur le produit de conception, à l'occasion d'un fait intéressant qu'il avait observé dans son service.

Quelques jours auparavant, une femme issue de parents biea portants, accouchait à terme d'un enfant superbe pesant 3.710 grammes (on sait que le poids moyen des nouveau-nés 03t de 3.000 à 3.300 grammes). Cette femme avait mis au monde antérieurement trois enfants nés avant terme qui moururent tous dans les premiers jours qui suivirent la naissance, alors qu'ils n'avaient pas encore été séparés de leur mère et qu'il était impossible d'invoquer comme cause de mort la mauvaise alimentation ou l'entérite.

La femme, interrogée par l'étudiant de garde, avait attribué tous ses enfants à son mari, peintre en bâtiments, ayant eu des accidents saturnins. Le professeur Pinard, frappé par ce déchil infantile considérable et surpris de voir — les procréateurs étant soi-disant les mêmes — un nouvel enfant naître aussi vigoureux, avec toutes les aptitudes à la vie, fît une enquête discrète et personnelle auprès de la mère.

Il apprit d'elle que, tourmentée de ne pouvoir mettre au monde des enfants viables et soupçonnant son mari d'être un mauvais procréateur, elle avait eu, désirant coûte que coûte un enfant vivant, des rapports avec un autre homme bien portant

IFS MATADFFS PROFESSIONNELLES

et dont, la profession différente ne eomporlnit pus la manipulation du plomb ni d'aueun de ses eomposés, et eetait à cet homme que revenait la paternitr du dernier enfant né vigoureux.

Histoire démonstrative, prouvant que le père saturnin ne peut procréer que dans des conditions déplorables, montrant aussi que l'intoxication saturnine du père seul suffit pour frapper la descendance.

L'intoxication saturnine de la m^re seule atteindra encore mieux la de.scendance que l'intoxication paternelle exclusive; i\ plus forte raison la descendance sera-t-elle frappée quand les deux procréateurs seront saturnins.

Il est donc nettement démontré que le sperme ou l'ovule peuvent, chez des individus intoxiqués par le plomb avant la fécondation, renfermer des éléments qui donnent une impulsion nocive au produit de conception. De plus, même dans le cas où la fécondation est opérée par les procréateurs sains, le produit de conception peut également être altéré si, au cours de la grossesse, la femme est soumise à l'intoxication saturnine.

Imprégnation des organes par le plomb.

Ce qui démontre bien l'action perturbatrice du plomb et la difïîculté de son élimination, c'est sa présence dans les organes des personnes intoxiquées par ce poison. Cette présence a été parfois niée, mais elle a été en revanche affirmée et démontrée d'une façon précise par de nombreux auteurs.

Chatrin et Bouvier constatèrent en 1851 la présence du plomb dans le cerveau et le foie d'un homme mort d'encéphalopathie saturnine aiguë (43). Ces organes sont coupés en petits morceaux et mis à bouillir pendant deux heures ave<: 1 .000 grammes d'eau accidulée par un dixième de vinaigre pyroligneux ; la solution est évaporée et calcinée avec un peu d'acide azotique; le résidu est épuisé par de l'eau distillée bouillante aiguisée d'acide azotique qui est ensuite concentré et finalement soumis à un

(43) J. de Ph. cl Ch., 1861, t. 19, p. 202.

LE SATURMSME 147

courant d'acide suif hydrique qui détermine un précipité noir abondant.

Pesées à l'état d'iodure, les quantités de plomb ainsi trouvées furent de 0 gr. 005 dans le foie et 0 gr. 005 dans le cerveau. D'après Orfda, auquel les auteurs empruntèrent le procédé analytique que nous venons de résumer, il se trouve dans ces quantités une partie de plomb d'intoxication.

Egalement en 1851, Empis et Robinet trouvent une notable quantité de plomb dans le cerveau d'un saturnin mort d'encéphalopathie. En 1801, Gusserow décèle la présence du plomb dans les muscles de saturnin. En 1871, Heubel trouve de même du plomb dans les os, le rein, le foie, le cerveau, la moelle et les muscles du saturnin.

Bergeron et L'Hôte, en 1874, si^malent un cas d'empoisonnement dû au plomb : 20 personnes ayant absorbé du beurre qni avait séjourné dans une saumure contenant jusqu'à 2 gr. 5 de plomb par litre (44). En recherchant le plomb dans les organes d'une des victimes de l'empoisonnement, ils en trouvèrent dans les intestins, l'estomac et le cerveau.

A propos de la note précédente de MM. Bergeron et L'Hôte sur l'existence du plomb dans le cerveau des individus morts par suite d'empoisonnement dû à ce métal, M. Boucher confirme ce fait qu'il a contrôlé dans deux empoisonnements (45). Si, ajoute-t-il, Flandin et Douger ont prétendu, en 1844, que le plomb n'existe pas dans le cerveau, par contre, Orfila, Strohl, Milon, Deveigie ont retiré du plomb du cerveau de saturnins, en quantités bien plus considérables qu'à l'état normal.

MM. Chatrin et Bouvier ont retiré 0,00025 de ploml) toxique 'du cerveau d'un individu mort d'encéphalopathie saturnine. Tardieu et Rouin ont également, en 1852, trouvé du plomb toxique. En somme, il semble certain que le plomb se localise dans les intestins, le foie et le cerveau.

En 1875, Bouché publie une série d'observations au sujet de la présence du plomb dans le système nerveux et de la recher-

(44) ./. d^ Ph. et Ch., 1874, p. 109.

(45) J. de Ph. et Ch., 1875, t. 21, p. 156.

che de ce métal dans les cas d'enipoisonnomont CiO). Si, d'après lui, certains auteurs ont nié l'existence du plomb dans les organes, soit dans l'organisme normal, soit à la suite d'intoxication, cela tient à ce que les méthodes d'analyse employées ont été défectueuses à deux points de vue : d'abord l'incinération était incomplète et permettait au charbon de retenir le plomb qui, dans ces conditions, ne se dissout pas dans l'acide sulliirique, et ensuite la li(|ueur soumise à l'hydrogène sulfuré pour la précipitation du plomb était maintenue trop acide,

Lehmann, en 1882, étudie les meilleures méthodes de recherche du plomb (47). Le réactif le plus sensible du plomb es*, d'après lui, l'hydrogène sulfuré agissant en solution alcaline et qui permet de déceler la présence de ce métal dans une liqueur contenant un centième de milligramme par 100 centimètres cubes. Dans les liquides organiques, il y a toutefois nécessité de déiruire la substance organique si on veut doser sur le plomb. L'électrolyse donne une séparation aussi complète du plomb si l'on se place dans des conditions favorables. Dans ses recherches du plomb dans l'organisme, il constate que, après l'admission du sel de plomb, on retrouve ce nlétal dans l'urine et dans tous les organes. Si on fait prendre à un lapin 3 à 4 milligrammes de plomb, au bout d'un jour on en retrouve des traces dans l'urine, après quatre ou cinq jours on en retrouve des traces dans le sang; le cœur, les poumons, les nerfs, la cervelle, les os en contiennent de plus grandes quantités.

M. le docteur Thomas Oliver, dans son ouvrage : Métiers dangereux, déclare que, dans beaucoup de cas mortels d'encéphalopalhie saturnine qu'il a constates, le plomb était disséminé dans le foie, les reins, les muscles, le cerveau, etc.

(( A ce fait, dit-il, que le plomb se trouvait dans la matière cérébrale et avait probablement formé des composés chimiques avec elle, on peut attribuer les contractions convnlsives, l'imbécillité et aussi probablement la mort. De plus, une petite quantité de plomb a été souvent trouvée dans le cerveau après la

(47) ./. (/<• /'/). et Ch., t. 5, p. 520, an. 18S2

LE SATURMSME

mort. Dans un de mes malades, le professeur Bedson trouva l'analyse chimique 0,779 grain dans un cerveau et cervelet qui pesaient 51 onces 5; tandis que dans un autre cerveau et cervelet pesant 48 onces il n'obtenait que 0,034 grain de plomb. D'un autre cerveau, le professeur Bedson tira 4,04 m/gr. de plomb, tandis que dans un cas rapporté par M.Wynten Biyth, il y avait 99,7 m/gr. de suif aie de plomb trouvé dans le cerveau et 17 4 dans le cervelet. »

Nous avons déjà vu plus haut que le docteur Balland, dans ses intéressantes recherches, avait trouvé des quantités notables de plomb dans les organes des fœtus de cobayes dont la mère avait été intoxiquée durant la grossesse et dans les organes de jeunes chiens intoxiqués par le lait de leur mère directement soumise à l'intoxication saturnine.

M. Hugonneug étudie, en 1898, la diffusion du plomb dans les différents organes à la suite des empoisonnements par ce métal. Dans le cas d'un empoisonnement aigu, il trouva 0 gr. 215 de sels plombiques dans le gros intestin et son contenu, 0 gr. 043 dans l'intestin grêle, 0 gr. 005 dans le foie, 0,0008 dans le cerveau, des traces dans les poumons, l'estomac, les reins et le cœur. Le foie normal contient, d'après lui, 0,0005 de plomb. Dans le saturnisme chronique on peut trouver en revanche de 0 gr. 016 à 0 gr. 081 dans le foie, de 0 gr. 003 à 0,53 dans les reins et de 0 gr. 080 à 0,072 dans le cerveau.

Grâce à son nouveau réactif si puissant, M. Trillat a pu déceler la présence du plomb dans le foie, l'estomac, le sang et l'urine d'un lapin ayant absorbé 0 gr. 15 d'acétade de plomb.

Le docteur A. Marie a trouvé des traces de plomb dans le cervelet d'un aliéné atteint de paralysie saturnine : l'hémisphère droit du cerveau contenait 0 gr. 0004 d'oxyde de plomb par 115 grammes de substance cérébrale. Or, ce malade présentait précédemment dans cet hémisphère des lésions microscopiques évidentes qui correspondirent durant la crise à des tremble-

lÔO LES MALAlJlES PROFESSIONNELLES

ments avec parésie flasque, compliqués de démence, hémispasme et hémiparésie droite.

M. le docteur Layet aflîrme également cette imprégnation par le plomb des organes esentiels et notamment du cerveau :

(( Lorsque on ouvre, dit-il, le crâne d'un saturnin et qu'on examine le cerveau, on voit que celui-ci a changé de coulcir et d'aspect. Avec une apparence d'hypertrophie, les circonvolutions cérébrales se sont tassées ; la substance grise, c'est-à-dire la substance cérébrale par excellence, est anémiée par suite de l'état contractile du réseau vasculaire qui entre dans sa composition. Ainsi décolorée, elle se rapproche par son aspect de la substance blanche médullaire ; de là cette teinte particulière du cerveau des saturnins, indice d'une altération profonde et parfois d'une véritable imprégnation des éléments anatomiques nerveux par le plomb (48). »

Les méfaits du jjlonib sont ainsi formellement établis puisque, en plus des observations médicales, si précises et si complètes sur ce point, l'analyse chimique le prend en flagrant délit dans les organes mêmes que lentement peut-être, mais non moins sûrement, il ronge et détruit.

Au cours des expériences du docteur Laborde concernant l'empoisonnement par la céruse, M. Meillère, chef du laboratoire de chimie de l'Académie de médecine, a constaté d'une façon Iros nette la présence du plomb dans les organes des animaux intoxiqués, notamment dans la région cervicale de la moelle épinière, dans le cerveau, les poumons, le foie, le «œur, les organes génitaux et les reins.

D'après lui, le plomb peut être décelé dans les organes d'anciens saturnins ayant abandonné depuis longtemps les occupa-

(48) D' Layet, conférence de Bordeaux. Rapport supplémenliùre Breton, annexe XXIV, page 321.

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lions qui les exposaient à l'intoxication; cette persistance du plomb dans certains tissus démontre la lenteur de l'élimination.

S'il n'a pu constater une localisation bien marquée du plomb dans le cas d'intoxication rapide d'animaux soumis à des poussières de céruse qu'ils absorbent simultanément par les voies pulmonaire et stomacale, il a démontré que le plomb se localise nettement dans le foie, la rate, les reins et le cerveau lorsque l'animal survit à l'intoxication aiguë ou est soumis à une intoxication lente analogue à celle qui frappe les ouvriers appelés à manipuler le plomb ou ses composés.

Le docteur Meillère a également fait un grand nombre d'analyses décelant la présence du plomb dans les organes d'ouvriers tués par ce poison métallique; ses recherches sur ce point sont du plus grand intérêt et ont apporté une précieuse contribution à l'étude du saturnisme. Il cite notamment les deux cas suivants qui sont particulièrement caractéristiques et dont le premier démontre l'extraordinaire persistance de l'imprégnation ploaibique des organes des saturnins :

« 11 s'agit dans le premier cas (sujet A) d'un ouvrier plombier ayant quitté sa profession et se trouvant soustrait depuis plus d'un an à toute cause d'imprégation plombique. Cet individu meurt de néphrite saturnine (Hôpital Tenon. Service du D"" Ménétrier). Le deuxième cas (sujet B) concerne un dessoudeur de boîtes, mort quelques jours après son entrée dans le service du D'' Achard, à la suite d'un accès d'encéphalopathie convulsive, sans néphrite appréciable.

(( Nous avons trouvé dans les organes du premier sujet (A) les quantités suivantes de plomb rapportées à 1.000 grammes de tissu; 800 milligrammes de plomb dans les poils; 72 milligrammes dans le foie; 66 milligrammes dans la rate; 40 milligrammes dans la peau; 24 milligrammes dans les reins; 16 milligrammes dans la substance grise du cerveau; 8 milligrammes dans le cervelet et dans le pancréas; 4 milligrammes dans les muscles et les fausses côtes; néant dans la substance blanche du cerveau, le mésencéphale, le poumon, l'intestin. Chez le sujet B : 30 milligrammes dans la substance grise du cerveau; 18 milligrammes

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dans le foie; 16 milligrammes dans les côtes et les cartilages costaux; 15 milligrammes dans la paroi des gros vaisseaux; 11 milligrammes dans la parenchyme pulmonaire; 6 milligrammes dans les reins; 3 milligrammes dans le corps thyroïde; 2 milligrammes dans la peau, dans la rate, dans la pie-mère et dans la sub stance blanche du cerveau; néant dans le cœur, la moelle, le liquide céphalo-rachidien (49). »

M. Meillère a également étudié la question du plomb normal posée déjà depuis longtemps, mais qui n'avait jamais été étudiée avec autant de soin et de précision. Certains auteurs, comme Orfila et Devergie, s'étaient demandé si le plomb n'existait pa? normalement en petites quantités dans les différents tissus du corps humain.

M. Meillère trouve inexacte l'expression de « plomb normal j), cette substance n'existant pas normalement dans le corps et ne constituant nullement un élément constant, nécessaire à l'existence; mais comme nous allons le voir plus loin, l'usage du plomb est malheureusement tellement répandu, un si grand nombre de sources d'absorption de ce poison nous environne, qu'aucun individu ne peut se mettre complètement à l'abri de ce produit et que chacun est appelé fatalement à en assimiler des doses heureusement très faibles dans le plus grand nombre des cas.

Grâce aux méthodes de recherche très précises qu'il employa, le docteur Meillère put, par suite, constater que a les organes de tous les sujets contenaient des traces infimes, mais non discutables, de plomb. »

Certains individus semblent même partiellement immunisés contre les atteintes du plomb et leurs organes peuvent contenir des quantités appréciables de ce métal sans qu'ils aient jamais présenté d'affections saturnines nettement caractérisées, ce qui permet à M. Meillère de dire que a certains sujets possèdent donc une véritable diosyncrasie, une immunité naturelle ou icquise, qui en fait des mithridatés du saturnisme. »

(49) G. Meillère, Le saturnisme, 1903, page 79.

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Mais rien ne prouve que ces derniers ne souffrent pas indirectement des atteintes du saturnisme par un affaiblissement de l'organisme les prédisposant à contracter diverses maladies. D'ailleurs, ces exceptions sont malheureusement largement compensées par d'autres exceptions en sens inverse, d'autres personnes montrant une susceptibilité excessive aux atteintes du saturnisme et présentant une intoxication très nettement caractérisée après l'absorption de doses les plus minimes, doses qu'il est difficile de révéler dans les organes. Cette constatation démontre donc simplement, ce qui semble d'ailleurs très naturel, que la dose de plomb nécessaire pour provoquer des accidents saturnins est variable suivant les individus, quoique toujours extrêmement faible.

Les professions comportant des risques d'intoxication saturnine.

Comme nous venons de le voir, le docteur Meillère a presque toujours trouvé des traces infimes de plomb dans les organes analysés par lui et provenant de personnes qui ne furent pas directement soumises à l'intoxication saturnine.

Comment s'en étonner, puisque nous sommes sans cesse en contact avec ce dangereux métal dont il est bon de se méfier, même dans de nombreuses circonstances où l'on pourrait penser de prime abord ne devoir en trouver aucune trace.

En dénonçant les dangers de la céruse, en réclamant la prohibition de ce composé du plomb de beaucoup le plus dangereux, nous avons montré qu'il est, en dehors du saturnisme professionnel, de très nombreuses sources d'intoxication plombique, infiniment moins redoutables, il est vrai, mais qui, s'ajoutant les unes aux autres, n'en ont pas moins une néfaste répercussion sur la santé publique.

Trop souvent l'hygiène néglige totalement ces nombreuses causes d'intoxication qui, prises séparément, sont évidemment extrêmement minimes, voire même tout à fait négligeables, mais

qui deviennent pernicieuses lorsque leurs effets s additionnent dans le même organisme et concourent à son altération et à sa destruction. Il n'est pas douteux que souvent le plomb devrait ainsi, tout au moins partiellement, être rendu responsable d'affections que l'on attribue à d'autres causes devant l'absence totale de faits précis pouvant révéler l'intoxication saturnine.

Mais, à part quchjues cas exceptionnels, les affections saturnines aiguës et nettement caractérisées, susceptibles d'entraîner une certaine incapacité de travail, sont presque toujours d'origine professionnelle.

Les industries dangereuses susceptibles de provoquer le saturnisme sont très nombreuses comme le montre le tableau synop tique des professions oii les ouvriers se trouvent exposés à l'intoxication saturnine dressé par le docteur Layet et publié dans son si remarquable traité d'hygiène industrielle. Ce tableau comprend, en effet, 111 professions dont certaines, il est vrai, ne doivent guère faire beaucoup de victimes et ne trouveraient que difficilement place dans l'application de la loi sur les maladies profesionnelles.

C'est ainsi que nous y trouvons mentionnés les artistes peiiitivs utilisant des couleurs à base de plomb et les employés de bureaux et rédacteurs de journaux faisant usage de pains à cacheter colorés aux couleurs de plomb, minium ou mine-orange.

En revanche, certaines professions nouvelles et partirulièroment dangereuses y sont omises. Dans ce cas se trouvent notamment les dessoudeurs de vieilles boîtes de conserves qui payeni un tribut formidable au saturnisme. Dans son rapport sur l'intoxication saturnine dans le département de la Seine en 1800, 1900 et 1901, M. Armand Gautier signalant le danger des poussières plombifères sèches fait remarquer « que, tandis que sur 1.000 ouvriers cérusiers qui manient la céruse liumide à j)leincs mains, ou qui la broyent à l'huile, 50 seulement sont atteints de saturnisme, sur 1.000 broyeurs de couleurs, 105 sont intoxiqués, et sur 1.000 dessoudeurs de boîtes de fer blanc, travaillant au milieu des cendres plombeuses sèche^-^ provenant de la fusion et de l'oxydation partielle de la soudure, 280 sont atteint d'intoxication saturnine plus ou moins grave, n

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Dans la liste des industries qu'il serait indispensable d'assujetlir à la loi, il faut d'abord ran/^er celles qui travaillent le plomb métallique ou ses alliages et dans lesquelles l'empoisonnement s'effectue soit par contact direct de la surface oxydée du métal avec les mains, soit plutôt par l'absorption par les voies respiratoires et digestives des poussières et émanations plombifères.

Ce sont d'abord la métallurgie, le raffinage, la fonte et le laminage du plomb; puis le coulage du métal ou de ses alliages pour la fabrication des caractères d'imprimerie, des poteries dites d'étain et qui contiennent parfois jusqu'à 80 0/0 de plomb, des jouets d'enfants ; viennent ensuite les travaux de soudure et d'é'tamage à l'aide d'un alliage de plomb et d'étain. C'est également la fabrication des instruments de musique en laiton que l'on peut être surpris de trouver ici, mais qui doit forcément y prendre place par suite du cintrage des tubes effectué après avoir rempli ceux-ci de plomb; c'est enfin la conduite des machines à composer, notamment des linotypes qui, comme Ton sait, fondent au fur et à mesure de leur composition les lignes de caractères; sans oublier la dessoudure des vieilles boîtes de conserves qui, comme nous venons de le signaler, constitue une opération si dangereuse.

Il faut également mentionner l'installation des canalisations en plomb par les plombiers, la manipulation des caractères d'imprimerie par le typographes, la taille des limes placées sur des enclumes revêtues d'une feuille de plomb, le travail des métaux dans les étaux à mâchoires garnies de plomb, la conduite de certains métiers Jacquard pourvus de milliers de petits contrepoids en plomb frottant sans cesse les uns contre les autres, ce qui détermine la formation de poussières plombifères.

Les industries utilisant les sels de plomb sont largement aussi dangereuses, sinon plus, par la facilité encore plus grande d'émission des poussières toxiques qui pénètrent dans l'organisme par toutes les voies : digestive, respiratoire ou cutanée. De [)lus, la manipulation des produits, même humides, tels que pâtes et mastics, avec les mains, augmente encore la pénétration par la peau.

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Ces industries sont d'abord la fabrication des sels de plomb, céruse, minium, litharge, chromate de plomb, mine-orange, etc., puis le broyage des couleurs et tous les travaux de peinture, les plus dangereux peut-être, ceux qui, en tout cas, font le plus grand nombre de victimes: peinture des bâtiments, des voitures, « des décors, des meubles, etc., enfin les nombreuses profession^^^ utilisant des produits plombifères pour le polissage des glaces, le vernissage et le laquage des meubles, les émaux à base de plomb pour métaux, faïences, poteries, la fabrication du cristal, des toiles cirées et des cuirs vernis, la fabrication des papiers satinés, etc.

Le blanchissage des dentelles à l'aide de la céruse et l'emploi de poncifs à la céruse, pour les reports de dessins sur étoffes, devraient également être assujettis à la loi, ne serait-ce que pour provoquer la si facile substitution dans ces travaux d'une substance inoffensive à cet odieux poison.

Quant au délai de responsabilité des anciens patrons prévu par la proposition que nous exposerons plus loin, il nous semble qu'il pourrait être fixée à un an, ce qui n'est nullement exagéré, comme l'indique clairement le passage suivant du rapport gêné rai de la Commission d'hygiène industrielle relatif aux accidents saturnins :

« Bien que ces accidents (coliques, myalgies-arthralgies, paralysies et encéphalopathies) se produisent presque toujours pendant le cours du travail saturnin, ils peuvent exceptionnellement se manifester après sa cessation. Les observations manquent pour fixer, de manière précise, un délai de prescription dans ce cas. Celui d'un an sera généralement suffisant.

(( Dans le groupe des manifestations chroniques du saturnisme, au contraire (anémie, néphrite, goutte et artériosclérose), auquel il faut joindre l'hystérie, les accidents peuvent se produire ou récidiver plusieurs années après la cessation du travail dangereux, et il est impossible de fixer un délai après lequel on pourra affirmer que ce travail doit être mis hors de cause. Les accidents chroniques du saturnisme existent presque toujours ensemble, sauf la goutte, qui manque souvent. Ils causent tou-

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jours une incapacité permanente de travail, au moins partielle. Ils évoluent toujours par aggravations plus ou moins rapides jusqu'à la mort. On ne peut fixer un délai après lequel on puisse affirmer qu'une aggravation de l'état du malade n'a pas pour cause son saturnisme initial (50). »

Quoiqu'il en soit il n'est pas contestable que de toutes les maladies professionnelles, la plus importante, tant au point de vue du nombre des victimes que de la gravité des affections, c'est le saturnisme.

Si donc pour mettre en vigueur, avec le maximum de précautions et de prudence, la loi assimilant les maladies professionnelles aux accidents du travail, on voulait limiter au début son application à une seule de ces maladies, ce serait de toute évidence le saturnisme qui devrait être choisi comme terrain d'expérience.

(50) Rapport général de la Commission d'hygiène industrielle, par M. Leclerc de Pulligny. Proposition Breton, n* 325. Annexe XIV, page 252.

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